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1
p. 173-175
OPERA.
Début :
ON a continué Castor & Pollux, avec tout le succès que mériteront toujours [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
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2
p. 175-187
COMEDIE FRANÇOISE. EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie de M. LE MIERRE, représentée pour la première fois, le Lundi 13 Février 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart. IDAMANTE, Fils [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie de M. LE MIERRE, représentée pour la première fois, le Lundi 13 Février 1764.
COMEDIE FRANÇOISE.
EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie
de M. LE MIERRE, représentée
pour la première fois, le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart.
IDAMANTE, Fils du Roi .
Femme d'IDAMANTE..
SOPHRONIME.
M. Le Kain.
ERIGONE , Filled'un Roi de Samos ,
Mlle Clairon .
M. Dubois.
Hiv
7
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDAMANTE .
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES.
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville
La Scène est à CYDON , Capitale de la Crete.
Le Théâtre repréſente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce,
qui allerentfaire le ſiége de Troye. A fon retour
il efluye une tempête terrible , & fait vœu , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perſonne qui s'offrira à ſa vue en abordant dans
fon Ifle. Neptune exauce ſon voœu; les flots ſe
calment, la mer eſt tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans ſa Capitale.C'eſt le moment
où la Piéce commence.
АСТЕ PREMIER.
:
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or-
donné au Grand Prêtre d'implorer les Dieux pour
la conſervationde la Flotte d'Idoménée , lui com-
mande de faire un nouveau ſacrifice , qui pro-
cure à ſon père un prompt & heureux retour. Il
ne quitte point le rivagede la mer , dans l'eſpé-
rance de le voir bientôt arriver ; & là il s'entre-
tient avec ſon Confident de ſon amour pour ſon
père , de ſon impatience à le revoir ,de ſa crainte
de leperdre. Dans ce moment paroît Erigone ,
épouſed'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764.
177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage; on le fait venir ; on l'in-
terroge ; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenſité des mers ,
Qu'àtravers les écueils & qu'au jour des éclairs.
DesCyclades encor les roches menaçantes
Eralent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le ſeul vaiſleau duRoi ſur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt confervé par lesDieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete:
Mais non loinde cette fle & près dece rocher ,
D'où le frontde l'Ila ſe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallument les tempêtes ;
LeCiel étincelant s'entr'ouvre ſur nos têtes ;
Le vaiſſeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux,nous roulons ſous
les flots.
Aces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit, la mort
vole ;
Plus de ſalut ; pouffé ſur lesécueils , hélas !
Notre vaiſſeau s'entr'ouvre & ſe briſe en éclats.
Dans la nuit ,dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux ſuivre le Roi , la vague nous ſépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu ſans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à cerécit, fait éclater ſa douleur par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
une invective véhémente contre Héléne , dont lès
amours ont cauſé tant de maux à la Gréce. Ida-
mante plus occupé de ſon père que d'Hélène, croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempê-
te , il l'auroit ſauvé du naufrage. Il va pour éle-
ver untombeau à ſa mémoire , lorſque Naufs-
crate , ſon Confident , lui apprend qu'on a vude
loin un homme qui s'avançoit lentement ſur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'eſpoirdans
le cœur du jeune Prince , qui court du côté qu'on,
vient de lui indiquer.
:
ACTE ΙΙ.
Idomenée ſeul ſur le bordde la mer , déplore
le malheur de ſa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de ſon Fils quelque adouciſſe-
ment à ſa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoiſonne fon eſpérance. Il fe
rappelle ſon funeſte ſerment.
Neptune , as-tu reçu ma promeſſe inhumaine ?
Ce Vœu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
-Ah ! quandje t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma priéřeindiſcrette ,
J'eſpérois épargner ſur les mers en fureur ,
La mort derous les miens , ce ſpectacle à mon
cœur ;
Etpar humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même.
AVRIL. 1764.
179
Peuple heureux ſous mon fils , unde vous ſur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
En neme laiſſantpas difcerner ma victime.
Hélas! ſur ce rivage , où j'appelle le deuil
,
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'œil ,
Ciel .... un infortuné s'avance ſur la rive..
C'eſt ſon Fils; il le reconnoîtdans le moment
où, pour accomplir ſon vœu , il eſt prêt à le poi-
gnarder. Il jette ſon poignard &détourne la vuë..
