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Titre

CHAPITRE III. Comment Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, & ses beaux dits & gestes en cette Ville.

Titre d'après la table

Chap. III. Comment Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, & ses beaux dits & gestes en cette Ville.

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Incipit

Or est il que Mehemet Riza Beg arriva à Marseille, aprés

Texte
CHAPITRE III
Comment Mehemet Riza Beg
arriva à Marseille, fes
beaux dits & geftes en cette
Ville.
00 2102
Or eſt il que Mehemet Riza
Begarriva à Marſeille, aprés
avoir cû grandement pour fur
la Mer , & y avoir fait enrager
pendant toutes la traverGALANT.
75
fée , Padery & le Capitaine de
Cujes. Dés qu'il fut entre le
Chaſteau d'If& la Ville àune
demie lieuë du Port , on envoya
le Chaloupe à terre , an
noncer l'arrivée de Son Excel.
lence , qui s'impatientoit depuis
longtemps du ſéjour qu'
elle faisoit dans ſa Barque.
Mais comme l'uſage eſt defaire
faire quarantaine àtous les
baſtimens qui reviennent du
Levant , de crainte que ces
mauditsLevantins n'apportene
la peſte en France , il eût tout
le loiſir de s'impatienter encore.
On luy fit cependant
Gij
76 MERCURE
grace de quelques jours , mais
avant ſon débarquement ,A
goubheanhonnête homme&
riche Marchand Armenien ,
qui eſt encore icy pour les
affaires du Commerce ,& qui
étoit arrivé à Marseille, deux
mois avant luy , par le moyen
du Navire dans lequel M. de
Fontenu luy avoit procuré fon
embarquement àSmyrne , fut
à bord de fon bateau pour
luy rendre une viſite ; à la vûë
Mehemet ſe courrouça , &
entra dans une ſi grande fureur
, parce qu'il avoit eu le
bonheur d'arriver plutôt que
GALANT. 77
lu'y, qu'ilvoulut ſur le champ
luy couper la tête. Pluſieurs
Matēlots François qui ſejetterent
ſurluy , luy firent rengatner
ſon cimeterre ; mais il jura
par Mahomet qu'il ne porteroit
pas ſa tête bien loin. Cependant
l'eſperance qu'on lui
donna de le faire bien-tôt coucher
à la Ville , & quelques
pieces d'étoffe &d'argentl'appaiferent......
A la fin on le débarqua
avec tout ſon monde. Ce fut
alors que parut avec éclat la
magnificencede ſon équipage.
Deux gros paquets de vieux
Giij
78 MERCURE
haillons liez avec des cordes ,
& gras comme des bonnets
d'eſclaves , enchaſſez dans des
tapis de Perſe ſemblables à de
vieilles couvertures de mulet ,
compofoient ſachambre , fon
lit & la toilette. Chacun de
ſes domeſtiques portoit fon
bagage ſur ſon épaule , avec
quelques uſtancils de la cuiſine
de I Ambaſſadeur, dont la feule
pipe étoit portée avec refpoet
, comme en triomphe ,au
milieu de ce pompeux cortege.
Voicy l'ordre de ſa marche.
Des qu'il fut hors de la
Chaloupe , il trouva le long
GALANT. 79
du Port du côté où ſont les
Galeres,unevingtaine deChe.
vaux pourluy& pour ſes gens.
Ilmonta fur celuy qui luy fut
preſenté ,& au milieu de ſes
-ferviteurs conduit par le ſieur
-Defmarais , Lieutenant de la
Maréchauffée de Marseille il
arriva à la Maiſon de M de
-Cartigny , Tuivi d'une foule
depetitsenfans qui ne cefferent
de crier aprés luy, il a ch... au
lit. Il demanda à ſon Interaprete
de que fignifioient ſes
acclamations , l'officicux Paderi
qui rempliſſoit dignement
cette charge ,Huyorépondit ,
Giiij
80 MERCURE
que le Peuple parces, eris ,le
combloit de loüanges & de
benedictions. La joyes'empara
de fon ame , & un mouvement
de generoſué ſuccedant
àla joye, il fit jester à cettepopulace
qui estoit aſſemblée autour
de fa maiſon , pluſieurs
pieces de menuë monnoye
qu'il emprunta. Paderi qui depuis
a grapillé ſur tout , commença
à grapiller fur cette
hboralité. R
25) MarAtnou, Intendant des
Galeres, de Marfeille que la
Cour avoit changé de luy faire
tousles bons traitemens ima
GALANT. 81
ginables , le combla d'honneurs&
del preſents ,qu'il re-
-ceut comme une detre. Illexagera
d'abord àl'infini les droits
&la dépenſe des Ambaſfadeurs
de fon païs chez les autres
Nations du monde , il parla
d'un fimple Perfan comme
d'un demi Dicuà nôtre égard,
&de fonMaître à praportion,
ils'étonna qu'on n'eût pas en-
-voyé une Armée pour le recevoir
ſur la frontiere de noſtre
Empite yib murmura de nos
façonsille plaignit) della
mediocrité de fa dépenſe dont
il exigea da valeur en eſpecès
182 MERCURE
P
fonnantes , enfin il menaça de
s'enretourner en Perfe , ſa on
-ne luy donnoit pas des équipages
proportionnez à la magnificence
de ſes idées. Acette
amenace , M. Ainouluy dit
qu'il étoit le maître , & qu'il
avoit à ſon ſervice unVaiſſeau
tout prêt à mettre à la voile.
Cette maniere de décider luy
déplût , & il en auroit temoigné
fon refentiment à M.Arnou
fi les charmes de ſon épouafe
n'avoient pasofarvi d'obſti
èle à ſa colere. Un feulregard
des yeux de Madame Arnou
2(qui eſtune des plus gracicut
GALANC. 83
ſes femmes de France ,) fuffit
pour appaiſer ſon courroux. Il
luy fit de trés - jolis compliments
, & luy promit l'honneur
de ſa protection auprés
du Roy. La Dame receut ſes
offres de ſervice avec de grandes
démonttrations de reconnoiſſance&
de joyc.
Sur ces entrefaites Mi de
S. Olon arriva à Marseille ,
chargé d'amples commiffions
de laCour ſur tout ce qui concernoit
le ceremonial & le dé
tail de la maiſon de ſon Excellence
, à qui il avoir , en partantde
Paris , pris la peine d'é
84 MERCURE
crire une tres-belle & tresobligeante
Lettre , qui avoit
été receuë à peu prés , comme
il le fut luy même ; mais ces
minuties ne font qu'allonger
cette Hiſtoire , dont le Lecteur
s'impatiente déja de lire
les merveilleux & valeureux
évenements.
Lot.Decembre , treiziéme
jour de ſon arrivée àMar
feille , on le meria à l'Opera , où
(comme je l'ay dit dans mon
Journal , ) on luy avoit prepare
au milieu de l' Amphitheatre une
place pour luyſeul ,avecdes couf
fins un matelas couverts d'un
GALANT
riche tapis . M. de S. Olon étoit
affis à côté de luy sur un banc,
Paderi Dipiſes Interpretes
affis de l'autre , pour luy exp
quer de temps en temps quelques
endroits de l'Opera d'Amadis de
Grece , qu'on representoit alors.
Pendant tout le temps que dura
ce ſpectacle , il fuma à fon ordinaire.
Il prit du Thé &du Caffé,
&en envoyaà Madame l'Inten
dante & aux Dames qui étoient
dansſa loge ; il dit qu'ilavoit été
Surpris de la beautédu ſpectacle,
des danſes, de la musique ,
qu'il étoit charmé de tout ce qu'il
venoit de voir ; mais il ne ſe
1
86 MERCURE
vanta pas le même jour de la
vive atteinte de tendreſſe que
venoient de porter à fon coeur
les doux attraits deMeſdemoiſelles
Catin & Cato : ces deux
incomparables filles avoient fi
biendanſé,& fait àl'envil'une
de l'autre , de ſi jolies mines à
ſa fantaiſie , que l'infidele Mehemet
extafie de leurs gamba
des , en oublia les beaux yeux ,
qui dans cetteVille avoient été
ſes premiers vainqueurs ; en
quoy il fit tres ſagement. Il
raiſonna fort bien ſans doute
alors , & il n'y a dans cet endroit
de ſon Hiſtoire , certai-

