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p. 15-19
AVIS UTILE.
Début :
Vers le quarante-huitieme degré de latitude septentrionale, on a découvert [...]
Mots clefs :
Cacouacs, Venin, Hommes, Art, Poison, Barbares
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texteReconnaissance textuelle : AVIS UTILE.
AVIS UTILE.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
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Résumé : AVIS UTILE.
Le texte relate la découverte d'une nation sauvage nommée les Caconacs, localisée autour du 48ème parallèle nord. Ces Caconacs sont réputés pour leur férocité et leur cruauté, dépassant même celle des Caraïbes. Ils se distinguent par une apparence soignée, vêtus de tenues ornées d'or, d'argent et de diverses couleurs, évoquant des fleurs ou des oiseaux magnifiques. Leur comportement charmeur dissimule une nature perfide : ils utilisent un venin caché sous leur langue, propagé par la parole, souvent à l'insu de leurs victimes. Ce venin provoque des blessures incurables et des souffrances prolongées, rendant les victimes objets de mépris. Les Caconacs ne respectent aucune liaison sociale et traitent tous les hommes avec perfidie, prenant plaisir à nuire à ceux qui leur ont témoigné de l'amitié. Ils se présentent d'abord comme sociables et enjoués, mais cherchent à répandre leur malveillance. Ils évitent de s'attaquer entre eux mais pourchassent impitoyablement ceux ignorant leurs pratiques magiques. Le texte recommande aux voyageurs dans cette région de se munir d'armes offensives, car les Caconacs craignent les armes et doivent retenir leur venin en leur présence. Les Caconacs sont décrits comme entièrement malveillants, agissant par pur plaisir de nuire. Certains d'entre eux seraient présents en Europe, se dissimulant dans la bonne société, notamment parmi les femmes, pour mieux propager leur venin. Le texte conseille de se méfier des personnes trop enclines à plaisanter, car elles pourraient être des Caconacs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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