Titre d'après la table
de l'[Is]le de Corse, &c.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
1434
Page de début dans la numérisation
693
Page de fin
1438
Page de fin dans la numérisation
697
Incipit
On écrit de la Bastie, Capitale de l'Ile de Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au
Texte
On écrit de la Bastie, Capitale de l'Ile de
Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au
commencement de ce mois , de la détention du
principal Chef des Rebelles en Hollande , don-
noit lieu d'esperer qu'ils ne tarderoient pas à
rentrer dans leur devoir , et que M. Rivarola ,
dès qu'il eut été instruit de la consternation re-
pandue à cette occasion dans leur Camp, leur
fit sçavoir que la Republique leur offroit une
Amnistie generale , et les mêmes conditions qui
leur avoient été accordées ci-devant par la mé-
diation de l'Empereur. Ils auroient peut- être ac-
cepté les propositions de M. Rivarola , si pen
dant qu'ils étoient occupés à déliberer sur le
parti qu'ils prendroient , il n'étoit arrivé à la
Plage d'Aleria deux Officiers , par lesquels leur
II. Vol.
principal
JUIN.
1737.
1435
principal Chef leur donnoit avis qu'à la verité
il étoit arrêté pour dettes à Amsterdam ,
mais
qu'il seroit bientôt mis en liberté , et qu'il ne
tarderoit pas à revenir dans cette Isle. Les assu-
rances données par ces deux Officiers ayant
changé absolument la disposition des Esprits ,
les Rebelles se sont avancés en grand nombre
jusqu'au pied du Glacis de la Bascie malgré le
feu du Canon et de la Mousqueterie , et ils ont
crié aux Sentinelles , qu'ils étoient déterminés à
souffrir plûtôt les dernieres extremités que de
rentrer sous la Domination de la Republique
et que s'ils perdoient leur Chef ,
à recouvrer leur liberté.
•
ils lui trou-
veroient bientôt un Successeur qui les aideroit
Leur aproche a causé une grande allarme
dans cette Ville , mais le grand feu qu'on a fair
sur eux les a obligés de retourner à leur Camp ,
où ils ont emmené sept ou huit Prisonniers qu'ils
ont fait dans un Poste avancé. Quoiqu'ils soient
demeurés dans l'inaction depuis qu'ils se sont
retirés , M. Rivarola a redoublé les Gardes de
tous les principaux Postes , et on travaille avec
d'autant plus de diligence à prendre des mesures
pour s'oposer à leurs entreprises , qu'on a été
informé que leur Chef étoit en chemin pour
revenir les joindre , et que le bruit vient même
de se repandre qu'il est déja arrivé dans cette
Isle.
Les Rebelles ont fait publier par son ordre
un Manifeste , dans lequel il entreprend de ré-
pondre au Decret qui le
II. Vol.
eclare Seducteur des
Peuples , Fauteur des troubles , ennemi de la
Republique , et coupable de haute trahison . Il
dit dans ce Manifeste , qu'il ne merite pas les
diverses denominations qui lui sont données
dans
1436 MERCURE DE FRANCE
dans le Decret de la Republique , puisque ce
n'est pas lui qui a suscité les troubles dont la
Corse est agitée , et qu'ils n'ont d'autre source
que les divers mécontentemens que des Habitans
de l'Isle pretendent avoir reçûs des Genois ; que
si ceux-ci avoient eu veritablement à cœur la
tranquillité de cette Isle , ils auroient fait éprou-
ver d'autres traitemens à un Peuple qui ne s'é-
toit soumis qu'à condition que la Republique
seroit fidelle à des Conventions stipulées sous la
garentie de l'Empereur , que pour lui il n'est
venu en Corse qu'après y avoir été apellé par
les Habitans , et que quand il seroit tel que les
Genois pretendent l'insinuer, la Providence ne
feroit en cette occasion à l'égard d'une Na-
tion oprimée que ce qu'elle a fait ci-devant en
faveur de plusieurs autres Peuples , lorsqu'elle
leur a envoyé des Liberateurs , dont on n'avoit
pas lieu d'attendre , d'abord les grands succès
qu'on a vus dans la suite.
Il ajoûte en finissant , qu'en vertu du pouvoir
que la Nation lui a donné , il défend aux Ge-
nois de demeurer en Corse sous peine de la vie ,
et il declare que les Corses ne conclûront point
La Paix avec la Republique , à moins qu'el
le ne renonce à la Possession de leur Isle , et
qu'elle ne leur restitue tout l'argent qu'elle en a
tiré par les impositions.
