AUTRE,
Par tour où la brillante Flore
Etale fes dons précieux ,
Sans ceffe l'on me voit éclore ,
Et faire le plaifir des yeux.
Dans le Jardin le plus aimable ,
Où brillent les plus belles fleurs ,
Il faut pour le rendre agréable
Que l'on y mêle mes couleurs .
Dans fes dons la Nature fage
Ne m'a pas donné pour partage
La faculté de l'odorat ;
Mais j'ai quelques vertus ; je jette de l'éclat ;
Je fuis charmante , je fuis belle.
Si-tôt que je parois ,
C'est pour ne mourir jamais ,
Et pour te l'expliquer mieux , je fuis immortelle.
De
MA Y. 1744. 949
De l'Eté les vives ardeurs
N'ont rien du tout qui me furprenne ,
Et d'ailleurs je foutiens fans peine
De l'Hyver les triftes froideurs.
Quoique je fois belle & brillante ,
S'il s'agit de faire un bouquet ,
La plus fimple Anemone, & le plus vil Muguet,
Mieux que moi,s'affortit à la Rofe charmante :
Bien differente de la fleur
Dont l'éclat paffager n'a qu'un inftant flateur ,
Differente de cette Belle
Qui ne peut foutenir les regards du Soleil ,
La nuit à fon retour , l'aurore à ſon réveil ,
Me retrouvent toujours nouvelle.
Ami Lecteur , tu peux t'imaginer
Par le portrait que je viens de te faire ,
Que je ne fuis pas un mystere
Bien difficile à deviner.
S *** De V *** .