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p. 254-261
Mort de M. le Premier President. [titre d'après la table]
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Ces diverses pertes ont esté sensibles à beaucoup de Familles [...]
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Premier président de Paris, Maître des requêtes
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Premier President. [titre d'après la table]
Ces diverſes pertes ont eſté ſenſibles à beaucoup de Famil- les particulieres ; mais ce qui a
cauſé une deſolation generale,
ç'a eſté celle de Monfieur le
Premier Preſident de Paris. Il
avoit eſté reçen Conſeiller au Parlement dés l'âge de dix-ſept ans ; &lors qu'il fut Maiſtre des
Requeſtes , Sa Majesté l'envoya pourCommiſſaire aux Etats de Bretagne, où les Eſprits eſtoient extrémement diviſez. Il trouva
des tempéramens ſi juſtes,qu'en executant les Ordres du Roy ,
il contenta également le Gou- verneur de la Province , les
Etats , le Parlement , & le Peuple. Il fut fait Premier Prefident en 1658. & il a ſoûtenu la dignité de cette Charge avec un ſuccés fi extraordinaire ,
qu'il a laiſſé à la Poſterité un
Tome X. H
170 LE MERCVRE exemple rare & preſque inimi- table de toutes les parties ne- ceſſaires aux grands Magiſtrats.
Il avoit une memoire tres-fidelle , un jugement tres- folide , &
un difcernement tres-juſte. Il poſſedoit les belles Lettres avec une délicateſſe inconcevable.
La force de ſon raiſonnement
répondoit àla netteté qu'il avoit à s'exprimer ; & fon éloquen- ce eſtoit telle , qu'on peut di- re qu'il ne le falloit pas enten- drequand on ne vouloit point ſe laiſſer perfuader. Sa Porte eſtoit ouverte aux plus beaux Eſprits , & il ſe tenoit une ef- pece d'Académie chez luy où diférentes Queſtions eſtoient agitées. Vous en pouvez con- noiſtre la matiere par le Livre que le P. Rapin Jeſuiſte en a
fait. Monfieurle Premier Pre-
GALANT... 171
fident y diſoit ſes ſentimens , &
ne donoint jamais que de fort juſtes déciſions.Outre qu'il étoit extrémement éclairé ſur tout
ce qui regarde la connoiſſance des Loix , il avoit une facilité
merveilleuſe à concevoir d'abord une Affaire ; mais quel- ques grands que fuſſent ces avantages de ſon Eſprit, ſa dou- ceur que rien n'a jamais alteré ,
ſa probité generalement recon- nuë , fa grande modération , ſa modeſtie , ou s'il m'eſt permis de le faire deſcendre juſque-là,
fon humilité ſi rare avec un fi
vraymerite, &fon integrité in- ébranlable , eſtoient encor plus dignes d'admiration. Jamais per- ſonne ne s'eſt retiré mécontent de luy , &jamais Plaideur dans ſa paſſion n'a ofé l'accuſer d'injustice. Il eſtoit plein de Hij
172 LE MERCVRE zele pour le ſervice de ſon Prin- ce&pourle bien de l'Etat , & la
vie Chreftienne & toute exemplaire qu'il menoit , mettoit ſes actions à couvert du moindre
reproche , & luy attiroit le ref- pect de tous ceux qui avoient l'avantage de l'approcher. II eſt mort âgé de ſoixante ans &
deux mois quelquesjours moins,
&a laiſſe deux Fils , dont l'un
eft Avocat General au Parlement, &l'autre Maiſtre desRequeſtes. Ils s'acquitent ſi di- gnement l'un & l'autre de ces grands Emplois , que le Public a lieu de ne point douter qu'ils ne cherchent à imiter parfaite- ment un Pere qui estoit auſſi juſte que capable , & auffi ver- tueux que ſçavant. M. de La- moignon Pere de l'illuſtre Mort dont je vous parle , eſtoit un
GALANT. 173 Homme d'une probité recon- nuë , qui ſçavoit beaucoup , &
que tout le mõde eſtimoit pour ft pieté. Il avoit étudié à Bourges ſous le celebre Cujas. Il ſe fit recevoir Conſeiller au Parlement,&eſtant devenu Doyen
de la Troiſième des Enqueftes,
il traita de la Charge de Prefident de certe Chambre avec un
applaudiſſement general.Quel- ques années apres il entra en la GrandChambre en qualité de Conſeiller , & enfin le Roy ré- compenſa ſes grands ſervices en l'honorant de la Chargede Prefident à Mortier , où il eſt mort
