LOGOGRYPHE.
E fix membres divers mon corps eft com
pofé.
S'il eft également en trois lots divifé ,
Un T joint au premier , dans des têtes peu faines ,
Ajoute l'efperance aux plus ardens defirs ,
Et , pour un feul mortel qu'il comble de plaifirs
A cent triftes rivaux il caufe mille peines.
Otez- moi le lot du milieu ,
On peut faire du refte un mets digne d'un Dieu.
On rencontre chés moi mille & mille merveilles ,
De ces fons enchanteurs qui charment les oreil
les ,
L'ame de nos ragoûts , l'agrément du difcours ,
Ce qu'aux Amans les plus fidelles
Accordent rarement les Belles ,
Et que l'Epoux obtient toujours ;
Ce qui fait fous le joug plier les plus rebelles ,
Et qui d'un fage Empire entretient l'heureux
cours.
Ma puiffance s'étend fur la terre & fur l'onde .
A travers les rochers , les firtes & les mers ,
Je ferois aux mortels faire le tour du monde ,
Et le fombre trajet du fleuve des enfers .
A contribution je fçais mettre les airs.
Fuyant l'éclat trompeur des vanités mondaines ;
SEPTEMBRE. 1748. 129
Aux profanes regards je cache mille attraits ;
Mais fouvent , aiguifant leurs traits ,
Mes efforts n'ont fervi qu'à former plus de chaf
nes.
Avec l'aide d'un P chés le plus fier Berger
Ma premiere moitié fait naître des allarmes ;
Il ne la voit jamais fans courir un danger ,
Qui de mainte Bergere a fait couler les larmes.
C'est bien pis , quand au lieu de trois
On prend mes membres cinq enfemble ;
Il n'eft point de Guerriers qui devant moi ne
tremble , …,
Et qui ne foit pourtant flaté quand je le vois.
Me met-on au pluriel ? Mon pouvoir eftfuprême ;
Plus queje ne puis dire, ou me chérit , on m'aime ;
Męs appas tout- puiſſaus féduiſent juſqu'aux Rois,
Ils vont charmer l'Olympe même ;
L'Amour , le fier Amour , eft foûmis à mes loix ;
Mais fi j'ai tant d'attraits , fi tout me rend les ar
mes ,
Lorfque j'ai feulement cinq membres à la fois ,
Quand je les ai tous fix , jugez quels font mes
charmes.