Oeuvre commentée (1)
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1
p. 111-115
Essai de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Essais de litterature par M. Leonard à Londres, & se trouve à Paris chez Des [...]
Mots clefs :
Atis, Zila, Homme, Oiseau, Nicolas-Germain Léonard, Carrière
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texteReconnaissance textuelle : Essai de littérature, [titre d'après la table]
Effais de litterature par M. Leonard à Londres
, & fe trouve à Paris chez Des
Vente de la Doué , libraire , rue Saint
112 MERCURE DE FRANCE.
Jacques, vis- à vis le Collège de Louisle
Grand , in 8 ° , 132 pages.
Ces effais font compofés d'épîtres philofophiques
, d'idiles , de poëmes & de
difcours. Il n'y a d'ouvrages en profe dans
ce recueil , qu'un morceau intitulé les
orages & Rofette , un roman paftoral .
M. Leonard a lu avec foin les ouvrages
de M. Rouffeau , & n'a prefque fait que
mettre en vers fes idées . C'eſt ainfi qu'il
s'adreſſe à un homme dégoûté de la vie ,
& afpirant au repos de la mort.
Jeune homme , il te fied bien de fonger au repos
Pour jouir de ce droit n'as - tu plus rien à faire ?
L'athlète fe repofe au bout de la carriere ,
Et peut aller cueillir le fruit de les travaux ;
Devant l'être vengeur paroîtras-tu fans honte ?
Obferve le préfent , rapproche le paffé.
Qu'as-tu fait dans le pofte où fon choix t'a placé ?
De quelle oeuvre aujourd'hui peux - tu lui rendre
compte ?
Tu crois avoir vecu quand tu prends ton eflor !
Diffipe le fommeil dont la vapeur t'enivre ;
Ami , c'eſt en vivant que l'homme apprend à
vivre.
Regarde autour de toi , ne vois - tu pas encor
Des devoirs à remplir , des modèles à fuivre.
Quede noeuds au bonheur t'attacheront un jour ,
SEPTEMBRE. 1769. 113
Quand , digne d'être époux & pere ,
Tu te reproduiras dans les fruits de l'amour;
Quand , fur l'aile de l'âge emporté fans retour ,
Tu verras tes enfans entrer dans la carriere ,
Et, rivaux de ta gloire , y briller à leurtour !
Il y a beaucoup de facilité dans ces
poëlies . Nous citerons encore une petite
idile où il y a des graces , da fentiment
& de la délicateffe.
Unjour à la bergere , Atis porte un oiſeau ;
Je l'ai pris , lui dit- il , fous le prochain berceau :
J'étois caché fous le feuillage ,
Et je tenois à tous ce gracieux langage.
Venez , c'eſt à Zila que je veux vous offrir.
Eft - il quelqu'un de vous qui veuille être farouche
?
Petits oifeaux , combien elle va vous chérir !
Vous aurez tous les jours des baifers de fa bouche:
Vous ferez nourris de fa main ,
Vous ferez admis dans fa couche
Et vous dormirez fur fon fein.
J'ignore fi ma voix a fçu le faire entendre ;
Mais celui - ci s'eft laiffé prendre :
On eut dit que , charmé d'un auffi beau deſtin ,
Il fe prêtoit à mon deffein
Tant il fembloit peu fe défendre.
114 MERCURE DE FRANCE.
ZILA.
Bel oifeau , tu veux donc habiter pármi nous .
Ah , demeure je t'en conjure ;
Nous t'offrirons une onde , auffi fraîche , auffi
pure
Que l'onde qui s'échappe à travers les cailloux.
Des grains , des fleurs , de la verdure ,
Tous les plaifirs enfin qui flatteront tes goûts.
En lui parlant ainfi , Zila , fur fon plumage
Glifloit légerement la main :
L'oifeau battoit de l'aîle , & de fon eſclavage
Tentoit de rompre le lien.
•
Zila foupire : hélas ! s'il avoit une amie.
Dit-elle , fans aimer peut-on paller ſa vie ?
Comme nous , n'a - t- il pas un coeur ?
:
Quand tu l'as pris , peut-être en ce moment d'horreur
,
Il venoit de quitter cette moitié chérie ;
Encor rempli de fon bonheur ,
Aveugle & fourd à tout le refte ,
Il couroit au piége funefte
Sans en reconnoître l'erreur ;
Sa compagne l'attend fans doute :
Pour elle quel chagrin amer !
Ah ! mon bien-aimé , qu'il en coûte
Deperdre pourjamais ce qu'on a de plus cher !
Pour un moment , tous deux , mettons nous à la
place.
SEPTEMBRE. 1769. 115
Si l'on vouloit un jour me féparer de toi ,
Atis , quelle affreule diſgrace !
A cet infortuné laiflons prendre l'effor.
Que nous ferons benis ! quels tranfports , quelle
fête ,
Quand le couple amoureux va fe revoir encor!
Atis , que de plaifirs ce retour leur apprête !
