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Référence

DASPIT DE SAINT-AMAND, « Le Mercure de France sous la direction Panckoucke », Le Moniteur du bibliophile, 2e année, no 9, 1er novembre 1879, p. 257-267.

Référence courte
Daspit de Saint-Amand 1879
Type de référence
Texte
LE
Moniteur du Bibliophile
2e Année — g - i" Novembre 1879
LE MERCURE DE FRANCE
SOUS LA DIRECTION PANCKOUCKE
e Mercure de France était, sans contredit, il y a un siècle, le journal le plus répandu et le plus apprécié des lettrés de Paris et de la province. Fondée en 1672 par de Visé (i),sous le titre de Mercure galant et sur un plan ingénieux qui lui attira tout d’abord de nombreux abonnés, cette revue périodique subit des fortunes diverses en passant par les mains de
Dufresny (1710), de Lefèvre (1714), de l’abbé Buchet (1717),
(1) Donneau de Visé issu d’une famille noble; fut d’abord destiné à l’état ecclé- si astique. 11 y renonça de bonne heure pour se livrer, sans contrainte, à son goû t pour la littérature. On peut le considérer comme le créateur du Journal exclusivement littéraire, la paternité du journalisme politique appartenant au médecin
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d'Antoine delà Roque (1721), de Boissy (1754) et de Marmontel (1758) (1). Durant cette longue période, le Mercure galant changea plusieurs fois de titre. Sous l’abbé Buchet il s’appela le Nouveau Mercure pour devenir le Mercure tout court sous la direction d'Antoine de la Roque, associé avec Dufresny et FuRelier (2).
Théophraste Renaudot. La création du Mercure galant donna une très grande importance à de Visé. Louis XIV le gratifia d’une pension de 5oo écus et d’un logement au Louvre. Comme auteur dramatique on cite ses Diversités galantes; la Veuve à la Mode, comédie en cinq actes; ['Embarras de Godard ou VAccouchée, comédie en un acte; tes Amours de Vénus et cfAdonis, tragédie à machines, la Devineresse ou les Faux enchanteurs, comédie en cinq actes, etc.......
(1)
Dufresny a beaucoup écrit pour 1e théâtre. Ses principales pièces sont : la Noce interrompue; 1e Faux honnête homme; le Jaloux honteux de létre, etc... Son plus beau titre auprès des amis des belles-lettres est d’avoir inspiré à Montesquieu les Lettres persanes par ses Entretiens sérieux et comiques.—Lefèvre de Fontenay, auteur du Journal du Voyage et des Aventures de VAmbassadeur de Perse en France et du Journal historique de la dernière maladie, de la mort, des obsèques de Louis XIV et de Vavènement de Louis XV à la couronne. (Paris 1715, in- 12). —Antoine de la Roque a composé plusieurs opéras, ainsi que deux tragédies en cinq actes : Médée et Jason et Théonée, qu’on a attribuées, à tort, à l’abbé Pellegrin. — Louis de Boissy embrassa la carrière littéraire après avoir porté quelque temps l’habit ecclésiastique. Il débuta par une satire en vers et en prose : V Élève de Ter- psichore ou le Nourrisson des Muses, et il s’adonna au théâtre. Il a fait jouer quarante-trois pièces dont une tragédie, quelques opéras comiques et autant de comédies-hérolques, la comédie intitulée : les Dehors trompeurs ou VHomme du Jour est son chef-d’oeuvre. Le Prix du Silence, comédie en trois actes, dédiée à la marquise de Pompadour, lui ouvrit les portes de l’Académie. Il y remplaça Destouches (1754), et obtint, en cette même année, le privilège du Mercure où il s’enrichit. C’est alors que les Contes moraux de Marmontel commencèrent à paraître dans ce recueil. Marmontel, comme de Visé, comme de Boissy et beaucoup d’hommes supérieurs de cette époque, aspira d’abord à la vie cléricale et reçut même la tonsure à Toulouse. La littérature l’enleva, lui aussi, à l’Eglise. Sa pièce de début fut une tragédie, Denys le tyran, jouée à la Comédie-Française. Son bagage littéraire est connu de tout le monde au même titre que les ouvrages des écrivains les plus célèbres du xvm* siècle. Il succéda à de Boissy au Mercure et y aurait trouvé une mine d’or comme son prédécesseur sans une imprudence qui le fit écrouer pour quelques jours à la Bastille.
