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Titre

SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.

Titre d'après la table

SUITE de l'Eloge historique de M. le Pere.

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Incipit

EN étudiant la matière des poids & des mesures tant anciennes que modernes

Texte
SUITE de l'Eloge hiftorique de M. LE
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Soumis par eljorfg le