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1
p. 67-69
ÉNIGME
Début :
Dès que des hommes téméraires [...]
Mots clefs :
Pauvre
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME
ÉNIGME
Dis que des hommes téméraires
Cédant aux mouvemens d'un coeur ambitieux ,
De cette égalité qui les rendoit tous freres ,
Jurerent debriſer les liens précieux ;
L'intérêt, inſtrument du malheur qui m'accable ,
Pere de tous les attentats ,
Aqui , pour tout ravir , du monſtrede la fable
Il n'a manqué que les centbras ,
Et toi trop affreuſe avarice ,
Vous fites nos malheurs & mon nom fut connu.
Depuis ce tems , lecteur , en tous lieux répandu ,
Orphelin , vagabond , enfant de l'injustice ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Sans appui , ſans amis , pleurant , indéfendu
J'attends pour m'en venger que le monde finifle.
L'orgueil eſt mon premier bourreau ,
Et cemonſtre odieux , qu'avec tant d'éloquence
Combat, dans ſes écrits , le célèbre Rouſſeau ,
Principede monexiſtence ,
Le luxe m'aſſaſſine & creuſe mon tombeau.
La honte qui devroit , de celui qui m'outrage ,
Couvrir le front injurieux ,
Eſt mon éternel appanage ,
Etmon crime pourtant n'eſt que celui des dieux.
Pour une ame compatiſſante
Je ſuis un ſpectacle touchant ,
Mais du regard altier l'arrogance inſultante
Ne voit en moiqu'un objet dégoûtant.
Toi-même, que mon nommaintenant intéreſſe
De ta fauſle délicateffe
:
Peut- être en ce moment offenſé-je les yeux.
Mais ne t'aveugle pas , un coup-d'oeil en arriere,
En te rappelant tes aïeux ,
Pourra t'infinuer un avis ſalutaire,
Celui d'être ſenſible , humain & généreux.
Vous ,dont la tendre bienfaiſance
1
JUILLET. هو . 1770
D'un biſarre deſtin corrige les horreurs ,
Vous , qui du malheureux avec indifférence
Ne voyez point couler les pleurs ,
Mon nom , pour vous , à trouver eſt facile .
L'humanité l'a gravé dans vos coeurs :
Mais qu'il en eſt à la cour , à la ville ,
Qui ne me connoîtront jamais !
Hommes cruels , envain mon image importune
Se repéte à toute heure autour de leurs palais !
Inſenſibles aux pleurs , aux cris de l'infortune ,
Ils ſont pour moi ſans oreilles , ſans yeux ;
Pour en être inconnu , le voile du myſtere
Nem'eſt pas néceſſaire ,
Mon nom ſera toujours un énigme pour eux.
ParM. de Lar.. fils , de Coutances.
Dis que des hommes téméraires
Cédant aux mouvemens d'un coeur ambitieux ,
De cette égalité qui les rendoit tous freres ,
Jurerent debriſer les liens précieux ;
L'intérêt, inſtrument du malheur qui m'accable ,
Pere de tous les attentats ,
Aqui , pour tout ravir , du monſtrede la fable
Il n'a manqué que les centbras ,
Et toi trop affreuſe avarice ,
Vous fites nos malheurs & mon nom fut connu.
Depuis ce tems , lecteur , en tous lieux répandu ,
Orphelin , vagabond , enfant de l'injustice ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Sans appui , ſans amis , pleurant , indéfendu
J'attends pour m'en venger que le monde finifle.
L'orgueil eſt mon premier bourreau ,
Et cemonſtre odieux , qu'avec tant d'éloquence
Combat, dans ſes écrits , le célèbre Rouſſeau ,
Principede monexiſtence ,
Le luxe m'aſſaſſine & creuſe mon tombeau.
La honte qui devroit , de celui qui m'outrage ,
Couvrir le front injurieux ,
Eſt mon éternel appanage ,
Etmon crime pourtant n'eſt que celui des dieux.
Pour une ame compatiſſante
Je ſuis un ſpectacle touchant ,
Mais du regard altier l'arrogance inſultante
Ne voit en moiqu'un objet dégoûtant.
Toi-même, que mon nommaintenant intéreſſe
De ta fauſle délicateffe
:
Peut- être en ce moment offenſé-je les yeux.
Mais ne t'aveugle pas , un coup-d'oeil en arriere,
En te rappelant tes aïeux ,
Pourra t'infinuer un avis ſalutaire,
Celui d'être ſenſible , humain & généreux.
Vous ,dont la tendre bienfaiſance
1
JUILLET. هو . 1770
D'un biſarre deſtin corrige les horreurs ,
Vous , qui du malheureux avec indifférence
Ne voyez point couler les pleurs ,
Mon nom , pour vous , à trouver eſt facile .
L'humanité l'a gravé dans vos coeurs :
Mais qu'il en eſt à la cour , à la ville ,
Qui ne me connoîtront jamais !
Hommes cruels , envain mon image importune
Se repéte à toute heure autour de leurs palais !