Un accueil ſi triſte ,après dix ans d'abfence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preſſe le Roi
de lui découvrir le ſujet de ſa douleur ; mais c
père infortuné , que ſon malheur accable , fe.
ſouſtrait aux queſtions & aux embraſſemens de
fon fils. En fe retirant il eſt apperçu par Erigo-
ne ; & il ſe dérobe également àla vue. Elle vient
avec précipitation en témoigner ſon étonnement
au Prince ſon époux. Ils font inſtruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vœu
indiſcret d'Idoménée eſt ce qui caule lon déſeſpoir.
Sophronime ignore , ainſi qu'Erigone , qu'Idamante
eſt le premier qui s'eſt offert à la vueduRoi; le
jeune Prince apprenant ce funeſte ſerment , ne
doute point qu'il ne ſoit la victime deſtinée à a
mort ; il cache ſon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiſſer paroître aux yeux de ſon épaule..
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménée:
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
d'accomplirle vœu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut ſauver la vie a ton fils ; mais il veut ſe l'o-
ter à lui-même. Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eſt dans ces circonstances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eſt la victime , dit à Ido-
ménée :
1
Crete,
Je gémis de venir , malgré ce déſaveu ,
د
Preffer ſur l'Inconnu l'effet de votre vœu.
1
Seigneur , née à Samos, loin des mœurs de la
Loind'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
On ſçaitvotre ferment ainſi que vos allarmes;
CePeuple entier s'étonne & ſe plaint de vos lar-
mes;
Il s'aſſemble ; il murmure ; il demande à grands
٢٠
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de ſang qu'a jamais je déreſte ,
Et que n'a pû dicter la justice céleste ;
Mais hélas ! établie à la honte des Dieux
Chez cePeuple barbare & fuperftitieux.
Celuidont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plusgrands maux, lui-même la re-
clame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi,
Pour écarter de vous un péril ſi funeſte.
T
1,
Vous remplilfez l'Etat de féſordre &d'effroi.
Abandonnez un ſeul pour fatisfaire au reſte ,
AVRIL. 1764.
Puiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
IDOMENÉE.
Ciel! quedemandez-vous , ma fille ?
ERIGONE .
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
181
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie.
Il coûte à votre cœur de livrer a la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le ſort.
Mais tout mefait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportementdu Peuple, un fanatiſine antique.
Prévenez ſa fureur , Seigneur , pour vos Etats
Erigone ....
Seigneur!
Ah ! vous ne sçavez pas ,
ERIGONE,
IDOMENÉE ..
Jour fatal ! .... veu barbare ! ....
Jene ſçais oùje ſuis ....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage, & quel nouveau danger!
IDOMENÉE , ( à part. )
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
٢٠
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il ſoit , d'éclaircir cemyſtère.
IDOMENÉE .
La colèredes Dieur ... mes deſtins inouis ....
Madame ... apprenez tout , la victime eſt mon
Qui !!
fils..
ERIGONE.
IDOMENÉE..
Mon fils !
ERIGONE.
Je me meurs..
Elle s'évanouit ; le Roi & Sophronime lacon-
duiſent vers les degrésduTemple , où elle reſte
accabléede ſon déſeſpoir. Revenue à elle-même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Tem-
plepour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient ſe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de ſon fils appaiſera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même . le Peuple inſtruit du ſort du jeune
Prince qu'il adore , accourt en foule pour le
ſauver.Idoménée perſiſte àvouloir quitterlaCretes
Idamante fort pour retenir ſon Père & appai-
fer le Peuple..
ACTE IV.
Tout ſemble diſpoſé pour le départ du Roi de
Crete, lorſque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
queles Dieuxdemandent le fang qu'il a promis..
S'il le refuſe, il lui prédit les plus grands mal
heurs. Voyez , lui dit-il ,
AVRIL. 1764.
183
Voyez ſur ces climats les vents ſouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles,
Tomber autour devous, ſous descorps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant juſqu'à vous leurs lamentables cris.
Aux funébres accensde tant de voix plaintives ,
Auxphantômes errans qui couvriront ces rives,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainſi vous ſubirez tous les malheurs unis ;..
Vous perdrez vos Sujets ſans ſauver votre fils.
IDOMENÉE .
LE GRAND - PRETRE.
1
Dans ce preſſant danger hâtez-vous de réſoudre.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre..
Je ſuisPère.