Doyen. Il tiroit ſon origine du Païs Nivernois , d'une des plus nobles & plus anciennes Familles de cette Province , quipor- toit les Titres de Chevaliers ,
Damoiſeaux &Ecuyers , depuis
Hiij
174 LE MERCVRE
quatre cens ans. Le premier dont on les a, prenoit celuy de Chevalier dés le temps de Saint Loüis , & on ſçait qu'il ne ſe donnoit alors qu'à ceux qui ê- toient d'une tres- illustre Naiffance. On trouve un Helin de
Lamoignon , Seigneur de Ri- viere , parmy les Tenans d'un Tournoy qui fut fait à Paris en 1549. ſous Henry II. Il y a eu plufieurs grands Perſonnages dans cette Maiſon. Charles de
Lamoignon , Chevalier , Sei- gneur de Baville , Launay ,
Courſon , &c. rendit des fervices fi conſidérables en fon
temps , que le Roy Charles IX. luy fit l'honneur de le viſiter ſouvent dans ſa maladie , & rémoigna avoir perdu en fa Per- ſonne un Serviteur auffi capa- ble des premieres Charges de
GALAN T. 175
l'Etat qu'il y en euſt dans le Royaume. Il y feroit parvenu,
fi la mort ne l'euſt emporté à
cinquante - cinq ans. Il avoit
pris Femme dans la Maiſon de Besançon, qui est une des plus anciennes &des mieux alliées
de France. La Mere de feu
M. le Premier Prefident eſtoit
de l'Illuſtre Famille des Landes.
La nobleſſe en eſt connuë. II
avoit époufé Magdelaine Po- tier , Fille de Meffire Nicolas Potier , Seigneur d'Ocquerre ,
Secretaire d'Etat , & Niece de
Meſſfire André Potier Seigneur de Novion, Preſident au Parle- ment de Paris , & de Meffire Auguſtin Potier Eveſque &
Comte de Beauvais , Pair de
France.
cauſé une deſolation generale,
ç'a eſté celle de Monfieur le
Premier Preſident de Paris. Il
avoit eſté reçen Conſeiller au Parlement dés l'âge de dix-ſept ans ; &lors qu'il fut Maiſtre des
Requeſtes , Sa Majesté l'envoya pourCommiſſaire aux Etats de Bretagne, où les Eſprits eſtoient extrémement diviſez. Il trouva
des tempéramens ſi juſtes,qu'en executant les Ordres du Roy ,
il contenta également le Gou- verneur de la Province , les
Etats , le Parlement , & le Peuple. Il fut fait Premier Prefident en 1658. & il a ſoûtenu la dignité de cette Charge avec un ſuccés fi extraordinaire ,
qu'il a laiſſé à la Poſterité un
Tome X. H
170 LE MERCVRE exemple rare & preſque inimi- table de toutes les parties ne- ceſſaires aux grands Magiſtrats.
Il avoit une memoire tres-fidelle , un jugement tres- folide , &
un difcernement tres-juſte. Il poſſedoit les belles Lettres avec une délicateſſe inconcevable.
La force de ſon raiſonnement
répondoit àla netteté qu'il avoit à s'exprimer ; & fon éloquen- ce eſtoit telle , qu'on peut di- re qu'il ne le falloit pas enten- drequand on ne vouloit point ſe laiſſer perfuader. Sa Porte eſtoit ouverte aux plus beaux Eſprits , & il ſe tenoit une ef- pece d'Académie chez luy où diférentes Queſtions eſtoient agitées. Vous en pouvez con- noiſtre la matiere par le Livre que le P. Rapin Jeſuiſte en a
fait. Monfieurle Premier Pre-
GALANT... 171
fident y diſoit ſes ſentimens , &
ne donoint jamais que de fort juſtes déciſions.Outre qu'il étoit extrémement éclairé ſur tout
ce qui regarde la connoiſſance des Loix , il avoit une facilité
merveilleuſe à concevoir d'abord une Affaire ; mais quel- ques grands que fuſſent ces avantages de ſon Eſprit, ſa dou- ceur que rien n'a jamais alteré ,
ſa probité generalement recon- nuë , fa grande modération , ſa modeſtie , ou s'il m'eſt permis de le faire deſcendre juſque-là,
fon humilité ſi rare avec un fi
vraymerite, &fon integrité in- ébranlable , eſtoient encor plus dignes d'admiration. Jamais per- ſonne ne s'eſt retiré mécontent de luy , &jamais Plaideur dans ſa paſſion n'a ofé l'accuſer d'injustice. Il eſtoit plein de Hij
172 LE MERCVRE zele pour le ſervice de ſon Prin- ce&pourle bien de l'Etat , & la
vie Chreftienne & toute exemplaire qu'il menoit , mettoit ſes actions à couvert du moindre
reproche , & luy attiroit le ref- pect de tous ceux qui avoient l'avantage de l'approcher. II eſt mort âgé de ſoixante ans &
deux mois quelquesjours moins,
&a laiſſe deux Fils , dont l'un
eft Avocat General au Parlement, &l'autre Maiſtre desRequeſtes. Ils s'acquitent ſi di- gnement l'un & l'autre de ces grands Emplois , que le Public a lieu de ne point douter qu'ils ne cherchent à imiter parfaite- ment un Pere qui estoit auſſi juſte que capable , & auffi ver- tueux que ſçavant. M. de La- moignon Pere de l'illuſtre Mort dont je vous parle , eſtoit un
GALANT. 173 Homme d'une probité recon- nuë , qui ſçavoit beaucoup , &
que tout le mõde eſtimoit pour ft pieté. Il avoit étudié à Bourges ſous le celebre Cujas. Il ſe fit recevoir Conſeiller au Parlement,&eſtant devenu Doyen
de la Troiſième des Enqueftes,
il traita de la Charge de Prefident de certe Chambre avec un
applaudiſſement general.Quel- ques années apres il entra en la GrandChambre en qualité de Conſeiller , & enfin le Roy ré- compenſa ſes grands ſervices en l'honorant de la Chargede Prefident à Mortier , où il eſt mort
Doyen. Il tiroit ſon origine du Païs Nivernois , d'une des plus nobles & plus anciennes Familles de cette Province , quipor- toit les Titres de Chevaliers ,
Damoiſeaux &Ecuyers , depuis
Hiij
174 LE MERCVRE
quatre cens ans. Le premier dont on les a, prenoit celuy de Chevalier dés le temps de Saint Loüis , & on ſçait qu'il ne ſe donnoit alors qu'à ceux qui ê- toient d'une tres- illustre Naiffance. On trouve un Helin de
Lamoignon , Seigneur de Ri- viere , parmy les Tenans d'un Tournoy qui fut fait à Paris en 1549. ſous Henry II. Il y a eu plufieurs grands Perſonnages dans cette Maiſon. Charles de
Lamoignon , Chevalier , Sei- gneur de Baville , Launay ,
Courſon , &c. rendit des fervices fi conſidérables en fon
temps , que le Roy Charles IX. luy fit l'honneur de le viſiter ſouvent dans ſa maladie , & rémoigna avoir perdu en fa Per- ſonne un Serviteur auffi capa- ble des premieres Charges de
GALAN T. 175
l'Etat qu'il y en euſt dans le Royaume. Il y feroit parvenu,
fi la mort ne l'euſt emporté à
cinquante - cinq ans. Il avoit
pris Femme dans la Maiſon de Besançon, qui est une des plus anciennes &des mieux alliées
de France. La Mere de feu
M. le Premier Prefident eſtoit
de l'Illuſtre Famille des Landes.
La nobleſſe en eſt connuë. II
avoit époufé Magdelaine Po- tier , Fille de Meffire Nicolas Potier , Seigneur d'Ocquerre ,
Secretaire d'Etat , & Niece de
Meſſfire André Potier Seigneur de Novion, Preſident au Parle- ment de Paris , & de Meffire Auguſtin Potier Eveſque &
Comte de Beauvais , Pair de
France.
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Résumé : Mort de M. le Premier President. [titre d'après la table]
Le texte décrit la vie et les exploits de Monsieur le Premier Président de Paris, une figure marquante du Parlement. À l'âge de dix-sept ans, il fut reçu conseiller au Parlement. Il devint ensuite Maître des Requestes et fut envoyé en Bretagne pour apaiser les divisions. En 1658, il fut nommé Premier Président et se distingua par son succès exceptionnel, devenant un exemple rare de magistrat. Doté d'une mémoire fidèle, d'un jugement solide et d'un discernement juste, il maîtrisait les belles lettres et possédait une éloquence persuasive. Sa maison était un lieu de rassemblement pour les esprits brillants, où diverses questions étaient débattues. Connu pour sa douceur, sa probité, sa modération et son intégrité, il était respecté par tous. Il mourut à l'âge de soixante ans et deux mois, laissant deux fils qui occupaient des postes prestigieux au Parlement. Son père, Monsieur de Lamoignon, était également un homme de probité reconnue, ayant étudié sous Cujas et occupé des postes éminents au Parlement. La famille Lamoignon, originaire du Nivernois, comptait plusieurs personnages illustres et possédait des titres nobles depuis le temps de Saint Louis.
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