A propos de Languedoc , on vous a dit vray , Madame , en
vous apprenant que Monfieur le Marquis deMontanegre avoit eu l'agrément du Roy pour ſa Lieu- tenance Generale du Bas Lan- guedoc , & je ne ſçay comment j'oubliay la derniere fois que je vous écrivis , àvous faire part de cette nouvelle. Toute la Province en a témoigné de la joye , &
commeelleconnoîtfon zele pour la Religion , fa fidelité pourle fer- vicede fon Maiſtre , & fon defintéreſſement pour le bien pu- blic , elle ne doute point que fon Gouvernement ne luy procure toute forte d'avantages. Il n'y a
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- rien de plus glorieux pour luy ,
que la maniere dont il a plû au Roy de le diftinguer entre un -grand nombre de Prétendans,
pour luy confier un Pofte auffi importantque celuy dont je vous parle. Aufſi faut- ildemeurerd'ac- cordqueMr le Marquis de Mon- tanegre s'eſtoit rendu digne de cette préferéce, par l'attachemet qu'il a toûjours eu pour le Sery ce. Apres ſes premieres Cam gnes , il fut Capitaine de Cava- lerie au Regiment de Monfieur dontil eut en ſuite l'honneur d'eſtre Meſtre de Camp pendant pluſieurs années , & meſme de
commander la Cavalerie en Ca.-
talogne. Il donna de tres- grandes marques de valeur &de coura- ge en foûtenant l'effort de celle des Ennemis , lors qu'ils entre- prirent de ſecourir Campedon
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que l'Armée du Royafſiegoit. Ils eftoient des deuxtiers plus forts que nous , & M² de Montanegre tout bleffé qu'il fut d'abord,
ne laiſſa pas de ſe jetter luy ſeul dans unde leurs Eſcadrons , pour tâcher par ſon exemple de rani- mer les Siens , que l'inégalité dur nombre avoit effrayez. Il mit cet Eſcadronendefordre , &s'eftant
relevé de deſſous ſon Cheval
qui fut tué , il ſe défendit long- temps l'Epée à la main, mais en- fin une nouvelle bleſſure qu'il reçeut dans le corps , le fit tom- ber par terre , &entre les mains de ceux qui n'en ſeroient pas ai- ſement venus à bout , s'il n'eut
eſté mis par là hors de combat.
Cette Action , &beaucoup d'au- tres, ayant fait bruit à la Cour,
il ſeroit parvenu fans-doute aux Commandemens dont le merite
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de ceux qui luy reſſemblent eſt toûjours récompensé , fi la Paix des Pyrenées qui ſe fit peu de temps apres ne l'euſt forcé àſe retirer chez luy. Le Roy ne l'y voulut pas laiſſer inutile , & on connuſtl'eſtimeparticuliere dont Sa Majefté l'honoroit , par l'en- trée qu'Elle luy donna aux Etats GenerauxdeLanguedoc en qua- litédeBaron. Cethonneur eſtoit
grand , mais non pas au deſſus d'une Perſonne de ſa naiſſance.
Iln'y en aguére de plus illuſtre,
&je vay ſatiſfaire avec joye à
l'ordre que vous me donnez de vous apprendrece que j'en ſçay.
M' le Marquis de Montanegre prend ſon origine de la Maiſon d'Urre en Dauphinê , qui parta- gée en douzebranches il y a plus de deux cens ans , compte dans ſes Alliances les Maiſonsde Veſq,
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d'Ademar , de Berenger , de Cor-- nillon , & preſque tout ce qu'il yade grandes & anciennes Familles dans cette Province , où
Pon ſçait que la Nobleſſe eſt en poffeffion de ſe conſerver depuis long-temps dans toute ſa pureté.. On trouve parmy les Titres de cette Maiſon des Vaſſaux de la
Terre d'Urre annoblis il y a cinq cens ans , par unPrivilege parti- culier dont certaines Familles
confiderables du Dauphinéjoüif- foient en ce temps-là ; & ces meſmes Titres font connoiftre
que dés l'an 1266. il y avoit des Chevaliers de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem dans la Maiſon
d'Urre , &qu'un François d'Urre en prenoit la qualité. Je ne vous parle point d'un Aimé d'Urre ,
Seigneur des Teſſieres , Grand Maiſtre de la Maiſon duDucde
GALANT. 33 - Lorraine , &dans le rang & l'al- liance de l'ancienne Chevalerie
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- de Lorraine ; ny d'un autre des plus proches de Mª de Montane- gre , qui fut Lieutenant de Roy en Provence , ſous le Regne de Henry II. Nous y avonsveu de nos jours commander par Com- miffion Monfieur le Marquis d'Ayguebonne de la meſme Mai- fon d'Urre , qui fut fait Cheva
her des Ordres duRoy en I
& que le Commandement des Armées du Roy en Italie , & le GouvernementdeCaſal , ont fait
aſſez connoiſtre par tout. Cen'eſt pas ſeulement de cette Illuſtre Maiſon que Mr le Marquis de Montanegretire les avantagesde ſa naiſſance ; il trouve encorde- quoy la relever par Meffire Pierre de Libertas ſon Ayeul maternel,
quiréduifit àl'obeiſſance duRoy
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34 LE MERCVRE
Henry IV. la Ville de Marseille,
que la perfidie de quelques Parti- culiers luy avoit attachée målgré elle, tandis que ce Grand Prince eſtoit occupé au Siege d'Amiens.
Son Action fi remarquable dans l'Hiſtoire ne s'effacera jamais de la memoire des Marſeillois , qui non contens de luy avoir érigé une Statuë , font celebrer tous les
ans un Service en Corps de Ville,
en reconnoiffance de ſa valeur &
de ſa fidelité.