Titre d'après la table
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne.
Fait partie d'une livraison
Page de début
3
Page de début dans la numérisation
9
Page de fin
12
Page de fin dans la numérisation
18
Incipit
Bienheureux le mortel dont la fertile plume
Texte
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
Langue
Vers et prose
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Est rédigé par une personne
Fait partie d'un dossier