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807156
MERCIJRE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1698.
YON
893
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G, DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XCVIII
Avec Privilege du Roy,
* k K: KI
Of
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y paiſſe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Menoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS.
prie feulement ceux qui les envoyent
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes ,
d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent.
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier, & le tout enfemble eft
beaucoup pour an Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'elles faifotent auparavant Ceux
qui fe lefont envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel·
ques autres à qui ils le prefent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou auxMeſſagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné lear
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que Le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, onles joindra au MercuTE,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executè avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content
MERCVRE
GALANT
JUILLET 16
LYON
DELA VILLE
ES ordres que le Roy
vient de donner à tous
s Intendans de Province
, de rechercher ceux
qui cachent des bleds & des
vins , & qui par ce moyen en
font augmenter le prix , ne
A iiij
8 MERCURE
doivent pas vous furprendre.
Vous fçavez que ce grand
Prince fait fon plaifir de fe
montrer en toutes rencontres
le Pere de fes Sujets , & qu'il
eft inceffamment attentif à
tout ce qui peut leur faire
du bien . C'est la feule veuë
qu'il a toujours euë dans la
guerre & dans la Paix ; & ceux
qui feront reflexion fur les
merveilles de (on long & heureux
regne , n'aura pas de
peine à le remarquer. Voyez
quelle utilité on tire de l'eftat
tranquille où la prudence a
toujours mis fon Royaume.
GALANT.
9
3
Non feulement les Sciences
& les Arts y fleuriffent , mais
chacun felon fon genie s'applique
à les embellir. La Lettre
qui fuit en eft une preuve.
Elle est de M' de Fougeray-
Arthaud ', d'Angers , qui a
dreſſé un projet d'un Ordre
nouveau d'Architecture. Il feroit
à fouhaiter que fes Amis
l'obligeaffent à le donner au
Public , aprés ce qu'il en a
écrit à l'un d'eux.
Jo10 MERCURE
A MONSIEUR DE ***
Ous fçavez , Monfieur,
que mon genie me por.
Vou
te lans ceffe à étudier l'Archi.
tecture, & qu'à force de culti
ver ce bel Art , il m'a donné
l'idée d'une nouvelle invention
d'orner les Baſtimens. Je
vous ay quelquefois entretenu
de la chofe plus particu
lierement quiaucun autre ,
mais je ne vous en ay dit qu'
une partie. Il y a encore un
fecret que j'avois toujours tenu
caché. Je n'ay point voulu
publier que cette maniere
GALANT. 11
nouvelle d'embellir les Edifi
ces , eftoit un veritable Ordre
d'Architecture , un Ordre regulier
, & unOrdre capable,
peut eftre , de tenir le rang de
fixiéme Ordre dans l'art de
bâtir. Je hefitois à le déclarer,
par des raifons dont il faut
vous inftruire.
que l
D'abord il me fembloit
l'Architecture s'eftoit é
puifce dans l'invention des
cinq Ordres de l'Antique , &
qu'il eftoit impoffible d'y en
ajoûter de nouveaux . Ce qui
me le perfuadoit , cftois de
voir combien les Romains
estoient demeurez fteriles fur
12 MERCURE
cette matiere , eux dont les lu
mieres eftoient fi vives, & qui
avoient efté des Eleves de
Vitruve , le plus grand & le
plus fçavant des Architectes
de l'Antiquité. Les Latins , il
eft vray , ont inventé deux
Ordres , le Tofcan & le Compofite
, mais on peut dire que
c'est peu de chofe en comparaifon
des trois Ordres Grecs
qui les ont devancez . Ces
deux Ordres ne font tout au
plus que des copies ; cependant
je me figurois beaucoup
de difficulté d'atteindre même
à leur perfection . Je confiderois
que l'Ordre CompoGALANT.
13
fite , qui a efté inventé le dernier
de tous , avoit eu fon
commencement fous l'Empi
re d'Auguſte , & que depuis
ce temps -là aucun Genie n'avoit
rien imaginé de nouveau
dans l'Architecture . Ainfi je
voyois que cette fterilité continuoit
il y avoit prés de deux
mille ans. Quoy , me difois - je
à moy même , ferois - je plus
heureux que tant d'habiles.
gens qui m'ont précedé ?
Pourrois je rencontrer ce qu'-
ils n'ont pû trouver en dixfept
ficcles ? Sans doute , ajoû. .
tois- je , ce feroit pour moy

12 MERCURE
cette matiere, eux dont les lu
mieres eſtoient fi vives , & qui
avoient efté des Eleves de
Vitruve , le plus grand & le
plus fçavant des Architectes
de l'Antiquité. Les Latins , il
eft vray , ont inventé deux
Ordres , le Tolcan & le Compofite
, mais on peut dire que
c'eft peu de chofe en comparaifon
des trois Ordres Grecs
qui les ont devancez . Ces
deux Ordres ne font tout au
plus que des copies ; cependant
je me figurois beaucoup
de difficulté d'atteindre même
à leur perfection , Je confiderois
que l'Ordre CompoGALANT.
13
fite , qui a efté inventé le dernier
de tous , avoit eu fon
commencement fous l'Empi
re d'Augufte , & que depuis
ce temps -là aucun Genie n'avoit
rien imaginé de nouveau
dans l'Architecture . Ainfi je
voyois que cette fterilité continuoit
il y avoit prés de deux
mille ans. Quoy , me diſois - je
à moy même , ferois - je plus
heureux que tant d'habiles
gens qui m'ont précedé ?
Pourrois je rencontrer ce qu'-
ils n'ont pû trouver en dixfept
ficcles ? Sans doute , ajoû- .
tois- je , ce feroit pour moy
14 MERCURE
.
une témerité d'oſer tenter ſeu
lement de faire aucune découverte
dans l'Art des Architectes.
Neanmoins j'ay toujours
efté infpiré d'un tel inftinct
dans la propofition qui s'eft
faite de nos jours , d'inventer
un Ordre nouveau , que je n'ay
point ceffé d'y travailler depuis
que j'ay commencé à
connoiftre par mon étude que
la chofe eftoit failable ; de
forte que j'ay tiré du néant ,
fi on peut le dire , cet ouvrage
d'Architecture dont je veux
parler. Apprenez donc queje
GALANT: 15
Pay achevé , & que je le nomme
Ordre double , parce que fa
colomne eft d'efpece mafle &
femelle tout enſemble, efpece
toute nouvelle & toute ex .
traordinaire , l'Architecture
n'ayant jamais connu de colomneque
de l'un ou de l'autre
genre.Si je donne le nom d'Or.
are double à celuy que je pro
pofe, c'est parce que même
cette colomne en comprend
diftin&tement trois , qui ne
font qu'un feul corps . Tout le
refte de l'ordonnance , tous fes
membres &fes ornemens , tout
y paroiſt double , à l'inftar de
16 MERCURE
ces fleurs dont l'efpece eft de
doubler ainfi leurs feuilles ; &
néanmoins jevous diray , que
mon'ouvrage est une conftru-
&tion toute fimple & toute fo.
lide. J'ay ainfi enviſagé de
compofer un Ordre ferme &
grave , pour feconder le Dori
que & le Tofcan , par la raiſon
que nous n'avions que ces
deux Ordres qui fuffent propres
à exprimer la folidité des
Baftimens , au lieu que nous
avons trois Ordres riches &
delicats pour les orner beaucoup.
Mais , Monfieur , je vous
GALANT. 17
avouë que je tremble au moment
que je vous parle de ce
nouvel Ordre. J'ay une telle
veneration pour les cinq Or .
dres d'Architecture Antique,
que je confefferay toujours
qu'il eft tres- difficile d'imiter
ces précieux Originaux , fur
tout le Dorique , l'lonique &
le Corinthien , qui font , comme
je l'ay déja dit , de l'invention
des Grecs . Ces trois Ordres
enfin ont quelque choſe
de fidivin, que je n'ofe mettre
le mien für les rangs pour en
approcher feulement . Si je
fuis une autre fois all z hardy
Juillet 1693.
B
18 MERCURE
pour le mettre au jour , ce ne
fera toujours que comme un
fimple effay d'Architecture
nouvelle. Je ne vous celeray
pas que le projet en eſt déja
tout dreffé fous ce Titre, mais
il pourra demeurer longtemps
encore dans la pouffiere de
mon Cabinet , fi quelque
chofe ne me donne le courage
& la hardieffe de l'en tirer.
Je fuis voftre, &c.
Les Ouvrages de M de la
Févrerie vous ont toujours
fait beaucoup de plaifir. Ainfi
vous dire que ce que vous
GALANT Ig
allez lire eft de luy , c'est vous
dire qu'il merite d'eftre lû.
RELATION
Academique Galante.
A MONSIEUR L. V. D. M.
L'
' Intereft que vous prenez
, Monfieur , en tour
ce qui me regarde
, joint à la
curiofité que vous avez pour
Jesbelles Lettres qui font mon
Occupation
ordinaire
, m'oblige
à vous parler du lieu où
je fuis , & de la maniere
que
j'ay paffé le temps depuis no
tre abfence
. Je demeure
dans
une petite Ville qui eft p of
Bij
20 MERCURE
que au bout du monde , & qui
n'eftant ni Ville de guerre, ni
Ville de commerce , eſt un ſéjour
fort propre à la rétraite ,
& à l'étude ; mais cette Ville
pour eftre champêtre , eft plus
peuplée , & plus conſiderable
pour le merite de ſes Habitans ,
qu'une Ville celebre d'Allemagne
dont elle porte le nom .
Ily a de l'efprit, de la policeffe ,
& de la galanterie , autant
qu'en aucun lieu du Royaume.
Vous en conviendrez, par ce
que je vais vous en apprendre,
& je ne doute point qu'il ne
Vous prenne envie d'y venir
GALANT. -21
paffer quelques jours, fi jamais
vos affaires vous ramenent
dans la Province.
Il y a quinze à feize ans ,
qu'il s'y forma une espece
d'Academie fous les aufpices
d'un illuftre Prefident qui faifoit
en ce temps - là les amours
& les délices de cette Ville.
Le Mercure Galant qui a foin
de tout ce qui concerne en
France , les Sciences & les
beaux Arts , ne manqua pas
d'en informer le public , &
mefme avec éloge , & il ne
tint pas à luy , non plus qu'à
l'Auteur de la nouvelle Hif22
MERCURE
toire de Normandie , qui en
eftoit le Secretaire , qu'elle ne
fuft un jour une Societé confiderable
dans la Republique
des belles Lettres. Mais foit
que l'étoile fous laquelle elle
s'affembla fuft contraire , ou
qu'il en foit d'une Academie
comme des plantes rares &
délicates qui ne viennent pas
par- tout, quelque foin qu'on
prennes à les cultiver , celle .
cy n'a pas duré long temps ,
n'a fait que languir , & eft
morte , pour ainfi dire , avec
fon Protecteur qui luy fut ravy
il y a peu d'années. Je fel
*
GALANT 23
rois volontiers icy fon Epitaphe
, & celle de cette Societé,
fije ne me reſervois pour une
autre occafion , où j'auray lieu
de vous parler plus amplement
de l'un & de l'autre. Je
ne puis neantmoins m'empécher
de répandre quelqueslarmes
fur fon Tombeau , & de
dire en paffant à ſa memoire.
PleureZ, Muſcs,pleurez; pleurez,
tendres Amours.
Dans le mefme Tombeau l'on voit
enfevelie ,
Une naiſſante Academie ,
Avecfon Protecteur, à lafleur de
fes jours .
24 MERCURE
Pleurez,Mafes,pleurez¿pleurez,
tendres Amours .
La mort en terminant une fi belle
vie
,
A de tous nos plaifirs interrompu
le
cours.
Elle remferme icy la beauté du
genie ,
·Les agrémens du corps , les charmes
du difcours ,
Mille talens digne d'envie.
P'eurez, Mufs plearez; pl ureZ,
tendres Amours ,
Si Rome & Athenes font
encore fi celebs par tes
Grands Homines qu'elles ont
portez,
GALANT: 25
portez , & par les rüines de
leurs fuperbes édifices ; la Ville
dont je vous parle fera longtemps
recommandable par le
débris de fon Academie , &
par les beaux efprits qui en
ont efté ; auffi- bien que par
fon admirable Aqueduc qui
eft digne de la magnificence
des anciens Romains . On voit
donc encore icy quelques
membres de cette Academie ,
qui valent bien des Statues
antiques , & qui font regretter
aux curieux la féparation
des parties d'un corps qu'Apollon
& les Mules ſembloient
Juillet 1698.
C
26 MERCURE
L
avoir compofé . Ceux à qui il r
refte encore un peu de vie & de
chaleur , c'est- à - dire la vie de
l'esprit , & l'amour des belles
Lettres , tâchent de fe réunir,
& d'inspirer aux autres qui en
font touchez , le defir de leur
rétabliſſement , ou du moins
de les imiter en quelque forte
, par des aſſemblées & des
converfations , où la politeffe
& la galanterie foient jointes
aux ouvrages de l'efprit .
C'est ce qui a donné lieu
à l'agréable Societé dont j'ay
deffein de vous parler , à laquelle
ces Meffieurs ont comGALANT.
27
MM
muniqué cet air academique,
qui joint à l'air galant & poli
qui y regnoit déja , en a fait
le reduit des Graces & des
Muſes ; & voicy de quelle maniere
je l'ay découvert . Comme
je paffois un jour dans un
des quartiers de la Ville , je
lus cette Affiche qui me frapa
la veüe .
Atous les curieux, à tous les beaux
efprits
On donne un avis d'importance.
Dans ce lieu l'on tient conference
Pour juger des Auteurs , & leur
donner le prix.
C ij
28 MERCURE
La curiofité me prit , & je
ne manquay pas par le moyen
d'un de mes amis , de me faire.
introduire dans cette maiſon ,
où je fus reçû avec beaucoup
d'honnêteté & d'agrément.
Degens choifis un petit nombre,
Comme àl'hôtel deRambouillet,
Yvient,non pasjoueràl'hombre,
A la baffette , an lanfquenet ,
Mais tenir cercle &cabinet ;
Et chacunyfait la figure
Ou de Balfac , ou de Voiture ,
Ou de tel autre bel efprit ,
Que cet Hôtel mit en crédit.
Cela n'eſt pas mal débuté,
GALANT. 29
>
mais comme vous n'aimez pas
beaucoup les vers , & qu'ils .
gênent , je me ferviray de la
profe dans les occafions où
j'en auray befoin , fans vouloir
neantmoins rejetter l'infpiration
des Mufes , quand l'entoufiafme
me viendra prendre
. Poursuivons .
La Dame du Logis merite avec
juſtice
Pour fes rares vertus , & pourfa
qualité,
Le celebre nom d'Art nice :
Et fa Fille dont la beauté ,
L'agrément , & l'air enchanté,
Font une perfonne accomplie ,
C iij
30 MERCURE
Doit avoir par raiſon, le beau nom
de Julie.
?
Mais je ne puis mieux vous
la faire connoiftre , que par
le Portrait que Lifandre en a
fait fans y penfer , dans la Comedie
des Dames vengées.
Fulie cft une petite perfonne vive,
piquante, toute de feu, qui éblouit,
touche & emporte d'abord tous les
coeurs Contentez vous de cette
idée , en attendant que je vous
faffe voir quelque jour fon
Portrait en grand, où les perfections
de l'ame feront jointes
aux beautez du corps. Paffons
maintenant de la Fille ai
GALANT.
༢ ༔
Pere , car il ne feroit pas jufte
De ne rien dire du Patron .
Difons- en peu , mais qu'ilfoit
bon.
Dans cette Ville on le renomme
La terreur des autres Maris ,
Et le plus galant petit homme
Quifait de Parisjufqu'à Rome,
Et de Rome jufqu'à Paris.
Pour moy qui jamais ne m'arrefte
Aux bagatelles que l'on dit ,
Je trouve qu'il est fort honneſte,
Et je n'en juge pas fur un fimple
recit.
Genereux liberal , affable ,
Et de luy fans nul contredit ,
C iiij
32 MERCURE
LeProverbe eft bien veritable,
Que dans un petit corps, il loge un
grand efprit.
En effet , il en a du bon
& du folide . Il aime les belles
Lettres , & les perſonnes qui
ont du fçavoir & du merite ,
& fa maiſon qui leur eft toûjours
ouverte , & dont il fait
tres bien les honneurs , en eft
une preuve incontestable.
Un homme diftingué par
fon bien , & par ſa qualité ,
tient le premier rang dans
ces Affemblées . Quoi qu'il foit
fort connu dans le monde ,
vous ne ferez pas faché de
GALANT.
33
fçavoir comme il eft fait. Son
Portrait eft d'aprés nature.
Polemarque eft un Gentilhomme
de tres - bonne mine,
d'une taille au deffus de l'or .
dinaire , mais bien proportionnée.
Il a les jambes d'aprés
l'antique. Il eſt aimé de tous
ceux qui le connoiffent , mais
il n'eft pas connu autant qu'il
le merite. Il parle de tout avec
capacité , & il ne fait point le
capable. Tout ce qu'il écrit
eft remply de bon fens , d'é.
levation & de jufteffe . Quoy
qu'il foit riche & jeune , il n'a
aucun attachement à la vie.
34 MERCURE
Il avoit de la Religion longtemps
avant que ce fuft la
mode d'en avoir. Quelque
penchant qu'il ait pour les
plaifirs, il les quite fans peine
pour faire fon devoir. Il a de
la difcretion , & une fidelité
inviolable. Il ne faut pas cependant
compter (ur la parole.
pour les petits voyages . H
pleut , ou il fait froid , c'eft
affez pour ne la pas tenir.
Il mene avec luy d'ordinaire
un certain Abbé, qui eſt ſon
Confident , & l'Interprete de
fes plus fecretes pensées. La
facilité qu'il a pour la rime ,
GALANT
. 35
& pour le tour du vers , luy
fait mettre
en poëſie , ce qu'il
écrit en profe ; & il eft auprés
de luy , ce que le Poëte Menard
eftoit auprés de la Reine
Marguerite
, il met fes penfées
en oeuvre.
C'est un Abbé de belle taille ,
Qui nefçait chanter ni danſer.
Ilfait des vers vaille que vaille
Et pour Poëte il peut paſſer.
Il eft bien fait de fa perfonne ,
Sa phifionnomie
eft bonne ,
Et s'il n'a pas d'efprit, on yferoit
trompé ;
Car il en porte témoignage.
36 MERCURE
Mais à juger des gens on eft bien
attrapé,
Et comme a ditScarron , dans un
certain
ouvrage ,
C'eft unfort grand trompeur fouvent
que le visage.
Aprés cet Abbé , je ne puis
mieux placer un digne Magiftrat
des amis d'Artenice , &
fort eftimé de cette Troupe
fpirituelle qu'il a formée &
cultivée , pour ainſi dire , &
dont il eft un des fuppots en
qualitéd'ancienAcademicien ,
Quoique fort appliqué à fa
Charge , & à fon devoir , il ſe
dérobe quelquefois aux afGALANT.
37
faires , pour joüir des plaifirs ,
& du commerce du beau
monde ; & pour carreffer les
Muſes , aprés avoir fait fa
cour à Themis. Il paffede les
Sciences, & connoiſt les beaux
S Arts. La Mufique & la Peinture
font fes favorites ; & fes
mains ne brillent pas moins
dans le Deffein , que fur le
Claveffin . Il chante d'une maniere
tendre , & de la bonne
méthode , compofe de petits
airs avec les paroles , où il a
un merveilleux talent ; fait
joliment des vers, a beaucoup
de recherches curieufes pour
38 MERCURE
l'Hiftoire de la Province ;
commode & facile dans le
commerce de la vie: d'humeur
égale , & d'agréable converfation
; qu'on eft bien aiſe de
trouver où l'on eft , & qu'on
trouve toûjours à dire où il
n'eft pas, lorfqu'il eft queftion
de fe bien divertir .
Mais un aimable Parent
du logis, s'y fait beaucoup diftinguer
, & s'attire l'approbation
de tout le monde par fa
bonne mine , & par fon merite.
Ce feroit pour faire un
Cavalier accomply , fi on ne
l'avoit deſtiné à la Robe, pour
GALANT. 39
laquelle il a de grands talens .
Il a déja paru dans une Cour
Superieure avec éclat , & l'on
y admire tant de differentes
qualitez dans une meſme per
perfonne ; car il a autant de
folidité que de brillant, & un
grand fonds d'honneur & de
probité, fous un exterieur que
ceux qui ne le connoiffent
pas , pourroient accufer de
fafte & de fierté. L'abord noble
& charmant , un grand
éclat mellé d'une grande douceur
, la converſation aiſée. Il
parle bien , écrit joliment ,
fait paffablement des vers
40 MERCURE
le
enfin il eft aimé des Dames ,
& le gouſt qu'elles ont pour
luy fait fon éloge.
