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1
p. 171-176
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LES Comédiens François firent l'ouverture de leur Théâtre le Lundi 30 [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
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2
p. 176-188
EXTRAIT DE LA JEUNE INDIENNE, Comédie en un Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT, représentée pour la première fois le 30 Avril 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. BETTI, Mlle Doligny. BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA JEUNE INDIENNE, Comédie en un Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT, représentée pour la première fois le 30 Avril 1764.
EXTRAIT DE LA JEUNE
INDIENNE, Comédie en un
Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT,
représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI, Mlle Doligny.
BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker,
MYLFORD ,
LE NOTAIRE,
quitté ſon Père
de lAmérique Septentrionale.
M. Préville.
M. Dubois.
M. Dauberval.
La Scène eſt à charleſtown , Colonie Angloiſe
BELTON eſt un jeune homme que le deſir
imprudent de voyager avoit entraîné. Il avoit
établi a Boſton , pour s'em
barquer. Le vaiſſeau ſur lequel il étoit,
avoit
fait naufrage , il avoit été porté ſur les bords
-
-
|
| J U I N. 1764.
177
d'une Iſle ſauvage où il étoit prêt à périr. Un
ºVieillard & ſa fille étoient accourus, lui avoient
donné du ſecours ; l'un & l'autre, non contens
de lui avoir ſauvé la vie par leurs ſoins, l'a-
voient nourri de leur chaſſe , & pourvu à tous
ſes beſoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme, le Vieillard, Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort. L'ennui d'une fi longue re
traite, l'inquiétude de l'avenir , le ſouvenir de
ſon Père, l'eſpoir même d'être utile à ſon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits, tous ces motifs avoient déterminé Bel--
ton à tenter de franchir les mers. Il avoit enga
gé ſa jeune Compagne à partager les riſques de
cet imprudent projet. Après bien des dangers, .
dans le plus preſſant de tous , ils furent rencon
trés par un Vaiſſeau qui les reçut à bord & leut
ſauva la vie. Ce Vaiſſeau appartenoit à Mylford
& à ſon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charleſlown où il y a trois jours qu'ils
ſont arrivés , lorique l'aétion du Drame com
IIlence.
.
Mylford, ancien ami de Belton, enchanté de
ſon retour , en ſe félicitant lui-même de cet heu--
reux événement, lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé, & lui en demande la
cauſe. Belton, après avoir raconté à ſon ami ce
· qu'on vient de lire, attribue ſa triſteſſe aux re
mords d'avoir offenſé ſon Père, d'avoir rempli
ſa vieilleſſe d'amertume ; il ne pourra ſoutenir
ſa vue , cette idée l'accable. Mylfort le raſſure
contre ſes craintes par la force de l'amitié, &
même par celle de l'amour. Il retrace à ſa mé
moire que la jeune Arabelle lui avoit été promi
ſe autrefois , qu'il paroiſloit l'aimer
Belton con
§ ne peut voir Arabelle ſans éprouver
H V .
178 MERCURE DE FRANCE.
ce ſentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une ſuite de l'amitié du Père
de cette jeune perſonne avec le ſien. Il craint que
ſa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eſt l'oncle de Mylford. Celui
ci le peint à ſon ami d'un caractère ſans fa
çon, d'une vertu ſévère, retranchant les com
plimens, en un mot tels que ſont les Quakres.Il
ui conſeille de le voir, & lui répond prèſque de
I'aveu d'Arabelle. Belton, ſeul, regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à ſes forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſé
dant ſon coeur.
Il fait des réfléxions ſur la
Pauvreté, & particulérement ſur le mépris qui
la ſuit.
L'intérêt même de la
tendre Betti
ſemble lui faire une néceſſité de lui manquer de
foi en épouſant Arabelle. Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les mœurs &
les uſages de l'Europe. Mowbrai, l'oncle de Myl
ford, arrive. Les premiers complimens produi
ſent une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le ſalue, qu'il n'ait pas ſon chapeau ſur
la tête ainfi que lui, & qu'il l'appelle Monſieur,
il n'eſt pas deux perſonnes, dit-il, ainſi il veut
qu'on lui parle en ſingulier, & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à ſe
prêter à la ſimplicité des Quakres. Il lui expoſe
ſes craintes ſur les ſentimens d'un Père dont il
s'accuſe d'avoir peut-être épuiſé
la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre.
»Tu ne ſçais ce que c'eſt que l'âme paternelle,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
» aîle,
J
·
J U I N. 1764.
