AUTRE
Par M. de la T.
Done
Une affez bizarrefigure
Mon corpsfe trouve composé
D'en tracer ici la peinture ,
Il ne fera pas fort aisé.
Je fuis de petite ſtructure ,
Le p'us fouvent fabriqué de métal ,
Que l'on voit aux humains eftre utile &fatal.
Dans ma tête est une ouverture
Qui mefert à ferrer mon pié ;
One fpirale aiguë en forme la tournure ;
Ilfe brife par la moitié.
Par elle il donne la torture
A mainte legere coëffure
Qu'elle gate & rompt fans pitié.
Par moy l'on declare la guerre
Aux triftes foucis , aux chagrins s
Et par moy coule fur la terre
On don quifut toujours precieux aux humains.
Je luyfais un libre paſſage ,
Et je délivre de prifon
D'amour le vray contrepoifon..
Dans les plaifirs je fuis d'usages
De maint objet & fragile & mignon
Dont près de moy la refifiance eſt vaines
Avec unpeu d'effort j'enleve le signon-
OL
186 LE MERCURE
Qui loin de s'en fächer me paye de ma peine :
Lorſqu'en le décoiffant , pour may coule ſa veine.
Certain petit éclat , certain fon tout charmant ,
S'entend alors , dont le doux bruit réveille
Etflatte & réjouit l'oreille ,
Mieux que le plus doux inftrument.
Amans , enviez ma fortune;
Je fçais décoiffer en unjour ,
Plus d'une blonde d'une brune.
Quant aux fages beautez j'ay fait aſſez ma cours
La vive , la brillante , afort fouventfon tour
Mais cet excès ne m'est jamais nuiſible :
Je n'en fens aucun repentir ,
A lapeine comme au plaiſir
On me voit toujours inſenſible i
J'en donnefans en reffentir.