Nonobftant celuy que je
viens de vous repreſenter ,
deux jeunes Cavaliers , dont
l'un a pris auffi depuis peu
party du Barreau , brillent da.
vantage dans cette charmante
Affemblée , & effacent tous
ceux qui s'y rencontrent. Ce
font de ces gens pour qui le
mot de joli homme femble avoir
efte fait . Ils font parens, de
mefme âge , les meſmes inclinations
, & les mefmes étu
des. Ils chantent joliment ,
GALANT . 41
écrivent de mefme en vers &
en proſe . L'un d'eux a beaucoup
de délicateffe , & une
memoire prodigieufe. Luy
feul peut compofer une Academie
, du moins on peut dire
qu'il n'est peut - eftre point
entré de plus beau Parleur ,
& de plus agréable Lecteur
que luy , dans l'Academie
Françoiſe . L'autre eſt d'un
caractere plus doux & plus
tendre , il feroit affez bien le
perfonnage du Marquis de
Pifani à l'Hôtel de Rambouil
let.
Comme autrefois le beau
Juillet 1698.
D
\
42 MERCURE

Sexe y partageoit la gloire du
bel efprit , & en faifoit tout
l'ornement , il fe trouve dans
ce lieu- cy plufieurs Dames
d'un merite diftingué , & dont
l'efprit & la vertu rélevent la
beauté , & les autres qualitez.
Pour vous en former une idée
auffi jufte qu'avantageuſe ,
vous n'avez qu'à vous fouvenir
de Madame de Sablé , de madame
de Saintot , de мadame
de Villefavin, & de Mefdemoifelles
Pauler , de Vertus , &
du Vigean, qui avoient l'amitié
& la confidence de la fage
Artenice , & de la divine Julie.
GALANT. 43
Ily en a une qui a une liaifon
particuliere avec la Mere ,
& qui l'attache par le fang &
par le devoir , dont le caratere
eft rare & fingulier. Je
défierois le Traducteur de
Theophraſte de la pouvoir
dignemeut exprimer. Elle eft
fpirituelle & enjoüée , quoy
que la mélancolie laiffe voir
quelquefois dans les yeux &
fur fon vifage des marques
de vapeurs dont elle eft fouvent
tourmentée , l'efprit vif
& brillant au delà de l'imagi
nation. Perfonne ne trouve
& ne peint mieux le ridicate
Dij
44 MERCURE
des gens .Elle excelle danslaSatire
& dans leBurleſque.Ses bil
lets & la converfation réjoüiffent
beaucoup , & fi on s'apperçoit
qu'elle a toûjours plus
d'efprit que les autres , on lui
pardonne de ce qu'on en a
moins qu'elle , parce qu'elle
en fait trouver plus qu'on ne
croyoit en avoir. C'est une de
ces perfonnes brillantes d'un
feu vif & pur , qui porte par
tout la lumiere, & qui éclaire
autant qu'il ébloüit . Il ne faut
pas s'étonner fielle plaiſt plus
qu'une autre , & fi avec tant
d'agrémens elle a ſouvent efface
de plus grande beautez ;
GALANT. 45
mais elle feule peut réüffir à
faire fon Portrait . Je porte
donc mes couleurs fur une
autre toile.
Tullia eft blonde, mais fon
teint & l'air de fon viſage , la
font paroiftre brune . Il eft vif
coloré. Les yeux bleus , brillans
, & pleins de feu , & d'ef
prit. J'en dirois d'avantage
fi fes paupieres les laiffoient
voir tout entiers . Les dents
belles , la bouche mignonne ,
ornée de petites façons , qui
luy donnent beaucoup d'agrément
, lors qu'elles prend
foin de la ménager, car autrement
elle paroift un peu tor
46 MERCURE
fe. Le menton , le tour du vi
fage , & ce qu'elle laiffe voir
de fa gorge , ont des beautez
que je ne puis réprefenter. Il
femble que la nature ait pris
plaifir à les former , pour réparer
la faute qu'elle a faite , en luf
donnant un nez d'une figure
fi bizarre , qu'il effaceroit tou
te autre beauté que la fienne .
En effet il faifit d'abord telle.
ment l'imagination, que tous
les charmes que l'on découvre
en elle quand on l'examine de
prés , s'evanoüiffent dés qu'on
ne la voit plus , & il ne demeure
que cette idée choquante
qu'il a imprimée. On
GALANT.
47
peut luy appliquer ces vers
de Catulle , de la maniere que
Voiture les a citez , pour une
Dame qui avoit le nez fait
comme elle.
Non eft fanapuella , nec rogare
Qualisfit folet hac imago nafum.
Tullia eft grande , la taille
droite & menüe , ni trop , ni
trop peu d'embonpoint. Elle
dance bien ; le ferieux luy convient
affez , & elle le prend
d'abord avec les perfonnes
qu'elle ne connoift pas ; mais
l'air de prude ne luy fied point,
& elle a befoin pour paroistre
jeune , de tout l'enjoüment &
de toute la gayeté de fon hu48
MERCURE
meur , & de fon temperament.
Elle ne manque pas auffi de
s'en fervir , quand elle veut
plaire , avec un petit filet de
voix qu'elle ménage agréablement.
Ajoutez à cela des
manieres libres , aifées , l'efprit
galant , & du monde ; &
vous trouverez qu'elle est bien
faite. Elle parle des Livres quelquefois
, & elle entretient
commerce avec les beaux efprits
. On ne doit donc pas être
furpris fi elle fait le charme
de cette Societé, qui fçait profiter
de toutes fortes de caracteres
, & meller fort à propos
l'efprit
GALANT 49
l'efprit naturel avec le fçavoir
& l'étude.
On voit encore icy deux
aimables Soeurs , a peu prés
du mefme âge, & d'un égal
inerite , fi ce n'eft que l'efprit
faffe un peu pancher la ba
lance du côté où cette mala ,
die ennemie du beau Sexe , a
voulu s'opposer à la nature, qui
leur avoit aflez bien partagé la
beauté. Je ne puis mieux vous
les reprefenter que par ce
coupler de Chanfon de Voiture,
pour Meſdemoiſelles du
Vigan , car elles ont comme
celles- tà
Juillet 1698;
1
So MERCUR £
21 Et le coeur noble, & le corps gent,
Landrirette ;
> Tout homme qui les voit eftfry ,
chry Landriry.
Il ne faut mefme que les
entendre chanter , car elles
ont encore receu ce talent du
Ciel en commun. Quand elles
chantent féparément on ne
fçait à laquelle donner le prix ;
& quand elles chantent enfemble
, l'ame fe perd & fe
confond dans une feule harmonie.
Mais ce n'eſt pas en
cela feulement , qu'on a de la
peine à décider du merite de
ces deux incomparables
Soeurs
GALANT.
51
à qui j'appliquerois volontiers
ce qu'un galant Homme a dit
fur un pareil fujet .
Quatre beaux yeux m'ont fçû
charmer.
Ah ! mon mal ne vient que
d'aimer!
Deux Soeurs que je n'oze nommer
,
Me tiennent en cervelle.
Ah ! mon mal ne vient que
d'aimer;
Mais je ne fçay laquelle.
Toutes deux font fort amics
de Julie , mais l'une y eft plus
attachée que l'autre . Elle l'ap-
E ij
52 MERCURE
pelle fon Galant , & comme
elle écrit fort agréablement ,
& avec une grande facilité ,
elles font commerce de Lettres
ensemble , & fe font une
efpece d'engagement , de s'écrire
tous les jours ; ce qui a
formé une étroite liaifon entre
ces deux fpirituelles &
charmantes Perſonnes,
Mais il nefaut pas que j'oublie
La Confidente de Julie,
La grande Fille aux petits
yeux,
Au teint frais , aux dents admirables
;
GALANT.
53
à rendre un homme,
Si
propre
beureux
,
Et qui fait tous les jours cent A.
mans miferables.
Quelqu'un ofe bien feflater ,
Qu'elle daigne un peu l'écouter;
Mais tant qu'on luỷ verra cette
fantéfleurie ,
Je croy qu'on a lieu d'en douter
,
Et que c'est une raillerie.
Du refte , elle fait peu de cas
De Menage , ou de Vaugelas ,
Encore auffi peu fe foucie
De Roman , & de Comedie ,
Et de tous ces amuſemens .
Seulement elle s'étudie
1
E iij
54 MERCURE
A fçavoir combien tous les
ans ,
Luy produira fa Bergerie.
Au contraire l'Amant qui pouſſe
des foupirs
Pour cette aimable Confidente ,
Atous les biens du fiecle a l'ame
indifférente.
Ses Livres plus que
fes defirs ,
l'or
occupent
Et l'étude faitfes plaiſirs.
Il a du jugement , la memoire fi
delle
,
Le bon gouft des Auteurs , dont il
connoift le fin.
Ilfçais du Grec & du Ļatin,
GALANT SSP
Mais ce n'eft pas par là qu'il charmera
la Belle
Et s'il n'a pas de bien d'ailleurs,
En vain en luy contant fleure.
tes,
Il cite à tous propos Orateurs &
Poëtes ,
Hiftoriens, hiftorietes ,
Apollon avec les neuf Soeurs;
Soname eft infenfible à toutes leurs
douceurs
A cela prés l'union de leurs coeurs
Et deleurs corpsferoit bien affortie
;
Et peut eftre elle fefera.
Mais depuis que j'ay lû d'Iphile
de Cinthie ,
1
E iiij
56 MERCURE
Dans le Roman d'Alcidamie ,
Le bizarre Portrait , le fort , &
Je
cætera,
ne fçay ce qu'il en fera 5
Et je crains qu'un jour cette
Fable
Nefoit de leurs amours l'hiftoire
veritable.

Mais je ne prétens pas vous
faire icy la peinture & l'hiſ
toire galante de toutes les
perfonnes qui compofent cet.
te agréable Societé . Je me
rendrois fans doute ennuyeux
par ma longueur & par mon
infuffifance. Je finis donc ces
caracteres par une idée geneGALANT.
57
rale de cette nouvelle Acade
mie , ou plûtoft de cette brillante
Societe , car des perfon.
nes de cette forte , & qu'on
peut dire triées au volet , ne.
fçauroient avoir qu'un commerce
fort galant & fort fpirituel.
Leur union fait leurs
affemblées,& leurs vifites font
des Conferences. Pendant
que le jeu , la bonne chere,
l'intereft , la médifance & la
curiofité affemblent la pluſ
part des gens du monde ,
ceux-cy ne fe voyent , & ne
font partie que pour jouïr des
plaifirs de l'efprit par le moyen
18 MERCURE
les :
d'une honnefte converſation .
Chacun de fon cofté y contribuë
de fon propre fond , ou
par des connoiffances acquifes.
La lecture des bons livres ,
les queſtions galantes , les
heureuſes rencontres ,
nouvelles , font des matieres:
abondantes ; & tout cela affaifonné
de temps en temps ,
par de petits concerts mellez
de voix & d'Inftrumens , ne
laiffe point de place à Fennuy.
Famais on ne demeure court ,
On a pour l'entretien un fondinépuifable.
GALANT. 59
Le Mercure galant eft toûjoursfur
la Table.
L'Enigme , & la Chanfonfournis.
fent à leur tour,
Des affaires du temps le recit ve
ritable ;
Les Vers galans, l'Hiftoire, & ce
qu'on met au jour,
Les uns parlent de Guerre , & les
autres d'Amour.
Jamais d'aucun fâcheux la prefence
ennemie
Ne trouble cette Academie,
Cet Hôtel eftfi bien gardé,
Qu'elle n'eftpoint interrompue.
L'Erranger , l'Inconnu , n'yfont
point de cobuë,
60 MERCURE
Et nul n'y vient , s'il n'eft
mandé.
Ceux dont la renommée à publié la
gloire,
Et de qui le nom eft connu ;
Ceux dont la modeftie eftjointe
à la
vertu ,
Et qui ne s'en font pas à croire,
Dans cet aimablelieufont toûjours
bien receus.
Mais pour les enteftelesopi.
niâtres ,
Quifont d'eux - mêmes idolâ .
tres ;
Pour ces gens quiparlent Phoebus
GALANT. 61
Pointes , équivoques , Rebus,
Faux Plaifans, & Conteurs
d'hiftoire ,
Ils n'auront point de part icy,
Nonplus qu'au Temple de Me
moire ,
Cette affiche le dit , je vous le dis
auffi.
Pour leur nom & leur Devile
, tout eft pur & fimple ,
conforme au lieu & aux perfonnes.
Ils n'ont pas affecté
de prendre , comme quel
ques Academies d'Italie.
De ces bizarres noms que l'uſage
autorife,
#
Et dont là chacun fe baptife,
62 MERCURE
Mais comme à leur devoir ils s'ap
pliquent fur tout
Es que par leur conftance , il n'eft
point d'entreprifes
leurs
Qu'ils ne puiffent mener à bout,
Ils ont tiréde làleurs noms
Devifes,
Et l'on peut en effet dire qu'ilsfont
toujours ,
Conftans dans leurs travaux
conftans dans leurs amours.
Voilà , Monfieur , tout ce
que je vous puis apprendre
maintenant de cette naiffante
Academie , ou de cette galan ,
te Societé , comme vous voudrez
l'appeller. Lors que l'AGALANT.
63
mour ou les Mules y auront
fait naiftre quelque chofe de
nouveau , je ne manqueray
pas de vous en faire part , fije
voy que vous y preniez plaifir.
Je fuis voftre , & c .
L'Auteur du Sonner que
vous allez lire , l'a fait pour
prendre congé du beau Sexe.
C'eft plûroft des Coquettes
que des autres , puis que l'ef
prit eft toujours un charme
qui fait oublier le nombre
des ans auprés des perfonnes
qui font touchées du merite,
64 MERCURE
1
SONNET.
Eux-je glacer les moins cruelles
Par la nege de mes cheveux ?
Jefais un pacte avec mes yeux
Dene penfer jamis aux Belles .
Aimables
2 .
tendres Pucelles ,
Recevez mes derniers adieux ,
A cinquante ans on eft trop vieux
Pour debiter des bagatelles .
2
Si je ne vis plusfous vos loix,
N'apprehendez pas toutefois .
Les jeux malins de ma Satyre.
GALANT: 65

Ondoit toujours vous refpecter ;
Le trait d'un fou c'eſt de médire
Des Puiffances à redouter.
Ces autres Vers ont efté
envoyez par le même à deux
aimables Perfonnes , qui luy
avoient dit , qu'elles fouhaitoient
eſtre les Femmes d'efprit
, & qui luy manderent enfuite
qu'il leur fembloit qu'il
manquoit quelque choſe à un
Mariage fpirituel.
Juillet 1698.
F.
66 MERCURE
STANCES IRREGULIERES,
Vous qui rebutez tant de coeurs
pour offrandes ,
Et qui prévinftes mes demandes,
Vous donc , de qui l'efprit par des
charmes puiffans ,
M'a fait refoudre au Mariage ;
Dégagez des plaifirs des fens ,
Vivons tous trois en bon ménage,
Unis d'un noeud fpirituel ,
N'exigeons rien qui ne foit tel .
Rien n'eft fi doux qu'une union fi
pure .
Separons fagement noftre felicité
Des foibleffes de la nature ,
Et nous nous aimerons juſqu'à l'éternité
.
$
Sans regret laiffons au vulgaire
GALANT
. 67
Des plaifirs communs & groffiers .
Sur ce qui tient de la matiere
Deux Anges comme vous doivent
paroiftre fiers.
C'eſt fur cette fierté , fur cette hauteur
d'ame .
Qu'ilfaut fonder noftre bonheur.
Par là nous répandrons une vive
fplendeur
Sur les noms d'Epoux & de Femme
.
2
C'eſt le prendre d'un forr haut
ton ,
La chofe fera peu fuivie ,
Mais la mode eft de la raifon
La plus ordinaire ennemie.
Eh bien , balancez -vous fur un pareil
Himen ?
Courage , dites donc amen,
Et faites galamment ce que
neur defire,
Phot
Fij
68 MERCURE
Des plus heureux Epoux je fuis le
plus heureux ,
Si je vous vois d'humeur , d'un petit
mot pour rire
Avous contenter toutes deux .
Voicy une Imitation d'une
Epigramme de Martial . Elle
eft de M' Moreau de Mautour.
A MONSIEUR P.D.L.V.
Confeiller au Parlement
de Bourgogne,
UN Sçavant de l'Antiquité,
Enuemi déclaré de la mélancolie,
Nous apprend , cher Damon , ce qui
fait de la vie
GALANT.
69
La plus douce felicité .
S
Un bien qu'on trouve acquis , ou qui
nous vient fans peine ,
Point de facheux procés ny d'employ
qui nous gêne ,
Des affaires d'autruy fe mêler rarement
,
Une demeure fixe , une terre abondante
.
Avoir l'efprir égal , un bon temperament
,
Une fimplicité prudente ,
Un corps robufte , exempt d'infitmité.
Paffer d'agréables foirées ,
D'excés & d'ennuis delivrées.
Des égaux pour Amis , avec eux liberté
,
Table fans aucun fafte , un commerce
facile ,
50
MERCURE
Un fommeil doux , trunquile ,
Qui fafle peu durer les heures de la
nuit.
Une Epouse d'humeur docile ,
Honnête , n'aimant point le bruit,
Chafte fans eftre difficile .
Content de ce qu'on eft , jouir paifi .
blemenr
Du peu que l'on a fans ſe plaindre,
Attendre la mort conftamment,
Ne la defirer , ny la craindre,
Voilà de quoy paffer la vie heureufement.
S
Riche , content, fain & tranquille,
Soit que Themis vous retienne à
Dijon ,
Pour remplir les devoirs d'un Magi.
ftrat habile ;
Soit que Pomone ou Flore à Couternon
,
GALANT. 71
Vous faffe préferer la campagne
Ville ,
àla
Pour y mefler l'agréable à l'utile ,
Ami , n'eftes - vous pas un des hommes
heureux ,
Pour qui le Sort n'a rien de rigouteux
.
Vous avez peut eftre entendu
parler de ce qui eft arrivé à
une petite Ville de la Beauce
apellée Puifeaux . C'est une défolation
qui va au delà de tout
ce qu'on en peut dire. La nuit
duJeudy19.Juin fur les dix heu
res du foir , il vint dans cette
petite Ville un torrent d'eau fi
impetueux , que fe trouvant
comme enfermé dans les ruës,
72 MERCURE
4
où il n'avoit pas uu libre paffage,
il renverfa plus de cent cinquante
maiſons en une heure
ou environ. Il y eut du moins
fix vingt perfonnes noyées ,
ainfi qu'un grand nombre de
chevaux, boeufs , vaches ,
moutons ' , & autres fortes d'animaux.
L'eau avoit pris un
cours fi rapide , quoy que
pluye ne fuft pas fort violente
, qu'elle faifoit des jets furprenans
en l'air au travers des
cheminées fix pieds par def
fus. Des meubles en quantité
ont efté entraînez dans ce ravage
, & on y a perdu beau .
la
coup
GALANT . 73
coup de bleds & de vins , Une
Fille qui s'eftoit prife à un
poinçon qui flottoit , eut le
courage de s'y tenir pendant
une heure ; aprés quoy trouvant
une haye d'épines , elle la
faifit à pleines mains, & le fau.
va en y demeurant attachée..
Une autre poufflée jufqu'à une
grande porte de la Ville ,fentit
fa main prile entre la porte
& la pierre , par en haut. Les
éaux qui venoient derriere , la
tinrent toujours ferrée contre
cette pierre , & elle y demeura
fufpenduë en l'air plus de quatre
heures,demandant la mort
Juillet 1693.
G
74 MERCURE
plûtoft que d'eftre plus longtemps
en ce déplorable état.
Une Fille de neuf à dix ans
flotta fur l'eau dix heures durant
dans une chambre qui
avoit esté entrainée , & il plut
à Dieu de la conferver . Un
vieux Chaudronnier parut à la
feneftre de fon grenier . Toutes
les maiſons voifines avoient
eſté abattuës par la
violence du torrent , & la fienne
ſeule eftoit encore debout.
Il apperceur un Preftre accompagné
de quantité de perfonnes
, car il faifoit un grand
clair de Lune. Il le pria en
2
}
GALANT:
75
criant de toute la force , de
vouloir entendre la confef
fion qu'il luy fit tout haut ; &
comme aprés qu'il eut receu
l'abſolution on vit que cette
maiſon alloit tomber , on luy
confeilla de fe jetter dans l'eau
par fa feneftre , pour voir fi
par le moyen de quelques cordes
qu'on luy jetteroit , il ne
pourroit pas le fauver. Il répondit
qu'il eftoit trop vieux
pour chercher à vivre davantage
; qu'il ne fçavoit pas nager,
& que fi la maiſon ne ré-
Liftoit pas à l'eau , il aimoir
mieux attendre la mort tran-
Gij
76 MERCURE
quillement
, que de la hâter
par un effort inutile . En même
temps il prit un cierge
benit en fa main , & environ
up quart d'heure aprés la mai,
fon tut renversée. Ce deluge
d'eaux ayant ceffé de couler
, entre autre autres ſpectacles
dignes de pitié , on trouva
une Femme tenant dans
les bras deux de fes Enfans . Il
y en avoit deux autres auprés
d'elle avec fa Mere, qui tenoit
un cierge , & tous eftoient
écralez lous des pierres & des
poutres.
A
Si l'eau fait des defordres
GALANT. 77
fi épouvantables , le feu en
fait auffi de terribles . Vous
l'allez voir en lifant la Lettre
dont je vous envoye une copie.
Elle eft d'un Dominiquain
de Naples. Il l'a écrite
en fa Langue, & on l'a traduite
fort fidellement.
