Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
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biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.