'
179
ss On n'examine plus s'il eſt coupable ou non ;
» Et l'aveu de l'erreur eſt l'inſtant du pardon. .
· Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de miſére , & d'en être humilié. Cet honnête
Quakre a pprend , à Betton , la cauſe de l'intérêt
qu'il prend a lui & des motifs d'union qui l'enga
gent avec ſon Père. Deux de fés vaiſſeaux avoient
péri preſque au Pont. Un créancier inquiet alloit
·le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
· lorſqu'il reçut un billet par lequel on lui deman
· doit en grace d'accepter cinquântè mille écus
pour faire face à ſes arrangemens, en ajoutant
que ſi la fortune un jour lui devenoit plus favora
ble on les reclameroit , mais qu'en attenfant, ce
même billet étoit la quittance de cette ſomme.
Un trait de bienfaiſance & de généroſité ſi ſingu
lier étoit du Père de Belton ; âinſi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de ſa fille. Belton eſt embarrafſé , il convient
que cet hymen eſt le ſeul moyen dè le remettre en
grâce avec ſon Père, Le Quakre, en finiſſant la
Scène a occaſion de lui faire encore la guerre,
ſur ſes habitudes de civilité. Il ſe plaint qce de
puis trois jouis qu'il vit dans la famille il ne ſe ſoit
pas formé & qu'il ſoit encore Po1 1. Mowbrai
s'informe qu'elle eſt cette jeune lndienne qui
accompagne Bclton, celui ci lui expoſe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui; Mowbrai com
mence par la à s'intéreſſer pour Betti. Cette
fille tendre & ingénue cherche ſon ami Belton,
elle ſuccède au bon Quakfe, ſur la Scène. Elle
ſe plaint de ce que tout le monde l'environne ſans
ceſſe , & dés queſtions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La triſteſſe qu'elle reproche à Bel
ton , donne lieu à celui-ci de commencer à l'inſ
H vj
18o MERCURE DE FRANCE.
truire des mœurs & des uſages des nations qu'on
appelle policées. Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richeſſe & de la pauvreté. Elle
eſt fort étonnée que ce ſoit la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une, & ſa privation qui ſoit l'in
digence Elle ſe raſſure en imaginant que puiſ
que l'or eſt néceſſaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas, ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront , &
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton, cherche à lui faire compren
dre que l'on ne veut dans la ſociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort raiſonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eſt utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eſt à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
ſe procure le nécéſſaire, elle ne peut revenir de
la ſurpriſe qui lui cauſe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eſt, dit Belton, de manquer
des choſes d'agrément Elle veut ſçavoir comment
on fair pour avoir de l'or.
B E L T o N.
» L'un le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop ſouvent il devient le ſalaire:
» Mais la vertu par fois a produit. , , .
B E T T I.
» Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans ſes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or ſervent ceux
qui ſe poſſédent Ce qui l'indigne & l'étonne Plus
que tout le reſte, c'eſt qu'on laiſſe cet or en
tre les mains des méchans, à cauſe de l'uſage
|
-
-
-
·
A
-
J U I N. 1764.
18r
pernicieux qu'ils peuvent en faire. Elle revient à
l'idée d'utilité à la ſociété , elle demande ſi la
terre eſt fertile dans ce Pays. En ce cas, ce que les
habitans auroient de trop ,
il n'y auroit qu'à le
leur demander, elle croit qu'ils le donneroient
ſur le champ. Elle ſe promettoit de bien travaiſ
'ler; mais Belton l'inſtruit que dans ces climats
on épargne ces ſortes de travaux à ſon ſéxe. Elle
apprend avec joie que l'uſage les permet aux
hommes; & s'approchant de Belton avec tranſ
Port.
» Quoi donc ?
Belton eſt
».... Belton , embraſſe-moi.
B E L T O N.
, B E L T I.
· » Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , ſans
s'expoſer l'un & l'autre au mépris. Mylford
vient trouver ſon ami Belton, pour lui appren
dre qu'il a vu Arabelle, la jeune Belti lui demane
de d'abord.
-
-
-
» Aimes-tu Belton ?
M Y L F O R D
B E L T I.
» Qu'il n'a point d'or ....