SE
A Naples ces Juin 1698.
Ur la fin du mois paſſé , la
montagne, du Vefuve ſe
fit entendre huit ou dix jours
par un bruit qui approchoit
du Tonnerre. Le 4. du cous
rant elle commença à vomir
une fi grande quantité de cen,
G iij
78 MERCURE
':
dres , qu'elle obſcurcit l'air
pendant quatre jours , en forte
que les Peuples qui fuyoienc
à Naples , eftoient obligez
d'aller avec la lanterne pour
fe reconnoiftre. Aux environs
de la Montagne , les Habi .
tans , au nombre de fix mil ,
le , épouvantez par l'horrible
bruit qu'ils entendoient fous
leurs maifons , fe virent réduits
à les abandonner
avec tous
leurs effets , qu'ils laifferenc
expofez au feu. On ne peut
comprendre le dommage qu'-,
il a caufé. Palais, belles vignes,
tout cela n'eft plus . On ne
!
GALANT. 79
boira de longtemps les vins
délicieux que cette montagne
produifoit avec abondance .
Le premier jour de ce mois ,
le Vefuve jetra du feu d'une
hauteur extraordinaire , &
porta avec foy une montagne
de pierres enflammées , qui fe
diviferent de toutes parts . Ces
pierres étoient accompagnées
d'une quantité de foudres ,
qui en fortant de cette bouche
infernale , formerent la
plus affreufe de toutes les gi
randoles . En même temps on
vit paroistre cinq fleuves de
feu, mcfkz avec des matieres
Ginij
80 MERCURE
bitumineufes femblables à de
fer fondu , qui fe répandirent
par les campagnes , dans l'é.
tenduë de prés de trois lieuës.
Ces fleuves de feu ont ruiné
une petite Ville , nommée La
Torre del Greco, avec plufieurs
Palais de plaifance aux environs.
Les Camaldules
Capucins & les Carmes Déles
chauffez voyant couler ce feu
délogerent , & Male Cardinal
Cantelmi , Archevêque de
Naples , envoya en toute diligence
un de fes Grands Vicai
res , pour faire fauver nos Religieuſes
que nous avions en
GALANT. 81
cetteVille- la -Tous leurs biens
sont eftéconfumez; les fix mille
fuyards ont efté loulagez &
logez par ce Cardinal , & par
les Hôpitaux des Pauvres. Ily
a plus d'un pied de cendres
dans toute la Ville de Naples,
& beaucoup plus dans les environs.
Cette forte de pluye
n'a point ceffé de tomber pendant
quatre jours , fans que
les peuples ayent ofé fortir de
leurs maifons , de peur d'en
avoir les yeux crevez, Le Dimanche
8. M' le Cardidal Archevêque
, fuivi de toute la
Noblefle , alla hors de la Ville
82 MERCURE
à l'endroit où finiffoient les
pointes des flammes de feu .
Ils fe mirent à genoux , & aprés
des prieres d'une heure & demie
, on jetta un Agnus Dei
d'Innocent XI . & quelques
Reliques de Saint Janvier ,
Protecteur de Naples , qui arrefterent
la violence du feu .
Il fut enfuite ordonné à tou
tes les Communaurez Religieufes
de s'affembler à vingt
'heures dans la Cathédrale . La
Proceffion eftant formée , on
alla à la porte Capouane . Il y
avoir plus de quatre cens Religieux
de noftre Ordre. M' le
GALANT: 83
au
Cardinal portoir le Chef de
Saint Janvier , qu'il pofa fur
un tres- bel Autel , que nos
Peres de Sainte Catherine.
Formel avoient dreffé à la por
te de leur Convent , tout joignant
celle par où l'on va au
Vefuve. Mi le Cardinal
moment qu'il vit le feu , prit
entre fes mains le Chef de ce
Saint Martyr , le priant d'interceder
auprés du Seigneur ,"
afin qu'il appaifaſt ſa colere.
Tous les hommes de la Ville
ayoient fuivi le Clergé. Ily en
avoit plus de quarante mille!
qui difoient le Rofaire avec
84 MERCURE
nos Religieux. Trois cens jeunes
Filles , les cheveux épars ,
chacune avec une grande
croix à la main , ou des pierres
attachées au cou , & autant de
jeunes Garçons dans un pareil
équipage , faifoient un ſpa
Atacle tres touchant , à la tefte
de cette Proceffion. Les
Femmes , qui eftoient toutes
reftées dans leurs maiſons , la
voyant paffer , demandoient
pardon de leurs pechez avec
des cris pitoyables. Il a paru
que Dieu a exaucé nos prieres.
Il romboit une petite pluye
de cendre, & la Proceffion ne
GALANT. 8
fur
pas plûtoft retournée à la
Cathedrale
, qu'il s'éleva un
vent qui porta la cendre fur le
chemin de Rome . On efpere
que le Seigneur finira bientoft
le jour de fes vangeances
.
Je fuis , &c.
La folemnité de la Canonifation
de Saint Jean de Dieu,
Fondateur de l'Ordre de la
Charité , a efté faite à Grenoble
avec beaucoup de magnificence.
Elle commença le
Dimanche huitième du mois
paffé , & elle dura huit jours,
Si les Religieux de la Charité
86 MERCURE
de cette Ville-là ont differé fi
longtemps à folemniſer cette
grande Fefte , ce retardement
a efté caufé par l'embarras
qu'ils ont eu à caufe de la
quantité de Soldats malades
de l'Armée d'Italie qui étoient
venus dans leur Hôpital . L'Etendart
où eftoit reprefenté
le Saint ayant eſté beni dans
la Cathedrale par M' le Car
dinal le Camus , on fit la Proceffion
generale , où fon Eminece
affifta . Tous les Corps
Religieux s'y trouverent , &
pendant huit jours ce fut un
concours furprenant de peuGALANT.
| 87
ple que la devotion attiroit
de tous coftez . Huit differens
Predicateurs firent l'Eloge du
Saint , & M le Cardinal , qui
fit l'ouverture , ſe diſtingua à
fon ordinaire par fon éloquence
& par fon fçavoir.
Tous les jours aux Offices di-,
vins une agréable Symphonie
de Violons fe faifoit entendre
; & au Salut on tiroit du
Canon à differentes repriſes.
L'Eglife eftois magnifiquement
parée avec trois rangs de
riches tapifferies. Derriere le
grand Autel il y avoit un Carafalque
, c'eſt à dire , un
88 MERCURE
affemblage
de differentes
Figures
chantournées
, qui reprefentoient
Saint Jean de
Dieu dans la Gloire parmy les
Anges
Quatre
Genies
foutenoient
fur luy une grande
couronne
d'argent
, chargée
de lumieres
. Cette Illumination
faifoit un effet tres agréa
ble . On avoit dreffé deux arcs
de triomphe
à l'honneur
du
Saint , l'un d'une architecture
de verdure
, orné de peintures
ingenieufes
à la louange
, &
à l'avantage
de l'Ordre
de la
Charité
dont il eft le Fonda
teur. L'autre
eftoit de peinture
GALANT: 89
avec des Inferiptions & des
Devifes fur les vertus qui caracterifent
S. Jean de Dieu.
Sous fon Portrait , qui estoit
fur la porte de l'Eglife , il y
avoit des Infcriptions conve
nables au fujet ; & pour inviter
à fon apotheofe , quatre
grandes Fgures ailées , repre
fentant des Intelligences, fembloient
dire ces paroles qu'on
leur avoit miles dans les
mains.
t. Venite videre opera Dei ,
qua pofuit prodigia fuper terram.
Pial. 43
2. Dominus nomen illi . Amos 9.
Juillet 1698.
H
90 MERCURE
3. Pater fui pauperum , oculus
caco , &pes claudo. Job c.29 .
4. Beatus qui intelligit fuper ege
num pauperem . Plal . 40 .
Les Vertus qui caracteri- .
fent S. Jean de Dieu eftoient.
exprimées par les Deviſes fuivantes
, qui estoient dans des
cartouches
en camayeux de
differentes couleurs .
1. Une Grenade ouverte ,
ave ce mot, Neminifua munera
claudit.
2. Une plante de Lis , Meruit
candore coronam .
Une Fontaine au milieu
d'un baffin , répandant les
GALANT 91
eaux de tous cortez , Fundit in
omnes.
4. Une Perle dans fa nacre
recevant la rofée du Ciel , Divitiis
ditata fupernis, & [!!
S. Un Pelican qui fe fait
fortir du fang pour nourrir
fes petits , Nullum novit habere
modusn,sode
6. Un globe de feu Gregeois
brûlant dans les eaux d'unè
riviere , Non potuerunt extinguere.
ab
7. Une lampe ardente élevéé
dans un Temple ; jettant une
grande lumière , Ut omnibus
luceat .
Hij
92 MERCURE
8. Une couronne d'épines,
Vita mortifque comes .
Dans l'endroit de l'Eglife
où eftoit la Symphonie , on
avoit mis ce Vers Latin autour
du chiffre du nom du
Saint , brillant de rayons .
Semper honos, nomenque tuum,
laudeſque manebunt
Sur la porte de la Salle où
font les Pauvres , à coté du
Bufte du Saint, peint en bronze
, dans un cartouche , on li
foir cette infcription , tirée du
Propheie Rov , Tibi derelictus
eft pauper , orphanis tueris adjufor.
Pfal. 9 .
GALANT.
93
Les quatre Genies qui é
toient fur l'Autel , foutenant
la couronne du Saint, tenoient
ces paroles tirées de l'Ecriture-
Sainte , écrites en lettres
d'or fur des rubans .
1. Mifericors in pauperes Deum
honerat. Prov. C. 14 V 31.
2. Faneratur Domino qui mife.
retur pauperis . Prov. c . 19. V 14.
3. Judicium pauperibus tribuit.
Job.c. 10 .
4. Defiderium pauperum exaudivit
Dominus. Pial . 9 .
L'Arc de verdure qui eftoit
placé au milieu de la ruë qui
conduit à la Charité , avoit
I
94 MERCURE
pour ornement les Devifes
fuivantes
.
1. Un Effain d'Abeilles, avec
ce mot , Aris agrifque laboramus.
2 Trois rofes fur leur rofier,
Sananique , olentque.
3. L'arbriffeau du Baume , ſur
le tronc duquel une main
mouvanté des nues , faifoit
une incifion avec la pointe
d'un couteau , pour en faire
couler le Baume , Vulneror ur
Lanem.
4.
Plufieurs Lis dans un Parterre
, Decorant & profunt.
5. Le Soleil dans fon Ciel,
GALANT. 95
Tranfit benefaciendo
f
fanando.
6. L'arbre de Grenadier ,
chargé de Grenades , qui font
des fruits courounez , Stirpem
coronat.
Ces Infcriptions & ces De
viles furent trouvées de bon
gouft , & d'autant plus approuvées
, qu'elles convenoient
parfaitement au fujet .
Elles avoient esté fournies
par un Avocat du Parlement
de Grenoble , qui a beaucoup
d'efprit & de Litterature .
Ce que vous allez lire eft fi
furprenant , qu'il paroiftroit
96 MERCURE
incroyable, s'il n'eftoit appuyé
fur des témoignages auffi autentiques
que vous les trouverez
dans la Rélation que je
vous envoye. Elle eft de Mr.
Oren , Docteur en Medecine ,
aggregé au College des Medecins
de Rennes.
ABSTINANCE
PRODIGIEUSE
D'une jeune Fille qui vit fans
aucuns alimens depuis
quatorze mois.
CE
Ette jeune Fille s'ap
pelle Renée Chauvel ,
âges de quatorze ans quatre
mois :
GALANT. 97
mois. Elle demeure chez fon
Pere & fa Mere au Village de
la Touraudais , Paroiffe de
Corfeul prés Dinan , Evêché
de Saint Malo. Elle tomba
malade de la dyffenterie, vers
le de Novembre 1696. &
25.
elle en guerit aprés trois femaines,
reftant cependant lan
guiffante & fans appetit , & ne
prenant pour nourriture , juſques
fur la fin du mois d'Avril
fuivant , que du lait boüilli
le matin , & du petit lait le
foir. Pendant le cours de fa
dyffenterie on ne luy fit aucuns
remedes . Sa Mere luy
Juillet 1698.
1
98 MERCURE
BIBLIOT
donnoit feulement pour nour
riture , d'une espece de boüil
lie , faite d'eau & de farine de
bled noir , dit Sarrafin , afin
d'arrefter le flux dyffenteri
que . Vers le commencement
de ce même mois d'Avril 1697 .
elle tomba dans un delire
mélancolique , pour lequel on
luy fit tirer cinq ou fix onces
de fang du pied , fans qu'on
luy ait fait , à ce que j'ay appris,
aucun autre remede. Enfin
vers la fin du même mois
elle ceffa tout- à - fait de manger
& de boire , & depuis ce
temps-là il a efté impoffible ,
THEQUE
DE
AYON
GALANT. 29
quelques efforts qu'on a
faits , de luy faire avaler quoy
que ce foit. Cependant elle
eft toujours demeurée dans le
même délire.
VILLE
C'est un fait veritable &
conftant que cette jeune Fille
ne mange point depuis treslongtemps
, & même qu'elle
ne peut manger , comme je le
feray voir dans la fuite . Cela
eft prouvé , non feulement par
le témoignage de fon Pere ,
de fa Mere , de tout fon Village,
de M' le Prieur de Corfeul,
homme de probité & de qualité
, & fon Cure' ; de M' le
I j
100 MERCURE
JE Comte de la Garais , de M' de
l'Abbaye
de Tregouët
, Gentilhomme
, dont le Pere de
cette Fille eft Fermier
, qui
l'ont gardée chez eux , & fait
obſerver
à veuë jour & nuit
pendant
plus de deux mois ,
mais encore plus par la difpofition
de fon ventre ,
qu'on va voir.
telle
J'ay examiné
cette Fille avec
toute
l'exactitude
poffible
.
Jay d'abord
appris
qu'elle
étoit
fujette
depuis
longtemps
aux convulfions
épileptiques
,
& que depuis
qu'elle
a ceffé
de manger
, elle y eft tombée
GALANT. 101-
plus frequemment qu'aupa.
ravant. Elle m'a paru d'une
taille affez grande pour fon
âge. Elle ale vifage rond , affez
bien fait , plein & coloré ,
comme fi elle joüiffoit d'une
parfaite fanté. Ses yeux font
noirs & bien fendus , fon regard
eft languiflant . Elle a
les cheveux noirs , les lèvres
fort vermeilles , les dents par
faitement belles & fans feche.
reffe , mais fort ferrées par
convulfion des muſcles des.
$
machoires. Sa poitrine elt
charnue , & médiocrement
graffe , le fein commençant
I iij
102 MERCURE
même à luy venir. Elle a les
bras affez charnus , les mains
un peu ternies , & les pouces
paralytiques & abattus en dedans
des mains . Ses cuiffes
font un peu amaigries , les
jambes moins à propottion
, mais un peu molaffes .
Je touchay fon pouls , que
je trouvay égal , fans celerité
& mediocrement vigoureux ;
mais fon ventre est tout-à- faitconfommé
, & comme collé
contre les vertebres des lom .
bes , & n'a rien vuidé depuis
qu'elle ne mange plus . Elle a
feulement uriné cinq ou fix
GALANT. 103
fois , fué de la tefte & du cou ,
& pleuré fouvent . Elle ne
marche point, & ne peut faire
que quelques pas eftant appuyée
, mais elle s'eft traînée
fur fes pieds & fur ſes mains
plufieurs fois. Elle dort affez
bien la nuit: & ne parle
point depuis Noël dernier.
Elle entend bien cependant
tout ce qu'on luy dit , & donne
des marques fuffilantes de
connoiffance , particulierement
lors qu'on luy parle de
faire le voyage de Sainte Anne
d'Avray, que fa Mere pro.
mit de faire aprés qu'on l'eut
I iiij
104 MERCURE
retirée d'un vivier où elle étoit
tombée , & dans lequel elle
eftoit restée prés d'une heure
fous l'eau , à l'âge de quatre à
cinq ans ; & enfin ce qui paroift
le plus furprenant, c'eſt
qu'on s'apperçoit qu'elle a cru
depuis qu'elle a ceflé de manger.
REFLEXIONS.
Cette Hiftoire a des circonftances
fi furprenantes
que quelques raifons Phyfiques
que la penetration de
l'efprit humain puiffe trouver
pour les expliquer , on ne peut
fe difpenfer d'y admirer la touGALANT.
. 105
te puiffance de Dieu & d'avouer
que tous nos raiſonnemens
font infiniment au deffous
des caufes de tels prodiges.
Je fçay bien qu'on ne doit
pas croire d'abord que tout ce
qui ne tombe pas clairement
Sous noftre conception foit
miracle, il y a des caufes naturelles
, cachées & inconnnës
aux hommes ,maisje crois auffi
qu'il y a fouvent des effets , qui
quoy qu'ils fe puiffent rapporter
à des caufes naturelles par
la force du raiſonnement hu
main , font cependant unique .
ment dépendans de la puiffan
106 MERCURE
ce de Dieu . Je ne prétens
donc point icy décider fi cette
prodigieufe abftinence dont
je viens de faire le recit , le doit
attribuer à des difpofitions
toutes particuliéres du fang ,
des humeurs , des efprits , &
des parties de la Malade , ou
fi elle vient d'une caufe au
deffus de la nature , chacun en
croira ce qu'il voudra. Ainfi
les foibles raifons que je vais
propofer pour tâcher d'expliquer
ce prodige , ne doivent
paffer que pour des conjectures
d'un homme qui demeure
toujours dans l'admiration.
GALANT: 107
Avant que de rendre raifon,
premierement pourquoy cette
Fille ne mange & ne boit
point ; en fecond lieu , d'où
vient qu'elle vit fi longtemps
fans manger , & enfin , com
ment il fe peut faire que fans
aucune nourriture elle prenne
accroiffement , il faut qu'on
faffe reflexion à toutes les dif,
pofitions où elle a efté , tant
avant &aprés , que lorſqu'elle
a ceffe de manger , & qu'on
fuppofe enfuite , premiere.
ment que les unes & les autres
ont pour cauſe antece
dente , comme les appellent
108. MERCURE
les Medecins , un tang groffier,
melancolique & limonneux ,
fecondement , que le cerveau
& les nerfs font les principales
parties affligées. La preuve de
cela fe prend du temperament
de la Malade , des alimens
groffiers dont elle s'eft nourrie
, de la fuppreffion des regles
à l'âge où les Filles commencent
à eftre reglées , des
efpeces de maladies où elle eft.
tombée , des fueurs particu-.
liéres de la tefte , de la grande
facilité qu'elle a de pleurer , &
de tous les fymptômes enfin
qui ont paru , des nerfs & du
GALANT.
109
genre nerveux obftruez ou irritez.
Cela fuppofé , pour rendre
raifon de la premiere difficulté
qui fe prefente , pourquoy
cette Fille ne boit ny ne mange
point , on peut appor
ter deux caufes principales.
La premiere fe trouve dans
l'abolition de l'appetit , & la
feconde dans l'impuiffance
d'avaler. Si l'on examine les
caufes de cette abolition , on
en pourra établir icy deux ,
dont la premiere eft la Paralyfie
des nerfs de l'orifice fu
perieur de l'eftomaç , & des
1.
110 MERCURE
fibres de fa membrane nerveufe
, & la feconde eſt le dé.
faut de matiére ou de ferment
qui excite l'appetit . C'eft le
fentiment le plus commun &
le plus vray - femblable , que
l'appetit confifte dans une certaine
irritation des fibres nerveufes
&des nerfs de l'eftomac
par des fucs acides volatils qui
s'y forment , & qui excitent
dans l'ame l'idée & le defir de
l'aliment. Si donc les nerfs ne
fentent point cette irritation ,
ce qui arrive s'ils font paralytiques
, ou fi les fucs & le ferment
qui la doivent caufer ,
GALANT. 31
manquent , il eſt conſtant qu'
il ne s'excitera point de defir
d'aliment
, ny d'appetit par
confequent. Or il n'eft pas
difficile , ce me femble , de
montrer que les nerfs de l'efto.
mac de cette Fille font para
lytiques , & que les fucs acides
volatils propres à irriter les
nerfs , manquent tout à fait ,
car outre toutes les affections
convulfives
& paralytiques
des autres parties , la mauvaiſe
difpofition
de tout le genre
nerveux , la grande plenitude
du cerveau
, la difpofition
groffiere & vifqueufe de la
112 MERCURE
lymphe , la ceffation encore
de l'action de l'eftomac , démonftrent
fuffisamment que
les nerfs en font bouchez. Or
files nerfs de l'eftomac font
bouchez & paralytiques , foit
dans leur principe , foit dans
leur infertion , ne doit on pas
conclure , qu'il ne fe fait plus
de ferment acide volatil dans
l'eftomac , puifque ne recevant
fa volatilité, la perfection
& la forme que des efprits &
par les nerfs , il en eft privé par
la paralyfie fuppofée des mê
mes nerfs , qui empêche le libre
tranfport de ces efprits ?
GAALNT. 13
la
Venons maintenant à la feconde
cauſe , de ce que cette
Fille ne mange point , que j'ay
dit eftre l'impuiffance d'avaler.