(2)
Louis Fuçelier a fait représenter des pièces à la plupart des théâtres : Comédie- Française, Opéra, Théâtre-Italien, Opéra-Comique et Marionnettes. 11 a eu l’honneur de collaborer avec Rameau. A la mort de de la Roque, la moitié du privilège du Mercure de France fut adjugée à Fu^elier.
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Admis à Fhonneur d’être lu par le Roi, le vieux journal de de Visé, régénéré par le contact royal, s’appela, trois ans après (1724.) le Mercure de France, et prit un tel essor que le gouvernement imagina de battre monnaie avec ce succès. La direction de cette publication fut alors recherchée à l’égal d’une grasse prébende que l’on n’octroyait qu’au plus offrant et dernier enchérisseur. Après la déconfiture du libraire Lacombe (1), qui avait succédé à Mar- montel, un autre libraire, Charles-Joseph Panckoucke (2), obtint le brevet du Mercure de France (1777) et en porta la vogue à son apogée. Cette Revue pénétrait partout, chez le roturier comme chez le noble, dans les salons de l’aristocratie aussi bien que dans le modeste intérieur de la bourgeoisie, charmant également et la Cour et la Ville. La Province, avide d’informations et de nouvelles — chose rare alors — en était particulièrement friande. Aussi n’est-il pas rare de trouver, encore aujourd’hui, des numéros dépareillés du Mercure oubliés, depuis cent ans, au fond de quelque meuble vermoulu relégué dans les combles de nos vieilles habitations. Les marges de ces feuilles vénérables portent parfois les réflexions et les remarques des lecteurs de ce temps-là, qui pouvaient, d’ailleurs, à leur heure et chacun suivant ses aptitudes, collaborer au journal. Les pages du Mercure de France étaient ouvertes à toutes les plumes de bonne volonté. A l’abri de cette charmante hospitalité, les coeurs sensibles soupiraient à leur aise leurs confidences. Ma-
(1)
Jacques Lacombe» beau-père de Grétry, d’abord avocat, renonça au barreau pour se faire homme de lettres et libraire. Il a laissé un grand nombre d’ouvrages : Mémoires, Opéras, Études historiques,Dictionnaires, etc...
(2)
Charles-Joseph Panckoucke représente la seconde génération d’une lignée de libraires-éditeurs dont la filiation s’est conservée jusqu’à nos jours. Il édita un grand nombre d’oeuvres; les plus considérables sont : les OEuvres deBuffon (in-4° et in-12); le Répertoire de Jurisprudence (27 vol. in-40); le Voyageur français, de La Porte (3o vol. in-12); le Grand vocabulaire français (3o vol. in-40), etc... Panckoucke ne se borna pas au rôle d'éditeur; il fut lui-mcmc écrivain. Il a laissé : un Traité historique et pratique des changes ; une Traduction libre de Lucrèce une Traduction de la Jérusalem délivrée; le Discours philosophique sur le beau, etc... Au début de la Révolution, le 26 novembre 178g, il fonda le Moniteur qui devint, bientôt après, l’organe officiel du gouvernement.
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drigaux, élégies, épîtres amoureuses, bouquets pleuvaient chez Panckoucke, Breveté du Mercure, qui ne les insérait, cependant, qu’après les avoir fait passer sous les yeux des Gens de Lettres qui formaient sa rédaction (i).