Oui , Seigneur , & c'eſt de vos Sujets.
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts
Vous preſcrit avant tour l'amour de la patrie.
Veillez ſur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt ledevoir des Rois , c'eſt la loi de leur rang
LeCiel n'a pointborné leur famille à leur ſang.
Leurpeuple eſt la première; & votre âme in
quiète
Sedoit dans ces momens toute entiére à laCrete
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
Enoſantdiſputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deſtin moins févère
N'eûtmis, au lieu d'un Fils, qu'une tête étrangere,
Votre cœur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers leCiels'acquittoit aiſément.
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière
Dansledeuil& les pleurs une famille entiére.
Le fort tombe ſur vous ; vous ſouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verſiez d'amertume & laiſſiez de malheurs ;
C'eſt ainſi qu'appaiſant l'éternellejustice,
Il fautque votrevœu devienne un ſacrifice.
Gemiſſez; mais cédez. Le doute où je vous vois
Expoſevotre fils & la Crete à la fois.
CesparolesduGrand-Prêtre replongent Idomé-
née dansſon premier déſeſpoir. En vain Erigone
entreprend de perfuader a ce Prince que l'ac-
compliffement d'un ferment comme le fien ,
eltpluscapabled'irriter , que d'appaiſer la Divini-
té. Elle tâchede le combattre par des raiſons& par
des exemples. Maisle Ciel ſemble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete, ſe dévoue àla mort: ni les
prières de ſes amis , ni les vœur de ſon Père ,
ni les larmes de ſon épouſe ne lui feront changer
*deréfolution.
1
AVRIL. 1764.
185
Auteurdes maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un Peuple entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , ſi ſa reconnoiſſance
Contre mon Père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce ſuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple, & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà lefeulhonneur dont ton âme eſt jalouſe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureuſe
épouſe i
IDAMANTE .
Et jemeurs pour toi-même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapperdevant moi.
ERIGON E.
:
En périrai-je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en ſçaurois douter : ma mort ſuivra la
tienne.
Va , la contagion aveugle dans ſon cours ,
Lehazard en ces lieux peut épargner mes jours ,
Mais que fera lecoup oùta fureur s'obſtine ,
Qu'aſſurer à la fois & hâter ma ruine ?
Etqu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le déſeſpoir qui meplonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE.
bras de ſon épouſe pour courir à la mort , les
Portes du Temple s'ouvrent ,& le Grand-Prêtre
paroît ſuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGONE.
Arrête ,dés Autels implacable Miniſtre ;
Tyran , qui veux ſoumettre àd'homicides loix
Les jours de l'innocence & le ſang de tes Rois.
Eh ! quel vœu faut-il done qu'Idamante accom-
pliffe?
Quel Dieu préſide au meurtre ,&preſcrit l'in-
juſtice?
(Mettant lamain furl'Autel. )
Voici ,voici l'Autel oùlesvœux les plusſaints
M'engagerent à lui... devant eux.. dans vos
mains !
Etvotre fanatiſme aveuglément préfére
Ades ſermens ſacrés un ferment ſanguinaire...
Ah ! s'ilfaut aujourd'hui violer l'un desdeux ,
Doit-ce être , répondez , le ſerment vertueux ?
Etdans les préjugés dont l'erreurvous domine ,
Unvœu n'est-il ſacré, que lorſqu'ilaffaffine ?
J'embraſſe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels ,touteſanglante il faut m'en arracher..
Idoménée arrive duTemple avec précipitation
pour ſauver ſon fils de la mort& s'immoler lui-
même. Mais Idamante le prévient ; & voyant ſon
père prêt à ſe ſacrifier , il ſe frappe d'un poi-
gnard. Letonnerre gronde; Erigone tombe éva
nouie au pieddel'Autel ; Idoménée veut. ſe frape
AVRIL. 1764.
187
per de l'épéede Sophronime ;celui-ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Ido-
ménée.
Ehbien,Dieu de la Crete ,
Mon fermenteſt rempli ,votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois ,je vous rends votre foi.
Non ,je n'aiplusde fils; vous n'avez plus de Roi
Jequitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Jefuisune ſanglante image.
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemiss
Je vais pleurer ailleurs mon ferment &mon fils.
CetteTragédie ſe trouve imprimée chez Du-
chefne , rue S. Jacques, au Temple duGoût ,au-
deſſusde la rue des Mathurins..
EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie
de M. LE MIERRE, représentée
pour la première fois, le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart.
IDAMANTE, Fils du Roi .
Femme d'IDAMANTE..
SOPHRONIME.
M. Le Kain.
ERIGONE , Filled'un Roi de Samos ,
Mlle Clairon .
M. Dubois.
Hiv
7
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDAMANTE .
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES.
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville
La Scène est à CYDON , Capitale de la Crete.
Le Théâtre repréſente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce,
qui allerentfaire le ſiége de Troye. A fon retour
il efluye une tempête terrible , & fait vœu , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perſonne qui s'offrira à ſa vue en abordant dans
fon Ifle. Neptune exauce ſon voœu; les flots ſe
calment, la mer eſt tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans ſa Capitale.C'eſt le moment
où la Piéce commence.
АСТЕ PREMIER.
:
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or-
donné au Grand Prêtre d'implorer les Dieux pour
la conſervationde la Flotte d'Idoménée , lui com-
mande de faire un nouveau ſacrifice , qui pro-
cure à ſon père un prompt & heureux retour. Il
ne quitte point le rivagede la mer , dans l'eſpé-
rance de le voir bientôt arriver ; & là il s'entre-
tient avec ſon Confident de ſon amour pour ſon
père , de ſon impatience à le revoir ,de ſa crainte
de leperdre. Dans ce moment paroît Erigone ,
épouſed'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764.
177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage; on le fait venir ; on l'in-
terroge ; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenſité des mers ,
Qu'àtravers les écueils & qu'au jour des éclairs.
DesCyclades encor les roches menaçantes
Eralent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le ſeul vaiſleau duRoi ſur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt confervé par lesDieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete:
Mais non loinde cette fle & près dece rocher ,
D'où le frontde l'Ila ſe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallument les tempêtes ;
LeCiel étincelant s'entr'ouvre ſur nos têtes ;
Le vaiſſeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux,nous roulons ſous
les flots.
Aces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit, la mort
vole ;
Plus de ſalut ; pouffé ſur lesécueils , hélas !
Notre vaiſſeau s'entr'ouvre & ſe briſe en éclats.
Dans la nuit ,dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux ſuivre le Roi , la vague nous ſépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu ſans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à cerécit, fait éclater ſa douleur par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
une invective véhémente contre Héléne , dont lès
amours ont cauſé tant de maux à la Gréce. Ida-
mante plus occupé de ſon père que d'Hélène, croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempê-
te , il l'auroit ſauvé du naufrage. Il va pour éle-
ver untombeau à ſa mémoire , lorſque Naufs-
crate , ſon Confident , lui apprend qu'on a vude
loin un homme qui s'avançoit lentement ſur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'eſpoirdans
le cœur du jeune Prince , qui court du côté qu'on,
vient de lui indiquer.
:
ACTE ΙΙ.
Idomenée ſeul ſur le bordde la mer , déplore
le malheur de ſa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de ſon Fils quelque adouciſſe-
ment à ſa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoiſonne fon eſpérance. Il fe
rappelle ſon funeſte ſerment.
Neptune , as-tu reçu ma promeſſe inhumaine ?
Ce Vœu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
-Ah ! quandje t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma priéřeindiſcrette ,
J'eſpérois épargner ſur les mers en fureur ,
La mort derous les miens , ce ſpectacle à mon
cœur ;
Etpar humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même.
AVRIL. 1764.
179
Peuple heureux ſous mon fils , unde vous ſur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
En neme laiſſantpas difcerner ma victime.
Hélas! ſur ce rivage , où j'appelle le deuil
,
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'œil ,
Ciel .... un infortuné s'avance ſur la rive..
C'eſt ſon Fils; il le reconnoîtdans le moment
où, pour accomplir ſon vœu , il eſt prêt à le poi-
gnarder. Il jette ſon poignard &détourne la vuë..
Un accueil ſi triſte ,après dix ans d'abfence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preſſe le Roi
de lui découvrir le ſujet de ſa douleur ; mais c
père infortuné , que ſon malheur accable , fe.
ſouſtrait aux queſtions & aux embraſſemens de
fon fils. En fe retirant il eſt apperçu par Erigo-
ne ; & il ſe dérobe également àla vue. Elle vient
avec précipitation en témoigner ſon étonnement
au Prince ſon époux. Ils font inſtruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vœu
indiſcret d'Idoménée eſt ce qui caule lon déſeſpoir.
