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Référence

RAPHAËL Paul, « Panckoucke et son programme de journal officiel en 1789 », La Révolution française. Revue d’histoire moderne et contemporaine publiée par la Société de l’histoire de la Révolution, t. 64, 1913, p. 216-219.

Référence courte
Raphaël 1913
Type de référence
Texte
PANCKOUCKE
ET SON
PROGRAMME DE JOURNAL OFFICIEL
EN 4 789
En 4789, Panckouoke était propriétaire à la fois de la
Gazette de France, qui, en dehors des nouvelles de
l'étranger, était uniquement consacrée aux informations
officielles, et du Mercure de France, « dédié au roi »,
auquel était annexé le Journal de Bruxelles. A partir de la
réunion des États généraux, les rédacteurs du Mercure ne
rappellent la nécessité d'une réforme financière que dans
le but de battre en brèche les idées favorables à l'établissement
d'une constitution (1).
(1) Mercure de France (Bibl. nat., Le2 39) numéro du 23 mars, p. 152.
Il n'en avait pas toujours été ainsi. Pendant la période qui va du
1er janvier 1789 à la réunion des Étals généraux, les rédacteurs du
Mercure ne sont pas tous politiquement d'accord. Dans un article du
24 janvier 1789 (p. 166), Mallet du Pan, quoique partisan d'un gouvernement
représentatif, estime qu'il serait dangereux de transporter intégralement
la constitution anglaise dans un autre pays. Plus hardi, Lenoir
de Laroche, avocat au Parlement, rendant compte, le 11 avril (p. 65-67],
des observations de Mounier, secrétaire des Etats du Dauphiné et futur
député aux Etats généraux, l'approuve de se prononcer en faveur de la
création d'une constitution et pour le vote par tête; mais comme
Mounier préconise le système de deux Chambres, l'une composée de
représentants de la nation, l'autre de nobles et de hauts magistrats
Lenoir déclare qu'une Chambre héréditaire est suspecte de partialité.
On sait qu'en novembre 1789, l'ancien ami des Encyclopédistes
fonda la Gazette, nationale ou le Moniteuruniversel
qui était favorable aux idées de la Révolution. Mais il ne
semble pas qu'on ait signalé la tentative que rit Panckoucke,
dès le mois de mai 1789, pour créer un journal
officiel des Etats généraux.
Dans la séance tenue par le Tiers état le 23 de ce mois,
nous savons par un journal qu'une adresse signée de
Panckoucke fut lue à 1'A.ssemblée.
(Jette adresse était ainsi conçue
A nos seigneurs des Etais généraux,
Le sieur Charles-Joseph Panckoucke, informé que les Etats
généraux sont dans l'intention de faire paraître un journal de
leurs opérations, et de le publier par la voie de tel libraire ou
imprimeur qu'ils voudraient agréer, il serait très flatté d'obtenir
leur suffrage. Il a l'honneur de leur exposer que, depuis longtemps,
il est chargé du Mercure, et du Journal Politique, sous le
nom de Genève, et depuis deux ans de la Gazelle de France;
que le nombre des souscripteurs de ces différents journaux
s'élève à plus de vingt mille (1) que ces (sic) bureaux sont
montés pour cette nature dé service, et qu'il a une correspondance
illimitée dans toutes les parties du Royaume.
Les charges qu'il supporte sont peut-être aussi dans le cas
de mériter quelques égards. Les redevances qu'il paie au Gouvernement
sont un objet de cenl cinquante mille livres annuellement
(2), sans compter pareille somme acquittée par abonnement
à la poste et aux auteurs.
Le sieur Panckoucke offre de faire paraître, d'après les
ordres des Etats, les actes et procès-verbaux de l'Assemblée
nationale telles (sic) qu'eux-mêmes les feraient remettre, et dans
la forme qui lui serait prescrite. Le sieur Panckoucke observe
(1) Au moment de la Révolution, le Mercure comptait quinze mille,
abonnés, (Tourneux. t. Il, p. 490, n° 10191.)
(2) Panckoucke exagère. Le produit de la redevance qu'il dut payer
pour la Gazelle « fut, du Ie'1 janvier 178" à US9, de 20 h 23.000 livres »,
iTiiurneux, l. Il, p. 483, n° 10190), suit, par an, de 10 à 12.500 livres. Si
l'un y ajoute 40à 4ï. 000 livres pour « le privilège du Journal t/e Genève et du
Journal de Bruxelles, réunis au Mercure » (Tourneux. ibi/l.), on arrive
au total de 50 à 51.500 livres.
que le Mercure de France, le plus ancien des journaux fut. eu
1614, le dépôt des principaux actes, «les Etats généraux (1;
qu'il est encore consulté aujourd'hui à cause de l'authenticité
de ses rapports; que d'ailleurs lès redevances de ce journal.
ainsi que celles de la Gazette, sont, en grande partie, employées
à récompenser des Auteurs et des Citoyens d'un mérite ifconnu.
Le sieur Panckoncke se propose de joindre aux trois journaux
dont il est propriétaire, celui des Etats généraux, moyennant
un supplément de souscription très modéré. Cette disposition
serait avantageuse au public, et elle n'empêcherait pas l'impression
d'un journal consacré uniquement au récit des opérations
de l'Assemblée. Il pourrait paraître trois fois la semaine.
et plus souvent si telle était l'intention des Etats. Le sieur l'anckouuke
se chargerait de tous les frais et ne négligerait rien
pour satisfaire l'empressement du public et répondre aux
désirs et aux volontés des Etats généraux (2).
La proposition de Panckoucke ne fut pas agréée. Le
moment était peu favorable. Par deux fois, en effet, la
majorité du Tiers état avait repoussé une motion tendant
à faire imprimer les comptes rendus officiels de ses
séances. (3), pour ce motif « qu'il ne fallait pas décréter,
avant d'être constitué, ce que l'on ferait lorsqu'on serait
constitué » (4). Aussi l'adresse de Panckoucke n'eut-elle
pas de suite.
!1) C'est le Mercure français, « sorte d'annuaire historique » et non le
Mercure de France, qui rendit compte des Etats généraux de .1614.
D'après Hatin, Bibliographie, p. 27, « il n'y a aucune espèce d'identité
entre ces deux publications ». Au reste, le Mercure galant de 1672 ,'Bibl.
nat. Le2 3'!}, devenu plus tard le Mercure de France, ne se présente nullement,
dans son premier numéro, comme étant la suite du Mercure français
(Bibl.nat.Lb3" 7).
(2] Ce document est extrait du journal intitulé Assemblée nationale,
séance du 23 mai (Bibl. nat., Le2 2235). Ce journal est très nettement
favorable aux idées nouvelles.
(3) Séances des 20 et 23 mai 1789 [Poinl-du-Jour,p. 121-129, Le' 142, et
Assemblée nationale). La motion avait été présentée parLaborde-MéréTille,
député du bailliage d'Étampes.
{i) Poinl-du-Jour, p. 128 (séance du 20 mail
C'est alors qu'il créa, le 28 mai (1), le bulletin inliUilé
Etats généraux (2), annexe de la Gazette de France, qui
rendait compte des événements dans un sens favorable
aux idées nouvelles, mais qui n'avaiL aucun caractère
officiel.
Paul Raphaël.
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