GALANT. 87

nement pas licu d'en douter.
Voicy autant qu'il peutm'en
ſouvenir , à peu prés le raiſonnement
qu'il ſe fit. La premiere
Dame qui m'a plû icy , est une
Dame diftinguée par fon rang ,
comme par sa beauté ,&plus
verineuse encore qu'elle n'a de
graces de dignité, tant pis pour
elle. Que m'importe à moy d'aimer
une bonneste femme ?jiray
me caffer la tête contre un rocher
&jeperdray mon temps ,mapei
ne & mes pas . Voila ,parMa
homet , un joly Perſonnage pour
un Ambaſſateur d'un si grand
Empereur. Non non il nefera pas
88 MERCURE
L
dit quejefois venu de filoin , que
j'aye couru tant deperils , &que
je l'aye tanı defois échapéfibelle,
pour m' attacher à une cruelle affez
ennemie d'elle-même pour dédaigner
lesfaveurs inestimables dont
voudroit l'honorer un Musulman
tel que moy. Venez charmantes
Baladines que je viens de
voir danſer le cotillon defi bonne
grace,vous avez vous- même
trouvé grace devant ma face.Jay
encore dans ma valise quelques
vieilles peaux de Renard échapées
à l'avarice des Turcs زا dontje
prétends que vous vous faffiez
des bonnetsſuperbes , pour en orner
GALANT. 89
ner deformais vôtre chef. Cette
belle réſolution prife , il fit appeller
cceess Demoiſelles ,&leur
donna à chacune le preſent ſi
bien medité : il accompagna
cette galanterie de quelques
-careſſes qui mirent tellement
le coeur au ventre de ces deux
pauvres filles , qu'elles briguerent
avec ſuccés la conqueſte
du fien.
Une melancolie tendre , &
l'amour de la retraite ſont
ordinairement les premiers
effets d'une grande paffion.
Ondevient trifte , morne , tout
ennuye hors l'objet aimé, com-
Decembre 1715. H
4
१० MERCURE
me il avint à noſtre Ambaſfadeur
, il ſe ſequeſtra du monde
, il ſe fit apporter ſon caffé ,
ſa pipe & fa gamele dans l'endroitle
plus fecret de fa maifon,
il s'y enferma , & les palmes
de l'amour firent dans cet
appartement de fon Palais ,
les délices de ſon ſéjour.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Soumis par kipfmullerl le