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Titre

CHAPITRE IV. Suite du Chapitre precedent, & comment Mehemet pourfendit un Cochon d'un seul coup de son cimeterre.

Titre d'après la table

Chap. IV. Suite du precedent Chapitre, & comment Mehemet pourfendit un Cochon d'un seul coup de son cimeterre.

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Incipit

Rien au monde n'est plus charmant que les dehors de la

Texte
CHAPITRE IV.
Suite du Chapitre precedent ,&
comment Mehemet pourfendit
un Cochon d'un feul coup de
fon cimeterre.
Rien au monde n'eſt plus
charmant que les dehors de la
Villede Mar ſeille , & chacun
depuis le premier juſqu'audernier
de fes habitans a fa baſtide
, autrement dit unemaiſon
de campagne , où les Dimanches&
les Feftes tour le peuple
va ſe recréer,comme nos Bour.
Hij
92 MERCURE
geois aux guinguettes de Paris.
Mehemet ſe promenant
un jour du coſté du * Mazargue
, au milieu de tous les gens
le coeur navré de douleur d'avoir
appris que fa chere Cato
venoit de luy faire une infidelité,
eſſaya , avec l'aide des pro.
pos joyeux que luy tenoit Paderi,
de hoyer promptement
fon chagrin dansles agrémens
d'one intrigue nouvelle : & le
même jour une jolie payſane
de vangea de la perfidie
ingrate danſenſe. Quq réfultat-
il de cette avanture ? le voicy;
de fon
Village aux environs de Marſeille.
GALANT. 93
on
on prétend,maintenant que le
temps& la curiofité nous ont
dévoilé tous ces myſteres, que
la Payſane étoit une des plus
dégourdies filles deMarseille,
(Ville où les filles ne font
afleurement pas ſettes
ajoûte que l'eſpoir d'attraper
quelques piltoles de Son Excellence,
tous le bon plaifir de
Paderi, luy fir entreprendre ce
gracieux déguisement , qui
cût un figrand fuccés pour fa
réputation , que longtemps
aprés , lebrun courut à Lyon
&à Paris que l'Ambaladeur
avoit emporté de Marseille
1
1
94 MERCURE
un douloureux gage des inci--
dents de cette galanterie; mais
nenous écartons pas , s'il vous
plaît, du Village de Mazargue
dont cette digreffion nous a
tiré.
no C'eſt icy que le lecteur est
obligé d'admirer la haute vail
lance de Mahomet. Les Gabes
des douze Peling heureusement
mis à fin dans le châtel duRoy
Hugon à l'exception de celuy
d'Olivier avec la fille du bon Sire,
parfontque forfanteries en
comparaton de ce merveilleur
geften & one preux Chevalier
ne fit un ſi braye mechief , en
GALANT. 95
un mot , ce que l'on va lire ,
n'eſt pas un conte , & c'eſt
dans la peinture exacte de ces
1
rares exploits , que ſe dévelopent
avecgloire les talens éloquens
d'un hiſtorien fidele.
Imaginez- vous donc voir à
prefent ? Mehemet fur fon
ſeant , au milieu d'une place
où l'on bat du bled , ſa pipe à
la bouche , environné d'un
côté ,deſes Pages , Elclaves ,
&autres quidans , & de front
ocoupé agréablement de la mûë
d'un grand nombre de jeunes
Senbelles filles ,que fon ordre
abfolui fait impitoyablement
dinfer au fon des muſettes &
96 MERCURE
des tabourins , jutqu'à cequ'elles
,& les inftrumens qui les
animent , en tombent ſur les
dents.
Maintenant voyez lemonter
legerement ſur un fuperbe
courfier fare des ſauts,des
voltes caracoller ,& courir
dans une carriere raboteufe ,
aſqu'àce qu'un maudit trone
d'Olivier mal déraciné, culbut
telecheval & Ebuyer parter
re. Admitezate enfin s'égofil-
Jant d'appellertous fes domef
riques pour l'aider àferelever,
&leur dommander preſquic
dans le même moments d'af.
golfombler
GALANT. 97
fembler tous les ſpectateurs ,
gens de Ville , de Village &
autres , autour de ſaperſonne,
pour montrer le beau tour que
je vais vous conter. Brt
Il ſe fit apporter un gros
belier qui paiffoit aux environs
du lieu où il étoit , ſans fonger
ſeulement qu'il y cut un
Ambaſſadeur de Perſeau monde,
il fit lier les quatre jambes
de ce pauvre animal , qu'il ordonna
à un de ſes favoris de
foulever par l'extrêmité des
pieds à une hauteur raiſonnable:
puis aprés une courto
priere , adreſſée à je ne ſçai
Decembre 1715 . I
2
98 MERCURE
quel Saint de fon Pays , il tira
fon redoutable,Cimeterre , &
d'un ſeul revers bien aſſené , il
coupa les quatre jambes de ce
miferable belier . On a pas de
peine à comprendre coinbien
il reçût d'éloges fur ce prodi.
gieux fait d'armes. Il en fut
tellement enyvré , qu'à quatre
pas de là , un monstrueux co.
chon en paya la folle enchere.
Animé outre meſuredu ſuccés
dont la fortune venoitde couronner
ſa valeur , par la défaite
du belier , il tomba fur le cochon
,& d'un ſeul coupdeCi
meterre il le pourfendit en
DE
さない
7. GALANT
deux parts. Il remonta auli
toſt à cheval , d'un ait dodat
gneux , & prit , commefide rien
n'eût eſté,le chemin de la Ville,
aprés avoir néanmoins payé &
abandonné au pillage de fi
précicuſes dépoilles.
JJee ffeerrooiis de cette journée,
douze tableaux parcils à celuy
cy , fi je n'avois pas peur
qu'on les prit pour le bouclier
d'Achille.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Soumis par kipfmullerl le