2 ) Oui,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
-
» Bon , il vient de me dire
Belton eſt humilié de cet aveu ingénu. Myl
ford fait a ſon ami dest reproches généreux. Belti,
• Mais il t'offret ſon or, que ne le reçois-tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à M Y L F O R D. ,
» Nous ne prendrons pas tou'.-
Belton veut inſtruire la jeune Sauvage & Iui
' faire comprendre que ſon amie ne pourroit don
ner de ſon or ſans ſe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié, ſou
vent on s'en rend indigne & qu'on s'expoſe au
dédain. Betti ne peut entendre tout cela. Une au
tre circonſtance vient encore l'étonner. Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne con
çoit pas que ſon ami Belton puiſſe avoir des ſe
crets qu'elle doive ignorer; cependant ſur un ſi
gne de Belton elle ſe retire, mais en marquant
du dépit. Pendant ſon abſence, Mylſord informe
Belton qu'Arabelle conſent à l'hymen projetté.
Belton confie à ſon ami ſon amour pour Betti,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
· Mylford cherche en vain à calmer ſes remords
par l'idée du bien qu'il peut procurer à Betti
par ce mariage ; la préſence de celle-ci, '
t ren
tre, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques ſe
crets à lui cacher. Mylford apperçoit ſon oncle
Mowbrai, Betti gémit de ce que dans ce Pays,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
-
-
· » Ne faut-il pas (dit-elle à Belton ) ſortir encor
» pour celui-là ?}
» Moi, j'aime ce Vieillard, je reſte. .
Mowbrai apporte à Belton'la nouvelle de l'a-
veu de ſa fille, & que le Contrat eſt tout prêt,
Betti eſt ſi ingénue qu'elle en remercie le Vieil
ard , ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
J
-
-
J U I N. 1764.
183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
- veut faire à ſon Amant. Elle eſt quelque temps
à entendre parler de ce mariage ſans le ſoup--
çonner : mais dès que Mowbrai , répondant à
ſes queſtions , lui dit poſitivement , que dès ce
ce même jour ſa fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreſſante victime de la tendreſſe
donne l'eſſor à ſes reproches & à ſa douleur. Elle
eſt effrayée de voir trahir l'amour le plus ten
dre. Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
puniſſent les crimes, elle les invoque. Le bon
Quakre eſt étonné, attendri, il offre ſon appui,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
ſervir. Elle en eſt indignée ; avec quelle douleur
elle regrette ſon climat naturel. Elle demande
avec l'éloquence du cœur, quel eſt donc le gage,
l'appui de la fidélité?
Mo W B R A I répond.
» Des témoins ſûrs garans de l'honneur,
B E T T I , vivement.
» Oh ! j'èn ai. ...
M O W B R A I.
Quels ſont-ils ?
B E T T I.
»e Moi, le Ciel , & ſon cœur.
· M o W B R A I.
» Si par une promeſſe auguſte & ſolemnelle...
B E T T I.
» Il ma pr omis cent fois l'amour le plus fidéle'
M O W B R. A l,
» A t-il par un écrit ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
-
( à Belton.)
B E T T I.
» O Ciel ! quai-je entendu ?
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'oſes-tu ?
• Un écrit ! Oui, j'en ai . ... les horreurs du
» naufrage,
» Mes ſoins dans un climat que tu nommes
» ſauvage,
» Les dangers que pour toij'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puiſqu'ils ſont : mécon
>» nus,
» Dans le fond des forêts, Barbare, viens les lire ?
» Partout à chaque pas l'amour ſçut les écrire,
» Du ſommet des rochers, dans - nos antres dé
- » ſerts ,
» ſur le bord du rivage & ſur le bord des mers,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta vie,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien-tôt
>> 1'2V16ºs
» Mes travaux, mes périls t'ont ſauvé chaque
» jour,
» Entre mon Père & lui , partageant mon
3or3IIlOUlI • • • •
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
» dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
» paupiere.
» Nous dire : mes enfans, aimez-vous à jamais,
-
J U I N. 1764.
185
» Je t'entends lui repondre ! ouije te le promets...°
\
(ſe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris . .. .
tombe de ſon Père. & finit ainſi :
» Toi, cruel, vis ici parmi des malheureux ;
-
Belion à part, s'attendrit juſquaux larmes , le
Quakre lui dit de la trahir ſerois-tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
ſon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie. Elle
lui demande au moins de la renvoyer ſur la
,
| >> Ils te reſſemblent tous s'ils te ſouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom,qu'elle a reçu de lui, donne lieu a de nou
veaux reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
ſeconde les efforts de Betti ſur le cœur de fon
amant. Il n'y reſiſte plus, il tombe à ſes genoux ;
il eſt bientôt pardonné. Le Quakre, touché de ce
ſpectacle, invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne ſe ſéparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eſt cet homme
là : Le Notaire a dreſſé un Contrat pour le ma
riage d'Arabelle
avec
Belton ; Mowbrai fait
effacer le nom de ſa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut aſſigner une
dot a la future.
» Allons , mets : ſes vertus.
» Ses vertus.
-
- -
M O W B R A I , au Notaire.
-
L E N O T A I R E, laiſſant tomberla plume.
» Bon : tu railles , je croise
M O W B R A I
répéte.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
» Allons donc, tu te mocques de mol
» Qui jamais auroit-vu? ....
M O W B R A l, avec impatience,
» Mets ſes vertus te dis-je ?
L E N O T A I R E.
» Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
» N'ajoute-t-on plus rien ?
M O W B R A I.
» Eſt-il rien audeſſus ? . .. •
» Ajoute ſi tu veux, cinquante mille écus.
L E N O T A I R E,
« Cinquante mille écus, ſi tu veux : l'acceſſoire
» Vaut bien le principal, autant queje puis croire.
B E L T o N à B E T T I.
» Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
-
» ſes bras.. ..
B E T T I.
» Ah ſurtout, bon vieillard, ne nous mépriſe $º
• pas,
M O W B R A I,-
» Que dit-elle ? ....
B. E T T I,
Ah !je ſçais que chez vous on mépriſe
· Quiconque en recevant des dons. ...
M O W7 B R A I,
.Autre ſotiſe 3
-
|
A-
»
:
.
J U I N. 1764.
Ou prend-elle cela ? Seroit-ce toi, Belton,
Qui peux la prévenir de cette illuſion ?
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut-il dire ?
B E L T O N.
Cr1re :
187
» De rougr des bienfaits ton âme a la foibleſſe.
» Puiſqu'avec le malheur tu confonds la baſſeſſe,
» Je dois te raſſurer , je ne te donne rien ;
» La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de ſigner, ne ſçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton,
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de ſouſ
vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit ſçu charmer.
B E T T I,
Quoi! ſans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
-
-
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
D'ailleurs que feriez-vous de ...
B E T T I,
|
II n'eſt pas néceſſaire..
Cet écrit doit toujours reſter chez le Notaire.
Le Notaire.
Ce que j'en ferois ?
S'il ceſſoit de m'aimer je le lui montrerois.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en ſe chargeant dt -
faire tout approuver au père de Belton. Betti ſelon
lui en eſt l'excuſe : il eſt aſſuré qu'en revoyant ſon
fils il oubliera tout, & que le conſoler c'eſt ſe
juſtifier.
N.B. Cette Piéce ſe trouve à Paris chez CAIzzEAv,
Libraire, rue S. Jacques, à S. André. Le prix eſt
de vingt-quatre ſols.
INDIENNE, Comédie en un
Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT,
représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI, Mlle Doligny.
BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker,
MYLFORD ,
LE NOTAIRE,
quitté ſon Père
de lAmérique Septentrionale.
M. Préville.
M. Dubois.
M. Dauberval.
La Scène eſt à charleſtown , Colonie Angloiſe
BELTON eſt un jeune homme que le deſir
imprudent de voyager avoit entraîné. Il avoit
établi a Boſton , pour s'em
barquer. Le vaiſſeau ſur lequel il étoit,
avoit
fait naufrage , il avoit été porté ſur les bords
-
-
|
| J U I N. 1764.
177
d'une Iſle ſauvage où il étoit prêt à périr. Un
ºVieillard & ſa fille étoient accourus, lui avoient
donné du ſecours ; l'un & l'autre, non contens
de lui avoir ſauvé la vie par leurs ſoins, l'a-
voient nourri de leur chaſſe , & pourvu à tous
ſes beſoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme, le Vieillard, Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort. L'ennui d'une fi longue re
traite, l'inquiétude de l'avenir , le ſouvenir de
ſon Père, l'eſpoir même d'être utile à ſon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits, tous ces motifs avoient déterminé Bel--
ton à tenter de franchir les mers. Il avoit enga
gé ſa jeune Compagne à partager les riſques de
cet imprudent projet. Après bien des dangers, .
dans le plus preſſant de tous , ils furent rencon
trés par un Vaiſſeau qui les reçut à bord & leut
ſauva la vie. Ce Vaiſſeau appartenoit à Mylford
& à ſon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charleſlown où il y a trois jours qu'ils
ſont arrivés , lorique l'aétion du Drame com
IIlence.
.
Mylford, ancien ami de Belton, enchanté de
ſon retour , en ſe félicitant lui-même de cet heu--
reux événement, lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé, & lui en demande la
cauſe. Belton, après avoir raconté à ſon ami ce
· qu'on vient de lire, attribue ſa triſteſſe aux re
mords d'avoir offenſé ſon Père, d'avoir rempli
ſa vieilleſſe d'amertume ; il ne pourra ſoutenir
ſa vue , cette idée l'accable. Mylfort le raſſure
contre ſes craintes par la force de l'amitié, &
même par celle de l'amour. Il retrace à ſa mé
moire que la jeune Arabelle lui avoit été promi
ſe autrefois , qu'il paroiſloit l'aimer
Belton con
§ ne peut voir Arabelle ſans éprouver
H V .
178 MERCURE DE FRANCE.
ce ſentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une ſuite de l'amitié du Père
de cette jeune perſonne avec le ſien. Il craint que
ſa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eſt l'oncle de Mylford. Celui
ci le peint à ſon ami d'un caractère ſans fa
çon, d'une vertu ſévère, retranchant les com
plimens, en un mot tels que ſont les Quakres.Il
ui conſeille de le voir, & lui répond prèſque de
I'aveu d'Arabelle. Belton, ſeul, regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à ſes forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſé
dant ſon coeur.
Il fait des réfléxions ſur la
Pauvreté, & particulérement ſur le mépris qui
la ſuit.
L'intérêt même de la
tendre Betti
ſemble lui faire une néceſſité de lui manquer de
foi en épouſant Arabelle. Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les mœurs &
les uſages de l'Europe. Mowbrai, l'oncle de Myl
ford, arrive. Les premiers complimens produi
ſent une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le ſalue, qu'il n'ait pas ſon chapeau ſur
la tête ainfi que lui, & qu'il l'appelle Monſieur,
il n'eſt pas deux perſonnes, dit-il, ainſi il veut
qu'on lui parle en ſingulier, & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à ſe
prêter à la ſimplicité des Quakres. Il lui expoſe
ſes craintes ſur les ſentimens d'un Père dont il
s'accuſe d'avoir peut-être épuiſé
la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre.
»Tu ne ſçais ce que c'eſt que l'âme paternelle,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
» aîle,
J
·
J U I N. 1764.
'
179
ss On n'examine plus s'il eſt coupable ou non ;
» Et l'aveu de l'erreur eſt l'inſtant du pardon. .
· Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de miſére , & d'en être humilié. Cet honnête
Quakre a pprend , à Betton , la cauſe de l'intérêt
qu'il prend a lui & des motifs d'union qui l'enga
gent avec ſon Père. Deux de fés vaiſſeaux avoient
péri preſque au Pont. Un créancier inquiet alloit
·le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
· lorſqu'il reçut un billet par lequel on lui deman
· doit en grace d'accepter cinquântè mille écus
pour faire face à ſes arrangemens, en ajoutant
que ſi la fortune un jour lui devenoit plus favora
ble on les reclameroit , mais qu'en attenfant, ce
même billet étoit la quittance de cette ſomme.
Un trait de bienfaiſance & de généroſité ſi ſingu
lier étoit du Père de Belton ; âinſi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de ſa fille. Belton eſt embarrafſé , il convient
que cet hymen eſt le ſeul moyen dè le remettre en
grâce avec ſon Père, Le Quakre, en finiſſant la
Scène a occaſion de lui faire encore la guerre,
ſur ſes habitudes de civilité. Il ſe plaint qce de
puis trois jouis qu'il vit dans la famille il ne ſe ſoit
pas formé & qu'il ſoit encore Po1 1. Mowbrai
s'informe qu'elle eſt cette jeune lndienne qui
accompagne Bclton, celui ci lui expoſe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui; Mowbrai com
mence par la à s'intéreſſer pour Betti. Cette
fille tendre & ingénue cherche ſon ami Belton,
elle ſuccède au bon Quakfe, ſur la Scène. Elle
ſe plaint de ce que tout le monde l'environne ſans
ceſſe , & dés queſtions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La triſteſſe qu'elle reproche à Bel
ton , donne lieu à celui-ci de commencer à l'inſ
H vj
18o MERCURE DE FRANCE.
truire des mœurs & des uſages des nations qu'on
appelle policées. Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richeſſe & de la pauvreté. Elle
eſt fort étonnée que ce ſoit la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une, & ſa privation qui ſoit l'in
digence Elle ſe raſſure en imaginant que puiſ
que l'or eſt néceſſaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas, ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront , &
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton, cherche à lui faire compren
dre que l'on ne veut dans la ſociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort raiſonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eſt utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eſt à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
ſe procure le nécéſſaire, elle ne peut revenir de
la ſurpriſe qui lui cauſe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eſt, dit Belton, de manquer
des choſes d'agrément Elle veut ſçavoir comment
on fair pour avoir de l'or.