Les Lettres de Genes du 11. de ce mois, por
tent qu'on n'y a point encore reçu d'avis cer-
tain du retour du principal Chef des Rebelles
dans l'Isle de Corse , mais la plupart des lettres
de la Bastie marquent qu'on croit qu'il y est arri-
vé , parce que le Chanoine Orticone , et quel-
ques autres de ses Adherans se sont rendus pré-
cipitamment à Aleria
IL. Val
ONE
où l'on dit qu'il a de-
barqué,
JUIN.
1737.
1437
barqué. On a apris , par ces Lettres, qu'un déta-
chement d'environ trente hommes de la Garni-
son de la Place avoit tué quelques uns des Ou-
vriers qui travailloient aux Salines retablies par
les Rebeles , et que ces derniers avoient fait di
re à M. Rivarola qu'ils traiteroient les Sujets de
la Képublique avec la même rigueur qu'on trai-
tait les personnes attachées à leur parti. Les mê
mes avis portent que le bruit couroit que le fa-
meux Louis Ciaferri , un des anciens Chefs des
Rebelles étoit mort dans leur camp.
T
Les Lettres du 18. portent que l'inaction dans
laquelle se tiennent les Rebelles de Corse , don-
ne lieu de conjecturer que leur principal Chef
n'y est pas encore revenu , comme on l'avoit
publié. On a apris en dernier lieu qu'il regne
beaucoup de division parmi eux , que leurs dif-
ferends sont souvent suivis de voyes de fait ,
quelquefois de meurtres, mais que remplis d'ani-
mosité dans leurs querelles particulieres, ils sem
blent être toujouts prêts à les oublier et à se réu-
nir , dès qu'il s'agit de leur interêt commun.
Leur obstination à persister dans leur revolte a
déterminé le Senat à attendre des occasions plus
favorables pour les soumettre , et à se contenter
de songer à la conservation des Places qui sont
demeurées sous la Domination de la Republique..
Les Salines d'Aleria , que les Rebelles ont ré-
tablies , sont si abondantes qu'ils comptent d'en
tirer assés de sel , non seulement pour leur con-
sommation , mais encore pour en fournir aux
Etrangers. Ils ont découvert dans une Mine de
Fer , située aux environs d'Alizani , une Mine
qui leur produit beaucoup de ce Metal . Leurs
Chefs ont établi à Orena une Manufacture de
Cuir, par le moyen de laquelle ils seront en étag
II. Vol.
et
de
T438 MERCURE DE FRANCE
de se procurer plusieurs commodités que les
Etrangers leur faisoient acheter fort cher.
Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au
commencement de ce mois , de la détention du
principal Chef des Rebelles en Hollande , don-
noit lieu d'esperer qu'ils ne tarderoient pas à
rentrer dans leur devoir , et que M. Rivarola ,
dès qu'il eut été instruit de la consternation re-
pandue à cette occasion dans leur Camp, leur
fit sçavoir que la Republique leur offroit une
Amnistie generale , et les mêmes conditions qui
leur avoient été accordées ci-devant par la mé-
diation de l'Empereur. Ils auroient peut- être ac-
cepté les propositions de M. Rivarola , si pen
dant qu'ils étoient occupés à déliberer sur le
parti qu'ils prendroient , il n'étoit arrivé à la
Plage d'Aleria deux Officiers , par lesquels leur
II. Vol.
principal
JUIN.
1737.
1435
principal Chef leur donnoit avis qu'à la verité
il étoit arrêté pour dettes à Amsterdam ,
mais
qu'il seroit bientôt mis en liberté , et qu'il ne
tarderoit pas à revenir dans cette Isle. Les assu-
rances données par ces deux Officiers ayant
changé absolument la disposition des Esprits ,
les Rebelles se sont avancés en grand nombre
jusqu'au pied du Glacis de la Bascie malgré le
feu du Canon et de la Mousqueterie , et ils ont
crié aux Sentinelles , qu'ils étoient déterminés à
souffrir plûtôt les dernieres extremités que de
rentrer sous la Domination de la Republique
et que s'ils perdoient leur Chef ,
à recouvrer leur liberté.
•
ils lui trou-
veroient bientôt un Successeur qui les aideroit
Leur aproche a causé une grande allarme
dans cette Ville , mais le grand feu qu'on a fair
sur eux les a obligés de retourner à leur Camp ,
où ils ont emmené sept ou huit Prisonniers qu'ils
ont fait dans un Poste avancé. Quoiqu'ils soient
demeurés dans l'inaction depuis qu'ils se sont
retirés , M. Rivarola a redoublé les Gardes de
tous les principaux Postes , et on travaille avec
d'autant plus de diligence à prendre des mesures
pour s'oposer à leurs entreprises , qu'on a été
informé que leur Chef étoit en chemin pour
revenir les joindre , et que le bruit vient même
de se repandre qu'il est déja arrivé dans cette
Isle.
