→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre

LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.

Titre d'après la table

Lettre à l'occasion de l'Ecrit sur Ste Cecile,

Fait partie d'une section
Page de début
1081
Page de début dans la numérisation
262
Page de fin
1088
Page de fin dans la numérisation
269
Incipit

Il m'est revenu, Messieurs, qu'une personne étoit d'avis

Texte
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure ,
à l'occasion de l'Ecrit sur fainte Cecile
imprimé dans le Mercure de Fanvier
dernier.
I'
L m'est revenu , Messieurs , qu'une
personne étoit d'avis que la datte que
je donne au culte de sainte Cécile par les
Musiciens , n'est pas assez ancienne , et
que la preuve s'en tire du Tableau de Raphaël où cette Sainte est représentée avec
des Instrumens de Musique. Cette remarque ne m'étonne aucunement ; et là ré
ponse que j'ai à y faire sera courte. Iln'y
a qu'à lire ma proposition telle qu'elf
I.Vol. B vj es t
IOS2 MERCURE DE FRANCE
-
est à la page 26. de votre Journal de
Janvier. La voici : Ce n'est que depuis un
siécle , ou un peu plus , que les Musiciens
se sont réunis à choisir Ste Cecile pour leur
Patrone. Je ne dis pas que ce n'est que depuis un siécle ou un peu plus qu'on a
commencé àvoir dés vestiges de ce choix
fait par les Musiciens de quelque Eglise
particuliere ou de quelque Province; mais je dis que c'est seulement depuis un siécle , ou un peu plus , que la réunion s'est
faite généralement sur sainte Cécile. A la
page 28. je laisse entre voir que mons
sentiment est, que ç'a été d'abord en Italie qu'on a commencé à regarder sainte
Cécile comme Patrone de la Musique. Je
le dis , à la vérité , sans citer ma preuve ;
mais cette preuve en elle- même , n'a jamais été autre que le Tableau de Ra--
phaël , sur lequel j'ai fondé ma conjecture. Tableau qui a deux cens ans d'antiquité , comme tout le monde sçait. Je ne
fixe donc point d'époque pour le commencement de ce choix , mais seulement.
pour la réunion du Corps des Musiciens ,
répandus dans les Eglises Cathedrales d'Occident. C'est un choix qui a eu ses
progrès peu à peu, et qui n'a été parfai- tement consommé que depuis cent ans ou
environ. Au reste , si l'idée de Raphaël
I.Vol est
JUIN 173 2. 1083
est de lui , il faut avoiier qu'il a donné
occasion aux Graveurs d'encherir dans ce
genre d'imagination..
On commence de nos jours à ne plus
voir Ste Cécile simplement ravie en admiration devant le Clavier d'un Jeu d'Orgues on s'avise de la représenter encore
jouant de la Basse de Violon. C'est dans :
cette attitude que je l'ai vûë dans une
Estampe , gravée par Chiquet, qui étoit
exposée icy en vente ces jours derniers , à
la Boutique de ces Imagers de Basse-Normandie qui parcourent tout le Royaume.
Qui doute , après cela , qu'on ne la voye
bien-tôt representée joüant du Basson ou
même du Serpent ? S'il est vrai qu'en Ita---
lie les Religieuses d'un certain Monaster
re chantent du Contre- point et un Fauxbourdon complet dans leur Choeur ; rien
n'empêche de croire qu'on y joue aussi
du Serpent : et cela peut servir à rendre
probable l'opinion que Ste Cécile en aura
joué de son temps. Mais sans trop m'ar
rêter aux imaginations des Peintres,à qui
tout est permis , et pour vous marquer
je suis de bonne foy, et que je ne
demande qu'à être instruit , je vous prie ,
Messieurs de vouloir bien vous faire informer si à Albi , dont l'Eglise Cathér
drale est du Titre de Ste Cécile , il n'y
que
تو
1.Fol. auroit
1084 MERCURE DE FRANCE
auroit point de preuves du choix en question qui fussent antérieures au siécle de
Raphaël ; auquel cas ce seroit la France
qui auroit donné l'origine à cette dévotion , comme à certaines autres.
Quoique les Italiens passent pour ai-
´mer passionnement la Musique , il y en
a qu'il faut excepter ; témoin ce qu'on lit
de Dominique Capranica , qui étoit Cardinal sous Nicolas V. c'est- à- dire, au miiieu du quinziéme siécle. Les Musiciens
d'Italie pouvoient être sujets alors à des
imperfections , que n'avoient pas ceux de
France. Mais je veux que l'abus ait été général en ce temps- là ; il ne doit pas en résulter qu'il ait dû toujours durer. Ainsi l'on peut trouver du bon dans ce que le
CardinalCapranica désaprouvoit, et dont
il fit au Pape une raillerie si piquante.
Outre que l'articulation et la prononciation se rendent intelligibles de leur côté ,
autant qu'il dépend d'eux ; j'ai trouvé