Cette circonstance seule suffirait à expliquer l’engouement général s’il n’était justifié par les améliorations que Panckoucke avait apportées dans la composition de son journal et dans le choix de ses rédacteurs. Le Mercure de France était composé, comme l’ancien Mercure, d’une ou deux pièces de vers, épître, fable ou épigramme ; d’un conte « quand on pouvait s’en procurer d'assez bons (2), » ou de quelques pièces fugitives, en prose ; de FEnigme et du Logogriphe, qui étaient, pour ainsi dire, le cachet du Mercure et très appréciés de la Province ; de charades, de bouts-rimés et d'épitaphes qui s’y glissaient de temps en temps ; de chansons ; de romances et d’a» rs tirés des opéras en vogue avec l’annotation ; de sermons ; de plaidoyers; du compte-rendu des procès retentissants ; des Jugements critiques sur les ouvrages nouveaux ; de quelques articles d’ArZ ; de la communication des Inventions et des Découvertes; de la Revue des Spectacles : Académie Royale de Musique, Comédie-Française,Comédie-Italienne «partie qui a toujours été traitée avec soin et chine manière distinguée (3) ; d’/lm particuliers concernant la Musique, l’iconographie, les produits de l’industrie ; de FAnnonce de livres nouveaux et de Notices.
Un supplément au Mercure d’une certaine étendue (4), exclusivement consacré à la publication des Prospectus et Avis particuliers de la librairie, venait parfois élargir le cadre du journal de Panckoucke. La partie littéraire du Mercure n’étant composée
<i) « Comme ce journal est véritablement composé par une Société de gens de « Lettres, le sieur Panckoucke, Breveté du Mercure, se charge de leur faire par» « venir les articles qui lui auront été remis chacun Suivant leur partie. » (Prospectus de Panckoucke.)
(a) Prospectus de Panckoucke.
(3)
Prospectus de Panckoucke.
(4)
Le Supplément au Mercure du 27 janvier 1787 contient 24 pages.
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que de deux feuilles on ne pouvait y parler que .très imparfaitement des ouvrages scientifiques et artistiques. Au moyen de la feuille supplémentaire il fut possible, dans le Prospectus, de s’étendre particulièrement sur ces objets. Les frais d’insertion pour deux pages revenaient à 42 livres, 4 pages : 84 livres (1), etc... Outre le prix ci-dessus, on devait donner au rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres nouveaux annoncésdanschaqueProspec/as.
Quand il s’agissait d’un ouvrage de l’importance de VEncyclopédie méthodique, ouvrage qui, à l’aide de différentes combinaisons, ne devait coûter aux souscripteurs que le tiers du prix de la première édition in-folio, le Mercure de France du 8 décembre 1781 consacrait toute sa première partie — en doublant le nombre des pages — à l'analyse approfondie de cette nouvelle édition (2), sans préjudice de VEpigramme, de ï Enigme et du Logogriphe qu’on était toujours tenu de servir à l’abonné.
A ces matières déjà si variées Panckoucke ajouta une partie d'une importance capitale. Il réunit au Mercure de France le Journal Politique de Bruxelles. C’est sous ce titre que se traitaient les questions politiques du temps qui n’avaient aucun rapport, ai-je besoin de le dire, avec nos polémiques irritantes. Le journalisme, alors dans son enfance, avait tout le charme, l’innocence et l’amabilité du premier âge. La politique du Mercure de France ne visait pas à donner des leçons au Pouvoir, à ébranler le Trône et, au besoin, à le renverser. Inutile d’ajouter qu’on n’aurait pas toléré ces tentatives qui eussent abouti à la suppression du brevet et à
(1)
Pour l’insertion et le payement on s’adressait à M. Moutard.
(2)
Encyclopédie méthodique, ou par ordre de matière, par une Société de gens de lettres, de savants et d'artistes, etc..., publiée en deux formats, à trois colonnes, quarante-deux volumes de Discours et sept volumes de Planches^ et in-8° à deux colonnes, en quatre-vingt-quatre volumes de Discours et sept volumes de Planches... On avait joint à la fin de ce numéro une feuille dont le recto figurait une page in-40 et le verso deux pages in-8® comme les modèles exacts du format, du caractère et des justifications des deux éditions. On ne s’étonnera pas de cette réclame quand on saura que l’éditeur de 1 Encyclopédie méthodique n’était autre que Panckoucke.