On n'a pas befoin de beaucoup
d'argumens pour
prouver , il n'y a qu'à montrer
que les muſcles des machoires
& de l'efophage , font con .
vulfes ou paralytiques, pour en
eftre pleinement convaincu ;
puifque ce font les principaux
inftrumens qui fervent à faire
& fans lequels on ne peut
faire la maitication & la deglutition
. Or la choſe paroift
d'elle même dans cette Fille.
Fuillet 1698.
K
114 MPRCURE
Ses dents font toujours fer
rées , elle ne peut ouvrir les
machoires , elle ne peut rete
nir un moment la moindre
quantité de liqueur dans fa
bouche qu'elle n'en découle
d'elle même. On ne s'apperçoit
pas qu'elle faffe le moindre
mouvement des muſcles
de l'efophage , & on ne voit
enfin dans toutes ces parties
ny inflammation , ny tumeur ,
ny aucune autre affection fenfible.
A quoy donc attribuer
cette impuiffance d'avaler , fi
non à la convulfion des mufcles
des machoires , & à la
GALANT:
115
paralyfie des muſcles de l'efo .
phage ?
Je paffe à la feconde diffi .
culté qui paroift lans doute
plus embaraflante que la premiere
, car on convient qu'on
peut bien vivre quelques jours
fans manger. Hippocrate an
livre des chairs , l'a déterminé
au ſeptiéme jour , & Pline livre
11. chapitre 2.4. jufques à
l'onzième , mais de vivre fans
aucun aliment pendant quatorze
mois , de fouffrir filangtemps
une diflipation continuelle
des fucs nutritifs & des
efprits , fans qu'aucune chofe
Kij
116 MERCURE
les repare ; c'est ce qui paroift
furpaffer toute raifon humai
ne.
Pour fortir donc de cette
difficulté, il est neceffaire détablir
icy quelques principes.
Premierement , que la vie n'écant
qu'une flamme , & ne
confittant que dans la generation
continuelle de cette
flamme, elle doit durer autant
que cette Aimme dure. Secondement
, que la flimme
allumée dans un fujet propre,
s'y perpetuë elle même tan
dis qu'elle y trouve de la ma.
tiere inflammable, tandis qu'
GALANT. 117
elle reçoit de l'air , & que rien,
du dehors ne l'éteint . En troifiéme
lieu , que la flamme eft
proportionnée à la matiere
enflammée , c'est à dire , que
fa force & fa violence dépendent
de la quantité des ſou .
phres , qui font la feule ma
tiere de la flamme , de leur
union entre eux , ou de leur
mélange avec d'autres parties .
Ainfi la famme fera grande
& active , fi elle eft allumée
dans une matiere abondante
en fouphres fort unis entre
eux. Elle fera au contraire
d'autant plus foible , qu'il y
18 MERCURE
aura moias de fouphres , ou
quoy qu'abondans , s'ils fe
trouvent defunis ou liez &
embaraffez dans d'autres par
ties qui les retiennent. En qua.
triéme lieu que la fame confume
fon fujet, & que le temps
de fa confommation eft proportionné
à la difpofition de
fes parties , ce qui eft confor.
me à l'experience & à la rai
fon , car fi les parties, du fujet
enflamme font defunies entr'elles
, & fi les foulphres n'y
font pas fortement liez & retenus
dans d'autres parties
comme il ſe voit dans la paille,
GALANT. ' 119
les
dans l'efprit de vin , la flâme
les penetrant aisément ,
confumera avec autant de
promptitude que de facilité ,
& enfin que cette flâme vitale
en quoy confifte la vie , eft allumée
dans le fang , dont les
efprits font la lumière qui ſe
répand dans toutes les parties .
Cela fuppofé , il s'enfuit que
la flâme vitale qui eſt allumée
dans le fang de cette jeune
Fille , & que les parties inflam
mables de ce fang font difpofées
de tele maniere qu'elle
s'y entretient & s'y perpetuë
fans les conlumer , de même
120 MERCURE
que la flâme de ces lampes
Romaines qui bruloit toûjours
fans confumer fa matiére.
Telle eftoit celle que l'on
trouva allumée dans le tombeau
de Tullia , Fille de Ciceron
,fous le Pontificat de Paul
III . laquelle bruloit depuis
1550. ans . Ainfiil eft conftant ,
fuivant les principes établis ,
que les parties inflammables
où les foulphres du fang de
cette jeune Fille font intime .
ment liez dans les autres parties
du lang qui font encore
fort unies& ferrées entr'elles ,
la difpofition groffiere & li.
monneuſe
GALANT. 121
monneuſe de fon fang le prouve
fuffifamment ; & c'eſt là
cette difpofition particuliere
qui fait d'un cofté que fa
flamme eft foible & fans acti .
vité , & de l'autre qu'agiffant
fur des parties fort unies &
ferrées entre- elles , elle ne les
peut confumer qu'autant qu'
elle les peut penetrer , & qu
elle dure par confequent fi
longtemps allumée fans confumer
fon fujet. On peut même
dire avec affiz de vraifemblance,
que tous ces príncipes
& toutes ces parties du
fang , qui unies enfemble , ré-
Juillet 1698 .
L
122 MERCURE
fiftent , comme j'ay dit , à leur
prompte confommation , le
trouvent en cette Fille dans
une combinaiſon encore plus
finguliere ; car il eft conftant
par les experiences journalie
res , qu'il le trouve particulie
rement dans les maladies mélancoliques
, des difpofitions
du fang , & des humeurs fi
extraordinaires , qu'on en voit
naiftre des effets qui paroiffent
au deffus de la nature.
J'ay traité il y a neufà dix ans
un maniaque , qui pendant
plufieurs mois qu'il fut renfermé
dans une chambre baſſe
GALANT: 123
inhabitée , mangea fans aucune
incommodité toutes les
araignées qu'il y trouva. Quel.
les ordures ne mangent pas,
& fans grande incommodité,
la plufpart des Filles malades
des palles couleurs , où il y a
toujours un peu d'affection
mélancolique me flée ? Et fi on
veut fe donner la peine d'examiner
toutes les hiftoires des
abftinences prodigieufes, rapportées
par les Auteurs , on
trouvera qu'elles ont toutes
efté précedées ou jointes à des
maladies mélancoliques . Si
nous voulons maintenant rai-
Lij
124 MERCURE
fonner par analogie , nous
rapporterons pour exemples
les Tortues, les Litnaçons , les
Marmotes , les Viperes & les
Cameleons . Oneft convaincu
par experience que ces animaux
paffent & vivent fept &
huit mois entiers , & même
plus , fans aucune nourriture.
Or les naturaliftes n'en appor
tent point d'autre raison que
celle qui eft priſe de la difpofition
groffiere , limonneuſe
mélancolique de leur fang.
A toutes les raifons priſes de
la difpofition particuliere du
fang , ajoûtons celle qui eft
&
GALANT. 125-
tirée de la difpofition des pores
de la peau , & examinons
fi elle ne peut pas auffi contribuer
à empêcher la prompte
diffipation des fucs nutritifs
& de la fuftance des parties.
Sanctorius affure qu'il fe
fait une plus grande diffipation
des humeurs par la feule
tranſpiration , que par toutes
les autres évacuations enfemble
, & il eſt conſtant qu'il s'échape
fans ceffe beaucoup de
parties de noftre fubftance
par toutes ces petites portes ,:
& que cette diffipation eft
tantoft plus & tantoft moins
Liij
126 MERCURE
confiderable , felon le plus ou
le moins de condenſation ou
de rarefaction des humeurs ,
&felon le plus ou le moins de
dilaration ou de conftriction
des pores de la peau ; car où
les humeurs font plus attenués
& plus rarefiées , & les
pores plus ouverts , la tranſpitation
y doit eftre plus libre
& plus abondante ; & au contraire
, dans une difpofition
oppofée des pores & des humeurs.
Ainfi donc moins la
tranſpiration fera abondante ,
le fang diffipera moins de fes
parties ; & enfin moins il en
GALANT. 127
diffipera , il luy en restera davantage
pour entretenir plus
longtemps fa flamme fans la
réparer.
Cela fuppofé , l'on peut
avancer que dans cette jeune
Fille il ne fe fait point , ou
tres peu de tranfpiration ; car
fi d'un cofté l'on confidere la
difpofition de fon fang & de
fes humeurs , on les trouve
grofieres ,limonneuſes & tres
condenfées, & par confequent
impropres à estre tranfpirées ;
& fi de l'autre l'on examine
la difpofition des pores
de la peau , on les trouvera
Liiij
128 MERCURE
refferrez & compacts , eſtant
impoffible que la furface exterieure
de la peau ne recevant
plus les vapeurs & les
exhalaifons des humeurs , ne
fe deffeche pas, & ne raproche
pas les parties en fe deffechant.
Les Tortuës , les Limaçons
& les Viperes nous
fourniffent une preuve que
cette fubfiftance de la vie
fans alimens fe doit en partie
rapporter au defaut du temperament;
car outre que les
animaux ont , comme nous
avons dit , le fang groffier , &
par confequent impropre
GALANT . 129
tranfpirer , c'est qu'ils ont encore
la peau écailleuſe, dure &
condenſée, & par confequent
impénetrable à une libre
tranſpiration .
Il refte à parler de l'accroiffement
du corps de cette
jeune Fille , depuis qu'elle a
ceffé de manger. Cet article
paroiftra fans doute incroya
ble, & j'avoue que j'ay peine
moy-mefme à y ajoûter foy ,
n'eftant fondé que fur le rapport
d'autruy ; car enfin quelle
apparence qu'un corps qui ne
reçoit que le feul air & fans
addition de matiere fenfible ,
130 MERCURE
devienne cependant plus éten
du dans les dimentions? Quoy
qu'il en foir, il eft conftant, &
j'en fuis convaincu , non ſẹulement
par le témoignage de
perfonnes tres- dignes de foy,
mais encore parce que je l'ay
vû, que cette Fille a le vifage
plein & coloré , qu'elle a la
poitrine charnue , & que le
fein commence même à luy
venir, & qu'ainfi il s'eft fair
en elle quelque augmenta.
tion .
Pour expliquer donc cette
difficulté, on pourroit icy a
voir recours à la rarefaction
GALANT. Izt
des humeurs , qui dans cet
état occupent plus d'espace ,
mais comme l'air feul remplit
les eſpaces vuides des corps
rarefiez , & que les chairs
& les parties de cette Fille
font également folides , cette
raiſon ne peut avoir lieu . Il me
femble donc au contraire qu'il
feroit bien plus vrai- ſemblable
d'avoir recours à la condenfation
& à l'affimilation de
l'air , à la maſſe du ſang & à la
ſubſtance des parties , qu'à la
rarefaction ; car s'il eft conftant,
comme il eſt, que cette
Fille ne recoive que le feul.
132 MERCURE
air dans fon corps , & que ce
pendant il augmente de dimenfion
, il faut neceffairement
que cette augmentation
vienne du feul air , non pas
comme rarefiant les parties.
pour les raisons que j'ay dites ,
mais de l'air condenfé & affimilé
à la maffe des humeurs .
Cette condenſation & cette
affimilation de l'air,ne doit pas
paroiftre une chofe incomprehenfible,
car qu'est- ce que
l'air , finon un amas de tous
les atomes & de tous les corpufcules
qui fortent & qui s'échapent
fans ceffe de tous les
GALANT.
133

corps fenfibles ? Or comme il
eft vray que tous ces atomes ,
pendant qu'ils eftoient unis
aux corps qu'ils ont quittez ,
en faifoient une partie , auffi
peut on dire avec toute vray.
femblance , que ſe réuniffant
par le moyen de l'air qui les
porte à d'autres corps de fem
blable nature, ils en augmen
tent la ſubſtance & en devien
nent partie. Enfin cette affimilation
de l'air aux corps fe
prouve par des exemples fenfibles
& par l'analogie du feu ,
qui eftant un élement dans
un mouvement plus grand &
134 MERCURE
plus violent que l'air, & dont
les parties font tres-fubtiles ,
ne laiffe pas de fe condenſer.
On en a l'expérience dans la
calcination du regule d'Antimoine,
qui augmente de poids
aprés qu'on l'afondu ſeul dans
une terrine verniffée , & qu'il
a fumé & s'eſt évaporé pendant
plus d'une heure & demic.
A quoy attribuer cette
augmentation de poids de
plus de demi gros par once ,
fi ce n'eft à l'union & à la con-
'denfation des parties de feu
au régule ?
On trouve des exemples
GALANT. 135
3
fenfibles de l'affimilation de
l'air aux corps , dans les vege
taux & dans les animaux , Entre
pluſieurs plantes le femper vivum
majus eft celle qui nous en
fournit un des plus communs.
L'experience en eft ailée à faire
, car fi au Printemps on ſuſpend
cette plante en l'air fans
qu'elle touche aucunement à
la terre, on verra avec admiration
, qu'elle pouffe , qu'elle
croift, & mefme qu'elle fleurit.
Mais nous avons une
démonftration fans replique
dans la Vipere , qui nous ſervira
d'exemple pris des ani-
:
136 MERCURE
maux. Ce Reptile , comme
l'on fçait , vit dans le fond
d'une barique ou d'un caiffon
fept on huit mois entiers.
fans aucun aliment ; mais
bien davantage , l'experience
nous fait voir qu'il y croiſt
non feulement , mais qu'il y
fait de petits Vipereaux , qui
augmentent & croiffent pendant
quelque temps. C'est
dont ceux qui ont longtemps
gardé des Viperes
peuvent rendre un témoignage
veritable , & ce que
j'ay vû plufieurs fois . Or fila
Vipere ne reçoit aucune nour
GALANT 137.
riture que de l'air feul , & fi
cependant elle croift & augmente
, ne faut- il pas conclurte
que l'air s'unit & s'affimile
à ſa ſubſtance ? a wild an
Nonobftant toutes ces raifons
, je laiffe à chacun la liberté
d'en penser ce qu'il luy
plaira . Je ne pretens pas avoir
épuisé la matiere , ne donnant
ces petites réflexions que
comme un effay de ce que l'on
peut dire la deffus . Ce n'efty
pas non plus le feul exemple
d'abftinence prodigieufe que
l'on ait vû. Les Auteurs & les
Hiftoriens en font pleins . On
Juillet 1698.
M
138 MERCURE
en trouvera dans l'Hiftoire de
France de Mezeray , dans Foreftus
, dans Tulpius , Fabricius
,Hildanus , Sennert, For.
tunius Licetius , qui en a
fait un Traité exprés , & dans
plufieur , où l'on pourra les
lire à loifir.
Le Difcours qui ſuîr eft
d'un Gentilhomme , vieux
Garçon , ancien Capitaine de
Cavalerie , qui ayant du gouſt
pour le mariage , dont il
a efté décourné jufques icy
par les traverſes de la fortune,
en marque fes fentimens
GALANT. 129
à un Ami , qui l'avoit prié de
vouloir bien, luy en faire part.
Il raiſonne d'une maniere
qui fait voir qu'il a le bel ufage
du monde; il fe fert d'expreffions
vives , qui font entrer
tout d'un coup dans tout
ce qu'il penſe, C'est avec raifon
qu'il allegue au commen.
cement de fon Traité ce pafla.
ge de Salomon, Domus & di.
vitiæ dantur à parentibus, à Domino
autem uxor prudens.
Mij
140 MERCURE
SUR LE MARIAGE.
O
que
N ne peut difconvenir
l'eftat du Mariage
,
confideréen foy, ne foit en éfet
la plus douce & la plus parfaite
de toutes les focierez , quoy
que fouvent par l'événement ,
foit par le malheur de noftre
étoile , ou faute d'y avoir apporté
une jufte précaution , il
fe trouve le plus trifte & le
plus defagreable
des engagemens-
Nous ne fommes , à propre
ment parler , que des moitiez
GALANT: 141
d'un tout , qui ne pouvons
nous fixer, ou nous fuffire à
nous- mêmes ; & c'est pour
cela que le Createur , avant la
vûë de la generation , confiderant
l'ennuy de la folitude,
voulut procurer à l'homme
une compagne , pour luy tenir
lieu d'aide , & de confola.
tion dans le cours de la vie .
Le Roy fage le récrie à ce fujet
, fur le bonheur de celuy
à qui tombe en partage une
femme raifonnable , & dit que
cet avantage , qu'il appelle un
pur don du Ciel , prolonge les
jours de moitié . C'est donc
142 MERCURE
de la bonte' du Seigneur , que
nous devons principalement
efperer cette grace , & c'eſt à
luy que nous devons la de.
mander.
A l'égard de noftre choix ,
ou des confiderations qui fe
peuvent faire humainement
à cette occafion , il s'agit en
partie , entre perfonnes raifonnables
, aprés que l'on s'eft
fondé & étudié reciproquement
du cofté de l'humeur,
de tâcher de s'affortir de ma.
niere qu'il y ait de l'égalité
autant qu'il fe pourra dans
tous les chefs ; c'eſt à dire ,
GALANT: 143
d'âge ( par rapport à la com.
paraifon qui le fait en ce cas ,
où celuy de l'homme doit prévaloir
de certain degré à celuy
de la femme de merite , de
fortune , & de naiffance ; Ou
du moins c'eftoit la maxime
des Anciens , qui comprenoient
dant cette conformité,
un plus juſte fujer de fympathic
, de correfpondance &
d'union. Mais comme les
temps ont changé , que celuy
des Philofophes n'eſt plus , &
qu'on prefere maintenant par
ambition , ou par neceffité la
fortune à la raison , l'ufage
144 MERCURE
ordinaire eft de tâcher de don
ner du luftre à fa famille ,
, par
une alliance diftinguée , ou de
fe procurer une dot confide
rable , pour s'en faire un utile
accommodement
; quoy que
cette difference faffe naiſtre
quelquefois dans la fuite des
contrarietez peu agreables à
fupporter , la femme de haute
qualité méprilant un mary
d'un ordre inferieur , & la riche
reprochant
à celuy qui n'a
que peu de bien , les avantages
qu'elle luy a apportez , en forte
qu'un homme feroit fouvent
mieux pour fon honneur &
pour
GALANT: 145
pour fon repos de s'en tenir
à fon eftat , que de chercher à
en fortir par cet endroit
eſtant honteux & indigne du
caractere de l'homme , qu'on
puiffe luy reprocher d'avoir
époufé fon Maiftre , ou d'eftre
fujet à effuyer impunément les
caprices d'une femme. Ainfi
l'on ne doit jamais fonger à
ces grands partis ou préten
dus tels , fi l'on n'est bien perfuadé
de la docilité & de la
moderation d'une femme , &
fi l'on ne fe fent affez ferme
pour la tenir en tout cas dans
la regle.
Juillet 1695.
N
146 MERCURE
Oh fait une autre faute , રે
dont plufieurs ne font pas કે
Le repentir , lors que par foibleffe
, ou par certains autres
motifs , on fe détermine à fe
donner pour rien , & à facrifier
la fortune pour faire abfolument
celle d'une Femme,
Quoy qu'il foir plus doux &
plus glorieux à une belle ame
de donner que de recevoir ,
d'obliger que d'ettre redevable
, il ne laifle pas d'eftre
toujours tres- à -propos en fait
d'affaire ferieufe , ou de cette
efpece , qui merite plus qu'
aucune autre une meure déGALANT:
147
liberation , de tâcher d'avoir
provifionnellement, ou à tou
tes fias , fon compte par devers
foy , pour n'eftre pas feul
à foutenir les charges de cet
eftat , & afin de ne le pas voir
par l'évenement au hazard
de refter de tous les coftez la
dupe de l'avanture. La poffeffion
de celle que l'on a cru
ne pouvoir acheter à un affez
haut prix , devient infenfiblement
, & dans l'ufage un trèfor
moins prétieux. Il arrive
fouvent qu'une autre , dont
on s'eftoit flaté de toucher le
coeur , en luy procurant des
Nij
148 MERCURE
agrémens , avec un rang ou
elle n'eftoit pas naturellement
en droit de prétendre, ne porte
pas loin fa reconnoiffance ,, &
ne tarde guere à le perfuader
qu'elle elt plus redevable de
cet avantage,à fon propre merite
, qu'à la generofité de fon
Bienfaicteur. En un mot, plu.
fieurs maris fe font également
abufcz , lors qu'ils ont creu
par cette voye s'acquerir des
époufes fidelles ; de même que
ceux qui redoutant de fe charger
d'une belle & aimable
Perfonne , fe font par une bizarre
& peu ſatisfaisante préGALANT.
