Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
vous plaît , à d'autres articles;
fur tout.choiſiſſons les
meilleurs . Voici heureuſementuneHarangue
courte
&d'un ſtile net & concis.
Elle m'a paru bonne , &je
la donne pour telle.
GALANT . 69
(
M. de Real étant arrivé à
Forcalquier le 19. Août 1714.
pouryprendrepoffeffion de
laChargede Senechal , fut
reçû par les habitans ſous les
armes,viſitépar MsduClergé
, de la Nobleffe & du
Siege en Corps , & harangué
par les Confuls en cha.
peron. Il fit preſenter ſes
lettres de proviſions par ſon
Avocat le vingt à l'audience
publique. Il y fut complimenté
par l'Avocat du
Roy,& enſuite par le Lieutenant
General. Il prefida
à l'audience , & prenant
70 MERCURE
ſa place , il parla en ces
termes.
MESSIEURS,
LaJustice prononceroit en
vain des jugemens , fi l'Epée
n'en afſfuroit l'execution ;
l'Epée pourroit ſe porter à des
entrepriſes dangereuses , fi la
Justice ne la conduiſoit.
Les loix les armes , dont
les emploisfontſi differens, se
doivent donc un mutuel ſecours
; elles ont concouruà
mer les grands Empires , elles
concourent à lesfoûtenir ,
àfor
GALANT. 71
cet heureux concert affure la
fortune des particuliers au dedans
, &rend l'Etat puiſſant
redoutable au dehors.
Nous le voyons ce concert
fous un Roy , qui aprés avoir
portéau plus haut point l'art
de regner,femble en avoirfixé
les regles par lafuperioritéde
fon genie. Elles font invariables
dans ce Monarque , &les
Princes les plus habiles dans la
Sciencede gouverner les hommes
,fontceuxdont la conduite
eft moins éloignée de laſienne.
Le nom de Senechal n'eft
guere moins ancien que laMo
72 MERCURE
narchie . Ilfaudroit , pour trouver
fon origine , remonter, ou
peu s'en faut , juſques à celle
du Trône. La France a eu des
Senechaux preſqu'auſſitôt que
des Rois. Ils étoient alors les
premiers Officiers de la Maifon
du Prince ; ilsfont aujourd'hui
dans leurs Senechauffées
d'un côtéles chefs de laJustice ,
de l'autre , ceux de laNobleſſe,
qu'ils conduisent dans
les armées. Et pour dire quelque
choſe qui nous foit plus
particulier, cette Provincefous
Jes Comtes , avant qu'elle eût
paſſeſous la domination de nos
Rois,
GALANT.
73
Rois , recevoit des loix dia
main des Senechaux. Leurs
fonctionsy font preſentement
les mêmes que celles des Senechaux
des autres Provinces du
Royaume. Jele remarque, pour
rappeller par la dignité de ces
fonctions l'idée des devoirs
auſquels elles engagent,&pour
m'exciter par de fi grands objets
àles remplir.
Je m'étois proposé , Meffieurs
, de vous marquer toute
la joye que j'ai de me voir affis
parmi defi dignes Magistratsi
je me flatois de le pouvoir
faire, parce qu'on croit être
Octob.17:4 G
74
MERCURE
súr des expreſſions quand on ne
confulte que ſes ſentimens.
Quels peuvent être les miens ,
instruit de vôtre habileté à
connoître la justice , &de vôtre
integrité à la rendre !
Mais j'ignorois une partie
des engagemens où je me trouve.
Je ne m'y attendois ni à
une installation si glorieuse ,
ni à des demonstrations d'une
bienveillance fi marquée , qui
augmentantmaſenſibilité, rendent
impoffibles les témoignages
d'une reconnoiſſance trop vive
pourpouvoir être exprimée.
Ce n'estpas que je me livre
GALANT. 75
aux charmes flateurs des difcours
que j'ai entendus. En
vain la bouche même qui prononce
les jugemens a parlé; en
vain elle a applaudi à la voix
non ſeulement du peuple , mais
du Parquet : mon coeurſe refuſeàdes
éloges qu'ilſouhaite
de meriter : mais il ne peutfe
refufer à un accüeil qui le prévient
,& qui en m'inſtruiſant
m'encourage d'une maniere fi
obligeante.
Que ne puis - je exprimer
tout ce que je fens ! Il ne manqueroit
rien à mafatisfaction ,
Meſſfieurs, fi je pouvois vous
1
Gij
76 MERCURE
faire connoître toute l'étenduë
de mon zele pour cette Compagnie
, & de mon attachement
pour chacun des Magiftrats
qui la compoſent : mais
c'est le fort de tous les mouvemens
extraordinaires de l'ame,
qu'ils manquent de termes pour
Se produire , & ne paroiffent
tels qu'ils font que par le filence.