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une lettre de cacher à l’adresse de Panckoucke. Les articles touchant à cette matière auraient paru insipides à nos palais blasés; mais, en dépit de l’insignifiance des faitsetdu manque de couleur des idées, qui étaient déterminées d’avance et soumises préalablement au ministre, cette innovation eut un succès énorme et attira une nouvelle couche d’abonnés au Mercure. Le journal politique jouissait de la même liberté que les autres galettes étrangères ayant le droit de circuler dans le royaume (i), ce qui ne signifie pas que les limites en fussent bien larges. Pouvait-on pressentir dans cet embryon informe la Presse telle qu’elle est constituée aujourd’hui avec ses privilèges, ses franchises et son influence universelle qui en font la véritable souveraine du monde moderne!
Cependant, le journal politique., en publiant avec une exactitude scrupuleuse, beaucoup de détails et de fidélité un résumé de tout ce que les Galettes de l’Europe contenaient d’important, de curieux, en un mot toutes les pièces dignes d’être transmises à la postérité (p), rendait au public un service inconnu jusqu’alors. Souvent même il précédait ces Galettes; plusieurs Correspondances établies aux frais du journal lui fournissaient, dans le plus bref délai possible, un grand nombre de faits qu'on aurait vaine-- ment cherchés ailleurs (3). Outre les Nouvelles de Constantinople, de Pétersbourg, de Copenhague, de Vienne, de Madrid, de Londres, etc... le Journal politique donnait, sous la rubrique de France et les subdivisions: i° De Versailles, 2° De Paris, une intéressante chronique de l’intérieur comprenant : les Promotions et Nominations ; les Baptêmes, Mariages et Décès des personnages de haut rang ; les Arrêts, Édits, et Déclarations ; les Annonces des Académies de Paris et de la province ; les Causes célèbres, Anecdotes, Evènements publics et particuliers. On y lisait aux Articles extraits des Papiers étrangers qui entrent en France, les nouvelles dont on ne pouvait garantir l’authenticité,
(1)
Prospectus de Panckoucke.
(2)
Prospectus de Panckoucke. î?) Prospectus de Panckoucke.
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et à V Article de Bruxelles les communications les plus piquantes et les plus fraîches (i).
Les nouvelles de la guerre, surtout, étaient attendues avec impatience et lues avec avidité. On traversait alors la phase la plus terrible de la lutte si imprudement engagée contre l’Angleterre par Louis XVI, allié à l’Espagne et à la Hollande. Le but de cette guerre — personne ne l’ignore — était d’aider les insurgents américains — comme on appelait les colons anglais de l’Amérique du Nord révoltés contre l’Angleterre — à secouer le joug de la mère- patrie. La Fayette et Rochambeau, suivis d’une foule d’officiers appartenant aux premières familles de la noblesse, étaient allés mettre leurs épées ainsi que l’or et le sang de la vieille monarchie française au service de Washington pour fonder la république des États-Unis, expédition impolitique dont la France n’a jamais retiré le moindre profit et qui fut une des principales causes de la chutede LouisXVI. Chaque numéro du Mercure faisait connaître le mouvement des flottes, indiquait leurs marches et racontait les actions glorieuses — victoires ou défaites — de la marine française et des encadres combinées de France et d’Espagne dans leurs rencontres avec les Anglais. On y trouvait aussi la liste des morts et des blessés. La mention: Le Gouvernement a reçu et fait publier aujourd'hui les nouvelles suivantes de la....., en date du....., qui
précédait, presque toujours, ces échos de la guerre leur prêtait un caractère officiel. Comme complément de renseignements, on imprimait sur la couverture du journal la nomenclature des vaisseaux conquis sur les Anglais par les Français, les Espagnols, les Hollandais et les Américains aussi bien que l’état exact des prises faites par les Anglais sur ces différentes nations.
Mallet du Pan fut chargé de la rédaction de la partie politique du Mercure et eut un tel succès que Panckoucke lui donna un traitement d’environ 8,000 livres. Le reste de la besogne se distribuait entre l’abbé Raynal, qui traitait des questions philosophiques;
(1) Prospectus de Panckoucke.
