Comme vous aimez la Mu- ſique , je vous ſouhaitay fort dernierement dans une Aſſemblée où il y eut un tres-grand
Concert. I'y recouvray les Pa- roles du dernier Air que feu Monfieur le Camus a compoſé.
Vous me les avez demandées,
&je vous les envoye. La belle Mademoiſelle de Villeneuve
les chanta avec une juſteſſe à la- quelle on ne peutrien ajoûter ;
tout le monde en fut charmé,
&jamais il n'y eut tant de loüanges , ny ſi juſtement donnees.
42 LE MERCVRE
:
AIR.
N'Eſtes-quelquefois vous point ?reſvenſe & tria
De vos Rochers & de vos BoisN'allez- vous point chercher les plus Sombres demcures ,
Et dans ces Lieux charmans , ſenſible
àmon amour ,
Ne paſſez- vous point quelques henres ,
Commej'y paſſe tout le jour?
M. de Frontiniere a fait ces
Paroles. Elles font touchantes
d'elles-meſmes. Jugez ce qu'- elles me parurent dans la bou- che d'une Perſonne qui eſt ſi propre à toucher. A vous dire vray , Madame , il y a un peu de riſque à courir , & la beau- té de Mademoiselle de Villeneuve jointe à celle de ſa voix,
eft quelque choſe de ſi dange-
GALAN T. 43
reux , que pour le repos de bien des Gens , il ſeroit à fouhaiter qu'elle ne ſe laiſſaſt point voir quand elle chante.