Lettre à Mademoiſelle de L* *
Demoiselle auſſi aimable
qu'elle eſt ingenieuſe à ſe
tourmenter elle-même.
१
Charmante Iris quifans chercheràplaire
, A
Sçavez si bien le fecret de charmer,
Vous dont le coeur genereux &
fincere,
Pourfonreposſçût trop bien l'art
d'aimer
Vous dont l'esprit formé par la
lecture ,
Ne parle pas toûjours mode &
Kij
116 MERCURE
coëffure ,
Souffrez Iris que ma Muse aujourd'huy
Cherche à tromper un moment
vostre ennuy .
Auprés de vous l'on voit toujours
les Graces,
Pourquoy bannir lesPlaisirs&
tes Jeux
L'Amourles veut raſſemblerfur
vos traces ,
Pourquoy chercher à vous éloigner
d'eux,
Du noir chagrin volontaire victime,
Vousſeule Iris faites voſtre tourment,
GALANT. 117
Et voſtre coeur croiroitsefaire un
crime,
S'il se prétoit à la joye un moment.
Devos malheurs jeſçaytoute
l'histoire ,
L'Amour,l'Hymen ont trabi vos
defirs,
Oubliez les. Ce n'est que des
plaisirs
Dont nous devons conferver la
memoire.
Les maux paffez ne ſont plus de
Urais maux,
Le preſentſeul eſt de noftre appanage
,
Et l'avenir peut confoler le
118 MERCURE
fage,
Mais ne sçauroit alterer fon
repos.
Du cher objet que vostre coeur
adore
Ne craignez rien ? comptezsur
vos attraits?
Il vous aima , ſon coeur vous
aime encore ,
Etfon amour nefinira jamais.
Pourfon bonheur bien moins que
pour le vostre ,
De la fortune il brigue les faveurs
,
Elle vous doit aprés tant de rigueurs
,
PourSon honneur rendre heureux
GALANT. 119
l'un l'autre.
D'un tendre ami qui jamais ne
rendit
A la fortune un criminel hommage
Ce font les voeux , &fi vous
eftes fage ,
Dés ce moment goûtezsur fon
prefage
Le fort heureux qu'il vous
predit.