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Marmontel, qui continuait la publication de ses contes moraux ; Suard, investi de la haute critique et Laus de Boissy dont la collaboration se reconnaît facilement à ses productions : contes, épi- grammes, etc.... De Chamois s'acquittait avec autorité de la critique théâtrale. Quelques études littéraires portent parfois la signature de Mallet du Pan (i). Quant aux petites pièces de vers réunies dans les premières pages du Mercure sous la dénomination collée-
(i) Mallet du Pan se jeta de bonne heure dans la vie tourmentée du journaliste et devint fort jeune le collaborateur de Linguet pour ses fameuses Annales politiques et littéraires publiées à Londres. Bien que né à Genève et fils d’un pasteur % protestant, il se déclara partisan de la monarchie et combattit la Révolution dans ses écrits. Il servit d’intermédiaire à Louis XVI dans ses rapports avec les coalisés avant la journée du io août. Ses ouvrages les plus connus sont : Discours sur VÉloquence et les systèmes politiques; Considérations sur la Révolution de France et les causes qui Ventretiennent, etc... Son talent fut un des principaux éléments de succès du Mercure de France.— L’abbé Raynal, après avoir été ordonné prêtre à Pézénas, se rendit à Paris où il ne tarda pas à déserter le service des autels pour devenir l’ami d’Helvétius, de d’Holbach et de Diderot. Admis au nombre des rédacteurs du Mercure il se fit bientôt connaître dans le monde des Lettres. La seconde édition de son célèbre ouvrage : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes publiée en 1780 et signée de son nom lui attira la colère de Louis XVI. Forcé de passer à l’étranger, il rentra en France en 1787 et représenta le Tiers-État de Marseille aux États- Généraux de 1789.—Suard était le beou-frère de Panckoucke; il entra à l’Académie en 1772, le même jour que Jacques Delille, et fut nommé censeur théâtral en 1774. On a de lui Variétés littéraires ou Recueil de Pièces tant originales que traduites (4 vol. in-12); Mélanges de littérature (5 vol. in-8°); Clytemnestre, opéra (avec Arnaud) musique de Piccini, etc., plusieurs traductions d’ouvrages anglais, entre autres V Histoire de Charles Quint, par Robertson (2 vol. in-40) et un grand nombre d’articles de journaux.—Laus de Boissy n’a aucune parenté avec l’auteur des Dehors trompeurs. Laus était le seul nom qu’il tint de son père, le reste est de son invention. De la même école que Dorât, il tournait agréablement un conte et une épigramme. 11 a écrit un nombre considérable de pièces de théâtre parmi lesquelles on peut citer : le Carnaval des fées, comédie; le Double déguisement, opéra comique; les Époux réunis, comédie;le Prisonnier deVAmour, drame, etcLevacher de Chamois collabora successivement au Journal des Théâtres, au Mercure et au Modérateur. 11 s’occupait surtout de critique théâtrale. Après le 10 août ses opinions royalistes le firent emprisonner à l'Abbaye où il périt lors des massacres de septembre. On connaît de lui : Esope à la Foire, comédie en un acte et en vers; Costumes et Annales des grands théâtres de Paris, avec figures au lavis et coloriés (7 vol.); Recherches sur les costumes et sur les théâtres de toutes les nations (2 vol.).
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tive de Pièces fugitives en vers et en prose, c’était — nous l’avons déjà dit — le lot réservé aux rédacteurs amateurs parmi lesquels figurent des seigneurs de la Cour, des gentilshommes de Province, des officiers des armées du roi, des dames de haut parage, des actrices, des abbés, des moines, des curés, tous beaux esprits et nourrissons des Muses. Heureuses moeurs ! heureux temps, où des gens du monde, placés aux sphères les plus opposées de la société, se rencontraient sur un terrain exclusivement réservé à la poésie pour s’y livrer aux joutes pacifiques de l’esprit et du gai savoir. Qu’êtes-vous devevenus jours fortunés où une charade, un logo- griphe à deviner suffisait à défrayer les loisirs de nos pères ! Où sont les neiges d’antan !
