MEMOIRES pour servir à l'Histoire
de plusieurs hommes illustres de Provence.
A Paris, chez Claude Herissant fils
rue neuve Notre-Dame, 1752, un vo-
lume in 12.
Le Pere Bougerel, de la sçavante &
polie Congrégation de l'Oratoire, a en-
trepris, & fini l'Histoire des hommes Il-
lustres de Provence. Il a détaché de ce
grand Ouvrage quelques morceaux fi
exacts & si curieux, qu'ils font vivement
souhaiter la publication du reste.
Pierre Puget, le plus grand Sculpteur
qu'ait eu la France, est le premier dont
on voit l'Histoire., dans le volume
que nous annonçons. M. de Louvois
le pressant un jour de lui dire ce qu'il
souhaitoit qu on lui donnât pour les sta-
tues qu'il feroit pour le Roi, Puget
lui demanda une somme très-considéra-
MARS. 1752.
119
ble; le Roi nen donne pas davantage à
ses Généraux d'Armée, dit le Ministre.
J'en conviens, répliqua Puget, mais le
Roi n'ignore pas qu'il peut trouver facile-
ment des Généraux d'Armée dans ce nom-
bre prodigieux d'excellens Officiers qu'il
a dans ses troupes; mais qu'il n'est pas-
en France plusieurs Pugets.
Jean de Pontevès, Comte de Garces,
dont la vie suit celle de Puget, a été un
des plus grands hommes de guerre qu'ait
produit la Provence. A l'âge de vingt-
quatre ans, il sauva cette Province atta-
quée par Charles-Quint. Pour ôter à ce
Prince le moyen de subsister, il prit un
flambeau, mit le feu à ses bleds & à ses
fourages, fit défoncer ses tonneaux d'hui-
le & de vin, & abattre ses moulins:
exemple qui fut heureusement suivi par
toute la Province. Les soldats manquant
ainsi de tout, & mourant de faim, se jet-
terent dans les vignes, & mangerent avec
tant d'avidité des raisins qui n'étorent pas
encore mûrs, que la dissenterie fit périr la
moitié del'Armée. L'Empereur pour sauver.
le reste, fut obligé de se retirer à la hâte.
Louis Duchesne, Président à Mortier
au Parlement de Provence, fut un des
plus grands Magistrats de son tems, &
rendit des services essentiels à la Couron-
Ev
130 MERCURE DEFRANCE.
ne, du tems de la Ligue. Nous avions, dit
M. Duvair, dans le parc de notre justice
un grand chêne sacré, plein de révérence,
plein de religion, semblable à celui que
décrit le Poete:
Qialis frugifero quercus sublimis in agro,
Exuvias veteres, populi sacrataque gestans
Dona Ducum,
Simon Duperrier est le plus célebre
Avocat qu'ait eu le Parlement de Proven-
ce. L'attention de son pere pour son édu-
cation fut poussée jusques là, qu'il ne vou-
lût louer qu'à des Libraires les boutiques
qui tenoient à sa maison, dans la vue
que son fils s'y arrêtant, il prît du goût
pour les Lettres.
Le Chevalier l'aul, qui devint Vice-Ami-
ral de France, naquit singulierement. Un
bateau allant de Marseille au Château d'If,
au mois de Décembre 1597, fut battu
d'une si violente tempête, quon appré-
henda pour la vie de tous ceux qui y
étoient embarqués; mais suttout pour cel-
le d'une blanchisseusse, fort avancée dans
sa grossesse. Cette femme fut en effet si
effrayée, qu elle accoucha du Chevalier
Paul.
Baltazat de Vias fut très-bon Poëte latin,
Astronome & Antiquaire. Jean Bertet,
MARS. 1752.
131
Jésuite, fut connu par son érudition, par
sa connoissance des Langues, & par des
Poësies latines, françoises, italiennes
espagnoles & Provençales. Louis Ferrand,
réussit dans la controverse. Le Pere An-
toine Pagi devint célebre par la critique
qu'il fit des Annales de Baronius. Son Ne-
ven le Pere François Pagi, a fait une His-
toire des Papes.
Jean Gilles a beaucoup réussi dans la
musique d'Eglise. M. de Berthier, Evêque
de Rieux, témoin du succès qu'il avoit
eu à l'ouverture des Etats du Languedoc
en 1697, voulut lui procurer la Maîtrise
de Saint Etienne de Toulouse. Il en écri-
vit au Chapitre qui venoit de disposer de
cette Place, en faveur d'un autre Musi-
cien nommé Farmelli; celui-ci instruit de
toui ce qu on écrivoit en faveur de Gilles,
poussé par une générosité dont on n'a pas
d'exemples, partit sur le champ de Tou-
louse pour Montpellier, presenta à Gilles
qu'il n avoit jamais vu, la démission de sa
place, & lui fit tant d'instance qu'il le dé-
termina à l'accepter. La délicatesse, de
conscience de ce Musicien étoit si grande,
qu'il faisoit dire des Messes le lendemain
des grandes fêtes, & des processions, où
il avoit fait exécuter sa musique, pour
tâcher d'appaiser le Seigneur, a cause des
Fvj
132 MERCUREDE FRANCE.
irrévérences & des scandales ausquels il
craignoit d'avoir donné lieu en ces oc-
casions.
Claude Terrein possédoit les Belles-
Lettres & les Beaux Arts, & une grande
connoissance des monumens antiques. Jean
Pierre Gibert fut un homme très-ver-
tueux, & un des plus grands Canonistes
du Royaume.
Jean-Baptiste Massillon, le plus grand
Prédicateur du siécle, écrivoit au Pere de
Sainte Marthe, Général de l'Oratoire: je
considere que je ne suis dans la Congré-
gation que pour être utile; & comme
mon talent & mon inclination m'éloi-
gnent de la Chaire, j'ai cru qu'une Phi-
solophie ou une Théologie me convien-
droient mieux.