STANCES.
Ui peut donc m'inspirer cette horreu
pour le Crime
Que sens- je ? quels remords viennent m'épou
vanter ?
Et qui m'arrête ainsi sur le bord de l'abîme
Où j'allois me précipiter ?
C'est toi même , ô mon Dieu ! c'est l'effort de
ta grace ,
Qui vient de mettre un terme à mon impieté.
Tout pêcheur que je suis , ta justice fait place
Aux sentimens de ta bonté .
Quand ton juste couroux m'auroit pris pour
victime ,
Je n'aurois point eu lieu de me plaindre de toi ,
Mais plus en m'égarant j'allois de crime em
crime ,'
Et plas tu t'aprochois de moi.
Non, tu ne conçois point une haine implacable
A perdre tes enfans tu ne peux consentir,
Tu
02 MERCURE DE FRANCE
Tu nous aimes toujours, et la mort du coupa
ble ,
Te plaît moins que son repentir.
O Divine tendresse ! ô bonté paternelle !
Qui pouroit résister à tes empressemens !
Je te céde et mon ame à ta grace fidelle
Gémit sur ses égaremens.
Malheureux que j'étois, le monde avec ses char
mes ,
Eblouissoit mes yeux et possedoit mon coeur ;
Et toutefois sans cesse inquiet, plein d'allarmes
Je détestois ce fier vainqueur.
Combien de fois, hélas ! dans ma douleur amére,
Tentai-je vainement de m'élancer vers toi !
D'invisibles liens m'attachoient à la terre ,
Et m'y retenoient malgré moi.
Envain j'en repoussois la dangereuse amorce ;
Je secouois envain un joug si rigoureux ,
Mes efforts redoublez en redoubloient la force ;
Et me rendoient plus malheureux.
Tu parois,ô mon Dieu ! ta grace triomphante
Me dégage du monde et brise mes liens ;
Je ne suis plus qu'à toi , tout ce qui me con
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tente ,
Est d'être admis parmi les tiens .
D'aujourd'hui seulement je commence de vivre ,
D'aujourd'hui seulement je suis vrayement Chré
tien
Je
MAY
1734 ༡༠༡
Je l'étois , mais hélas ? j'ignorois qu'à
Consiste le souverain bien.
suivre
Mes yeux ne s'ouvrent plus à d'inutiles larmes
Ta bonté pour jamais en à tari le cours ,
Que ta grace a d'attraits ! que ton joug a de
charmes
Heureux qui le porte toujours.
F. J. Procureur au Parlement.