149
caution rabatus fur la laide ,
& n'ont pas laiffé de tomber
dans le cas , ou d'encourir l'ac
cident qu'ils avoient pris un
foin fi particulier d'éviter,
W
Le veritable âge pour entrer
dans les loix du Mariage, lors
qu'il n'y a point de railon qui
nous invite, ou qui nous empêche
de faire autrement, eft
pour un homme celuy de
trente-cinq ans, qui eft eftimé ,
le milieu de la vie , & pour
une femme celuy de vingtcinq
ce qui fait une jufte
proportion entre eux. Une
plus grande jeuneffe , eft peu ,
1
N iij
150 MERCURE
propre à s'y affujetir ; & de
plus , il en arrive l'inconvenient
de mefler fon âge avec
celuy de ſes enfans , qui pour
roient dans quelques
années ,
paffer pour freres ou pour
foeurs de leurs Peres & de leurs
Meres , ce qui compoſe
une
mauvaiſe
harmonie
, & produit
fouuent
enfuite des haines
& des divifions . Si l'on fe
marie dans un âge avancé
avec une jeune perfonne
, ce
qui fait une autre difformité
,
& qui eft fujet à differens
accidens
, on tombe dans le cas
de laiffer fes enfans en mino,
GALANT. .151
site, à la diſcretion d'une mere
peu affectionnée & diffipée
ailleurs , & bientôt aprés à la
mercy d'un beaupere , qui
fous ce faux nom de Patron
ou de Protcteur , met fouvent
tout en uſage , ou n'oublie
rien de fon miniftere pour
racher de s'emparer d'une partie
de leur bien. On ne parle
point des feconds Mariages ,
où l'on peut , felon les differentes
circonstances , donner
également dans tous les temps
de la vie , cet
engagement
s'apliquant à plus d'une fins
ce qui feroit la matiere d'un
N iiij
152 MERCURE
autre entretien , & demande
des confiderations particu
lieres .
En fait de merite , ou de
qualitez perfonnelles , on doit
fouhaiter pour fa fatisfaction
& pour fon honneur , d'avoir
une Femme d'efprit & bien
faite , & d'un caractere à tenir
dûment fa partie dans le monde
raisonnable ; en forte que
venant faute du Mary , ou en
abſence , elle puiffe le reprefenter
pour foutenir les droits
de fa maifon , & donner une
jufte éducation à fes Enfans,
leur tenant lieu en ce cas de
GALANT. 153
Pere & de Mere. Il y a peu
d'agrémens
, ou plûtoſt c'eſt
un party affez trifte que celuy
d'époufer une fotte ; &
l'on ne peut guere le promettre
rien de bon de fa condui
te ; mais quelquefois une
Femme de cette efpece accommode
mieux qu'un eſpric
fuffifanc ou contrariant. Un
homme doit connoiftre
fon
degré de fuffifance ou de ca.
pacité , & s'il trouve le genie
de fon Epoufe
fuperieur au
fien , ce qu'il fçaura comprendre
s'il a du difcernement
, & s'il fçait fe rendre
12 MERCURE
juftice , il doit y déferer dif
cretement , & s'abandonner
volontiers fur la conduite, s'al
la trouve affez raiſonnable
pour ſe diſpenſer de s'en prévaloir
ou d'en abufer. Si cela
eftoit , & qu'il cuft befoin de
fecours , il feroit mieux de ſe
conduire , pour le gouverne
ment civil & oeconomique
de
fa maifon , par le confeil d'un
proche , ou d'un Ami fidelle,
ou méme d'un principal Do.
mestique zelé & entendu , qui
en a manié le détail , & qui en
fçait les erremens
, rien n'étant
plus mefféant dans une
GALANT. 155
Famille , & plus injurieux au
caractere de l'homme , que
de voir une Femme tenir im.
perieuſement le timon ,
à la
face & à la honte de fon Mary
; fi ce n'eft en certaines
rencontres , où la foibleffe &
l'imbecillité abfoluë du fujec
emporte la neceffité de dé
roger à l'ordre commun ; auquel
cas il eft de la bonne
grace pour une Epouſe , ainfi
que de fon devoir , de fe conduire
d'une maniere fi difere
te & fi moderée , en confer
vanttoujours les juftes égards
pour la perfonne defon Mary,
+
136 MERCURE
qu'on ne puiffe luy imputer
de s'eftre oubliée ou méconnuë
en aucune forte en cette
occafion .
Une des principales cauſes
du dégouft réciproque qui
furvient ordinairement , ou
prefque toujours dans le cours
du mariage , c'eft avec la trop
frequente habitation , cette
vulgaire familiarité , ou ce relâchement
groffier & infipide,
avec lequel, fuvant l'ufage des
gens du commmun ,
part vivent dans cet eftat , qui
rend en conſequence le commerce
fade & ennuyeux ; &
la pluf
GALANT: 157
fi l'on peut dire qu'il feroic
ridicule à un Mary de contrefaire
par un ceremonial
affecté l'Amant de fa Femme,
il n'eft pas moins du devoir
de l'honnefte homme , & du
fçavoir vivre dans cette condition
, de conferver pour elle
tous les égards de bienfeance
& d'honnefteté qui ſe pratiquent
en general envers le
Sexe dans l'ordre de la vie civile,
que l'on peut même étendre
en certaines occaſions ,
quand le fujet en vaut la peine,
jufqu'à un certain air de
politeffe & de galanterie, qui
18 MERCURE
e
fait qu'on oublie en ce mo
ment la nature de ſa chaîne ,
& qu'on éprouve le même
agrément qu'on auroit autrefois
reffenti dans l'uſage , ou
dans la pratique du fimple &
tendre engagement. Le Bour
geois , ou l'homme de Comptoir
, qui fe trouve prefqu'en
tous lieux à cofté de fon Epoufe
, en l'ordre que leurs Portraits
font placez à leur ruelle,
s'accommode mieux de ce
party, & s'y fixe volontiers
par un efprit de docilité , ou
par fcrupule de Religion , &
parce qu'elle luy eft neceffaire
GALANT:
159
dans le courant de fon commerce
, qui fait par raiſon fon
principal attachement
Le Praticien , ou l'homme
d'affaires , plus avide ou plus
paffionné de fon gain , &
cloué en confequence tout le
jour fur fon Bureau , n'a loifir
que de dire à la fienne quelque
douceur en paffant , &
content de la voir propre &
parée , lors qu'elle vient à
fon tour le régaler de quelque
careffe ou gentilleffe de fon
ſtile avant qu'il aille à fes Parties
, il fe felicite en luy- même
d'avoir en partage un fi rare
160 MERCURE
& fi magnifique objet ; & ne
pouyant tout - à- fait le titrer
de fon chef , ou s'eftimer à
droiture homme du premier
ordre , il s'imagine au moins
en voyant cette chere moitié,
foit par le jeu , ou autrement ,
en relation dans le grand
monde , y atteindre par cet
endroit. L'homme de Cour
ou le petit Maifire , qui pour
eftre , ce luy femble , de mode
ou du bel air , a fait fucceder
à cette politeffe qui fe pratiquoit
autrefois envers le Sexe,
une efpece de grivoilerie, plus
convenable à un Eftafier , ou
119
GALANT: 161
Lanfquenec , qu'à un homme
raisonnable , croiroit fe des.
honorer , & marcher avec les
vulgaire , s'il confervoit pour
fon Epoufe , aprés le jour de
fes Noces , un refte de ten .:
dreffe , ou la moindre confi
deration . Il fait trophée au
contraire de marquer ouver->
tement fon mépris & fon indifference;
& l'un d'entre eux,
qui avoit d'ailleurs un merite
diftingué , & qui ne reconnut
fon erreur qu'à la fin , cruc
dire un jour une belle chofe ,
en témoignant ferieuſement
dans l'entretien , qu'il auroic
Juillet 1698 .
O
162 MERCURE
aiméfa Femmeà l'excés , fielle
ne luy avoit pas appartenu
fous cenom , ou en cette qua
lité. Bizarrerie bien étrange ,
& digne en effet de pitié, de
ne pouvoir aimer ce que l'on
a,quelque précieux qu'il puiffe
eftre , my trouver ſa ſatisfa- '
ction dans les termes de fon
devoir. On ne doit pas s'étonner
fi ce gouft dépravé,
ou fi ce vain caprice de la pluf.
part des hommes , oblige les
Femmes à fe dévoyer , & à
chercher ailleursdes fujets qui
leur rendent plus de juftice .
La jaloufie qui femble eftre
GALANT: 163
4
contraire à cette efpece de
mépris ou d'abandonnement ,
& qui ne fe trouve plus guére
que chez les gens du fecond
ordre, eft une autre forte de
paffion , ou un excés de foucy,
qui traverle en même temps
le coeur & l'efprit , & rend les
deux partis également malheureux.
Un honnefte homme
qui peur dans ſon eſtar
faire un choix de raiſon , ou fe
procurer un fujet convenable ,
doit preffentir autant qu'il cft
poffible , & juger par avance ,
fi celuy qu'il affectionne , &
qui patoist luy donner log
164 MERCURE
mouaveu,
eft bien feurement pour
luy dans la même difpofition;
oufi des confiderations étrangeres
n'ont point plus de part
à cette réfolution, qu'un
vement particulier de l'inclination;
& c'eft la premiere
précaution qui fe doit apporter
, pour efperer avec juſtice
de la fatisfaction de fon engagement.
La maniere honnefte
& agréable avec laquelle
on vit avec l'Epoufe , aide
beaucoup enfuite à garantir
de l'avanture ; & une Femme
qui a de la raiſon , & un peu
de yertu , ne peut fe difpenfer
GALANT 165
d'y faire confideration . Une
complaifance outrée , ou par
trop relâchée , & qui paroiftroit
proceder de foiblefle ,
pourroit produire dans l'efprit
d'une vaine perfonneun effet
tout contraire , & l'on doit
dans tous les eftats , pour y
maintenir une jufte harmo
nie , foutenir toujours un peu
fon vray caractere , felon le
genie de ceux avec qui l'on
traite. Mais ce n'eft pas parla
vigilance , ou par la jalouſe
obfeffion qu'on peut efperer
de fe pourvoir contre l'acci
dent ; & c'eft fouvent bien
66 MERCURE
plutoft le moyen d'avancer le
mal , que celuy de s'en parer .
C'est le rendre peu de juftice ,
& faire en même temps injure
à une Femme , que de la loup-
Conner legerement . Tel eft
frapé de cette maladie qui en
a le moins de fujet , & fuivant
ce que dit unAncien , plufieurs
en témoignant craindre d'être
trompez , ont fait naire chez
celle qui n'y auroit jamais
penfé ,l'envie de les trahir, Il
faut neanmoins convenir , &
c'est ainsi qu'en jugent les plus
éclairez , qu'il est peu de Femmes
abſolument fidelles, quel
GALANT 167
que raiſonnables qu'elles
foient , les mouvemens du
coeur eftant fouvent plus
puiſſans en nous , que les plus
juftes fentimens , ou les plus
faines réfolutions. Un Amant
honnefte homme , & digne
d'eftre aimé , devient toujours
avec le temps up fujet dange
reux , fur tout à celles qui ont
le malheur d'eftre injuftement
partagées , & s'il fçait prendre
fes avantages , & qu'il en ait
l'occafion , il en eft peu d'affez
fermes pour luy oppofer und
réfiftance invincible . Si elles
ont tort en cela , ou fi elles
168 MERCURE
"
font en effet plus dignes de
blâme que d'excuſe , les hommesy
ont trop d'intereft pour
en juger avec affez d'équités
& ce que l'on en peut dire
avec plus de raiſon , c'eſt que
l'ufage ou la loy donne à ceuxcy
la qualité de Seigneurs &
d'Epoux , & qu'elle affujertic
les autres par la nature de leur :
eftat , aux termes de la défe.
rence , ou dans les bornes du
devoir .
Quoy qu'il en foit , dans la
neceffité du mariage , qui eft
l'ordre le plus naturel & le plus
general de la vie, l'on ne peut
fe
GALANT: 169
fe conduire autrement , aprés
ces mesures prifes , & rout
confideré , que de le réfigner
au deftin , ou de remettre le
refte au hazard de fa bonne
ou mauvaiſe fortune ; & en cas
d'évenement , au lieu de proceder
avec bruit , & de faire
éclater fon mal , comme ont
fait plufieurs qui s'y font fait
fifler , on doit prendre difcretement
fon party en la
maniere la plus jufte , par
rapport aux circonftances
du
fait , aux maximes du temps,
& aux qualitez des perfonnes.
Fuillet 1698,
P
170 MERCURE
Le Sieur Vincenr Hantier ,
du Havre de Grace , Perfpe-
Ateur , qui a nouvellement inventé
une machine quarrée
pour apprendre facilement la
Perſpective, par connoiffance
de caufe prife fur la nature ,
avertit le Publie , qu'il s'eft
bien voulu déterminer d'en
donner l'explication à tous
ceux qui la voudront fçavoir .
Par ce quarré on pourra apprendre
à trouver le vrai poing
de veur , à le bien placer dans
le monde, le mettre utilement
dans le deffein , à bien couper
l'échelle fuyante , qui en eft
,,
GALANT. 179 .
la bafe & le fondement , &
enfin à connoiftre tous les
principes de bien deffiner
en tres peu de jours , ce qui
luy a couté plus de trente années
à rechercher.
Comme il a trouvé par la
même étude la preuve de l'é- 1
chelle fuyante , dont aucun
n'a parlé jufqu'à prefent , il
veut bien auffi en donner une
entiere connoiffance. Parcette
preuve on vérra toutes les
fautes qui fe gliffent dans les
plus beaux Ouvrages . On
fçaura s'ils font dans leur regle
, & on donnera folution
Pij
172 MERCURE
de toutes les difficultez que
l'on pourra propofer , fur l'Optique
, l'Anoptique , & la Cathoptique
, qui font les trois
branches de la Perſpective ,
qu'un bon Perfpecteur doit
abſolument fçavoir , puis que
felon le fentiment des plus
fameux Auteurs , perfonne ne
peut fe rendre capable dans le
Deffein , s'il ne fçait & ne fuir
la Perfpective . Chacun doit
aimer cette belle découverte,
afin de poffeder les principes
de cette belle Science , &
pour fon utilité, & pour l'hon
neur du Royaume.
GALANT. 173

Le quarré entier de la Perfpective
fera amplement décrit
dans le Livre que l'Auteur
va mettre inceflamment au
jour , où tous les Deflinateurs
profiteront beaucoup , & fans
Maiftre , tant par la nouveauté
, que par la grande facilité.
On apprendra la demeure du
Sieur Hantier chez M' Maurice
, Concierge , au Terrain
de Notre- Dame de Paris
Le S ' Guignard , Libraire de
la rue Saint Jacquss , vient de
nous donner un Livre tres - curieux
, intitulé Hiftoire du Duc
d'Albe. La part que ce Duca
Pin
174 MERCURE
eue aux affaires de Flandre ,
lors qu'il a efté Gouverneur
des Pays Bas , fous le regne de
Philippe II . Roy d'Espagne ,
l'a rendu fameux , & quoy qu'
on ait blâmé gneralement fon
trop de ſeverité , tous les Hiftoriens
qui ont écrit ſur la fin
du Siecle paffé , & au commencement
de celuy cy , conviennent
qu'il a efté auffi
grand Capitaine que fin Politique.
Cette Hiftoire eft remplie
de quantité de faits particuliers,
& d'un grand nombre
de Harangues courtes, & d'un
ftile fort ferré, qui renferment
·
GALANT.
175
tout ce que la Politique & l'art
de faire la guerre ont de plus
fingulier . L'Auteur y fait connoiftreà
fond l'eftat du Con.
feil de Philippe II . le caractere
des Miniftres de ce Prince , &
ce Prince même , & il le fait
fans les épargner. Il louë leurs
vertus , mais fans cacher leurs
defauts , & on doit eftre d'autant
plus perfuadé qu'il parle
fincerement , qu'écrivant cinquante
ans aprés la mort de
ceux dont il parle, il n'eſperoit
d'eux nulle récompenfe , ny
ne craignoit leur reffenti .
ment. Il loue la vertu par tout
Piiij
196 MERCURE
1
où elle le trouve , & parle de
François , Duc de Guife , fur.
nommé le Balafré , d'Artus
de Coffé, Maréchal de Briſſac,
d'Anne de Montmorancy
,
Conneflable de France , &
de Jean le Conftant , ' ' Ele
Aeur de Saxe , avec de forr
grands éloges. Il lovë même
François I. & Henry II. Rois
de France , quoy qu'ils euffent
efté les deux plus redoutables
Ennemis de la Monarchie Efpagnole
, ce qui eft eftimable
en cet Auteur , qui eftant Ef
pagnol , pouvoit fupprimer
des veritez, qui devoient déGALANT.
177
plaire à ceux de fa Nation . Cet
Ouvrage eft la traduction
d'une Hiftoire Latine , qui fut
imprimée à Salamanque en
1669. & qui a pour titre , Vita
Ferdinandi Toletani , Ducis Albani
, Elle a efté faite fur des
Lettres Originales , fur des
Memoires dreffez du temps du
Duc d'Albe, & fur une Hiftoire
de ce même Duc , compofée
par un marquis d'Aftorga ,
qui avoit écrit ce qu'il avoit
vû , ou ce qu'il avoit appris
de perfonnes dignes de foy,
Cette Hiftoire eft manuſcrite ,
& fe conferve dans le trefor
des Titres des Marquis d'A
178 MERCURE
ftorga. La traduction en noftre
Langue qui vient d'eftre
publiée de l'Hiftoire Latine
du Duc d'Albe , eft en deux
volumes , diviſez chacun en
quatre Livres.
Il paroift un autre Livre
nouveau , intitulé Ismaël , Prin -
ce de Maroc . Il contient la Relation
des diverfes Avantures
d'un Prince Mahometan, qui
fous le nom du Comte de
Mortare , a vifité les principales
Cours de l'Europe ; où il
s'eft acquis la réputation d'un
homme tres - poli , fans que
l'on ait fceu qui il eftoit. Ces
avantures , qu'on ne fçauroit
GALANT:
179
lire fans en recevoir beaucoup
de plaifir, ont efté écrites fur
les Memoires d'un Gentila
homme François , qui ayant
efté attaché plufieurs années
aufervice de ce Prince , a efté
sémoin d'une grande partie
de ce qui luy eft arrivé. Il a
appris l'autre de ſa propre
bouche , & de celle de Mada :
me la Comteffe de mortare fa
Mere , qui en luy confiant fa
perfonne , luy a découvert les
particularitez de fa naiſſance,
& celles de l'avanture qui l'a
mile en eftat d'eftre la Mere
d'un Prince Mahometan ,
180 MERCURE
eftant née d'une Famille noble
de Gennes , & mariée à un
Gentilhomme Portugais . Ce
Livre le vend auffi chez le
Sieur Guignard.
Le Sicur Dhoury , Libraire
rue Saint Jacques , devant la
Fontaine Saint Severin , vient
de donner une troifiéme Edition
de l'Anatomie de l'homme
fuivant la circulation du fang,
faite par M' Dionis , premier
Chirurgien de Madame la
Ducheffe de Bourgogne , qu'il
a augmentée d'une Differtation
fur la generation , dans
laquelle l'Auteur fait voir que
GAALNT. 181
l'homme eft engendré dans
un oeuf, auffi bien que tous
les autres Eftres dont l'Univers
eftpeuplé. Outre les Editions
de Paris , ce Livre a efté
imprimé plufieurs fois à Lion ,
à Geneve & à Amfterdam , où
il a efté traduit en Latin pour
le faire paffer dans les Pays
étrangers , ce qui prouve la
bonté de cette Anatomie.
Le Roy, fur la fin de l'année
derniere ,fit envoyer à Mrs
du Confulat de la Ville de
Lyon une Lettre de Cachet ,
avec un Brevet pour faire
18 MERCURE
continuer M' du Gua , Prevot
des Marchands, dans la Charge
, à caufe de fon merite extraordinaire.
En effet , cet illuftre
Magiftrat ne foutient
pas feulement cette dignité
de Prevoft des Marchands
dans la Jurifdiction Conſulaire
de Lyon , laquelle par fes
anciens Privileges a fon étendue
par tout le Royaume ,
mais il exerce encore celle de
Commandant en l'abſence du
Gouverneur de la Province ,
avec une vertu & une capacité
diftinguée , & un applaudiffemient
univerfel. Meffieurs du
GALANT. 183
Confulat ont accoutumé tous
les deux ans , à l'élection de
Mile Prevost des Marchands,
de faire graver des Devifes ou
Emblêmes fur des Jettons
d'argent , dont ils prefentent
des bourfes à M' le Gouverneur
; à M' l'Intendant ; à M
le Prevoft des Marchands , &
à Mrs les Echevins . M' Perachon
, dont le nom eft fi connu
par plufieurs de ſes Ouvrages
, qui luy'ont fait meri
ter d'eftre Penfionnaire de Sa
Majeſté , cut l'avantage que
ce qu'il fit dans cette occafion
fas préferéà plufieurs au184
MERCURE
tres Deviſes ou Emblêmes
qu'on leur prefenta . Comme
le fujet s'eft rencontré favorablement
dans l'heureuſe circonftance
de la Paix , ila jugé
que fur ces Jettons , où l'on
avoit fait graver d'un colté
les Armoiries de ceux aufquels
on les prefente , il falloit
mettre dans le revers une Figure
Equeftre du Roy , couronné
de feüilles de Laurier
& d'Olivier
, pour exprimer
fes triomphes de la Guerre &
de la Paix , avec ces mots ,
Magnus Bello , Pace maximus .
Grand par la Guerre , & presGALANT.
185
grandpar la Paix. Sur ce fujet
il a fait les Vers que vous allez
lire. Vous les trouverez reme
plis de fortes pensées à la gloi
re de Sa Majesté.
Il est
vray que
les
Exploits
la Paix arreſte
Dubras victorieux du plus grand
de nos Rois.
Ileft vray que LOUIS parus
grand dans la Guerre ,
aux
Et pouffa fes exploits jufqu'au
bouts de la terre.