Les améliorations que nous venons d’énumérer ne sont pas les seules que Panckoucke réalisa au profit de ses abonnés. Il leur ménagea bien d’autres surprises. Après la réunion du Journal politique de Bruxelles au Mercure de France et la fusion du Journal François, du Journal des Dames, du Journal des Spectacles, de la Galette de Littérature qui suivit de près, et celle du Journal intitulé Affaires de l'Angleterre et de l'Amérique qui s’effectua plus tard, Panckoucke eut l’idée de faire de son journal une publication hebdomadaire. Sa première tentative échoua contre le mauvais vouloir des censeurs. Il n’était pas homme à se décourager pour si peu. Il revint à la charge et réussit enfin à obtenir l’autorisation du gouvernement (1779). Dès lors, le Mercure de France parut chaque semaine, avec le sous-titre : Politique, historique et littéraire, par cahiers de quatre-vingt-douze à quatre-vingt-seize pagesin-12, ce qui éleva de seize à cinquante-deux le nombre de ses numéros annuels et occasionna un surcroît de soixante-quatre feuilles par an ; il était remis à la grande et petite poste le samedi matin.
Tous les exemplaires portaient Vapprobatur de la censure : « J'ai « lu par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le Mercure de « France, pour le samedi.....Je n'y ai rien trouvé qui puisse en
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« empêcher l’impression. A Paris, ce.... (signature du cen- « seur) (i). »
Malgré les frais occasionnés par ces modifications onéreuses, le prix d'abonnement resta fixé comme précédemment pour la Province, à 32 livres port compris et, pour Paris à 3o livres avec une légère augmentation à l'aide de laquelle les souscripteurs de la capitale n'avaient plus désormais de port à payer lorsqu'ils allaient passer six mois en province ou à la campagne (2). Les abonnements partaient du 1" de chaque mois et se contractaient pour un an à Paris, au siège du journal, et chez les principaux directeurs des postes. On était prié de les renouveler de bonne heure, afin d'éviter tout retard dans l'expédition du journal ; de donner ses noms et qualités d'une écriture lisible et d'avoir soin de ne remettre aucun argent à la poste sans l'affranchir, et sans y joindre une lettre d'avis contenant le nom du bureau de la Poste, la date de la remise de l’argent et le reçu ou certificat du directeur des postes. Argent et lettre d'avis devaient être adressés, francs de port, au sieur Guth, directeur du bureau du Mercure, hôtel de Thou, rue des Poitevins.
Après avoir ainsi transformé et rajeuni le vieux Mercure galant de de Vizé, Panckoucke pouvait à juste titre, et sans crainte d'être taxé de charlatanisme, vanter le nombre et le mérite des rédacteurs et des coopérateurs attachés à son oeuvre ; parler bien haut de ses dépenses et de ses soins, qui, tout en répondant aux désirs du public et aux intentions du ministère, avaient assuré à sa publication, le plus ancien (3) et le plus varié des journaux, tout le succès qu'il était en droit d'espérer. En ce moment, cependant, se créait le Journal de Paris, le premier journal français quotidien, fondé à l'instar de la gazette de Londres, London evening Post. Cette con-
(1)
Cette formule si coanue se lit sur tous les livres publiés en France de 162g & 1789.
(2)
Prospectus de Panckoucke.
(3)
Après la Galette de Thêophraite Renaudot dont le premier numéro parut le 3o mai i63t.
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currence était d'autant plus redoutable que la nouvelle feuille — paraissant tous les jours en quatre pages in-4* à deux colonnes— servait à ses lecteurs des informations plus rapides et d'une actualité à laquelle le Mercure ne pouvait prétendre. Néanmoins, la revue de Panckoucke conserva le sceptre littéraire qu'elle portait depuis si longtemps. Là était son véritable rôle ; c'est à la juste influence qu'elle exerça dans le monde des arts et des lettres qu’elle dut son originalité.
La Révolution qui fit table rase de tout ce qui touchait à l’ancien régime ne devait pas épargner le Mercure de France, le plus fidèle interprète de l'esprit français au xvm* siècle. Rédigée par la Harpe en 1793, abandonnée en 1799, reprise et interrompue de 1814 à 1823, la vénérable feuille rendit le dernier soupir en 1825 à l'âge de 153 ans. Le journalisme moderne l’avait tuée.
DASPIT DE SAINT-AMAND.
Concerne un périodique
Soumis par lechott le