→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre

CHAPITRE II. Comment Mehemet Riza Beg fut nommé par le Kan d'Erivan, Ambassadeur de Perse en France.

Titre d'après la table

Chap. II. Comment Mehemet Riza Beg fut nommé par le Kan d'Erivan, Ambassadeur de Perse en France.

Page de début
59
Page de début dans la numérisation
64
Page de fin
74
Page de fin dans la numérisation
79
Incipit

Aprés la mort de M. Fabre & la desertion de l'Heroïne de

Texte
CHAPITRE II.
Comment Mehemet Riza Beg
fut nommé par le Kan d'Eri-
-van , Ambassadeur dePerfe
en France.
Aprés la mort deM. Fabre
&ladefertion de l'Heroïne de
Perfe , M. Michel aujourd'hui
Conful d'Alep , & qui étoit
alors à Conftantinople , fut
choifi par la Cour pour ſucce
derrà M. Fabre , al fe rendir
auffingttà Eruvan , Meher
mot Rzabeg luy fitkonfidence
A
M 2
60 MERCURE
du ſervice quil avoit rendu à
Mademoiselle P. &le pria en
même temps de folliciter pour
luy la haute paye auprés du
premier Ministre du Sophi ,
lorſqu'il feroit arrivé à Hifpaham.
Michel luypromit tout,
& lorſqu'il fut arrivé dans la
Capitale de la Perſe ,il parla
en effet de luy au Vizir , com
me d'un homme d'eſprit &
de merite. La recommandation
de Michel luy valut la
place de * Kalenter', qui devint
alors vacante par la mort
de celuy qui l'occupoit. Cependant
Michel fu avec lesMin
* Maire.
GALANC. 61
niftres de Perfe un/ Traité
avantageux à laNation,& s'acquitta
avec honneur de fa commiſſion.
Le temps de fa Milfion
expiré , il retourna en Europe
par Erivan , où il trouva
Mehemet inſtallé dans la dignité
qu'il luy avoit procurée.
L'ingratMehemet feignit non
ſeulement de ne le pas reconnoître,
mais il le traita comme
un homme dont la prefence
l'importunoir. Cette horrible
ingratitude du Kalenter àl'endroit
d'un Chrêtien à qui il
devoit fa fortune , donna une
grande opinion de fon cou
62 MERCURE
rage aux Mutulmans , Perſon
nage au reſte dont il a à merveille
ſoûtenu le caractere en
France. :
Pluſieurs années aprés le
départ de Michel , une Eſcadre
Françoiſe commandée par M.
de Château-Moran porta en
Perſe la nouvelle de la grande
Journée de Marchiennes , où
M. le Maréchal de Villats remporta
une infigne victoire fur
nos Ennemis. Alors le fuccés
de nos armes nous faiſant des
amis même aux extrêmitez du
monde , nous attira des compliments
de pluſieurs Rois ſur
GALANT. 63.
lagloire de nos conquêtes.
Le Roy de Perſe voulut être
du nombre des congratulants.
Mais preffentant apparemment
qu'il étoit d'une extreme
importance pour le ſujet
fur qui tomberoit l'honneur
de fon choix, qu'on ignorarà
Conſtantinople qu'il envoïoit
un Ambaſladeur en France , il
ſe ſervit d'un Millionnaire ,
homme ayant du côté de l'efprit,
tous les talents neceſſaires
pour s'acquitter plus mal que
perſonne d'une grande commiffion
; il le fit charger de
ſes intentions& de ſes Lettres
64 MERCURE
par ſes Miniftres. Elles étoient
adreflees au Kan d'Erivan , &
portoient en ſubſtance que Sa
Hauteſſe 1 Empereur des Rois
& le grand Roy du monde ,
ayant deſlein d'envoyer un
Ambaſſadeur au trés grand
Empereur des François , il luy
étoit enjoint à luy Kan d'Armenie
, de choiſir entre tous
les Vaſſaux de ſon Gouvernement
,l'homme qu'il jugeroit
leplus digne deremplir cette
éclatante place , & de l'envoyer
le plus ſecretement qu'il
luy feroit poſſible , en France
avec les émeraudes pâles , les
perles
GALANT. 65
perles grifes , & les pots d'onguent
que le Miffionnaire luy
remettroit és mains. Le Kan
qui avoit perfecuté à outrance
tous les Marchands François
qui avoient paffé à Erivan ,
choiſit justement dans l'illuſtre
Mahomet Riza Beg un homme
qui ne les avoit pas mieux traité
que luy , il jetta les yeux fur
cet homme , non- feulement
en confideration de lahaine
qu'il luy sçavoit pour nous ;
mais parce qu'il lehaïffoit luy
même ,& qu'il préſumoit fur
quelques apparences ,que cette
commiffionl'éloigneroit peut-
Decembre 1715 . F
66 MERCURE
/
eftre pour toujours. Le Miffionnaire
voyant ce choix du
Kan ne pût s'empêcher de
lever les yeux au Ciel & de
ſe recrier ſur les qualitez du
perſonnage qu'on nous deſti
