PHE'NOMENES SINGULIERS,
vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait
de Lettre.
E 8. Février , immédiatement après une tem-
Lpête ,et un vent épouvantable , il tomba une
quantité prodigieuse de neige , et à l'entrée de la
nuit le Ciel parut tout en feu par des éclairs si
vifs et si fréquens , que les yeux étoient également
éblouis et étonnez , en même tems qu'on étoit
frappé de terreur par le bruit horrible du tonensorte
que les Habitans de ce Païs les.
plus âgez et les Troupes qui étoient en Garnison ,
ont assuré que de mémoire d'homme on n'avoit
vûun spectacle si effraïant , ni entendu un bruit
si capable d'épouvanter.
nerre ,
Dans un Fort , nommé les Trois Têtes , contigu
MARS. 1731. 575
"
tigu à la ville de Briançon on apperçut huit
Phenomenes singuliers , aiant la figure de gros
flambeaux ardens , dont deux étoient placez à
droit et à gauche sur les chaînes du Pont-levis ;
deux autres étoient sur la Chapelle , deux sur le
Magazin des Vivres , et les deux derniers sur les
Cazernes;ces huit lumieres ou especes de globes de
feu ne parurent que pendant un bon quart d'heure. -
On prétend qu'il en parut un neuvième , qu'un
Sentinelle assura avoir vu positivement au bout
de son fusil , mais cela n'a pas été confirmé , parce
qu'il n'a pas été vû par d'autres dans ce même tems..
A un autre Fort de la même ville de Briançon ,
on apperçut un autre Phénomene en forme d'un
Dragon volant , qui se fixa au - dessus des Cazernes
de ce Fort ; on fit prendre les Armes à la
Garnison , composée de neuf Compagnies du
Régiment Dauphin , Infanterie , on essaïa , mais.
en vain de le dissiper par plusieurs coups de fusil
qu'on tira. Le Dragon resta constamment dans
sa place depuis sept heures du soir jusqu'à minuit,
pendant lequel temps il jetta une lumiere si éclatante
, que tout le Fort en fut éclairé , assez pour
le voir distinctement de loin , et même pour lire
très- aisémene ; ensuite le Dragon quitta sa place
et d'un mouvement grave il descendit par-dessus
le premier Fort des Trois Têtes , et on le suivit
des yeux jusques dans un Valon où il disparut.
M. le Comte de Feuquiere se plaint que dans
le Livre des Memoires sur la Guerre , que fen
M. e Marquis de Feuquieres on frere , avoit
fait il y a 25. ans , sans vouloir qu'il parût jamais
, et qui viennent d'être imprimez à Paris
sur une copie volée il y a des obmissions et des
alterations considerables qui défigurent.cet Ouvrage
, et qui feroient tort à la memoire de
M. de Feuquiere, dans l'esprit des Connoisseurs