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1
p. 153-167
A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
Début :
L'Homme est naturellement né curieux ; il est avide de / M[onsieur], Nous sommes enfin arrivez ici depuïs deux jours ; [...]
Mots clefs :
Pérou, Navigation, Expédition, Nouveau monde, Capitaine, Sauvages, Descriptions physiques, Îles, Colonies, Tour du monde
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texteReconnaissance textuelle : A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
L'H
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
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