Oeuvre commentée (1)
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1
p. 123-128
LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Début :
NOUS avons promis, dans un de nos Mercures précédens, de faire voir, par des [...]
Mots clefs :
Musique, Talents, Jean-Philippe Rameau
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texteReconnaissance textuelle : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
LA RAMÉIDE , poëme , par M. RAMEAU;
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
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Résumé : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau, est reconnu pour ses talents en poésie et en musique. Ses compositions musicales, notamment des airs en Bourgogne et dans d'autres régions françaises, ainsi que des pièces pour clavecin, lui ont valu une certaine notoriété. Cependant, il exprime son mécontentement face à l'absence de reconnaissance et de soutien financier malgré ses succès. Dans son poème 'La Raméide', Jean-François Rameau aborde plusieurs thèmes. Il y exprime ses objections concernant sa situation financière difficile. Il défend également son goût musical contre les critiques de Jean-Jacques Rousseau. Le poème rend hommage à ses protecteurs et propose diverses solutions pour obtenir une aide de l'État, telles que des pensions ou des bénéfices ecclésiastiques. Le texte se conclut par l'espoir que les vœux de Rameau soient exaucés, en faisant référence à un précédent favorable pour un parent de Pierre Corneille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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