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Titre

DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.

Titre d'après la table

Sixieme Dialogue des choses difficiles à croire.

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83
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100
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Page de fin dans la numérisation
145
Incipit

Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par

Texte
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n

il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Constitue la suite d'un autre texte
Est rédigé par une personne
Soumis par conusm le