Bel oifeau , je te rends à tes premiers liens ;
Pars , tu diras à ton amie ,
Qu'enchaîné , comme toi , fous une loi chérie ,
En faveur de les feux , Atis fit grace aux tiens .
, & fe trouve à Paris chez Des
Vente de la Doué , libraire , rue Saint
112 MERCURE DE FRANCE.
Jacques, vis- à vis le Collège de Louisle
Grand , in 8 ° , 132 pages.
Ces effais font compofés d'épîtres philofophiques
, d'idiles , de poëmes & de
difcours. Il n'y a d'ouvrages en profe dans
ce recueil , qu'un morceau intitulé les
orages & Rofette , un roman paftoral .
M. Leonard a lu avec foin les ouvrages
de M. Rouffeau , & n'a prefque fait que
mettre en vers fes idées . C'eſt ainfi qu'il
s'adreſſe à un homme dégoûté de la vie ,
& afpirant au repos de la mort.
Jeune homme , il te fied bien de fonger au repos
Pour jouir de ce droit n'as - tu plus rien à faire ?
L'athlète fe repofe au bout de la carriere ,
Et peut aller cueillir le fruit de les travaux ;
Devant l'être vengeur paroîtras-tu fans honte ?
Obferve le préfent , rapproche le paffé.
Qu'as-tu fait dans le pofte où fon choix t'a placé ?
De quelle oeuvre aujourd'hui peux - tu lui rendre
compte ?
Tu crois avoir vecu quand tu prends ton eflor !
Diffipe le fommeil dont la vapeur t'enivre ;
Ami , c'eſt en vivant que l'homme apprend à
vivre.
Regarde autour de toi , ne vois - tu pas encor
Des devoirs à remplir , des modèles à fuivre.
Quede noeuds au bonheur t'attacheront un jour ,
SEPTEMBRE. 1769. 113
Quand , digne d'être époux & pere ,
Tu te reproduiras dans les fruits de l'amour;
Quand , fur l'aile de l'âge emporté fans retour ,
Tu verras tes enfans entrer dans la carriere ,
Et, rivaux de ta gloire , y briller à leurtour !
Il y a beaucoup de facilité dans ces
poëlies . Nous citerons encore une petite
idile où il y a des graces , da fentiment
& de la délicateffe.
Unjour à la bergere , Atis porte un oiſeau ;
Je l'ai pris , lui dit- il , fous le prochain berceau :
J'étois caché fous le feuillage ,
Et je tenois à tous ce gracieux langage.
Venez , c'eſt à Zila que je veux vous offrir.
Eft - il quelqu'un de vous qui veuille être farouche
?
Petits oifeaux , combien elle va vous chérir !
Vous aurez tous les jours des baifers de fa bouche:
Vous ferez nourris de fa main ,
Vous ferez admis dans fa couche
Et vous dormirez fur fon fein.
J'ignore fi ma voix a fçu le faire entendre ;
Mais celui - ci s'eft laiffé prendre :
On eut dit que , charmé d'un auffi beau deſtin ,
Il fe prêtoit à mon deffein
Tant il fembloit peu fe défendre.
114 MERCURE DE FRANCE.
ZILA.
Bel oifeau , tu veux donc habiter pármi nous .
Ah , demeure je t'en conjure ;
Nous t'offrirons une onde , auffi fraîche , auffi
pure
Que l'onde qui s'échappe à travers les cailloux.
Des grains , des fleurs , de la verdure ,
Tous les plaifirs enfin qui flatteront tes goûts.
En lui parlant ainfi , Zila , fur fon plumage
Glifloit légerement la main :
L'oifeau battoit de l'aîle , & de fon eſclavage
Tentoit de rompre le lien.
•
Zila foupire : hélas ! s'il avoit une amie.
Dit-elle , fans aimer peut-on paller ſa vie ?
Comme nous , n'a - t- il pas un coeur ?
:
Quand tu l'as pris , peut-être en ce moment d'horreur
,
Il venoit de quitter cette moitié chérie ;
Encor rempli de fon bonheur ,
Aveugle & fourd à tout le refte ,
Il couroit au piége funefte
Sans en reconnoître l'erreur ;
Sa compagne l'attend fans doute :
Pour elle quel chagrin amer !
Ah ! mon bien-aimé , qu'il en coûte
Deperdre pourjamais ce qu'on a de plus cher !
Pour un moment , tous deux , mettons nous à la
place.
SEPTEMBRE. 1769. 115
Si l'on vouloit un jour me féparer de toi ,
Atis , quelle affreule diſgrace !
A cet infortuné laiflons prendre l'effor.
Que nous ferons benis ! quels tranfports , quelle
fête ,
Quand le couple amoureux va fe revoir encor!
Atis , que de plaifirs ce retour leur apprête !
Bel oifeau , je te rends à tes premiers liens ;
Pars , tu diras à ton amie ,
Qu'enchaîné , comme toi , fous une loi chérie ,
En faveur de les feux , Atis fit grace aux tiens .
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