REGRETS
D'UN
MARY
fur
la
mort de fa
Femme
.
N
vain
m'ordonnez
.
vous
de
le filence
,
EN
garder
Inflexible
&
dure
conftance
.
Pourquoy ne
pas pleurer fur
le trifte
tombeau
D'une Femme fi neceffaire ?
Elle ne fongeoit qu'à me plaire ,
Et qu'à rendre mon fort plus heu-
Vieux & plus beau.
S.
Retirez-vous , fuperbes Confeil-
leres
,
Vertu, raiſon , conftance , fermeté,
Je ne puis écourer vos difcours téme-
raires ,
Ny me
foumettre à voftre auto-rité
..
GALANT:
Orgueilleufe
Vertu
,
tes
loix
font
ti-
ranniques
,
Tu
n'as
,
fiere
raiſon
,
que
des le
çons
iniques
.
Conftance
,
fermeté
,
vous
me
par-
lez
en
vain
Je vous écouterois fi j'estois inhu
main
.
2Qoy
,
mon ame
perfide
,
infenfi-
ble
&
barbare
,
Banniroit pour jamais ſa fidelle ami-
rié
a
*
Je
fermerois
mon
cœur
àla
pitié
,
Et d'un
objet
aimé dont
le
Ciel
me
Tepare,
Je deviendrois
l'odieufe
moitié
?
S
Non
,
ne me
preffe plus
,
patience
importuner
,
Je ne
fçaurois
moderer mon
tour
ment,
82
MERCURE
Helas
!
je
reffens
trop
ma
cruelle
insfortune
;
Qui
la
peut endurer
fouffre
legere
ment.
Quand
je
fonge
à tant
de
ten
.
dreffes
,
Remedes
employez
à guerir
mes
trifteffes
,
Que
font
-
ils
devenus
ces foins
offi
cieux
?
Ces
propos
fi
delicieux
,
Ces
entretiens
fi
chers
à
ma
też
traite ,
Ces
fers
portez
fans
douleur
&
fans
bruit
Ces doux
plaifirs
d'une flâme
difə
crete?
Ils
fe font diffipez
comme
l'ombre
qui
fuit
.
ន
Vous m'exhortez encore à
retenir
mes larmes
,
GALANT: 82
Perfides voluptez , je
ne vous
con
mois
plus
,
Ma vie eft prefque ufée , & je fens
tous vos charmes >
S'évanouir
en
defirs fuperflus
.
Je veux
pleurer
&
courir
à
ma
perte
.
Comme
un
fidelle
Epoux
& comme
un
cher
Ami
.
La mort m'appelle où la tombe eff
opvertey
Et le cercueil a'eft rempliqu'à demia
S
Mais
enfin
,
o
vertus
,
www.fi
propices
,
à mes mauxJe
me
rens à vos bons
offices
,
Mon
cœur
s'eft
contre
vous trop
long-temps défendu
,
Dans
la
douleur qui
me
défole
,
Vous
voulez que
je
me
confole
Rendez
-
moy
ce que
j'ayperdu,
84
MERCURE
A SAPHO
Faites place
à Sapho
,
Vertus
de
tou
tes
Langues
,
Je
refufe
l'oreille
à
vos
belles
haran-
gues
,
Vos raifons n'ont fur moy ny force ,
ny credit.
Si
Sapho
feulement
m'offre ce qu'-
elle écrit
,
Quand
la
mort
d'un
Ami
luy
fait
prendre
la
plume
,
La douceur de fes Vers guerira l'a
mertume
Que
la
douleur répand dans
mon
eſprit
.