Inſenſibles aux pleurs , aux cris de l'infortune ,
Ils ſont pour moi ſans oreilles , ſans yeux ;
Pour en être inconnu , le voile du myſtere
Nem'eſt pas néceſſaire ,
Mon nom ſera toujours un énigme pour eux.
ParM. de Lar.. fils , de Coutances.
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2
p. 69-71
AUTRE.
Début :
Envain, dit un vieux nouvelliste, [...]
Mots clefs :
Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
7.
ENVAIN , dit un vieux nouvelliſte ,
Je lis& je relis maint & maint journaliſte;
Aucun ne m'inſtruit du terrein
Qu'occupoit l'ennemi dans la derniere affaire,
L'aſtronome ſe leve ,&dit : lunette en main ,
J'irai ſous un autre hémiſphere ,
Bravant l'inconſtance des mers ,
Epier lesécarts du monde planetaire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Etmes noblestravaux inſtruiront l'Univers.
Pour moi je chercherai l'immédiate cauſe
Des effets de l'attraction ,
Dit un eſprit ſuperbe , & qui , de toute choſe ,
Prétend aſſigner la raiſon.
Quittons l'homme , lecteur , & paſſonsà la femme.
Qui pourroit expliquer les divers mouvemens
Que je fais naître dans ſon ame ?
C'eſt la naïve Agnès , à l'âge de treize ans ,
Qui , du monde galant , ignorant le langage,
A ſa maman qui ſottement rougit ,
Demande innocemment , qu'est- ce qu'un pucelage?
C'eſt la frivole Eglé qui , de coeur & d'eſprit ,
:
Toute entiere à la bagatelle ,
Aunom d'unemode nouvelle ,
S'intrigue & veut ſçavoir où s'en fait le débit.
C'eſt la médiſante Beliſe
Qui , pour égaïer ſon loiſir ,
De l'hiſtoire du jour exige qu'on l'inſtruiſe.
Enfin... mais répondons , lecteur , à ton defir ;
En deux mots voici ma deviſe .
Fillede la ſcience ou de l'oiſiveté ,
Utile paſſion , ridicule manie ,
Imprudence , méchanceté
وا
Le mal en moi ſe trouve ainſi que la bonté ;
Mais ne m'impute pas cette bifarrerie ,
Elle a ſa ſource dans ton coeur :
:
:
JUILLET. 1770 . 71
Honnête ou vicieux , je ſuis ce qu'il veut être ,
Etce ſont ſes penchans qui reglent ma valeur.
Apprends mon origine & tu vas me connoître :
Aux perfides accens du ſerpent ſéducteur ,
Oubliantde fon Dieu la terrible défenſe,
Eve me conçut dans ſon ſein ;
Devois-je , helas ! par ma naiſſance
Donner la mort au genre humain !
A
Par le même.
7.
ENVAIN , dit un vieux nouvelliſte ,
Je lis& je relis maint & maint journaliſte;
Aucun ne m'inſtruit du terrein
Qu'occupoit l'ennemi dans la derniere affaire,
L'aſtronome ſe leve ,&dit : lunette en main ,
J'irai ſous un autre hémiſphere ,
Bravant l'inconſtance des mers ,
Epier lesécarts du monde planetaire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Etmes noblestravaux inſtruiront l'Univers.
Pour moi je chercherai l'immédiate cauſe
Des effets de l'attraction ,
Dit un eſprit ſuperbe , & qui , de toute choſe ,
Prétend aſſigner la raiſon.
Quittons l'homme , lecteur , & paſſonsà la femme.
Qui pourroit expliquer les divers mouvemens
Que je fais naître dans ſon ame ?
C'eſt la naïve Agnès , à l'âge de treize ans ,
Qui , du monde galant , ignorant le langage,
A ſa maman qui ſottement rougit ,
Demande innocemment , qu'est- ce qu'un pucelage?
C'eſt la frivole Eglé qui , de coeur & d'eſprit ,
:
Toute entiere à la bagatelle ,
Aunom d'unemode nouvelle ,
S'intrigue & veut ſçavoir où s'en fait le débit.
C'eſt la médiſante Beliſe
Qui , pour égaïer ſon loiſir ,
De l'hiſtoire du jour exige qu'on l'inſtruiſe.
Enfin... mais répondons , lecteur , à ton defir ;
En deux mots voici ma deviſe .
Fillede la ſcience ou de l'oiſiveté ,
Utile paſſion , ridicule manie ,
Imprudence , méchanceté
وا
Le mal en moi ſe trouve ainſi que la bonté ;
Mais ne m'impute pas cette bifarrerie ,
Elle a ſa ſource dans ton coeur :
:
:
JUILLET. 1770 . 71
Honnête ou vicieux , je ſuis ce qu'il veut être ,
Etce ſont ſes penchans qui reglent ma valeur.
Apprends mon origine & tu vas me connoître :
Aux perfides accens du ſerpent ſéducteur ,
Oubliantde fon Dieu la terrible défenſe,
Eve me conçut dans ſon ſein ;
Devois-je , helas ! par ma naiſſance
Donner la mort au genre humain !
A
Par le même.
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