Quoy que le Roy ne ſoit plus à Valenciennes,ie ne laifſeray pas d'y retourner ; auffi bien il va fi vite qu'il eſt im- poſſible de le ſuivre que de loin. Ses dernieresConquêtes laiſſent à peine le temps de
70 LE MERCURE parler des premieres , & on ne ſçauroit entreprendre d'écrire ſes grandes Actions , qu'on ne
ſe trouve accablé par le nom- bre. Pendant qu'il court àde
nouvelles entrepriſes avec au- tant de vigueur que s'il n'avoit encor rien fait , il faut que ie vous diſe une affez agreable particularité quiregarde encor le Siege de cette premierePla- ce. Quand les dehors furent
emportez d'emblée , un des
principaux Officiers de laGarnilon, voyat qu'on ne donnoit
-quartier à perſonnedas la pre- mierechaleurde l'attaque, s'alla jetter entre lesbras d'un Officier Gaſcon , il ſe fit ſon pri- fonniers&luy offrit trois cens louis qu'il avoit fur luy , afin qu'il le gardât. Voicy ce qu'en
GALANT. 71
ſon lagage le Gaſcon repartit
àcette offre. Monsieur pour vô- tre vie elle estfauve , car ie com- bats commele Lion , ie pardonne à celuy qui s'humilie ; mais pour vousgarder , i'ay bien d'autres choses àfaire : dem'en cours
à la gloire, & vous laiſſe vous &
vostre argent entre les mains de mon Sergent. Voilà ſes pro -
pres paroles auſquelles ie n'ay
rien changé. Cette action eſt tres belle , & c'eſt l'Officier
qui l'a racontée , & qui a mê- me adjoûté , qu'ayant veu un Homme fi genereux , il le
ſuivit par tout en qualité de prisonnier , apprehendant de tomber entre des mains
moins amoureuſes de lagloire.
Il eſt conſtant que tous les Gaſcons font naturellement
72 LE MERCURE
braves ; mais quoy qu'on ait beaucoup d'eſtime pour eux ,
Onenauroit encor davantage s'ils eſtoient auſſi modeſtes
dans leursdiſcours, qu'ils font veritablement vaillans lors
qu'ils ont occaſion de donner
des marquesde leur courage