Oeuvre commentée (1)
[empty]
Détail
Liste
Résultats : 1 texte(s)
1
p. 21-25
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
Début :
SAGE mortel, heureux génie, [...]
Mots clefs :
Génie, Amitié, Ami
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE , Avocat
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
Fermer