Sophronime ignore , ainſi qu'Erigone , qu'Idamante
eſt le premier qui s'eſt offert à la vueduRoi; le
jeune Prince apprenant ce funeſte ſerment , ne
doute point qu'il ne ſoit la victime deſtinée à a
mort ; il cache ſon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiſſer paroître aux yeux de ſon épaule..
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménée:
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
d'accomplirle vœu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut ſauver la vie a ton fils ; mais il veut ſe l'o-
ter à lui-même. Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eſt dans ces circonstances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eſt la victime , dit à Ido-
ménée :
1
Crete,
Je gémis de venir , malgré ce déſaveu ,
د
Preffer ſur l'Inconnu l'effet de votre vœu.
1
Seigneur , née à Samos, loin des mœurs de la
Loind'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
On ſçaitvotre ferment ainſi que vos allarmes;
CePeuple entier s'étonne & ſe plaint de vos lar-
mes;
Il s'aſſemble ; il murmure ; il demande à grands
٢٠
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de ſang qu'a jamais je déreſte ,
Et que n'a pû dicter la justice céleste ;
Mais hélas ! établie à la honte des Dieux
Chez cePeuple barbare & fuperftitieux.
Celuidont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plusgrands maux, lui-même la re-
clame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi,
Pour écarter de vous un péril ſi funeſte.
T
1,
Vous remplilfez l'Etat de féſordre &d'effroi.
Abandonnez un ſeul pour fatisfaire au reſte ,
AVRIL. 1764.
Puiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
IDOMENÉE.
Ciel! quedemandez-vous , ma fille ?
ERIGONE .
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
181
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie.
Il coûte à votre cœur de livrer a la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le ſort.
Mais tout mefait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportementdu Peuple, un fanatiſine antique.
Prévenez ſa fureur , Seigneur , pour vos Etats
Erigone ....
Seigneur!
Ah ! vous ne sçavez pas ,
ERIGONE,
IDOMENÉE ..
Jour fatal ! .... veu barbare ! ....
Jene ſçais oùje ſuis ....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage, & quel nouveau danger!
IDOMENÉE , ( à part. )
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
٢٠
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il ſoit , d'éclaircir cemyſtère.
IDOMENÉE .
La colèredes Dieur ... mes deſtins inouis ....
Madame ... apprenez tout , la victime eſt mon
Qui !!
fils..
ERIGONE.
IDOMENÉE..
Mon fils !
ERIGONE.
Je me meurs..
Elle s'évanouit ; le Roi & Sophronime lacon-
duiſent vers les degrésduTemple , où elle reſte
accabléede ſon déſeſpoir. Revenue à elle-même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Tem-
plepour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient ſe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de ſon fils appaiſera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même . le Peuple inſtruit du ſort du jeune
Prince qu'il adore , accourt en foule pour le
ſauver.Idoménée perſiſte àvouloir quitterlaCretes
Idamante fort pour retenir ſon Père & appai-
fer le Peuple..
ACTE IV.
Tout ſemble diſpoſé pour le départ du Roi de
Crete, lorſque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
queles Dieuxdemandent le fang qu'il a promis..
S'il le refuſe, il lui prédit les plus grands mal
heurs. Voyez , lui dit-il ,
AVRIL. 1764.
183
Voyez ſur ces climats les vents ſouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles,
Tomber autour devous, ſous descorps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant juſqu'à vous leurs lamentables cris.
Aux funébres accensde tant de voix plaintives ,
Auxphantômes errans qui couvriront ces rives,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainſi vous ſubirez tous les malheurs unis ;..
Vous perdrez vos Sujets ſans ſauver votre fils.
IDOMENÉE .
LE GRAND - PRETRE.
1
Dans ce preſſant danger hâtez-vous de réſoudre.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre..
Je ſuisPère.
Oui , Seigneur , & c'eſt de vos Sujets.
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts
Vous preſcrit avant tour l'amour de la patrie.
Veillez ſur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt ledevoir des Rois , c'eſt la loi de leur rang
LeCiel n'a pointborné leur famille à leur ſang.
Leurpeuple eſt la première; & votre âme in
quiète
Sedoit dans ces momens toute entiére à laCrete
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
Enoſantdiſputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deſtin moins févère
N'eûtmis, au lieu d'un Fils, qu'une tête étrangere,
Votre cœur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers leCiels'acquittoit aiſément.