Les Rebelles ont fait publier par son ordre
un Manifeste , dans lequel il entreprend de ré-
pondre au Decret qui le
II. Vol.
eclare Seducteur des
Peuples , Fauteur des troubles , ennemi de la
Republique , et coupable de haute trahison . Il
dit dans ce Manifeste , qu'il ne merite pas les
diverses denominations qui lui sont données
dans
1436 MERCURE DE FRANCE
dans le Decret de la Republique , puisque ce
n'est pas lui qui a suscité les troubles dont la
Corse est agitée , et qu'ils n'ont d'autre source
que les divers mécontentemens que des Habitans
de l'Isle pretendent avoir reçûs des Genois ; que
si ceux-ci avoient eu veritablement à cœur la
tranquillité de cette Isle , ils auroient fait éprou-
ver d'autres traitemens à un Peuple qui ne s'é-
toit soumis qu'à condition que la Republique
seroit fidelle à des Conventions stipulées sous la
garentie de l'Empereur , que pour lui il n'est
venu en Corse qu'après y avoir été apellé par
les Habitans , et que quand il seroit tel que les
Genois pretendent l'insinuer, la Providence ne
feroit en cette occasion à l'égard d'une Na-
tion oprimée que ce qu'elle a fait ci-devant en
faveur de plusieurs autres Peuples , lorsqu'elle
leur a envoyé des Liberateurs , dont on n'avoit
pas lieu d'attendre , d'abord les grands succès
qu'on a vus dans la suite.
Il ajoûte en finissant , qu'en vertu du pouvoir
que la Nation lui a donné , il défend aux Ge-
nois de demeurer en Corse sous peine de la vie ,
et il declare que les Corses ne conclûront point
La Paix avec la Republique , à moins qu'el
le ne renonce à la Possession de leur Isle , et
qu'elle ne leur restitue tout l'argent qu'elle en a
tiré par les impositions.
Les Lettres de Genes du 11. de ce mois, por
tent qu'on n'y a point encore reçu d'avis cer-
tain du retour du principal Chef des Rebelles
dans l'Isle de Corse , mais la plupart des lettres
de la Bastie marquent qu'on croit qu'il y est arri-
vé , parce que le Chanoine Orticone , et quel-
ques autres de ses Adherans se sont rendus pré-
cipitamment à Aleria
IL. Val
ONE
où l'on dit qu'il a de-
barqué,
JUIN.
1737.
1437
barqué. On a apris , par ces Lettres, qu'un déta-
chement d'environ trente hommes de la Garni-
son de la Place avoit tué quelques uns des Ou-
vriers qui travailloient aux Salines retablies par
les Rebeles , et que ces derniers avoient fait di
re à M. Rivarola qu'ils traiteroient les Sujets de
la Képublique avec la même rigueur qu'on trai-
tait les personnes attachées à leur parti. Les mê
mes avis portent que le bruit couroit que le fa-
meux Louis Ciaferri , un des anciens Chefs des
Rebelles étoit mort dans leur camp.
T
Les Lettres du 18. portent que l'inaction dans
laquelle se tiennent les Rebelles de Corse , don-
ne lieu de conjecturer que leur principal Chef
n'y est pas encore revenu , comme on l'avoit
publié. On a apris en dernier lieu qu'il regne
beaucoup de division parmi eux , que leurs dif-
ferends sont souvent suivis de voyes de fait ,
quelquefois de meurtres, mais que remplis d'ani-
mosité dans leurs querelles particulieres, ils sem
blent être toujouts prêts à les oublier et à se réu-
nir , dès qu'il s'agit de leur interêt commun.
Leur obstination à persister dans leur revolte a
déterminé le Senat à attendre des occasions plus
favorables pour les soumettre , et à se contenter
de songer à la conservation des Places qui sont
demeurées sous la Domination de la Republique..
Les Salines d'Aleria , que les Rebelles ont ré-
tablies , sont si abondantes qu'ils comptent d'en
tirer assés de sel , non seulement pour leur con-
sommation , mais encore pour en fournir aux
Etrangers. Ils ont découvert dans une Mine de
Fer , située aux environs d'Alizani , une Mine
qui leur produit beaucoup de ce Metal . Leurs
Chefs ont établi à Orena une Manufacture de
Cuir, par le moyen de laquelle ils seront en étag
II. Vol.
et
de
T438 MERCURE DE FRANCE
de se procurer plusieurs commodités que les
Etrangers leur faisoient acheter fort cher.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique