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p. 2031-2036
LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
Début :
J'ay quitté Monsieur, pour quelque temps la Ville de Caën, mon séjour ordinaire [...]
Mots clefs :
Catastrophe, Orage extraordinaire, Tonnerre, Capitaine
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aousi
1731. par M. Hardouin , sur un Orage
extraordinaire mêlé de Tonnerre &c,
avec quelques nouvelles du même Pays.
J'AY
" Ay quitté , Monsieur , pour quelque
temps la Ville de Caen , mon séjour or
dinaire,pour me venir délasser ici desExercices
qui m'occupent la plus grande partie
de l'année. Si j'étois d'humeur à croire
les présages , et qu'il y a des fignes qui
annoncent le bien ou le mal qui doit
arriver , je tirerois un fort mauvais
augure sur la tranquillité et sur les plaisirs
innocens que je me suis proposé de goû
ter dans cette Ville Maritime , par l'orage
affreux qui a ébranlé ici toute la nature
peu de tems aprés mon arrivée : je ne
crois pas , Monsieur , qu'on ait jamais
rien vû en ce genre de plus effrayant
´le Ciel , la Terre , la Mer faisoient entendre
des bruits horribles, et tout étoit dans
une confusion qu'il est difficile d'exprimer
; heureusement cette Catastrophe
pour m'exprimer ainsi n'a pas été de
longue durée , on en a été quitte pour la
peur et pour quelques dégats , mais quelques
particuliers ont souffert des maux
irréparables par les effets singuliers du
I ij
Tonner2032
MERCURE DE FRANCE
Tonnerre. Je me contenterai de vous en
marquer deux traits .
Durant cet orage , qui arriva le 18.
'Août , le Tonnerre tomba dans le Bord
du Capitaine le Fevre , qui étoit à la Rade
de Quilleboeuf , il coupa les deux bras
à un Matelot , assis au pied du grand
Mât , entra sous le Pont , où il fit beaucoup
de dommage , blessa un autre Matelot
, et fendit le Mât de bas en haut en
deux parties égales , comme un ozier . Il
retomba ensuite sur le premier Matelot
et l'écrasa entierement. Tout l'équipage
épouvanté s'étendit tout de son long , la
face contre le Pont,et n'eut point d'autre
mal. Le Capitaine qui m'a fait ce recit ,
ajoûte que ce furieux Tonnerre se jetta
ensuite dans la Mer , et fit un bruit à peu
prés pareil à celui que feroit une Gueuse
qu'on arroseroit dans le moment qu'elle
coule : vous sçavez que Gueuse est le nom
qu'on donne dans les Forges , à une
quantité de fer fondu qui coule dans un
Canal préparé pour cet effet , sur lequel
on jette quelquefois de l'eau .
Dans le même temps , un autre Tonnerre
tomba par la Chéminée , dans
la Chambre de M. Potier , Prêtre de cette
Ville , prés le Monastere de Religieu-
Les ; il marqua bizarement tout le pavé
détruisi
AOUST. 17312 2033
détruisit quantité de bonnes choses , brisa
toute la Cheminée , cassa enfin les vîtres
et fondit tout le plomb. Il abbatit ensuite
ce bon Prêtre , lui grilla presque
tout le corps , sans endommager le moins
du monde ses habits. Il en perdit la parole
pendant deux heures , et ne parla
que pour demander un Confesseur. Il est
très-mal , et on ne croit pas qu'il puisse
revenir de cet accident. Son corps est
aussi rouge que de l'Ecarlate et tout semé
de petites vessies.
Au reste , Monsieur , comme je no
suis pas venu ici pour gémir , l'orage passé
, après avoir loué et remercié Dieu de
tout , nous avons repris notre vie tranquille
et joyeuse avec la bonne compagnie
dont je veux vous parler. Je loge chez
un * Ami de distinction , dont la Maison
est le rendez-vous de tout ce qu'il ya à
Honfleur et aux environs de gens de merite
, de consideration , et de bon goût.
Il vient de donner une Fête qui a été
fort applaudie. Trois filles de cet aimable
Hôte , accomplies en tout , en ont fait
l'ornement , et les honneurs : voici deux
* M. de Lannay Vicomte et Lieutenant Ge - t
neral de Police d'Honfleur , Procureur Genéra
de M. le Duc d'Orleans pour ses Domaines de
Normandie.
I jij
cou2034
MERCURE DE FRANCA
Couplets , que je ne pus me dispenser
de faire à cette occasion , et le verre
à la main , on eût la politesse de les applaudir
en faveur du sujet.
C
Sur l'air de Joconde.
' Est par d'énergiques Menteurs
Que la Fable est écrite.
En vain nous peignent - ils trois soeurs
Du plus rare merite ;
Ce n'est qu'en ces aimables lieux
Qu'on trouve les trois Graces ,
Et non pas dans les songes Creux
Des Ovides , des Staces.
M
Elles ont du Dieu d'Helicon
Le sublime langage ,
De la Mere de Cupidon
Les charmes en partage ;
Des Muses le divin sçavoir ,
De Pallas la sagesse ,
Et du tendre Amour le pouvoir;
Mais non pas sa foiblesse .
C'est ainsi que nous prétendons chas
ser l'ennui pendant ces vacances , et contribuer
à la continuation d'une bonne
santé
AAUST
2035 }
1731 .
santé par le baume d'une innocente joye.
On dit d'ailleurs que cet air est merveilleux
, et qu'on vit long temps dans tout
le Canton. On m'avoit parlé d'une fille
de cette Ville agée de plus de cent ans ,
j'allay hier m'en informer , et je la menay
chez M. le Vicomte avec toutes les preuves
de son âge qui est , ne vous en deplaise
, de 116. ans deux mois dix jours .
Elle voit , marche , parle , entend , dort ,
mange et boit fort bien . Il n'y a que deux
mois qu'elle travailloit encore à la dentelle.
,
Jean Remont de la Paroisse du Menil
Germain près Lisieux , mourut ici il
quelques jours , âgé de cent sept
ans , laissant deux fils , l'un âgé de 70.
ans , et l'autre de 68. cet homme n'avoit
jamais été malade , beuvoit du Cidre et
de l'eau de vie du matin au soir ; et ce
qu'il y a de particulier , il n'avoir jamais
eu de Procez , ny même passé en temoi
gnage , comme on parle en Normandie ,
la chose est rare pour un Normand , et
digne de la curiosité publique.
Nous nous préparons à faire bien des
courses sur Mer et sur Terre dans ces
quartiers : je ne manquerai pas de vous
en faire part. Ce serà peut -être de quoy
fournir un Supplement à votre Voyage
I iiij
de
03 MERCURE DE FRANCE
de Normandie , dont nous avons déja
vû plusieurs Lettres dans le Mercure
et dont nous attendons la suite avec impatience.
Je suis & c .
1731. par M. Hardouin , sur un Orage
extraordinaire mêlé de Tonnerre &c,
avec quelques nouvelles du même Pays.
J'AY
" Ay quitté , Monsieur , pour quelque
temps la Ville de Caen , mon séjour or
dinaire,pour me venir délasser ici desExercices
qui m'occupent la plus grande partie
de l'année. Si j'étois d'humeur à croire
les présages , et qu'il y a des fignes qui
annoncent le bien ou le mal qui doit
arriver , je tirerois un fort mauvais
augure sur la tranquillité et sur les plaisirs
innocens que je me suis proposé de goû
ter dans cette Ville Maritime , par l'orage
affreux qui a ébranlé ici toute la nature
peu de tems aprés mon arrivée : je ne
crois pas , Monsieur , qu'on ait jamais
rien vû en ce genre de plus effrayant
´le Ciel , la Terre , la Mer faisoient entendre
des bruits horribles, et tout étoit dans
une confusion qu'il est difficile d'exprimer
; heureusement cette Catastrophe
pour m'exprimer ainsi n'a pas été de
longue durée , on en a été quitte pour la
peur et pour quelques dégats , mais quelques
particuliers ont souffert des maux
irréparables par les effets singuliers du
I ij
Tonner2032
MERCURE DE FRANCE
Tonnerre. Je me contenterai de vous en
marquer deux traits .
Durant cet orage , qui arriva le 18.
'Août , le Tonnerre tomba dans le Bord
du Capitaine le Fevre , qui étoit à la Rade
de Quilleboeuf , il coupa les deux bras
à un Matelot , assis au pied du grand
Mât , entra sous le Pont , où il fit beaucoup
de dommage , blessa un autre Matelot
, et fendit le Mât de bas en haut en
deux parties égales , comme un ozier . Il
retomba ensuite sur le premier Matelot
et l'écrasa entierement. Tout l'équipage
épouvanté s'étendit tout de son long , la
face contre le Pont,et n'eut point d'autre
mal. Le Capitaine qui m'a fait ce recit ,
ajoûte que ce furieux Tonnerre se jetta
ensuite dans la Mer , et fit un bruit à peu
prés pareil à celui que feroit une Gueuse
qu'on arroseroit dans le moment qu'elle
coule : vous sçavez que Gueuse est le nom
qu'on donne dans les Forges , à une
quantité de fer fondu qui coule dans un
Canal préparé pour cet effet , sur lequel
on jette quelquefois de l'eau .
Dans le même temps , un autre Tonnerre
tomba par la Chéminée , dans
la Chambre de M. Potier , Prêtre de cette
Ville , prés le Monastere de Religieu-
Les ; il marqua bizarement tout le pavé
détruisi
AOUST. 17312 2033
détruisit quantité de bonnes choses , brisa
toute la Cheminée , cassa enfin les vîtres
et fondit tout le plomb. Il abbatit ensuite
ce bon Prêtre , lui grilla presque
tout le corps , sans endommager le moins
du monde ses habits. Il en perdit la parole
pendant deux heures , et ne parla
que pour demander un Confesseur. Il est
très-mal , et on ne croit pas qu'il puisse
revenir de cet accident. Son corps est
aussi rouge que de l'Ecarlate et tout semé
de petites vessies.
Au reste , Monsieur , comme je no
suis pas venu ici pour gémir , l'orage passé
, après avoir loué et remercié Dieu de
tout , nous avons repris notre vie tranquille
et joyeuse avec la bonne compagnie
dont je veux vous parler. Je loge chez
un * Ami de distinction , dont la Maison
est le rendez-vous de tout ce qu'il ya à
Honfleur et aux environs de gens de merite
, de consideration , et de bon goût.
Il vient de donner une Fête qui a été
fort applaudie. Trois filles de cet aimable
Hôte , accomplies en tout , en ont fait
l'ornement , et les honneurs : voici deux
* M. de Lannay Vicomte et Lieutenant Ge - t
neral de Police d'Honfleur , Procureur Genéra
de M. le Duc d'Orleans pour ses Domaines de
Normandie.
I jij
cou2034
MERCURE DE FRANCA
Couplets , que je ne pus me dispenser
de faire à cette occasion , et le verre
à la main , on eût la politesse de les applaudir
en faveur du sujet.
C
Sur l'air de Joconde.
' Est par d'énergiques Menteurs
Que la Fable est écrite.
En vain nous peignent - ils trois soeurs
Du plus rare merite ;
Ce n'est qu'en ces aimables lieux
Qu'on trouve les trois Graces ,
Et non pas dans les songes Creux
Des Ovides , des Staces.
M
Elles ont du Dieu d'Helicon
Le sublime langage ,
De la Mere de Cupidon
Les charmes en partage ;
Des Muses le divin sçavoir ,
De Pallas la sagesse ,
Et du tendre Amour le pouvoir;
Mais non pas sa foiblesse .
C'est ainsi que nous prétendons chas
ser l'ennui pendant ces vacances , et contribuer
à la continuation d'une bonne
santé
AAUST
2035 }
1731 .
santé par le baume d'une innocente joye.
On dit d'ailleurs que cet air est merveilleux
, et qu'on vit long temps dans tout
le Canton. On m'avoit parlé d'une fille
de cette Ville agée de plus de cent ans ,
j'allay hier m'en informer , et je la menay
chez M. le Vicomte avec toutes les preuves
de son âge qui est , ne vous en deplaise
, de 116. ans deux mois dix jours .
Elle voit , marche , parle , entend , dort ,
mange et boit fort bien . Il n'y a que deux
mois qu'elle travailloit encore à la dentelle.
,
Jean Remont de la Paroisse du Menil
Germain près Lisieux , mourut ici il
quelques jours , âgé de cent sept
ans , laissant deux fils , l'un âgé de 70.
ans , et l'autre de 68. cet homme n'avoit
jamais été malade , beuvoit du Cidre et
de l'eau de vie du matin au soir ; et ce
qu'il y a de particulier , il n'avoir jamais
eu de Procez , ny même passé en temoi
gnage , comme on parle en Normandie ,
la chose est rare pour un Normand , et
digne de la curiosité publique.
Nous nous préparons à faire bien des
courses sur Mer et sur Terre dans ces
quartiers : je ne manquerai pas de vous
en faire part. Ce serà peut -être de quoy
fournir un Supplement à votre Voyage
I iiij
de
03 MERCURE DE FRANCE
de Normandie , dont nous avons déja
vû plusieurs Lettres dans le Mercure
et dont nous attendons la suite avec impatience.
Je suis & c .
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Résumé : LETTRE écrite de Honfleur le 20. Aoust 1731. par M. Hardouin, sur un Orage extraordinaire mêlé de Tonnerre &c, avec quelques nouvelles du même Pays.
Le 20 août 1731, M. Hardouin écrit depuis Honfleur pour décrire un orage exceptionnel survenu deux jours auparavant. Cet orage, caractérisé par des éclairs et du tonnerre, a causé une grande confusion et des dégâts, bien que de courte durée. Deux incidents notables sont rapportés : le tonnerre a frappé le bateau du capitaine Le Fevre, blessant gravement un matelot et endommageant le navire. Par ailleurs, un éclair a pénétré par la cheminée de la chambre de M. Potier, un prêtre, le blessant sévèrement sans endommager ses vêtements. Malgré ces événements, la vie à Honfleur a rapidement repris son cours normal. M. Hardouin séjourne chez M. de Lannay, un ami de distinction, où il a assisté à une fête acclamée. Il mentionne également les trois filles de son hôte, les louant pour leurs qualités. De plus, il rapporte la présence d'une femme âgée de 116 ans et d'un homme décédé à 107 ans, tous deux en bonne santé jusqu'à un âge avancé. M. Hardouin prévoit de réaliser des excursions et promet de partager ses découvertes, qui pourraient compléter un voyage en Normandie dont il attend la suite avec impatience.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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