Il eut des Ennemis prefqu'en tout
l'Univers ,
Qui jusqu'au nouveau monde ont
fenti des revers.
Juillet 1698.
Q
186 MERCURE
Ce n'eft pas feulement de l'Europe
alarmée
Qu'il fut un grand theatre à fa
valeur armée.
Dans le double Hemiſphere il eſt
peu de climats ,
Où l'on n'ait vû le champ de fes
fameux combats.
Des trefors Indiens la dépouille
brillante
Eft un riche trophée à sa main
triomphante ,
Et fon vafte pouvoirfurl Empire
des Eaux
L'a rendu le Vainqueur de dix
mille Vaiffeaux.
Il acquit des Lauriers dans toutes
Les Batailles;
GALANT: 187
Lesplus puiffans rampars , les plus
fortes murailles
Cederent àfon art de prendre une
Cuté
,
Et rien nefut égal àfarapidité.
En vain les Ennemis dans l'un
& l'autre monde
Ont toujours enviefa gloire fans
feconde ,
Le fruit qu'ils ont cueilli de leur
jalouſe ardeur
Eft d'avoir fait connoifire & for
forse &fon coeur.
Mais quoy qu'il ait marché de vi.
Etoire en victoire ,
La Paix luy donne en co une plus
baute gloire.
188 MERCURE
En fe vainquant foy mefme il a
le digne prix
De vaincre le Vainqueur de tous
fes Ennemis.
Au bien de l'Univers , en calmant
fes alarmes ,
Il a facrifié la gloire de fes armes,
Et ne s'eft refervé de fa noble fu
reur
Que pour faire la guerre à l'infidelle
Erreur.
Il combat feulement pour la gloire
celeste ,
Et la feule Herefie enfent le coup
funefte.
La gloire des Combats , prix de
Tambition,
GALANT. 189
Le cede en ce Heros à la Religion .
La gloire de la guerre à pluſieurs
fepartage,
Mais l'honneur de la Paix de luy
feul eft l'ouvrage.
Sur tout ilfait briller fa generofité
Pour les premiers objets defon bras
redouté.
Et pour mieux affermir le repos
des
Espagnes ,
Il leur rend par la Paixle gain de
dix
Campagnes
.
Mais relâchant ainfi defes exploits
Vainqueurs ,
Il a bien plus conquis en conquerant
lecoeurs.
190 MERCURE
Ainfi loin d'amoindrirfesconque
ftes fameuses ,
Il fçait les augmenter par des
Paix glorieufes ,
Et nous pouvons conclurre au gré
de nos foubaits ,
Qu'ileft grand par la Guerre , &
tres-grandpar la Paix.
Mrs du Confulat de la Ville
de Lyon , en confideration de
cette Devile , ou Emblême ,
faite par M' Perachon , luy
ont fait prefent d'une bourfe
de Jettons d'argent , qui l'a
obligé de faire ce Sonnet pour
M ' le Prevoft des Marchands
& Mrs les Echevins
GALANT: 191
Illuftres Magiftrats , à qui les deftinées
Ontrefervé lesfoins de remplir nos
foubairs ,
Je dois faire briller vos vertus
couronnées
Qui jusques à ma Mufe étendent
leurs bienfaits
,
2 .
Nos Familles par vous fagement
gouvernées ,
Ont attiré du Ciel l'abondance &
la
Paix ,
Etfous vos juftes Loix calmes
fortunées ,
Sont autant de témoins de vos
glorieux faits .
192 MERCURE
S
Lyon qui tient de vous un deftin
fipropice ,
Puis que vous luy rendeZ fi parfaite
juftice ,
Doit auffi par ma voix vous la
rendre àfon tour.
23
Et dans lesfentimens defes reconnoiffances
,
Vous nommer à bon droit
bienfaits immenfes,
pour vos
Les Peres du Pays qui vous donna
le
jour.
Je vous envoye la Liſte des
Vaiffeaux qui arment au Port
¡de
GALANT. 193
de Breft , pour paffer en Provence,
& j'y joins les noms des
Capitaines qui doivent les
commander.
Le Tonnant .
M' le Comte d'Eitrées , Vice-
Amiral.
M' de Champmeflin , Capitaine.
M' d'Andenne , Capitaine .
Le Saint Philippe.
M'de Neſmond , Lieutenant
General .
M'de Tricambaut, Capitaine .
M ' de Caffaro , Capitaine .
Fuillet 1698 .
R
194 MERCURE
1
L'Admirable.
M' de Langeron , Lieutenant
General,
M ' Ferriere , Capitaine .
M ' Lagnibougorre, Capitaine.
Le Lis.
Milord Duc d'Albemarle ,
Chef d'Efcadre.. J
M'de Grandpré . Capitaine.
M' de Boulinvilliers , Capi
taine .
Le Superbe.
M ' de Machaud , Capitaine.
M' Gratien , Capitaine en fecond.
Le
Bizarre.
M ' de Sepville , Capitaine .
GALANT. 195
M'de Godoüin , Capitaine en
fecond.
Le Saint Louis.
M'd'Alégre , Capitaine.
M' Lautier , Capitaine en fecond.
Le Laurier.
Mr de Bagneux , Capitaine.
Mr de Saint Quentin , Capitaine
en fecond .
Le Témeraire.
M'de Rouvray , Capitaine .
M'
Descartes ,
Capitaine en
fecond.
La Perle.
M ' de la Luzerne , Capitaine
,
Rij
196 MERCURE
M du Coudray , Capitaine
en fecond .
Vous ne ferez pas fachée
de fçavoir ce qui s'eſt paſſé à
l'Entrée de M'de Bertier , que
le Roy a fait premier Evéque
de Blois . Tous les ordres
pour la reception en cette
Ville-là ayant efté donnez , &
le jour de fon Entrée marqué
au Jeudy 26. de Juin , ce Prelat
accompagné de la maréchauffee
, qui eftoit allée au devant
de luy jufqu'à fa maiſon de
Champigny, à trois lieuës dé
la Ville , fe rendit au fon des
GALANT. 197
Cloches & au bruit de la Mouf
queterie, en l'Abbaye de Saint
Laumer , où il fut teceu à la
porte de l'Eglife par le Prieur,
qui le harangna à la tefte de
fa Communauté. Le refte du
jour & le lendemain matin ,
receut les complimens & les
harangues de tous les Corps
de Ville & de toutes les Com
munautez Seculieres & Regu
lieres , aufquelles il répondit
avec une preſence d'esprit &
des manieres obligeantes qui
le firent admirer de tout le
monde. A deux heures précifes
, il partit de l'Abbaye pré-

Riij
198 MERCURE
2
cedé de toute la Communauté
, qui le conduific jufqu'à
l'entrée de la Ville , où l'on
avoit préparé un Trône fur
une estrade élevée de plufieurs
marches. Il y trouva tous les
Corps de Ville , la Chambre
des Comptes, le Préfidial , l'Election
; & dans le même moment
, les Religieux , les Paroiffes
, & tout le Clergé , arti
verent proceffionnellement
de toutes parts . Le maire de
Ville avec les Echevins le harangua
de nouveau . Le Chapitre
de Saint Sauveur , choifi
pour compofer la Cathedrale,
GALANT. 99
THE
VILLE
fit la même choſe . Ce kun
fut revêtu de les habits pos
tificaux , & la marche commenga.
Depuis l'entrée de la Ville
jufqu'à l'Eglife paroifliale de
Saint Solemne , de ftinée pour
eftre la Carhedrale , toute la
Bourgeoifie en armes formoit
une double haye , afin d'empêcher
autant qu'il fe pour
roit , que la foule du peuple ,
accouru de vingt lieuës à la
ronde , ne rompiſt la marche .
Le Clergé chantoit des Pleaumes
& des Hymnes qui a
voient rapport à la ceremo-
Rij
200 MERCURE
nie , & le peuple l'accompagnoit
d'acclamations & de cris
de Vive le Roy. Cette marche
fut longue & difficile par
l'empreffement que l'on cut
de voir en fes habits pontifi .
caux un Prelat dont rien ne
peut furpaffer la bonne mine,
& l'air de pieté & de douceur
répandu dans toutes les ma
nieres. Il arriva comme il put
jufqu'à la porte de la Cathedrale.
Cette Egliſe qui avoit
efté renversée par une violen
te tempefte en l'année 1678.
avoit efté ptefque entierement
rebâtie par les liberalitez du
GALANT. 201
Roy , & c'eftoit la plus belle
Paroiffe de la Province.
Meffire Louis Frotté , Do
&teur en Theologie , Chanoine
Regulier de Sainte Geneviéve
, Prieur de cette Eglife ,
l'attendoit à la porte avec fon
Clergé , & aprés les ceremo
nies ordinaires , il le harangua
à fon tour en la maniere fuivante.
4
MONSEIGNEUR,
Au milieu des acclamations de
ce Peuple innombrable qui s'abandonne
à la joye , & qui l'exprime
en toutes les manieres qu'un zele
ardent & ingenieux peut inven
202 MERCURE
ser; aprés nous eftre laiße nous .
mêmes agréablement transporter
aux mouvemens confus de la multitude
, ne devons- nous pas faire
entendre une voix plus articulée ,
& nous expliquer diftinctement
fur le fujet d'une réjouiſſance ſi
generale ?
Le moment eft venu que nous
recevons un Prelas choifi par le
Roy ,pourremplir le nouvel Eve
ché qu'il fais établir en cette Ville.
C'est à dire , que par un effet particulier
de la pieté de Sa Majesté ,
de fa bonté pour cette Provin
ee , nous voyons lever uniquement
pour nous un Aftre brillant , dons
GALANT. 203
les rayons vifs penetrans pren.
nent la place de ceux qui nous
viennent de trop loin & 11op obliquement
pour produire des fruits
excellens.
Je ne sçay , Monfeigneur , ce
que nous devons en cela le plus
admirer , ou le deffein de S. M. on
la maniere dont Elle l'execute.
Dans le temps que l'on n'entendoit
parler que de prifes de Villes im :
prenables , que de Provinces enlevées
, que de Combats fanglans
toujours accompagnez de victoires
glorieufes fur toutes les Na
tions conjurées dans tous les endroits
du monde,aurions nous pen.
204 MERCURE
Se que noftre admirable Prince n'as
voit point de plus grande application
qu'à relever tant d'actions
heroiques par un zele ardent pour
la Religion à laquelle il destinois
tout lefruit defes conqueftes , qu'à
les fantifier par des marques continuelles
de fa reconnoiffance
en
vers Dieu , auteur de toutes ces
profperitez ; qu'à changer les cris
militaires des Soldats en de faints
Cantiques , les réjouiffances pro.
fanes & feculieres en des Feftes
religieufes & Ecclefiaftiques
.
Mais quel prodige de dif.
cernement ! Pendant que S. M.pa.
roift occupée à penetrer dans les
GALANT: 205
deffeins de fes Ennemis , & dans
leurs Ligues les plus fecretes pour
les prévenir, ou pour les rendre
iuuciles , elle entre dans le détail
du merite & des qualitez de cha .
cun , & perçant les voiles les plus
épais du déguisement & de l'arti .
fice , ellefait des choix également infaillibles
des Sujets qu'Elle trouve
propres à la conduite à l'ornement
des Eglifes , & de ceux qu'-
Elle deftine à la delicateſſe des Ñegociations
, ou au commandement
de fes Armées ; & parce qu'il
n'arrive pas toujours que dans les
endroits où le Soleilportefes rayons
les plus favorables , on y vaye
&
Les
206 MERCURE
productions lesplus parfaites , mais
qu'ilfaut une certaine temperature
, une jufte proportion entre le
degré de chaleur & la qualité de la
terre qu'elle échauffe, §. M.nous a
déja fait goûter par avance com➡
bientes qualitezéminentes de vôtre
perfonne , Monfeigneur , ſe trouvent
proportionnées aux befoins
à l'avantage des Peuples qui
luy font confiez
Unnom respectédans le monde,
réveré depuis longtemps entre
ceux des plus excellens Prtlats ; un
exterieur engageant&prévoyant,
& polies , un des manieres nobles
efprit pénetrant¸un coeur genereux
GALANT. 207
&
& fincere ; une pietéfage éclairée
; une doctrinefaine & fans re.
proche ; beaucoup d'autorité jointè
aux charmes d'une doucear incom.
parable ; du zele , de l'exactitudé ,
de la fermeté temperée par une extrême
condefcendance ; ce font ces
rares qualitez que noftre grand
Prince a trouvées réunies en voftré
perfonne , Monfeigneur,
juge propres à récompenfer la fide .
lité inviolable d'une Ville penetrée
de refpect pourfes Princes, qui s'eft
d'ailleurs confervé jusques icy la
réputation d'efprit
qu'il
de delica.
teffe; & qu'il veutfoutenir contre
la moleffe & l'oifiveté.
208 MERCURE
Je neretarderois pas un moment
davantage le cours d'une ceremo
nie dont la conclufion nous eftfi neceffaire
, s'il m'eftoit permis d'ou
blier tant de Paroiffiens affectionnez
, réunis autour de moy qui
demandent queje difeencore, Mon-
Seigneur , qu'attachez de tout
temps àcette Eglifepar mille liens
avec une tendreffe affermie par la
compaffion de fes malheurs
fa ruine , aprés plufieurs efforts
inutiles pour la relever , ilsſe trouvent
enfin comble de joye en
voyant reparer avantageusement
par la bonté du Roy , toutes les
pertes que le Ciel dans fa colere
de
GALANT: 209
avoitpermis qu'elle cuft fouffertes .
Augmentée , ornée , honorée du
titre de Siege Epifcopal entre les
mains d'un fi digne Prelas , ils
s'attendent d'y puifer à jamais
dans leurfource toutes les veritezs
d'en tirer toutes les lumieres de la
doctrine , tous les fecours des bons
exemples , favorifez au delà de
toute eſperance.
Voilà, Monfeigueur , unepartie
de ce qui caufe le tranſport des
Peuples , où je feray mieux de ren.
trer tout à fait , pour achever
d'exprimer ce que tout le monde
fçait fibien, & que je n'ay pu
Les Prefires autrefois dans une
Juillet 1698 .
S
dire.
210 MERCURE
femblable occafion du Temple reparé
,fe trouverent tous avec leurs
Inftrumens de Mufique en leurs
habits de ceremonie
, pour louer
Dieu. Ils s'ecrioient , & tout le
Peuple confufement avec eux,qu'il
eftoit infiniment bon , & quefa
mifericorde eftoit éternelle . Nous
allons à leur exemple , faire retentir
ce faint Temple de prieres ardentes
pour le Roy. Nous allons
crier tous enfemble, Que le Dieu
tout puiffantfoit beni , le Seigneur
qui donne un fi grand fujet de
joye à tout fon Peuple. Vous - même,
Monfeigneur, qui venez benir
tout le monde , vous ferez comblé
GALANT: 211
de benedictions en entrant & en
fortant , c'est à dire , dans toutes
vos démarches , felon le langage de
l'Ecriture. C'eft dans cesfentimens
que j'ay l'honneurde recevoir dans
cette Eglife Vostre Grandeur avec
ce Clergé choifi qu'elle y conduit.
Heureux de m'y trouver affocié,
pour vous y donner, Monfeigneur,
avec un profond refpect des marques
continuettes de formiffion &
d'une obeißance parfaite.
Cette Harangue fut receuë
avec d'autant plus d'applau
diffement , qu'on y reconnut
les principaux traits de M'T'Evêque
de Blois. Il y répondit
S ij
212 MERCURE
comme il avoit fait par tour
ailleurs , avec beaucoup de
modeftie , & d'une maniere
tres-obligeante . Il fut conduit
par le Prieur à l'Autel , & de
là à fon Trône , où il entonna
le Te Deum , qui fut chanté par
la Mufique du Chapitre . On
fit les prieres pour le Roy , &
tout le monde receut la benediction
folemnelle du Prelat ,
qui prit enfuite le chemin de
fon Palais Epiſcopal , accompagné
de fon Chapitre . Il fe
fit plufieurs décharges de toute
la moufqueterie , & l'on
alluma devant la porte de fon
GALANT. 213
Palais ,le feu de joye qui avoit
efté préparé , & dont l'effet
fut tres agréable. Les peuples
depuis ce temps viennent en
foule pour affifter aux Offices
où se trouve ce Prelat , & ne
peuvent. fe laffer de benir
Dieu & le Roy , qui a fait un
choix fi
avantageux pour
l'honneur & pour l'utilité
de la Ville de Blois , & de
toute la Province.
Je vous envoye un Ouvrage
,
de la bonté duquel vous
ferez perfuadée , quand vous
fçaurez qu'il est de l'Auteur
214 MERCURE
de la Satyre des Petits- Maiftres.
Tout ce qui vient de luy
ne fçauroit manquer d'avoir
lemême avantage . Ce dernier
Ouvrage a receu de grands
applaudiffemens de toute la
Cour.
A MONSIEUR LE MARQUIS
DE DANGEAU ,
Chevalier d'honneur de Madame
la Ducheffe de
Bourgogne.
MADRIGAL.
)
Dangeau
,que la Vertu dans
noftre éleve i
Julqu'aux honneurs du premier
rang ,
GALANT. 215
Et dans qui le merite acheve
Ce qu'avoit commencé le fang.
A celebrer noftre Princeſſe
Je fens mon efprit excité.
Protegez ma témerité ,
Mon zele excuſe ma foibleffe .
Si vous vouliez chanter, tout le facré
Vallon
Viendroit à voſtre voix , dont le
charme l'attire ;
C'eft un fujet digne de voſtre lyre,
Ou de la lyre d'Apollon .
V
ADELAIDE ,
IDTLLE.
Enez,nobles Jumeaux, venez,
Freres d'Hélene ,
Retablir dans fes droits l'agréable
Printemps ;
Les Jumeaux , Signe de fuin.
216 MERCURE
Faites briller vos regards éclatans ,
Pour écarter l'orage , & deffecher la
plaine.
Quel defordre fatal dérange les faifons
?
D'où vient ce noir manteau dont le
Ciels'envelope ?
Pourquoy les humides Poiffons *
Ofent-ils dégrader le Raviſſeur *
d'Europe ?
La terre fur fon axe auroit- elle tourné
,
Et pour placer l'Afrique aux Zones
temperées ,
Relegaé ce climat fi doux , fi fortuné
Dans les frimats hyperborées ?
Ou fi , pour expliquer la caufe de
nos maux ,
* Les Poiffons , Signe de Février.
Le Taureau , Signe de May.
Nous
GALANT. 217
Nous pouvons dire avec jufteffe,
Que les fiecles ont leur vieille ffe
Auffi - bien que les animaux.
2
D'un principe inconnu l'effet eft
trop fenfible ;
3 01
L'air n'eft plus égayé par le chant
des Oiseaux ,
Et dans ce bocage paiſible ,
Les torrens enfiez par les eaux
-Ont impofé filence avec leur bruit
terrible
Au doux murmure des ruiffeaux.
Les Bergeres dans nos prairies
Sur le tendre gazon ne tracent plus
leurs pas ;
On ne les y voit plus relever leurs
appas
Par le fimple ornement des guirlandes
fleuries
Juillet 1698.
Τ
218 MERCURE
Le Berger , languiffant de defirs &
d'amour ,
Y vient chercher en vain la Beauté
qui l'engage ,
Et n'y fait plus de honte à l'indolente
Cour
De voir les airs galans confinez au
village.
Agreables amuſemens ,
Tendres foupirs , leduiſante Aleuretté
,
Pas meſurez , enchanteurs mouvemens
,
Qui me charmiez à l'ombre , au ſon
d'une Muferte ,
Ce n'eft point vous que je regrete,
Si je forme des voeux pour délivrer
nos bois
De l'Aftre pluvieux qui dans les airs
préfide ,
GALANT: 219
C'eft pour chanter Adelaïde
Aux Bergers attentifs qu'affemblera
mal voix.
2
Mais déja des Zephirs la careffante
haleine ,
Et leurs feconds embraffemens
Au beau rivage de la Seine.
Rendent fes premiers agrémens.
Allons : c'est trop languir dans un
trifte filence ;
Celebrons des appas dignes d'eftre
adorez ,
3
Et frapons les airs épurez
Par des chants de réjoüiffance.
S
Accourez . Peuple fortuné ,
Chez qui la Paix & l'Innocence,
Le front d'olive couronné ,
Ont établi leur réſidence .
Tij
220 MERCURE
Apprenez le bonheur qui vous eft
deſtiné..
LOUIS de voftre fort a fixé l'inconſtance
,
Et pour vous procurer de tranquilles
momens ,
Il affermit voftre efperance
Sur d'immuables fondemens,
Il rend à vos defirs les vertus de Tereze
,
Il donne à vos voeux empreffez
Une illuftre Beauté , dont le merite
appaiſe
Tant de regrets cuifans qu'elle vous
a laiffez .
Jamais le chafte Hymen , d'une fi
noble chaîne
N'enrichit la voute des Cieux ,
Même quand le Maître des Dieux
Avec la jeune Hébé joignit le Fils
d'Alcmene.
GALANT: 221
On voit s'acheminer noftre troifiéme
appuy
A ternir la gloire d'Alcide.
Il eft digne d'Adelaide ,
Elle feule eft digne de luy.