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière
Dansledeuil& les pleurs une famille entiére.
Le fort tombe ſur vous ; vous ſouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verſiez d'amertume & laiſſiez de malheurs ;
C'eſt ainſi qu'appaiſant l'éternellejustice,
Il fautque votrevœu devienne un ſacrifice.
Gemiſſez; mais cédez. Le doute où je vous vois
Expoſevotre fils & la Crete à la fois.
CesparolesduGrand-Prêtre replongent Idomé-
née dansſon premier déſeſpoir. En vain Erigone
entreprend de perfuader a ce Prince que l'ac-
compliffement d'un ferment comme le fien ,
eltpluscapabled'irriter , que d'appaiſer la Divini-
té. Elle tâchede le combattre par des raiſons& par
des exemples. Maisle Ciel ſemble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete, ſe dévoue àla mort: ni les
prières de ſes amis , ni les vœur de ſon Père ,
ni les larmes de ſon épouſe ne lui feront changer
*deréfolution.
1
AVRIL. 1764.
185
Auteurdes maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un Peuple entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , ſi ſa reconnoiſſance
Contre mon Père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce ſuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple, & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà lefeulhonneur dont ton âme eſt jalouſe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureuſe
épouſe i
IDAMANTE .
Et jemeurs pour toi-même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapperdevant moi.
ERIGON E.
:
En périrai-je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en ſçaurois douter : ma mort ſuivra la
tienne.
Va , la contagion aveugle dans ſon cours ,
Lehazard en ces lieux peut épargner mes jours ,
Mais que fera lecoup oùta fureur s'obſtine ,
Qu'aſſurer à la fois & hâter ma ruine ?
Etqu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le déſeſpoir qui meplonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE.
bras de ſon épouſe pour courir à la mort , les
Portes du Temple s'ouvrent ,& le Grand-Prêtre
paroît ſuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGONE.
Arrête ,dés Autels implacable Miniſtre ;
Tyran , qui veux ſoumettre àd'homicides loix
Les jours de l'innocence & le ſang de tes Rois.
Eh ! quel vœu faut-il done qu'Idamante accom-
pliffe?
Quel Dieu préſide au meurtre ,&preſcrit l'in-
juſtice?
(Mettant lamain furl'Autel. )
Voici ,voici l'Autel oùlesvœux les plusſaints
M'engagerent à lui... devant eux.. dans vos
mains !
Etvotre fanatiſme aveuglément préfére
Ades ſermens ſacrés un ferment ſanguinaire...
Ah ! s'ilfaut aujourd'hui violer l'un desdeux ,
Doit-ce être , répondez , le ſerment vertueux ?
Etdans les préjugés dont l'erreurvous domine ,
Unvœu n'est-il ſacré, que lorſqu'ilaffaffine ?
J'embraſſe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels ,touteſanglante il faut m'en arracher..
Idoménée arrive duTemple avec précipitation
pour ſauver ſon fils de la mort& s'immoler lui-
même. Mais Idamante le prévient ; & voyant ſon
père prêt à ſe ſacrifier , il ſe frappe d'un poi-
gnard. Letonnerre gronde; Erigone tombe éva
nouie au pieddel'Autel ; Idoménée veut. ſe frape
AVRIL. 1764.
187
per de l'épéede Sophronime ;celui-ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Ido-
ménée.
Ehbien,Dieu de la Crete ,
Mon fermenteſt rempli ,votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois ,je vous rends votre foi.
Non ,je n'aiplusde fils; vous n'avez plus de Roi
Jequitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Jefuisune ſanglante image.
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemiss
Je vais pleurer ailleurs mon ferment &mon fils.
CetteTragédie ſe trouve imprimée chez Du-
chefne , rue S. Jacques, au Temple duGoût ,au-
deſſusde la rue des Mathurins..
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3
p. 187-194
REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Début :
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est le même sur lequel un grand homme essaya ses [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
REMARQUES
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
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4
p. 194-195
« Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Début :
Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Le 3 Mars on a donné la première
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
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5
p. 195
« Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Début :
Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Le 17 Mars, on a donné la première
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
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6
p. 196-197
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première Représentation de Rose & Colas, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
197
a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
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a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
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7
p. 197
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
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