E vous envoye, Ma¬
dame, une partie des
Livres nouveaux qui se
vendent depuis peu chez
M Barbin. Le Beralde,
d'un Autheur inconnu,
vous paroistra bien écrit.
Les Exilez de Madame
de Ville dieu, vous diver¬
tiront beaucoup; les inci¬
dens en sont agreables &
délicatement touchez; &
cette spirituelle Personne,
dont jusques icy tous les
GALANT. 307
Ecrits ont reussy, mérite
beaucoup de louanges.
Je vous envoye auſsi le
second Tome des Ouvra¬
res de Monsieur le Pais:
Le premier a eu autrefois
un tres-grand succés, vous
jugerez de celuy-cy. Je
vous feray part dans huit
jours d'un Livre nouveau
de Monsieur Ménage; ce
sont de nouvelles Obser¬
vations sur la Langue Fran¬
çoise. Quoy qu'on ne
doive pas toûjours eſti¬
mer un Ouvrage par son
succés, on peut neant¬
Cc ij
308 LE MERCURE
moins juger du mérite de
celuy-cy parle grand bruit
qu'il fait, puis que c'est
avec justice qu'il plaist; &
je ne doute point que dans
quelque temps, au lieu de
dire parler Vaugelas, pour
louer ceux qui parleront
bien, on ne dise parler
Ménage. Ce grand Homme
(on peut le nommer
ainsi puis qu'il a beaucoup
d'érudition) expose d'a¬
bord toutes les diferentes
façons de parler, qui signi¬
fient, ou que l'on veut
qui signifient une même
GALANT. 309
chose. Il citè tous ceux qui
s'en sont servis; & apres
avoir fait voir leur vérita¬
ble étimologie, il décide
presque toujours en fa¬
veur de l'Usage, qu'il dit
estre le souverain Maistre
du Langage. C'est aussi
à quoy l'on se doit le plus
attacher; & quand on pé¬
cheroit contre les regles,
on ne pouroit mal parler.
Cette décision d'un si fa¬
meux Autheur sera d'une
grande utilite, & fera qu'a
L'avenir tout le monde
s'entendra, & parlera d'u¬
3o LE MERCURE
ne mesme maniere; au
lieu qu'on auroit toûjours
veû le contraire, tant que
les Sçavans auroient parlé
selon l'usage, & les autres
à leur fantaisie, c'est à dire
tantost d'une maniere,
tantost de l'autre; ce qui
avec le temps auroit ap¬
porté beaucoup d'obscu¬
rité dans la Langue. Ainsi,
Madame, tous les François
ont beaucoup d'obli¬
gation à Monsieur Mé¬
nage de la peine qu'il s'est
bien voulu donner de leur
apprendre à parler.