noit. Sondépit en fut même
fi grand , que quoyqu'il n'cut
que médiocrement d'efprit ,
il écrivit fur la muraille de la
maiſon oùil logeoit à Erivan ,
&dans tous les caravanfarais
de laGeorgie , de laMingrelie,
& de la Mer noire par où il
paffa en revenant en Europe.
Un teljourMhemet Riza Beg,
Kalenter d'Erivan,a esté nommé
CALANT. 67
:
Ambassadeurde l'Empereur de
Perſe, auprés de l'Empereur de
France.
L
Le bruit de cette Election
fe répandit bien toſt ſur la
route que devoit tenir l'Ambaffadeur
luy même. Les
Turcs ne tarderent pas à en
eſtre informez : & ce fut cette
malice dont le ſuccés ne nous
pouvoit eftre qu'avantageux ,
qui ſuſcita à Mehemet Riza
Beg toutes les traverſes qu'il
cut à efſſuyer àKaars , à Erzerom
, à Smyrne , à Conſtantinople
, & à Alexandrette , jufqu'au
moment que Paderi le
Fij
68 MERCURE
reçût dans la Barque du Capitaine
de Cuges. Mais ces perils
font amplement circonftanciez
dans le Journal qui a
paru de l'Hiſtoire de cet Ambaffadeur
, & il eſt trés inutile
de repeter ici aucune de ces
Avantures Il eſt ſeulement à
propos, pour donner une juſte
idée du génie de ce rare Perfonnage,
de dire deux mots de ce
qui luy arriva à Smyrne ; mais
pouvant, comme de raiſon ,
n'en eſtre pas crû fur ma parole
, je prie le Lecteur de me
permettre d'emprunter icy le
témoignage ſuffifant de M. de
GALANT. 69
L
Fontenu , Conſul de la Nation
Françoiſe à Smyrne. Voicy
mot pour mot la copie de
deux lettres de ſa main.
Extrait d'une Lettre de
Smyrne , 12. Juin 1715.
al
Vous avezraison , Monfieur,
d'eſtre ſurpris que l'Ambassadeur
de Perſe ayant fait un affezlong
Séjour à Smyrne , il ne ſe foit
pas embarquésur leVaisseau que
j'avois fait preparer pour porter
fes Prefents en France, avec une
partie defon équipage ; il n'a tenu
qu'à luy de le faire , je luy en
MERCURE
avois donne toutes les facilitez
imaginables ; mais c'est un esprit
fi bizarre&fifantaſsque , qu'il
ne m'a pas esté poſſible de vaincre
les difficultez chimeriques qu'il
P'étoit formées . M. de Saint
Olon pourra vous apprendre quelle
forte de caract re d'homme se peut
eftre. Je n'en connois
pareille trempe ; ainfi
s'en prendre qu'à luy feui de tous
les math urs qui luy font arrivez
en Turquie , depuis qu'ilaquitié
Smyrne contre mon avis.
aucun de
il ne doit
1 i
GALANT
Extrait d'une autre Lettre de
Smyrnedu 25 Jailler }
Vous m'apprennez, Monfieur,
que l'Ambassadeur de Perfe se
plaint de moy, la grandtori , ilde
vroit bienpluſtoſt s'en leür,ily
auroit bien de l'injustice dans fon
fait; de me rendre refponfable,tant
deses indifcretionsſurſa route en
Turquie, que pendant leféjour qu'-
itafait ààSSmmyrne, où il ne m'a
pas étépoffibledefurmonterfes dif
ficultez, quelquesfaciles quefuffiniles
moyensque je luy ay propofezpourfon
embarquement. Le
72 MERCURE
fait eft, que j'avois hors du Chateau
un Vaisseau tout preft, dont
le Capitaine homme de bonnevolonté
& d'expedients , ſecondoit
parfaitement mes vûës , pour les
temps , les lieux &la fireté du
paßage. Ce que j'ay fait pour le
bagage, les lettres de créance, les
Priſents , & quelques perfonnes
de la fuite de l'Ambassadeur,jus.
tifie aß zqu'il n'a tenu qu'à luy
de profiter des juſtes mesures que
j'avois priſes, &que ſes irrefor
lutions mal fondées ont rinduës
inutiles , à fon égard ſeulement.
Il ne doit donc s'en prendre qu'à
luy- même des traverſesfâcheuſes
dont
GALANT 73
dont cette fauffe & premiere dé
marche a estéſuivie. Le Capitaine
Marcel qui est trés connu
àToulon est témoin du procedé bi
zarre de cet Ambaſſadeur.
Cette lecture fuffit pour juftifier
tous les bruits qui ont
couru ſur le compte de cer
Ambaſſadeur , & pour condamner
tous les éloges que je
luy ay donnez moy même ;
mais on n'a point de reproche
à faire la deffus à un Auteur
qui travaille aujourd'huy
(comme bien d'autres ) plus
fans contredit pour ſon intereft
, que pour ſa gloire. D'ail-
Decembre 1715 . G
74 MERCURE
leurs le bon plaifir de mes fu
perieurs me preſcrivoit alors
d'en dire quatre fois plus de
bien que je n'en ſavois,
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Soumis par kipfmullerl le