B E L T o N.
» L'un le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop ſouvent il devient le ſalaire:
» Mais la vertu par fois a produit. , , .
B E T T I.
» Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans ſes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or ſervent ceux
qui ſe poſſédent Ce qui l'indigne & l'étonne Plus
que tout le reſte, c'eſt qu'on laiſſe cet or en
tre les mains des méchans, à cauſe de l'uſage
|
-
-
-
·
A
-
J U I N. 1764.
18r
pernicieux qu'ils peuvent en faire. Elle revient à
l'idée d'utilité à la ſociété , elle demande ſi la
terre eſt fertile dans ce Pays. En ce cas, ce que les
habitans auroient de trop ,
il n'y auroit qu'à le
leur demander, elle croit qu'ils le donneroient
ſur le champ. Elle ſe promettoit de bien travaiſ
'ler; mais Belton l'inſtruit que dans ces climats
on épargne ces ſortes de travaux à ſon ſéxe. Elle
apprend avec joie que l'uſage les permet aux
hommes; & s'approchant de Belton avec tranſ
Port.
» Quoi donc ?
Belton eſt
».... Belton , embraſſe-moi.
B E L T O N.
, B E L T I.
· » Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , ſans
s'expoſer l'un & l'autre au mépris. Mylford
vient trouver ſon ami Belton, pour lui appren
dre qu'il a vu Arabelle, la jeune Belti lui demane
de d'abord.
-
-
-
» Aimes-tu Belton ?
M Y L F O R D
B E L T I.
» Qu'il n'a point d'or ....
2 ) Oui,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
-
» Bon , il vient de me dire
Belton eſt humilié de cet aveu ingénu. Myl
ford fait a ſon ami dest reproches généreux. Belti,
• Mais il t'offret ſon or, que ne le reçois-tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à M Y L F O R D. ,
» Nous ne prendrons pas tou'.-
Belton veut inſtruire la jeune Sauvage & Iui
' faire comprendre que ſon amie ne pourroit don
ner de ſon or ſans ſe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié, ſou
vent on s'en rend indigne & qu'on s'expoſe au
dédain. Betti ne peut entendre tout cela. Une au
tre circonſtance vient encore l'étonner. Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne con
çoit pas que ſon ami Belton puiſſe avoir des ſe
crets qu'elle doive ignorer; cependant ſur un ſi
gne de Belton elle ſe retire, mais en marquant
du dépit. Pendant ſon abſence, Mylſord informe
Belton qu'Arabelle conſent à l'hymen projetté.
Belton confie à ſon ami ſon amour pour Betti,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
· Mylford cherche en vain à calmer ſes remords
par l'idée du bien qu'il peut procurer à Betti
par ce mariage ; la préſence de celle-ci, '
t ren
tre, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques ſe
crets à lui cacher. Mylford apperçoit ſon oncle
Mowbrai, Betti gémit de ce que dans ce Pays,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
-
-
· » Ne faut-il pas (dit-elle à Belton ) ſortir encor
» pour celui-là ?}
» Moi, j'aime ce Vieillard, je reſte. .
Mowbrai apporte à Belton'la nouvelle de l'a-
veu de ſa fille, & que le Contrat eſt tout prêt,
Betti eſt ſi ingénue qu'elle en remercie le Vieil
ard , ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
J
-
-
J U I N. 1764.
183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
- veut faire à ſon Amant. Elle eſt quelque temps
à entendre parler de ce mariage ſans le ſoup--
çonner : mais dès que Mowbrai , répondant à
ſes queſtions , lui dit poſitivement , que dès ce
ce même jour ſa fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreſſante victime de la tendreſſe
donne l'eſſor à ſes reproches & à ſa douleur. Elle
eſt effrayée de voir trahir l'amour le plus ten
dre. Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
puniſſent les crimes, elle les invoque. Le bon
Quakre eſt étonné, attendri, il offre ſon appui,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
ſervir. Elle en eſt indignée ; avec quelle douleur
elle regrette ſon climat naturel. Elle demande
avec l'éloquence du cœur, quel eſt donc le gage,
l'appui de la fidélité?
Mo W B R A I répond.
» Des témoins ſûrs garans de l'honneur,
B E T T I , vivement.
» Oh ! j'èn ai. ...
M O W B R A I.
Quels ſont-ils ?
B E T T I.
»e Moi, le Ciel , & ſon cœur.
· M o W B R A I.