S
Que le Prince eft charmant ! qu'au
delà de fon âge
Il pouffe dans les Arts fa pénetration
!
Déja pour le payer de fon attention
,
Du voile qui les couvre ils écartent
l'ombrage
Minerve à fes regards fait briller
leur beauté.
Rougiffez devant luy , Jeuneffe dif
fipée ,
Qui de fades plaifirs lâchement ocizomcupée
/
Olez en faire vanité .
Tiij
222 MERCURE
De fon Augufte Aycul empruntant
le tonnerre ,
Nous l'allons voir bientoft dans les
plaines de Mars ,
Comme le premier des Céfars ,
Joindre les notions du grand Art de
la Guerre
A l'amour des paisibles Arts.
Bientoft vous tremblerez devant fes
Etendars ,
Ennemis inquiers du repos de la
Terre . S
Comment de la Princeffe exprimer
les attraits ?
Quelstrefors faut-il que j'affemble
Pour en réunir tous les traits
Dans un Portrait qui luy reffemble
?
Email mobile , aimables fleurs ,
Dont le Soleil enfin vient d'embellir
nos rives ,
GALANT. 223
Pourrez vous de fon teint figurer les
- ccoouullecuurrss ?? ..
Non , vous n'eftes point affez vives,
Et vous , Feux de la nuit , vous qui
difparoiffez
Dés
que l'Aftre du jour vient fournir
fa carriere ,
Pourrez vous de les yeux nous peindre
la lumiere ?
Non, vous ne brillez point affez .
2
Les Graces, du Mont de Cythere
Quittant le fejour immortel ,
Viennent étudier dans ton air natu
rel
Les plus fines leçons de plaire,
Que vous diray-je encor ? Noftre
felicité
A voulu que fon Aftre unift dés fa
naiffance
T iiij
224 MERCURE
L'Esprit brillant & la Bonté,
Qui font fi rarement de bonne intelligence
,
C'eft par ces qualitez que
grand des Rois ,
le
plus
Ce fage Eltimateur du merite folide,
Se délaffe du noble poids
Qu'impotent à fon rang les Armes
& les Loix, A
Dans la Troupe des Jeux qui fuit
Adelaïde .
S
Croiffez , jeunes Epoux , croiffez ,
Couple charmant ,
Objet des tendres foins de noftre
Augufte Maistre ,
Croiffez en âge feulement ,
En graces , en vertus vous ne sçauriez
plus croiſtre.
Haftez - vous de combler nos
Voeux
GALANT: 225
Souffrez qu'avec l'Amour la Gloire
Vous partage ,
Et que le Ciel favorable à vos feux ,
De vos rares talens , à nos derniers
* Neveux
En de vivans Portraits faffe paffer
l'image.
Je vous envoye le Sonnet
en Bouts- rimez qui a rempor
té le Prix cette année , par le
jugement de Mrs les Lanterniftes
de Toulouſe. Ils ont
tenu leur affemblée pour en
décider, chez M' de Lucas ,
Confeiller au Parlement . Tout
le monde fçait que ce zelé
Magiftrat ne s'applique pas
216 MERCURE
avec moins d'ardeur à rendre
la juftice , qu'à contribuer par
fes foins à tout ce qui regarde
la gloire du Roy. Le Sonnet
en faveur duquel cette illuftre
Compagnie s'est déclarée, eſt
de M'Grangeron , de Toulou
fe . La lecture que vous en allez
faire , vous fera connoiftre
qu'Apollon, le Dieu desSciences
& des Arts , ne l'a pas
moins favorifé dans la maniere
heureuſe avec laquelle il
tourne des Vers , que dans la
partie de la medecine qui regarde
la connoiffance & la
vertu des Simples.
"
GALANT. 227
AU ROY.
HEros , dont la verta nous rendile
Ciel propice ,
Ton augufte conduite a rempli nos
fouhaits ;
Le comble précieux de tes nouveaux
bienfails,
Ade nos Ennemis defarmé le ca-
S
price.
Bellonne trop longtemps a fait ton
exercice,
On la voir faire place à des plaifirs
parfaits.
Des Lauriers dont encor Mars t'offre
les attraits
Au repos des Mortels tu fais un
facrifice
228 MERCURE
2 .
De ta fage vaillance, & de tes nobles
foins
Et la terre &c les flots tour à tour font
témoins ,
De nos jours fortunez ta clemence
eft la
fource.
Les douloureux accens de tes plus
fiers.in ...
milieu de ta
Te retiennent , Grand Prince , au
Rivaux,
courfe,
Une folide Paix couronne tes travaux
.
PRIERE POUR LE ROY.
-Rien ne peut de Louis égaler la va
leur ,
Etla vie est toujours en miracles keconde.
GALANT 229
Seigneur , à nos Neveux referve la
douleur
De voir finir des jours fi précieux au
monde.
·
.3 . Jojog 30703
Mrs les Lanterniftes don;
nent avis que parmy les Sonnets
qu'ils ont receus cette an
née il s'en eft trouvé en petits
Vers de huit fillabes ,& à rimes
compofées. Ces Sonnets font
d'ailleurs tres beaux , & auroient
balancé le Prix fans ce
defaut; mais on veut des Vers
Alexandrins - Heroïques , &
dont les bouts ne foient point
allongez. Ceux qui travailleront
pour le Prix à l'avenir ,
230 MERCURE
doivent prendre ſoin d'éviter
ces fortes de licences , que
Mrs les Lanterniftes ne per.
mettent point.
Voicy un autre Sonnet fur
les mêmes Bouts - rimez , mais:
qui eft arrivé trop tard pour
avoir pu concourir. Vous le
trouverez tres heureuſement
tourné , & vous avoüerez qu'il
feroit difficile de faire en quatorze
Vers un plus beau Portrait
du Roy. I eft de M' le
Gendre , Fils de feu M' le
Gendre , Fermier General.
GALANT. 231
A
AU ROY.
U milieu des Combats avoir lë
Ciel
propice,
Remplir tous les deffeins au gré dě
fes fouhaits ,
Sur fes Ennemis même étendre fes
bienfaits,
N'agir que par raifon , & jamais par
caprice.
S
Des devoirs d'un Heros faire fon
exercice ,
En prudence , en valeur paffer les
plus parfaits ,
Se furmonter foy même, y trouver
des attraits ,
Faire de fes Lauriers un pompeux
Be facrifice.
232 MERCURE
$
Au bonheur de la France appliquer
tous les
Joins ;
Rendre de fes hauts faits tous les
Mortels témoins
Du repos de l'Europe eftre l'unique

fource.
Dans la Paix , dans la Guerrè obfcurcir
fes Rivaux ,
C'est le Portrait d'un Roy , dont
l'éclatante
courfe
De l'invincible Hercule efface les
travaux,
PRIERE POUR LE ROY.
Confervez- nous , Seigneur , noftre
Augufte Monarque ,
Daignez toujours fur luy répandre
vos bienfaits ;
GALANT. 233
Qu'il joüiffe en tout temps des douceurs
de la Paix
Et préſervez les jours des fureurs de
la Párque .
M Dader dont je vous
envoyay des Vers le mois paffé
, faits à la gloire de l'Illuftre
Sapho , luy a rendu un ſecond
hommage par ce Rondeau .
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Vos Ecrits font affez com²
prendre
•Qu'Apollon aime à vous aprendre
Ce quefon Arta de plus fin ;
Juillet 1698.
V
234 MERCUR
E
A cet avantage divin
Autre que vous ne peutprétendre.
S
Par tout vous avezſçu répandre
Un nom capable dedéfendre
Contre le Critique malin
411
Vos Ecrits.
2
Peut il vouslireon vous entendre
Sans eftre obligé de fe rendre?
Rempli de fiel , plein de chagrin ,
Sur tout il répand fon venin ;
Mais il n'a garde de reprendre
Vos Ecrits.
Les Contes continuent
d'eftre en vogue , & les ConGALANT.
235
tes nouveaux , ou Fées à la mo
de, par Madame D ** font du
nombré de ceux qui ont le
plus réuffi . On n'en peut dou
ter , puis que le Public en a
demandé une fuite . Ainfi on
vient de luy en donner deux
volumes nouveaux, qui ſevendent
dans la grande Salle du
Palais , à l'Envie , chez Nicolas
Goffelin , en la Boutique de
défunt Theodore Girard. On
voit dans ces deux volumes
les Contes
Du Pigeon & de la Colombe.
De la Princeffe Belle-Etoi
le & du Prince chery.
Vij
236 MERCURE
Du Prince Marcaffin .
Du Dauphin,
Et celuy du Gentilhomme
Bourgeois , qui fe trouvant
mellé parmy tous ces Contes,
fait une agréable diverſité.
*
1
On commence ordinaire
ment tous les ans au mois de
Juillet à foutenir en Sorbonne
la Thefe que l'on appelle
La Sorbonique, Le Prieur en
fait l'ouverture par un Difcours
, où plufieurs perfonnes
de qualité ont accoutumé
d'affilter, & c'est une fonction
dont M' l'Abbé de Soubile,
GALANT: 237
qui remplit cette Charge avec
toute forte de diftinction , & à
qui le Roy vient de donner
l'Abbaye de Lyre , s'aquitta
le 11. de ce mois d'une manie !
re tres glorieuse pour luy.
Il fit le Panegyrique du Roy
en Latin felon la coutume , &
jamais la religion & la pieté de
ce Monarque ne furent tou
chées avec une éloquence
plus vive. La naiffance & la
capacité déja connuë de M
l'Abbé de Soubile attirerent
à cette action tout ce qu'il y
avoit à Paris de plus diftingué
dans l'Eglife , dans l'Epée &
238 MERCURE
dans la Robe. M's les Cardi.
dinaux d'Eftrées & de Bonzi
y estoient , ainfi que plufieurs
Archevêques & Evêques ,
qui tomberent tous d'ac
cord que toutes les qualitez
qu'un Orateur doit avoir pour
eftre parfait , le trouvoient
en luy , & que la fameuse
Maifon de Sorbonne n'avoit
jamais receu plus d'honacur.
Perfonne n'avoit encore paru
avec tant d'éclat dans ces for
tes de matieres. Le Prefenté
des Cordeliers , qui a droit de
faire la premiere Sorbonique,
comme celuy des Jacobins a
GALANT. (239
droit de faire la derniere , répondit
éloquemment au Panegyrique
Latin , & fit l'Elo
ge de M' l'Abbé de Soubife,
qui s'acquit tant de gloire ce
jour- là , que Meffieurs les Doo
Eteurs voulant luy marquer la
part qu'ils y prenoient , le haranguerent
le lendemain , lors
qu'il entra dans leur Maiſon,
& députerent d'un confentement
unanime fix des principaux
d'entre eux , qui allerent
remercier Mile Prince & Madame
la Princeffe de Soubife,
de l'honneur qu'ils leur a
voient fait de leur donner M
240 MERCURE
meure
l'Abbé de Soubife . Le Sindic
& le Doyen eftoient de ce
nombre. Les Ecoliers du College
de Harcourt , où il dene
manquerent pas
auffi de prendre part à cette
éclatante action , par plufieurs
Difcours qu'ils eurent l'honneur
de luy faire en diverfes
Langues. Voicy celuy qui luy
fut prononcé par M' Cuville,
Ecolier de la troifiéme Claſſe.
#AreLL imp
MONSEIGNEUR :
Au milieu de tant d'Eloges qui
retentiffent de toutesparts à votre
gloire , fera - il dit qu'eftant les
témoins
GALANT.
241
témoins des grandes
actions que
vous faites dans le lieu le plus cèlebre
de l'Univers , nous
demeurions
feuls dans le filence , & que le feu
de noftre premiere
jeuneffe ne nous
force pas à le rompre , pour vous
témoigner nostre joye , & la part
que nous prenons à vos triomphes?
Mais quoy ! Pouvons nous rien
dire qui réponde à l'excellence
de
voftre merite , nous qui ne femmes
pas capables de le connoftre dans
toute fon etenduë ? Quelque foibles
pourtant que foient nos con .
noiffances, nous ne laiffons pas d'en
eftre vivement frape & d'entrevoir
cette varieté brillante de
Juillet 1698.
X
242 MERCURE
tant de vertus qui vous accompa ·
gnent par tout , cet air de nobleffe
qui refpire en vous , le SangRoyal
de tant d'illuftres Ancestres ; cette
douceur charmante confonduë avec
cette magnanimité beroïque
qui brille fur voftre visage , ce
port majestueux , cet accueil obligeant
, & fi gracieux pour tous
ceux qui vous approchent ; mais
avec tous ces dehors incomparables
, cette haute capacité , qui
dans la fleur de vostre âge vous
met au deffus des Maitres les plus
celebres & les plus confommez.
Toutes ces vertus raſſemblées en
voftre Perfonnefe font tropfenfiGALANT.
243
Blemens voir à tout le monde, pour
échaper aux yeux même des Enfans.
En effet , Monfeigneur ,
peut on vous entendre parler dans
les actions publiques avec tant de
tant de feu , tant de prefence ,
facilité fur les matieres les plus
élevées ,fans reconnoiftre & fans
admirer vostre vivacité penetrante?
-t-ilfallu faire une peinture
vive & naturelle du plus grand
des Heros , l'image que vous en
avez tracée eft fi belle , qu'elle a
ravi également tous les efprits , &
les traits même que vous y avez
ajoutez , ont efté inconnus à tous
ceux qui ont entrepris d'y toucher,
Xij avant vous.
244 MERCURE
Mais ne m'engag'ay- je pas un
peu trop avant ? Si la grandeur
dufujet m'entraîne , l'impuiffance
de pouvoir la fuivre me force de
m'arrefter. Il me fuffira , Mon.
feigneur , de vous affurer que ce
peu que je viens de prononcer de la
part de toute cette Feuneſſe , eſt
une fidelle expreffion desfentimens
de veneration de respect dont
nous fommes tous penetrez pour-
Voftre Grandeur. La loüange qui
part de la bouche des Enfans eft
toujours fincere , & femble eftre
infpirée & dictée par la Verités
Dieu mêmefefait un plaifir de la
recevoir de leur part. Ex ore
GALANT. 245
infantium & lactentium perfecifti
laudem tuam . Dans
cette confiance , Monseigneur ,
nous ofons efperer que vous daignerez
accepter les tres- humbles
hommages que nous venons rendre
à vos vertus . Trop heureux , fi
ayant toujours nos yeux attachez
fur une conduite auffi reglèe , auſſi
pure, & auffi noble la voftre,
nous pouvions efperer de lafuivre,
même un peu de loin , d'imiter,
quoy que foiblement un modele fi
parfait .
que
Ileft arrivé une grande défolation
du cofté de Mante ,
X iij
246 MERCURE
Ville fur la Seine , éloignée
de Paris de onze lieuës. Le
fecond de May toutes les Vi
gnes y eftoient dans une
beauté qui promettoit la plus
abondante récolte qui cuft
efté faite depuis longtemps.
La gelée dont tout le monde
a eu connoiffance , renverfa
le lendemain toutes les efperances
des Vignerons ; & ce,
pendant elles furent relevées
peu de temps aprés , la Vigne
ayant repouffé de la grappe
contre toute apparence
en forte que les moindres
endroits promettoient

GALANT. 247
autant de vin qu'on en avoit
eu l'année derniere . Les Bleds
eftoient admirables , & l'on
nettoyoit déja ies greniers ,
lors qu'un nouveau malheur
réduific à la derniere extrémité
fixà fept lieuës de pays
en longueur fur deux de large .
Le 18. de ce mois , aprés avoir
eu feulement deux jours de
chaleur , on vit le temps fe
couvrir d'une maniere extraordinaire.
Ce fut un ſpectacle
affreux. Les nuages eftoient
verts , bleus , violets , rouges ,
noirs , & dans une fi grande
agitation , qu'ils n'alloient pas
X iiij
248 MERCURE

du même cofté un demiquart
d'heure de fuite. Celuy
qui alloit d'abord vers l'Orient
, changeoit auffi - toft
vers l'Occident . Il revenoit
de là au Septentrion , & un
peu aprés on le voyoit retour.
ner à l'Orient . Il y en avoit
d'autres qui tomboient juf
qu'à dix ou douze pieds de
terre & qui fe relevoient
dans le même temps. Ils fentoient
le foufre , & eftoient
fort froids. L'orage fur une
heure & demie à ſe diſpoſer ,
& pendant cet , intervalle le
Ciel eftoit tout en feu , & le
GALANT. 249
tonnerre ne cefloit point de
gronder. Le temps devint fort
obfcur fur les quatre heures ,
& il tomba de la pluye en telle
abondance , que l'obſcurité
s'eftant redoublée , on n'auroit
pû voir un homme dans
l'éloignement de trente pas .
Cette pluye fe convertit en
grelle d'une groffeur furprenante.
La plus petite eftoit
auffi groffe qu'une noix , & on
en aramaffé qui reffembloit
à un oeuf de poule. Elle tomba
avec violence pendant un
quart d'heure , & marquant
dans les murailles comme des
250 MERCURE
balles de Moufquet . Elle caffa
toutes les vitres du Portail de
Noftre- Dame , & celles des
Urfulines, dont la perte monte
pour les vitres feules, fans par.
Ter des tuiles , à plus de douze
cens francs. Les vignes font
entierement rüinées , fans qu'il
y foit refté une grappe . Ainfi
il n'y aura point de vendanges
cette année , & on ne peut
meſme efperer en certains en .
droits , qu'il y en ait l'année
prochaine . On voit tous les
bleds coupez , comme fi la
récolte avoit efté faite , & on
ne peut fans gemir, examiner
-GALANT:
251
le ravage que la Campagne a
fouffert. L'Orage commença
à Paffi du cofté d'Evreux , &
finit à Ifou , fur le chemin de
Paris , à une lieuë de Mante
Ce fut depuis Roſny juſqu'à
Mante , qu'il fut le plus violent.
La Conference pour l'éxécution
du dernier Traité de
Paix , conclu à Rifwick , eng
tre la France & l'Espagne ,
fut ouverte le 24. du mois
paffé , & fe tient à Lille.
Le Roy a nommé pour fes
Commiffaires qui y doivent
affifter м Dugué de Bagnols,
252 MERCURE
Confeiller d'Etat , Intendant
de Flandre ; M' Voiſia , auſſi
Confeiller d'Etat , Intendant
du Hainaut ; & M' Favier ,
ancien Avocat au Parlement,
pour fon Procureur General .
Il a déja fait cette mefme fonction
pour l'exécution du Trai
té de Nimégue. On fçait que
c'est un homme consommé
dans la fcience du Droit public
du Royaume , & dans la
connoiffance de toutes les
frontieres de Picardie , d'Ar
tois , & de Flandre.
Voicy les Noms des per'
GALANT. 253
fonnes d'un merite diſtingué
mortes depuis ma derniere
Lettre.
M' le Blanc , natif de Grenoble
, mort fubitement à
Verfailles , âgé d'environ cinquante
ans . Il travailloit fur
l'Hiftoire des Monnoyes , dont
il nous a déja donné deux
Traitez. L'un eft une Differtation
hiftorique fur quelques
Monnoyes de Charlemagne ,
de Louis le Debonnaire , de
Lothaire & de fes Succeffeurs,
frapées dans Rome ; & l'autre
un Traité historique des monnoyes
de France , avec les Fi254
MERCURE
gures , depuis le commencement
de la Monarchie juſqu'à
prefent. Ces deux Traitez ont
efté imprimez
in quarto ,
Paris.
Dame Marie Brillet , veuve
de Meffire Jofeph Charlot ,
Seigneur de Princé , Grand
Maître des Eaux & Forefts de
France , au département de
Champagne , Preſident en la
Cour des Monnoyes , & auparavant
Confeiller au Châtelet
, dont elle laiffe plufieurs
enfans . Elle eftoit fille de Pierre
Brillet, Seigneur de Limon ,
& de Marie le Preftre. Feu мj
GALANT:
255
Charlot fon mary , eftoit fils
de Joſeph Charlot , Seigneur
de Princé , Confeiller au Chatelet
, & d'Anne le Rebours ,
fille de Guillaume le Rebours ,
Préfident en la Cour des Aides.
Dame Charlotte de Gray.
Elle eftoit veuve de Meffire
Jacques de Bretignieres , Confeiller
du Roy en fon Grand
Confeil.
Dame Marie - Chretien de
la Guerche. Elle eftoit veuve
de Meffire François Brucq ,
Seigneur de la Guerche, Confeiller
au Parlement de мetz.
216 MERCURE
Meffire Louis Jofeph de
Maillié . Il eftoit Enfeigne des
Gens- d'armes Flamans , Baron
de Coulonces , & Seigneur
de Sicqueville .
Meffire Pierre Langlois de
Colmoulins , Baron de la,
Croix , Cardanville , Chater ,
& autres lieux , Intendant
General des Maiſon , Domai
nes , & Finances de S. A. R.
Monfieur. Heftoit Fils de feu
M ' de Colmoulins , Maiftre
des Requeſtes.
г
Meffire Nicolas - François
Daneau , Seigneur de Saint-
Gille , cy- devant Lieutenant
GALANT. 257
au Regiment des Gardes
Françoiſes. Sa Soeur avoit
épouſé Mª de Vertillac , Gouverneur
de Mons , & ils étoient
tous deux Enfans de défunt
Nicolas Daneau , Seigneur de
Saint- Gille , Confeiller hono
raire en la Grand Chambre .
