Titre d'après la table
Ce qui s'est passé à l'égard d'un Domestique que le Premier Ambassadeur vouloit châtier de quelque faute qu'il avoit commise.
Page de début
268
Page de début dans la numérisation
295
Page de fin
271
Page de fin dans la numérisation
298
Incipit
Comme il est impossible que parmy un grand nombre de
Texte
Comme il eſt impoffible
que parmy un grand nombre
de Domeſtiques, il n'y en
ait quelqu'un qui faſſe quelque
faute , les Ambaſſadeurs
curent ſujet de ſe plaindre
d'un des leurs , & pour cer
effet le premier Ambaſſadeur
fit aſſembler dans fa chambre
les deux autres Ambaffadeurs
, les fix Mandarins ,
& tous ſes Domeſtiques. Aprés
avoir fair une forte re
des Amb. de Siam. 269
montrance , il voulut commencer
le châtiment de celuy
dont il ſe plaignoit. M Torf
l'arreſta , & luy dit , qu'il ne
luyavoit encore rien demandé,
&qu'il le prioit de ne rienfaire
au malheureux qu'il vouloit
punır , ajoûtant , que la faute
qu'il avoit commiſe , n'estoit ny
friponnerie ny autre chose de
cette nature , & qu'elle estoit
pardonnable. Il luydit encore
qu'ils remportoient unefigrande
réputation de France , qu'ils devoient
estre fatisfaits , & ne
point faire d'éclat contre aucun
de leurs gens ,dont perſonne ne
Z iij
270 IV. P. du Voyage
s'estoit plaint. L'Ambaſſadeur
luy répondit , que la réputation
qu'ils remportoient estoit
cauſe qu'ils devoient ſe plaindre
davantage de celuy qu'il
croyoit devoir punir. Si un
Peintre, dit-il, qui aprés avoir
travaillépendant une année entiere
à un beau Tableau auroit
pris plaisir à le finir, voyoit
fonTableau gâté par quelqu'un
deſes gens, qui auroit donné un
coup de broffe au travers, n'auroit-
il pas grand fujet de s'en
plaindre, &de le punir ? Celuy
que je veux châtier à commis
la mesme faute à notre égard.
1
des Amb de Siam. 271
د
ne
Si nous sommes affez heureux
pour remporter de France la reputation
que vous dites
doit- il pas nous eſtre bien facheux
que fur le point de
partir ,aprés avoir fait tout
nous avons pû pour la
ce que
meriter , un miserable vienne
gâter l'Ouvrage que nous avons
achevé avec tant de ſoin ?
Cette réponſe fut admirée ,
& le Coupable ne fut point
puny.
que parmy un grand nombre
de Domeſtiques, il n'y en
ait quelqu'un qui faſſe quelque
faute , les Ambaſſadeurs
curent ſujet de ſe plaindre
d'un des leurs , & pour cer
effet le premier Ambaſſadeur
fit aſſembler dans fa chambre
les deux autres Ambaffadeurs
, les fix Mandarins ,
& tous ſes Domeſtiques. Aprés
avoir fair une forte re
des Amb. de Siam. 269
montrance , il voulut commencer
le châtiment de celuy
dont il ſe plaignoit. M Torf
l'arreſta , & luy dit , qu'il ne
luyavoit encore rien demandé,
&qu'il le prioit de ne rienfaire
au malheureux qu'il vouloit
punır , ajoûtant , que la faute
qu'il avoit commiſe , n'estoit ny
friponnerie ny autre chose de
cette nature , & qu'elle estoit
pardonnable. Il luydit encore
qu'ils remportoient unefigrande
réputation de France , qu'ils devoient
estre fatisfaits , & ne
point faire d'éclat contre aucun
de leurs gens ,dont perſonne ne
Z iij
270 IV. P. du Voyage
s'estoit plaint. L'Ambaſſadeur
luy répondit , que la réputation
qu'ils remportoient estoit
cauſe qu'ils devoient ſe plaindre
davantage de celuy qu'il
croyoit devoir punir. Si un
Peintre, dit-il, qui aprés avoir
travaillépendant une année entiere
à un beau Tableau auroit
pris plaisir à le finir, voyoit
fonTableau gâté par quelqu'un
deſes gens, qui auroit donné un
coup de broffe au travers, n'auroit-
il pas grand fujet de s'en
plaindre, &de le punir ? Celuy
que je veux châtier à commis
la mesme faute à notre égard.
1
des Amb de Siam. 271
د
ne
Si nous sommes affez heureux
pour remporter de France la reputation
que vous dites
doit- il pas nous eſtre bien facheux
que fur le point de
partir ,aprés avoir fait tout
nous avons pû pour la
ce que
meriter , un miserable vienne
gâter l'Ouvrage que nous avons
achevé avec tant de ſoin ?
Cette réponſe fut admirée ,
& le Coupable ne fut point
puny.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Un incident impliquant des ambassadeurs français et des mandarins en Siam est relaté. Un ambassadeur français souhaitait punir un domestique pour une faute. Il convoqua les autres ambassadeurs, les mandarins et ses domestiques dans sa chambre, fit une remontrance et s'apprêta à châtier le domestique. Le mandarin M. Torf intervint, demandant de ne pas punir le domestique, estimant la faute pardonnable et soulignant la réputation des ambassadeurs en France. L'ambassadeur répliqua en comparant la faute à une œuvre gâchée. Torf répondit qu'il était regrettable qu'un incident survienne au moment de leur départ. Sa réponse fut admirée, et le domestique ne fut pas puni.