plusieurs Musiciens assez sensez et assez
traitables , pour tomber d'accord , que le
choix de Ste Cécile , en qualité de Patro
ne de la Musique , n'est pas le plus heureux du monde , et que l'on s'est servi là- dedans comme les Moutons se servent les
uns aux autres : Sicut ovis over. J'en ai
(a ) Baluz. Tom. III. Miscellan. pag. 290.
I. Vol.
vû.
JUIN. 17320 1085
vû quelques- uns de la Ville de Tours qui
m'ont avoué que leur vûë avoit été sur
S. Odon de Cluny ; et cela avant qu'ils
eussent lû l'Ecrit que j'ai publié à ce su
jet. Je ne me flattois pas de trouver tant
de docilité ni de bon goût dans des Musiciens de Province.
La déclaration que j'ai faite de l'attachement que j'ai pour la Musique,à l'exemple du Cardinal Bona , ne préjudicie en.
rien aux interêts que j'ai de dire la vérité.
J'ai laissé à comprendre que la Musique
est une science dont on peut abuser ; er
on en abuse souvent que trop. Il ne me
convient pas de faire icy un Traité sur
cette matiere ; on pourra voir quelque
jour ce que j'en ai dit dans mon Commentaire sur la Constitution de Jean
XXII. Docta Sanctorum Patrum , où je me
suis fort étendu ; et sans m'expliquer plus.
au fond sur ce que Dom Mabillon en
pense touchant la difference qui est entre
les François et les Allemans , en fait de
chant difference qu'il met en ce que ces
derniers font consister la dévotion dans
un grand fracas de Musique et d'Instru
mens; ce qu'en France on regarde comme
un obstacle à la dévotion; que nos Galli ,
dit-il , pietatis impedimenta reputamus (a).
( a ) Mabill. Iter Germanic. pag. 21 et 22.
1. Vol.
Je
108 MERCURE DE FRANCE
je me contente pour le présent d'un seul '
exemple : c'est l'application de la Musique à récits et à répetitions sur le Sym
bole de Nicée. Je connois une Eglise illustre où l'on a réformé très - sagement
cet usage , et où l'on a remis la récitation de cette Partie de la Liturgie en
pur Plain chant. On est persuadé dans
cette Eglise , sans faire tort à la Musi
que , qu'elle n'est venuë qu'après coup
et que , pour ainsi parler , elle n'est que
la cadette ; qu'au contraire le Plain - chant
est le plus ancien en datte , et qu'il doit
jouir du droit d'aînesse.
On l'a donc rétabli dans ses droits sur
cet article ; et l'Eglise qui en a agi ainsi
est dautant plus loüable en cela , que
presque toutes les fois que la récitation
du Symbole s'y fait , l'usage est de tems
immémorial d'y présenter pendant ce
tems là le Texte de l'Evangile à baiser à
tout le Clergé, en sorte que les paroles
et l'action sont parfaitement d'accord en
cette occasion. On y voit , ou plutôt on
y entend le Chanoine comme le Semiprébendé, l'homme simple commel'hom
me lettré , le vieillard comme le jeune
le foible comme le fort , le laïque comme
L'Ecclésiastique , le peuple aussi-bien que
les-Musiciens , tous généralement mêler
I. Vol. leur
'JUIN. 17325 1087™
leur voix en commun pour l'acquit de la
Profession de foy , et l'on ne voit se séparer de ce Concert admirable et digne
des premiers temps , que ceux qui gouteroient davantage que cette Profession da
foy se fit par commission ou par procu
ration , ou bien ceux qui ne peuvent pas
s'accoutumer à une prononciation distincte de ce qu'ils chantent ; et ceux - là
sont en très- petit nombre
à
Si les Eglises où il y a. Musique quoti
dienne peuvent l'abolir entièrement ,
comme celle de Sens l'a fait autrefois ;
soit par le manque de sujets ,, soit par
la difficulté d'en trouver de tels que les
Canons les demandent ; elles peuvent
plus forte raison la supprimer à l'égard
de quelques parties seulement de l'Office
où elle convenoit moins , pour la transporter sur d'autre où elle sera mieux. placée.Les Musiciens dépouillez de tout préjugé n'ont pû se refuser à l'équité de ce
transport , ils sont tombez d'accord que,
par exemple , la Musique et le Fauxbourdon conviennent mieux au Cantique Te
Deum , qu'au Credo ; et je ne doute pas ,
Messieurs, que vous qui en connoissez
de très-celebres à Paris et ailleurs, ne leur
fassiez avoüer facilement la même chose.
Il semble que les personnes qui sont du
I. Vol. senti
1088 MERCURE DE FRANCE
sentiment contraire , peuvent être regar
dées comme du nombre de celles que
l'Ombre de M. Thiers combat si vivement dans le Mercure de Juin 1731.
second Volume , aux pages 1441. et 1442.
Je vous en fais les Juges , et je suis , &c
Ce 25. Avril 1732.
Signature