» Si par une promeſſe auguſte & ſolemnelle...
B E T T I.
» Il ma pr omis cent fois l'amour le plus fidéle'
M O W B R. A l,
» A t-il par un écrit ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
-
( à Belton.)
B E T T I.
» O Ciel ! quai-je entendu ?
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'oſes-tu ?
• Un écrit ! Oui, j'en ai . ... les horreurs du
» naufrage,
» Mes ſoins dans un climat que tu nommes
» ſauvage,
» Les dangers que pour toij'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puiſqu'ils ſont : mécon
>» nus,
» Dans le fond des forêts, Barbare, viens les lire ?
» Partout à chaque pas l'amour ſçut les écrire,
» Du ſommet des rochers, dans - nos antres dé
- » ſerts ,
» ſur le bord du rivage & ſur le bord des mers,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta vie,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien-tôt
>> 1'2V16ºs
» Mes travaux, mes périls t'ont ſauvé chaque
» jour,
» Entre mon Père & lui , partageant mon
3or3IIlOUlI • • • •
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
» dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
» paupiere.
» Nous dire : mes enfans, aimez-vous à jamais,
-
J U I N. 1764.
185
» Je t'entends lui repondre ! ouije te le promets...°
\
(ſe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris . .. .
tombe de ſon Père. & finit ainſi :
» Toi, cruel, vis ici parmi des malheureux ;
-
Belion à part, s'attendrit juſquaux larmes , le
Quakre lui dit de la trahir ſerois-tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
ſon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie. Elle
lui demande au moins de la renvoyer ſur la
,
| >> Ils te reſſemblent tous s'ils te ſouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom,qu'elle a reçu de lui, donne lieu a de nou
veaux reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
ſeconde les efforts de Betti ſur le cœur de fon
amant. Il n'y reſiſte plus, il tombe à ſes genoux ;
il eſt bientôt pardonné. Le Quakre, touché de ce
ſpectacle, invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne ſe ſéparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eſt cet homme
là : Le Notaire a dreſſé un Contrat pour le ma
riage d'Arabelle
avec
Belton ; Mowbrai fait
effacer le nom de ſa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut aſſigner une
dot a la future.
» Allons , mets : ſes vertus.
» Ses vertus.
-
- -
M O W B R A I , au Notaire.
-
L E N O T A I R E, laiſſant tomberla plume.
» Bon : tu railles , je croise
M O W B R A I
répéte.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
» Allons donc, tu te mocques de mol
» Qui jamais auroit-vu? ....
M O W B R A l, avec impatience,
» Mets ſes vertus te dis-je ?
L E N O T A I R E.
» Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
» N'ajoute-t-on plus rien ?
M O W B R A I.
» Eſt-il rien audeſſus ? . .. •
» Ajoute ſi tu veux, cinquante mille écus.
L E N O T A I R E,
« Cinquante mille écus, ſi tu veux : l'acceſſoire
» Vaut bien le principal, autant queje puis croire.
B E L T o N à B E T T I.
» Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
-
» ſes bras.. ..
B E T T I.
» Ah ſurtout, bon vieillard, ne nous mépriſe $º
• pas,
M O W B R A I,-
» Que dit-elle ? ....
B. E T T I,
Ah !je ſçais que chez vous on mépriſe
· Quiconque en recevant des dons. ...
M O W7 B R A I,
.Autre ſotiſe 3
-
|
A-
»
:
.
J U I N. 1764.
Ou prend-elle cela ? Seroit-ce toi, Belton,
Qui peux la prévenir de cette illuſion ?
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut-il dire ?
B E L T O N.
Cr1re :
187
» De rougr des bienfaits ton âme a la foibleſſe.
» Puiſqu'avec le malheur tu confonds la baſſeſſe,
» Je dois te raſſurer , je ne te donne rien ;
» La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de ſigner, ne ſçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton,
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de ſouſ
vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit ſçu charmer.
B E T T I,
Quoi! ſans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
-
-
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
D'ailleurs que feriez-vous de ...
B E T T I,
|
II n'eſt pas néceſſaire..
Cet écrit doit toujours reſter chez le Notaire.
Le Notaire.
Ce que j'en ferois ?
S'il ceſſoit de m'aimer je le lui montrerois.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en ſe chargeant dt -
faire tout approuver au père de Belton. Betti ſelon
lui en eſt l'excuſe : il eſt aſſuré qu'en revoyant ſon
fils il oubliera tout, & que le conſoler c'eſt ſe
juſtifier.
