AUTR E.
MESSIEURS , je ne viens point fiere de mon
ufage ,
De mes fervices faire un pompeux étalage ,
Accufer de rigueur un aveugle deftin .
Non , bien qu'à vous fervir mon malheur foit certain
,
Je vous dois l'exiftence , agréez mon hommage.
Sexe enchanteur par vos attraits ,
Je n'aurai jamais l'avantage
De rafraîchir vos tendres traits.
Mon corps eft rond , & fur dix pieds voyage ;
Il préfente d'abord à qui veut combiner ,
Une molle partie attachée à mon être .
Ami , lecteur , à ce début peut- être
Facilement tu vas me deviner.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ne crois pas , cependant , me trouver fifacile ,
Pourfuis & tu verras certain mont enflamé
Affaiffé fur le corps d'Encélade indocile ;
Le pere de Jalon , une ville en Sicile ;
Ce qui contrafte à rien ; comment eft bien nommé
Tout homme à préjugés , & plus d'un petit maîtres
L'action fans laquelle on n'eft point aſſaſſin ;
De ton coufin la mere , on y verroit un traître
S'il le trouvoit un feul i dans mon fein ;
O manes des Troyens ! Vous , cendres de Pergame!
Pardon , fi j'ofe ici rappeler un infame !
Vois , ce fleuve lorrain qui , chez le Bourguignon,
Dirige en ferpentant ſa courſe vagabonde ;
De ton pere l'époufe en race fi féconde ;
De ton individu la dure portion ;
Le tapageur fujet d'Eole ;
Un grain dontle ferin s'affole ,
Aflez commun chez le Flamand ;
Le plus groffier d'un aliment ;
Ce que fur-tout aime un marchand ;
Plus , d'Anacréon la patric ;
Une cité de Laconie ;
Certaine ifle du même nom
Affife fur la mer Egée ;
JANVIER . 1770. 77
Le fynonyme de limon;
Ce qui , chez le bourgeois , pare la cheminée ;
Poiffon , carte , animal , de Lubin l'épouſée ;
L'impératifhardi .... Mais c'eft trop babiller.
Bien que j'exprime encore un illuftre prophête ,
A famedi , lecteur , je te dois barbouiller ;
Car tu ne peux , fans moi , briller un jour de fête.
Par M. Mauger , de Rouen , lieutenant
de marine marchande,