Ce 25. Avril 1732.

Genre
Collectivité
Faux
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
L'auteur répond à une critique concernant la datation du culte de sainte Cécile par les musiciens. Il affirme que ce culte s'est généralisé il y a environ un siècle, bien que des vestiges plus anciens puissent exister. Cette dévotion aurait probablement commencé en Italie, comme le suggère un tableau de Raphaël datant de deux cents ans. L'auteur ne fixe pas d'époque précise pour l'origine de ce culte, mais souligne que la réunion des musiciens autour de sainte Cécile s'est faite progressivement et s'est généralisée depuis un siècle. L'auteur observe des représentations modernes de sainte Cécile jouant divers instruments, comme la basse de violon, et s'interroge sur la possibilité qu'elle ait joué d'autres instruments comme le basson ou le serpent. Il demande aux rédacteurs du Mercure de France de vérifier s'il existe des preuves antérieures au siècle de Raphaël à Albi, ce qui pourrait indiquer que la dévotion est d'origine française. L'auteur discute également des imperfections des musiciens italiens au quinzième siècle et de l'avis de certains musiciens français qui trouvent le choix de sainte Cécile comme patronne de la musique peu heureux. Il mentionne sa propre déclaration d'attachement à la musique et son abus potentiel, citant des exemples de réformes dans certaines églises où la musique a été supprimée ou modifiée pour des raisons de dévotion. Enfin, il compare les pratiques musicales entre les Français et les Allemands, notant que les Français considèrent un grand fracas de musique comme un obstacle à la dévotion, contrairement aux Allemands. Il conclut en soulignant l'importance de la prononciation distincte et de la participation collective lors de la récitation du Symbole de Nicée.
Est adressé ou dédié à une personne
Est probablement rédigé par une personne
Soumis par delpedroa le