N.B. Cette Piéce ſe trouve à Paris chez CAIzzEAv,
Libraire, rue S. Jacques, à S. André. Le prix eſt
de vingt-quatre ſols.
Fermer
3
p. 193
« N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...] »
Début :
N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...] »
N. B. On donnera dans les Mercures du mois
prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi
que l'on a fait l'année dernière. En attendant,
nous informerons nos Lecteurs que Mlles DoLI
GNI & LUzz1 , ci-devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Ro1 , ainſi que
M. BoURET.
prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi
que l'on a fait l'année dernière. En attendant,
nous informerons nos Lecteurs que Mlles DoLI
GNI & LUzz1 , ci-devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Ro1 , ainſi que
M. BoURET.
Fermer
4
p. 193-195
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
IL n'y a point eu de Nouveautés sur ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
IL n'y a point eu de Nouveautés sur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique,
ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GoLDoNI a donné Camille
Aubergiſte & la Dupe vengée. Cette der
nière Piéce a été interrompue après la
2°. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HEssE , ancien Ac
teur dont les talens multipliés & variès
ont été ſi longtemps & ſont encore très
utiles à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il * ºººº
^
\
194 MERCURE DE FRANCE.
être remplacé. On a lieu
d'eſpérer
ue ſon rétabliſſement, auquel le Pu
blic ſera ſenſible , rendra aux Ama
teurs de la bonne Comédie Italienne ,
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand ſuccès cet hyver, a obtenu
le déſiſtement d'uneCour étrangère,pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiſſemens dans les
rôles de Jenni, de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAvART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a afſez
- pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeu
neſſe trop marquée. Elle garde ceux
d'Amoureuſes de caractère en chef,
dans la Comédie proprement dite, &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes gen
res de Piéces , alternativement avec
Mlles BoGN oLI , DESGLANDS &
BERARD. On ne doute pas que le Pu
blic, qui ſait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Mlle FAVART dans ce nou
vel emploi , les ſuffrages dont il l'ho
nore conſtamment depuis qu'elle eſt au
Théâtre. Cette Actriçe a joué ayec beau
-
J U I N. 1764.
195
coup d'applaudiſſemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager ſon
mari, Auteur de tant de jolis †
ges , à donner encore de nouvelles pro
ductions d'un talent qui a preſque tou
jours été couronné par les ſuccès les
plus flatteurs.
M. RocHARD , Acteur de ce Théâ
tre depuis plus de vingt ans, en poſſeſ
ſion des premiers rôles, & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainſi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant, a demandé & ob
tenu ſa retraite. C'eſt une perte pour
un très-grand nombre d'Amateurs éclai
rés de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'em
êche pas cependant d'applaudir avec
juſtice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
IL n'y a point eu de Nouveautés sur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique,
ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GoLDoNI a donné Camille
Aubergiſte & la Dupe vengée. Cette der
nière Piéce a été interrompue après la
2°. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HEssE , ancien Ac
teur dont les talens multipliés & variès
ont été ſi longtemps & ſont encore très
utiles à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il * ºººº
^
\
194 MERCURE DE FRANCE.
être remplacé. On a lieu
d'eſpérer
ue ſon rétabliſſement, auquel le Pu
blic ſera ſenſible , rendra aux Ama
teurs de la bonne Comédie Italienne ,
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand ſuccès cet hyver, a obtenu
le déſiſtement d'uneCour étrangère,pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiſſemens dans les
rôles de Jenni, de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAvART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a afſez
- pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeu
neſſe trop marquée. Elle garde ceux
d'Amoureuſes de caractère en chef,
dans la Comédie proprement dite, &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes gen
res de Piéces , alternativement avec
Mlles BoGN oLI , DESGLANDS &
BERARD. On ne doute pas que le Pu
blic, qui ſait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Mlle FAVART dans ce nou
vel emploi , les ſuffrages dont il l'ho
nore conſtamment depuis qu'elle eſt au
Théâtre. Cette Actriçe a joué ayec beau
-
J U I N. 1764.
195
coup d'applaudiſſemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager ſon
mari, Auteur de tant de jolis †
ges , à donner encore de nouvelles pro
ductions d'un talent qui a preſque tou
jours été couronné par les ſuccès les
plus flatteurs.
M. RocHARD , Acteur de ce Théâ
tre depuis plus de vingt ans, en poſſeſ
ſion des premiers rôles, & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainſi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant, a demandé & ob
tenu ſa retraite. C'eſt une perte pour
un très-grand nombre d'Amateurs éclai
rés de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'em
êche pas cependant d'applaudir avec
juſtice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
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