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Incipit

Prenez-y garde, Madame. Il n'y a rien de si

Texte
RENEZ-Y garde , Ma- dame. Il n'y a rien de ſi propre à me gaſter ,
que les loüanges , &
vous m'en donnez de ſi flateu
ſes , qu'inſenſiblement je pour- ray en eſtre ſéduit. Si cela arri- ve, vous n'y trouverez pas voſtre compte. J'entreray dans une préſomption que vous aurez
Tome VII. A
1 LE MERCVRE
peine à vaincre , & il vous en
couſtera tout au moins des prieres pour ces Lettres dont vous me témoignez faire tant de cas.
Je veux croire que vous en eſtes
contente , parce que vous avez delabonté pour moy; mais quel- que vanité que voſtre approba- tion me donne ; je conferue af- fez de raiſon pour voir que vous cherchez à me payer du foin que je prens de vous envoyer tous les Mois avec les Nouvelles
ordinaires , ce que je puis recou- vrerde plus curieux. Je ne me pique point de les aſſaiſonner de ce tour fin &délicat qui redou- ble le prix des chofes , & vous
perdez vos obligeantes exage- rations , fi vous croyez meper- fuader. Demeurons donc , s'il vous plaiſt , dans les termesdont nous ſommes convenus. Laiſſez4
GALANT... B
moyvous écrire toûjours fans fa- çon ,& ne cherchez dans tout ce que vous recevez de moy,
que les témoignages d'un zele qui me rend plus ſenſible à l'a- vantage de vous fatisfaire , qu'à Peſperance de m'acquerir la ré- putationdebel Eſprit. Il eſt dan- gereux de l'avoir. Elle engage à
unetrop ſevere exactitude , pour ne laiffer rien paroiſtre où l'on n'ait mis la derniere main , &
cette ſujetion ſeroit fâcheuſe pour moyquelameditation em- barraffe,& qui prens toûjours la voye la plus aífée pour fortir d'affaires. Je ne ſçay ſi c'eſt eftre de mauvais goust, mais ce quieft commodemeſemble ſi ſouhaitable par tout , que je ne puis con- damner ceux qui veulent de la commodité dans l'Amour mef- me. Il s'eſt fait une petite Piece
A 2
4 LE MERCVRE
là deffus quimemet encore da- vantage dans leurs ſentimens. Je nevous puisdirede qui elle eſt:
Ellem'a eſté envoyée de Roüen,
avec priere de ne me point infor- mer du nom de l'Autheur. Le
terroir eft bon pour les Vers, &
il n'en vientgueres de méchans
de ce Païs-la. Voyez ſi je me trompe , en croyant ceux-cy af- ſez agreablement tournez pour vous plaire,
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Dans cette lettre, l'auteur exprime son embarras face aux louanges excessives de son destinataire, craignant que celles-ci ne le poussent à la présomption et à une exigence excessive de perfection. Il reconnaît la sincérité de son destinataire mais estime que celle-ci cherche à le récompenser pour les nouvelles qu'il envoie mensuellement. L'auteur refuse de se vanter de son style et préfère rester modeste, affirmant qu'il écrit sans artifice. Il met en garde contre le danger de rechercher la réputation de bel esprit, car cela impose une rigueur excessive. Il avoue préférer la commodité et la simplicité, même en amour. La lettre mentionne également une pièce poétique envoyée de Rouen, dont l'auteur souhaite rester anonyme, et loue la qualité des vers provenant de cette région.
Soumis par delpedroa le