Oeuvre commentée (1)
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1
p. 110-112
Harangues d'Eschine & Demosthene, [titre d'après la table]
Début :
Harangues d'Eschine & de Démosthene sur la couronne, traduites du grec ; par M. [...]
Mots clefs :
Harangues, Démosthène, Naturel, Égal, Eschine, Athanase Auger, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : Harangues d'Eschine & Demosthene, [titre d'après la table]
Harangues d'Efchine & de Démofthenefur
la couronne , traduites du grec ; par M.
Auger prêtre , maître- ès- arts en l'univerfité
de Paris & profeffeur de rhétorique
au collège royal de Rouen. A
Paris , chez Brocas & Humblot , rue St
Jacques.
M.Tourreil & M. l'abbé Millot avoient
déjà traduit ces deux harangues fameufes
dans l'antiquité , & qui le font encore
parmi nous . Le nouveau traducteur , en
rendant juſtice au mérite de ceux qui l'ont
précédé , foutient que ni l'un ni l'autre
n'a faifi le vrai ftyle , ni revêtu le caractere
de Démofthene. Il croit s'en: être
pénétré davantage . Sa traduction eft nette
& fidéle , mais nous devons obferver
ici qu'il ne faut point fe flatter que
tous ces beaux monumens de l'antiquité
ne perdent pas beaucoup de leur mérite
en perdant leur couleur propre , & en s'éloignant
du lieu pour lequel ils étoient
faits. Les difcours d'Efchine & de Démof
OCTOBRE. 1768. 111
thene qui intéreffoient toute la Gréce ,
font aujourd'hui bien froids pour nous.
Ce genre d'éloquence judiciaire a cet inconvénient
qu'il ne peut attacher que ceux
qui poffédent la caufe qu'il faut décider.
Quand la caufe eft oubliée , les plaidoyers
font peu de chofe.
Le traducteur , dans une préface aſſez
due , compare à Démofthene le célébre
citoyen de Genêve ; ce philofophe ,
dit-il , fi éloquent , fi naturel, fi égal &fi
vrai dans fonftyle. Cette comparaifon ne
nous paroît point fondée , & ces éloges mé
ritent d'être fort reftreints . Nous croyons
M. Rouffeau fort fupérieur à Démofthene
, finon pour le génie ( dont il feroit
difficile de déterminer la mefure des deux
côtés , à moins d'être à la fois Athénien
& François ) du moins pour le gente d'ouvrages
qu'il a traités qui , ordinairement,
intéreffent l'humanité , la morale & la
raiſon , & remnent les paffions de l'ame.
Mais avec cette chaleur qui eft fa qualité
diſtinctive , il étoit égal & naturel , it
feroit le premier des écrivains . Très fouvent
il n'eft point naturel , très - fouvent
il n'eft point vrai , & jamais il n'eft égal.
On peut dire au contraire de lui qu'il eſt
tantôt au - deffus & tantôt au - deffous de
lui-même. Du refte M. Auger n'a rien
>
112 MERCURE DE FRANCE.
négligé pour l'inftruction des jeunes gens ,
en faveur defquels il dit lui - même qu'il a
principalement travaillé. Il donne un détail
très- clair & très- exact des événemens
dont la connoiffance eft néceffaire pour
l'intelligence des deux harangues qu'il
traduit. Ily joint une notice alphabétique
des lieux , des villes , royaumes , & c . dont
les deux orateurs font mention . Enfin il
a employé tous fes foins à faire un bon
livre claflique , & il paroît y avoir réuffi .
la couronne , traduites du grec ; par M.
Auger prêtre , maître- ès- arts en l'univerfité
de Paris & profeffeur de rhétorique
au collège royal de Rouen. A
Paris , chez Brocas & Humblot , rue St
Jacques.
M.Tourreil & M. l'abbé Millot avoient
déjà traduit ces deux harangues fameufes
dans l'antiquité , & qui le font encore
parmi nous . Le nouveau traducteur , en
rendant juſtice au mérite de ceux qui l'ont
précédé , foutient que ni l'un ni l'autre
n'a faifi le vrai ftyle , ni revêtu le caractere
de Démofthene. Il croit s'en: être
pénétré davantage . Sa traduction eft nette
& fidéle , mais nous devons obferver
ici qu'il ne faut point fe flatter que
tous ces beaux monumens de l'antiquité
ne perdent pas beaucoup de leur mérite
en perdant leur couleur propre , & en s'éloignant
du lieu pour lequel ils étoient
faits. Les difcours d'Efchine & de Démof
OCTOBRE. 1768. 111
thene qui intéreffoient toute la Gréce ,
font aujourd'hui bien froids pour nous.
Ce genre d'éloquence judiciaire a cet inconvénient
qu'il ne peut attacher que ceux
qui poffédent la caufe qu'il faut décider.
Quand la caufe eft oubliée , les plaidoyers
font peu de chofe.
Le traducteur , dans une préface aſſez
due , compare à Démofthene le célébre
citoyen de Genêve ; ce philofophe ,
dit-il , fi éloquent , fi naturel, fi égal &fi
vrai dans fonftyle. Cette comparaifon ne
nous paroît point fondée , & ces éloges mé
ritent d'être fort reftreints . Nous croyons
M. Rouffeau fort fupérieur à Démofthene
, finon pour le génie ( dont il feroit
difficile de déterminer la mefure des deux
côtés , à moins d'être à la fois Athénien
& François ) du moins pour le gente d'ouvrages
qu'il a traités qui , ordinairement,
intéreffent l'humanité , la morale & la
raiſon , & remnent les paffions de l'ame.
Mais avec cette chaleur qui eft fa qualité
diſtinctive , il étoit égal & naturel , it
feroit le premier des écrivains . Très fouvent
il n'eft point naturel , très - fouvent
il n'eft point vrai , & jamais il n'eft égal.
On peut dire au contraire de lui qu'il eſt
tantôt au - deffus & tantôt au - deffous de
lui-même. Du refte M. Auger n'a rien
>
112 MERCURE DE FRANCE.
négligé pour l'inftruction des jeunes gens ,
en faveur defquels il dit lui - même qu'il a
principalement travaillé. Il donne un détail
très- clair & très- exact des événemens
dont la connoiffance eft néceffaire pour
l'intelligence des deux harangues qu'il
traduit. Ily joint une notice alphabétique
des lieux , des villes , royaumes , & c . dont
les deux orateurs font mention . Enfin il
a employé tous fes foins à faire un bon
livre claflique , & il paroît y avoir réuffi .
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