Dame Marie - Françoife le
Boindre , Epoufe de Meffire
Guy Sallier, Confeiller du Roy
en fon Grand Confeil , morte
à la campagne , àgée de vingtquatre
ans & quelques mois .
Elle eftoit Soeur de Jean-
François le Boindre , Confeiller
en la Premiere des Enque-
Fuillet 1698.
Y
2,8 MERCUR E
ftes , & Fille de défunt Jean le
Boindre , Doyen des Confeillers
du Parlement, & de Dame
Françoile Bechefer. Je vous
parlay d'elle & de la Famille
dans ma Lettre du mois de
Juin 1695. en vous apprenant
fon mariage. Elle laiffe un
Garçon & deux Filles .
Meffire Michel de Chabenat
, Seigneur de Bonneuil ,
Introducteur des Ambaffadeurs
& Princes Etrangers
prés Sa Majesté . Il eftoit Fils
de défunt Eftienne de Chabcnat
, Seigneur de Bonneuil ,
Vicomte de Savigny , Baron
GALANT. 259
de Nonan , auffi Introducteur
des Ambaffadeurs , & de Madeleine
Petit , Soeur de Gabriel
Petit , Chanoine de l'Eglife de
Paris , & Confeiller en la
Grand Chambre . Il avoit un
Brevet de retenuë de quaran
te mille écus fur la Charge.
L'Academie Françoite , fujette
à faire des pertes par le
nombre de quarante dont fon
Corps eft compofé , vient d'en
faire une fort confiderable en
la perfonne de M ' Boyer , l'un
de les plus anciens Membres .
Les manieres honneftes & ailées
qu il a toujours evës avec
Y ij
260 MERCURE
fes Confreres , leur donnent
de tres grands fujets de le regreter.
Il eftoit d'une fort bong
ne Famille d'Albi , & fes Ouvrages
ont rempli toute la
France de fa réputation . Il y a
plus de cinquante ans qu'il
avoit commencé à travailler
pour le Theatre , & loin que
l'âge luy euft rien ofté de ce
feu d'efprit qu'il a fait paroiftre
dans toutes fes Pieces , il
fembloit eftre augmenté dans
fes dernieres. Sa Tragedie de
Judith , dont le fuccés a efté
fi grand depuis peu d'années,
en eft une preuve. Il avoir
GAALNT. 261
choifi un fujet qui eft de l'Ancien
Teftament , parce qu'il
ne vouloit plus travaillet que
fur des matieres de pieté , qui
convenoient à ſon âge , & à la
profeffion qu'il faifoit d'eftre
exact dans tous les devoirs
qu'impofe la Religion . Com.
me il avoit beaucoup de merite
, il l'eftimoit dans tous
ceux qui en avoient , & le fai
foit un plaifir de rendre jufti
ce à tout le monde: Ileft mort
âgé de quatre- vingts ans avec
toute la réfignation d'un bon
Chreftien, aprés avoir fouffert
tres-patiemment de grandes
262 MERCURE
douleurs caufées par la pierre.
Je laiffe à celuy qui fera choifi
pour remplir la place d'Academicien
, à faire fon Eloge .
Le mot de l'Enigme du
mois paffé , eftoit une Flufte.
Ceux qui l'ont trouvé font ,
M" Begnon , President de l'Amirauté
à la Rochelle , & Gitton
, Marchand au même lieu ;
Benoift , Vaillant , Beaulieu &
fa Femme , le Mao, Maistre de
Mufique de Saint Martin de
Tours ; Buchet , Soudiacre de
S. Germain de Rennes ; Poiffon,
Penfionnaire de m' le Car
GALANT. 263
dinal de Bouillon , & de la
Communauté de Saint Joffe ;
le cher Pilade de Sailly , & fa
Soeur de S. Placide , du Pont S.
Michel , Mallet , maistre de
Mufique ; l'Abbé de Cazalet ,
Chanoine de Villandraud ,
prés Bordeaux , Huet , Profef
feur de la langue Latine à
Troyes ; la Chine de la rue
Dauphine , Daniel le Chin ,
Procureur Fifcal à Eglegny ,
prés d'Auxerre ; Bardet & fon
amy du Pleffis , Chirurgien de
l'Hôpital du Mans ; Chaumont
, Chirurgien de Mâcon ;
Rhulhiere , Huiffier au Châte264
MERCURE
+
let ; Cruderes de la Place Mau
bert ; la Grange du Fauxbourg
S. Marceau ; Charles de la ruë
de l'Arbre fec ; le Marquis de
Chalais ; Dom Ramire ; l'aimable
G. D ; Poupart le jeune,
Chanoine de S. Maur ; le Pelerin
de S. Maur , Chanoine
de Vincenne ; l'Amant Chaffeur
; l'Indifferent de l'Ifle du
Palais ; le Cavalier Blanc de
Tours , ou l'Amant de la fpirituelle
Javotte ; l'Abbé Colaffe
de la rue de la Huchette ;
l'Homme à la Flûte de la ruë
du Plaftre ; le galant Charles
de la même ruë ; le Pigmée
de
GALANT 265
de la rue des Barres , & fon
Coufin l'infortuné Voyageur
de Clermont en Auvergne , le
Chevalier des Maronniers de
la rue Saint Germain l'Auxerrois
; le Mary heureux & malheureux
tout à la fois ; Luder
principal Clerc du coin de la
rue de Richelieu ; le Mouton
& l'Ange Solitaire de la plaine
de Grenelle ; Tamirifte de la
rue de la Cerifaye ; le Devi
neur & la Devineteffe des Enigmes,
du Fauxbourg S. Germain,
le Tourneur Amant de
la belle Blonde du Marché
aux Poirées ; le Tout vert de
Juillet 1698.
Z
266 MERCURE
la rue de la Verrerie ; le Gaf
con blanc de la Place de Vendofme
; le petit Papať . Mademoifeile
Javotte Ogier , du
coin de la rue de Richelieu ;
Mesdames Renot Hamard de
Saint Nicolas du Mans , & de
Bocmar ; Mefdemoiselles des
Hardis poftulante à bon Recours
; Bocmar de la rue du
Plaftre ; Plaquet ; la toute aimable
Mademoiſelle de Lort,
& M Moulle l'aifné ; la Brune
piquante de S. Maur ; la charmante
du Houffay ; la Coquette
prude ; Angelique la
fpirituelle & fa Sour la fça .
GALANT . 267
vante Eleonor duCloitre Noftre-
Dame, & fon cher Coufin
Couftiau ; la charmante Coco
Groffey de la rue des Carmelites
de Troyes ; la petite Blonde
du quartier de la Mercy ;
l'aimable Jouffe , & la petite
Herbette du Parvis , la fpirituelle
Madelon & fa charmante
Soeur Coquot de la rue
de la Monnoye de Troyes ; la
Belle fans beauté , & la jeune
Veuve qui finit fon deuil, d'au-
= prés du Puits des Auguſtins à
Toulouſe.
1-
Z
N
ij
268 MERCURE
L'Enigme nouvelle que j
vous envoye , vient de for
bon lieu.
ENIGME.
J.Ay la tefte pefance &dure
Je fuis fort peu fubtil ; cependant
l'Univers
Admire avec raifon mes ouvrages
divers ,
Où l' Art furpaffe la Nature ;
Mais s'il n'eft prefque rien dont je
ne vienne à bout ,
Je puis auffi détruire tout.
Je croy que vous chanterez
VILLE
LYON
*/
393
Z iij
Je suimoy
ce hameen a =
zezJugez
Chalice
GALANT. 369
avec plaifir , les paroles que je
vous envoye notées .
AIR NOUVEAU.
Quand je
vous
voy ,
Philis ,
belle
Jefuis tout inter dit , je tremble , je
pâlis ,
Je nne meconnois plus moy mê .
me.
Bien fouvent loin de ce hameau
Fe laiffe égarer mon Troupeau .
Fugez de mon amour par ce defor.
dre extrême.
Le 18. de ce mois M'Nicolle ,
Z iij
270 MERCURE
cy- devant Confeiller au Prefi
dial , & enfuite Prefident de la
Prevolté, fut inftallé à la Char
ge de Lieutenant General du
Bailliage & Siege Prefidial de
Chartres , en la place de M'
Nicolle fon Pere , qui a merité
l'eftime de tout le monde par
les longs fervices qu'il a ren .
dus au Roy & au Public , dans
l'adminiſtration de la Juſtice ,
& qui s'eft acquis tant de reputacion
par les beaux ouvrages
qu'il nous a donnez . L'Inftal .
lation de celuy dont je vous
parle fut accompagnée d'un
applaudiffement general. Il
GALANT 271
fut conduit au Palais par les
Compagnies des Huilliers
Royaur , & du Vidame , & harangué
par M de Villette ,
Doyen des Avocats , ce qui
fuc fuivi d'un Difcours tresfçavant
de M Gueau , Avocat
du Roy , & enfin d'un Abregé
de l'Eloquence Françoile , par
M' du Mefnil Bercheres. Les
mêmes Compagnies le reconduifirent
enfuite jufqu'à fon
Hoftel .
Ona cu nouvelles que Meffire
Eymond du Vache , Sei
gneur de Vitilieu , Cumanes ,
& la Ferrière Confeiller
?
Ziiij
272 MERCURE
d'honneur au Parlement de
Dauphiné eft mort à S. Marcellin.
Il avoit époufé Dame
Claudine de Simiane de la
Cofte , Soeur de мeffire François
de Simiane de la Cofte ,
Prefident à Mortier au même
Parlement , & de мeffire Alphonfe
de Simiane , Abbé de
Signan & de S. Firmin , dont il a
eu N. du Vache de la Ferriere ,
Seigneur de Vatilieu, Prefident
en la Chambre des Compres
de Dauphiné, cy- devant Cónfeiller
au Parlement . Meffire
Jean du Vache , Seigneur de
Montainard , Baron de ChâGALANT.
273
dteauneuf, Comte de l'Albe ,
Prefident en la Chambre des
Comptes , éftoit Oncle du
1
défunt. Il n'a eu qu'une Fille
de Gafparde de Montainard ;
mariée à m' le Marquis de la
Pierre , Gouverneur de Montmelian
en Savoye , pour Son
Alteffe Royale.
Meffire Claude Alloix , Seis
gneur d'Herculez , Prefident
à Mortier au Parlement de
Dauphiné , mourut à la Trong
che , prés de Grenoble , le 29 .
du mois paffé. Il a laiſſé quatre
Fils fort jeunes , & deux Filles ,
dont l'aînée eft mariée à M
274 MERCURE
de Froges , Senateur au Senat
de Chambery , Fils de Meffire
François Guerin , Comte de
Tancin & de Froges , Prefident
à Mortier honoraire au
Parlement, & cy- devant premier
Prefident au Senat de
Chambery , pendant que la
Savoye eft restée fous la domination
du Roy.
Le 13 de ce mois , M' le Com
te de Bueil Maurice de Grimaldy,
Capitaine de Galere &
Chef d'Efcadre , mourut de
maladie à Marseille , dans fa
cinquante neuvième année ,
aprés avoir receu tous fes SaGALANT
: 275
· cremens. Il eftoit Petit fils
d'Annibal de Grimaldy , Sou.
verain du Comté de Bueilen
Piedmond , fi celebre dans
l'Hiftoire de Savoye , & Fils
d'André , Comte de Bueil , &
de Marthe de Graffe ,fon Epou.
fe , iffuë des anciens Comtes
de Bar. Il avoit fervi le Roy
quarante ans avec diſtinction ,
tant fur terre que fur mer , & a
laiflé quatre Soeurs ; fçavoir ,
Claire de Grimaldy , qui eſt à
la Cour de Savoye , où elle a
toutes les entrées & tous les
honneurs du Cabinet ; Guion
de Bueil , Veuve du Comte de
276 MERCURE
Rilpe , dont elle avoir eu un
Fils qui fuc tué à Valcourt ,
eltant Capitaine au Regiment
des Garde's Françoiſes ; Anne.
Marie , Religieufe , & Aure
lie , Veuve de Meffire N. de
Behen , Capitaine du Regiment
de Saur , qui fut tué au
Siege de Barcelone , & qui a
laiſſé un Fils , François de Be
hen , âgé de quatorze ans , auquel
le Roy a accordé une
penfion en confideration des
fervices de fon M ' Pere; & une
Fille , Marie. Anne de Behen ,
âgée de douze ans.
Meffure Jean - François de
GALANT. 277

Ponat , Baron de Greffe &
de Bevriere , Confeiller au
Parlement de Dauphiné , a
épousé à Grenoble Mademoifelle
d'Argenſon , Fille de meſ.
fire Jean Baptifte de Boffin ,
Comte d'Argenfon , Seigneur
de Pufigneux & de Pinet , Co.
lonel d'un Regiment d'Infanterie.
La Famille de M' de Ponat
a donné fix Confei lers au
Parlement de Dauphiné , &
un Prefident à Mortier. Pierre
de Ponat , Seigneur de Vif ,
eftoit Conſeiller ep 1491 Il eut
de Jeanne de Vallier André de
Ponat, auffi Conſeiller & Gau,
278 MERCURE
verneur de la Ville de Greno
ble, qu'il defendit pendant les
Guerres Civiles , qui troublerent
le Dauphiné , de même
que le reste du Royaume.
Jean Baptifte de Ponat , Confeiller
au même Parlement ,
fut fon Fils. Il épousa Jeanne
de Garcin , dont il eut trois
Fils fçavoir François de Po ·
nat , Baron de Greffe , Confeiller
;Jean Louis de Ponat , Seigneur
de Combes , mort
Doyen de la Chambre des
Comptes ; & Jean Baptifte
de Ponat, Chevalier de Malte.
L'ailné a eu de Jeanne de Jó.
GALANT. 279
maron trois Fils & trois Filles,
qui font Meffire Gafpard de
Ponat , Baron de Greffe & de
Bevriere , mort Prefident à
Mortier , & Peré de celuy done
je vous apprens le mariage ;
Meffire Jean de Ponat , Seigneur
de Merley , Lieutenant
de Meffieurs les Maréchaux
de France en Dauphiné , &
Pierre de Ponat , Capitaine an
Regiment de Sault ; Dame Emeraude
de Ponat , mariée à
MrFrançois de Pina , Confeil.
ler au mêmeParlement ; Dame
Anne de Ponat , mariée à Me
Jean- Baptiſte de Miſtral , Ba280
MERCURE
ron de Montmiral , auffi Confeiller
, & Françoiſe de Ponat,
mariée à Me Jacques Alle,
mand , Seigneur de Puvelin ,
qui a laiflé deux Filles , dont
l'aînée eft mariéd à Mr Jofeph
de la Baume d'Egluy , Marquis
de Pluvinel, Confeiller au même
Parlement , La Cadette eft
Veuve de N. de Vaugines ,
aufli Confeiller. M ' le Prefident
de Ponat a laiffé à Mefon
Epouse , qui eft Soeur de M'le
Comte du Guaz , Brigadier
general des Armées du Roy,
une Famille composée de qua
treFils& de trois Filles .Le Cop
GALANT 281
feiller eft l'aifné des Fils . Les
deux Puiſnez font dans le Ser
vice , & le Cadet eft Chevalier
de Malte . Des Filles l'une eft
Religieuse à Sainte Marie ,
l'autre eft Religieuſe au Monaftere
Royal de Monflari ,
prés Grenoble , & la Cadette
eft un des meilleurs Partis de
la Province.
Meffire René de Bardonanche
, Vicomte de Triéves , Scigneur
de Saint Martin & de
Touranes , Confeiller au Par
lement de Dauphiné , a époufé
auffi à Grenoble Mademoi .
felle de S. Marcel , Fille C4-
Juillet 1698.
A a
282 MERCURE
dette de Meffire Etienne Eyraud
Seigneur de Saint Marcel , Conſeiller
au même Parlement , La Famille
de Mr le Vicomte de Bardonanche
eft une des plus anciennes de Dauphiné
. Elle estoit déja dans une
grande confideration fous le regne
des anciens Princes Dauphins , poffedant
alors la Terre de Bardonanche ,
qui luy a donné fon nom . Eynard de
Bardonanche l'échangeabavec le
Prince Dauphin Guigue XI en
1225, contre la Terre de Touranes ,
que cette Maiſon poffede encore aujourd'huy
Hugues de Birdonanche
en 1202 augmenta confiderablement
les revenus de la Prevofté d'Qalx ,
fituée dans les Montagnes , àla def.
cente de la vallée de Bardananche ,
par des liberaltez dont le Cartulaire
de cette Prevoſté eſt chargé , Meffire
GALANT: 283
+
7
Prieur de donanche eſt , mort Pierre de
Saint Laurent de Grenable
, & Confeiller Clerc au Parle
ment. Mele Vicomte de Triéves eft
un jeune homme desmieux faits, qui
remplit avec diflination les devoirs
de fa Charge, fuivant co cela l'exemple
de Mr fon Pere , qui eft àprefent
Confeiller d'honneur au même Parlement
, Magiftrat tres - fçavant &
res-éclairé gran "
Mr de, la Carte , Capitaine des
Gardes de Monfieur , a épousé de.
puis peu de jours Mademoifelle de
Mainetou , Filled Mr le Duc de la
Ferté Ileft d'une tres-bonne Mailon
de Poitou, dans laquelle il y a plufieurs
Chevaliers de Malte. Les Maitons
où il s'en trouve peuvent fe diee
des meilleures du Royaume , & k
plus incontestablement , à caufe des
A a ij
284 MERCURE
preuves. Monfieur ayant beaucoup
de confideration pour Mr de la Catte
, & pour Madame la Ducheffe de
la Ferté , Mere de la Mariée , &
Soeur de Madame la Ducheffe de
Vantadour , Dame d'honneur de
Midame, leur a fait de grands avantages
, & ft l'honneur au Marié de
luy donner la chemiſe le jour de fes
Noces. Madame la donna à la Mariée.
Mr de la Carte prend le nom
de Marquis de la Ferté, ce nom eftant
preft à manquer faute de mâles , dans
la Maifon de la Fetté .
J'ay encore à vous apprendre le
mariage de Mr le Marquis de Ro
quefpine , qui a épousé Mademoi
felle du Brouffin , Niece de Mr de
Boucherat , Chancelier de France.
Il eft Fils de Mr le Marquis de Roquefpine
, Lieutenant General dés
GALANT. 285
Armées du Roy , & Gouverneur de
la Capelle , & d'une Soeur de Mrs de
Tilladet Il commandeun Regiment ,
& avoit pour Oncle feu Mr le Chancelier
le Tellier.
250
Monfieur le Duc du Maine eftant
allé en plufieurs Places de Flandre ,
pour y faire la reveue des Carabiniers
, y a paru avec fa magnificence
ordinaire , & en quelque lieu qu'il ait
mangé , dans les Places , ou à la campagne
, il y a toujours eu des tables
Servies pour quatre vingts Officiers .
Il a donné deux bouteilles de vin &
un écu à chaque Soldat de la Com
pagnie. Ce Prince ne laiffe paffer aucune
occafion de faire du bien aux
Troupes . Vous fçavez la prodigieufe
dépense qu'il fit l'Hiver dernier à
Verfailles , où il tint pluſieurs tables
28% MERCURE
pendant beaucoup de temps , pouT
les Officiers qui follicitoient leur réforme.
Je fuis , Madame , voftie ,
Tel:
A Paris ce 31. Juillet 1698-
BIBLIOT
DE
LYON
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Relude.
TABLE.
Projet d'un ordre nouveau d'Architecture.
Relation Academique & galante .
Sonnets
Stances irregulieres.

19
64
65
68
Imitation d'une Epigramme de Martial.
Defordre canfépar les eaux à Puiſeaux, 71
Lettre touchant les derniers defordres can-
Sez par le Mont Veluve.
Fefte folemmifée à Grenoble.
77
85
Abftinence prodigieufe d'une jeune Fille
qui vit fans aucuns alimens depuis quatorze
mois .
Difcours fur le Mariage.
95
1 ; 8
Nouvelle Machinepour apprendre fac lement
la Perfpeive. 70
173
178
Hiftoire du Duc d'Albe.
Ffmail , Prince de Maroc.
L'Anatomie de l'homme , fuivant la circulation
du fang.
180
TABLE.
Nouveau Jetton à la gloire du Roy , grave
par l'ordre de Mrs du Confulat de Lyon.
T8Y
192
Lifte des Vaiffeaux armez à Breft.
Relation de ce qui s'est passé à l'entrée de
Mr l'Evefque de Chartres.
Idille.
196
215
Sonnet qui a remporté le Prix propofé par
La Compagnie des Lanterniftes.
Autre fur le même fujet.
Rondeau.
225
231
233
232
Suite des Contes Nouveaux ou les Fées à
la mode.
Ouverture de la Thefe appellée Sorbonique
faite par Mrl'Abbé de Soubize. 236
Orage dans le Territoire de Mante. 245
Ouverture des Conferences de Lille. 251
Morts.
Enigme.
253
262
Charge de Lieutenant Ceneral au Bailliage
de Chartres remplie,
Autre article de Morts .
Mariages.
270
271
276
Magnificence de Mr le Duc duMaine. 285.
L'Air doit regarder la page 269.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le