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351
p. 77-78
Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Rome du 3 du mois dernier, que l'Abbé de Canillac, Auditeur de [...]
Mots clefs :
Rome, Claude-François de Montboissier de Canillac de Beaufort, Église de Saint-Louis, Palais, Te Deum, Cardinaux, Pape, Concert, Académie de France
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texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
On a appris de Rome du 3 du mois dernier
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
, que l'Abbé de Canillac , Auditeur de
Rote pour la France & chargé des affaires
du Roi Très- Chrétien auprès du S. Siége ,
ayant été informé du rétabliſſement de la
ſanté de ce Monarque , l'Egliſe de S. Loiiis
de la Nation Françoiſe fut éclairée & ornée
par les ordres de ce Miniſtre , avec une magnificence
, qui a excité avec juſtice l'admiration
générale , & que le 27 du même mois
78 MERCURE DE FRANCE.
il y fit chanter le Te Deum en Muſique par
les voix les plus célébres de cette Ville.
Tous les Cardinaux y aſſiſterent avec un
empreſſement , inſpiré par l'intérêt que
toute l'Europe prend à la vie du Roi de
France , & le Pape , voulant témoigner
combien il étoit ſenſible à la conſervation
de S. M. T. C. alla l'après-midi en rendre
graces à Dieu dans la même Egliſe, Le foir
& ceux des deux jours ſuivans , cette Eglife
&celle des Minimes François furent entierement
illuminées , ainſi que le Palais de
l'Abbé de Canillac , ceux de toutes les perſonnes
de distinction attachées à la Couronne
de France , & toutes les maiſons des
François, qui font à Rome.Pendant ces trois
jours ,ungrand nombre de Symphoniſtes ,
placés ſur trois Balcons du Palais de l'Abbé
deCanillac , donnerent au Public , en exécutant
alternativement divers morceaux de
Muſique Inſtrumentale , un Concert prefque
continuel. Ce Miniſtre avoit fait mettre
de pareils Orcheſtres à l'Egliſe de S.
Loiiis & à l'Académie de France ,& tout le
monde a paru également touché & fatisfait
de la maniere dont il a manifeſté ſon zéle
pour ſon Auguſte Souverain.
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Résumé : Autre chanté à Rome, [titre d'après la table]
Le 3 du mois précédent, l'Abbé de Canillac, Auditeur de Rote pour la France et représentant du Roi Très-Chrétien à Rome, a appris le rétablissement de la santé du monarque français. En signe de célébration, l'église Saint-Louis-des-Français a été illuminée et ornée somptueusement sur ses ordres. Le 27 du même mois, un Te Deum a été chanté par les voix les plus renommées de la ville, en présence de tous les cardinaux. Le Pape a exprimé sa gratitude en se rendant à l'église pour remercier Dieu. Pendant trois jours, l'église Saint-Louis-des-Français, celle des Minimes Français, le palais de l'Abbé de Canillac et les résidences des personnalités attachées à la Couronne de France ont été illuminées. Des concerts de musique instrumentale ont été organisés sur les balcons du palais de l'Abbé de Canillac, ainsi qu'à l'église Saint-Louis-des-Français et à l'Académie de France, créant un spectacle musical quasi continu. Ces festivités ont suscité admiration et satisfaction générale, illustrant le dévouement de l'Abbé de Canillac envers son souverain.
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352
p. 112-115
Concert dans l'appartement de la Reine, [titre d'après la table]
Début :
Il y eut aussi ce même jour Concert au Louvre dans l'Appartement de la Reine. [...]
Mots clefs :
Concert, Reine, Louvre, Idylle, Musique, Amour, Bergers, Licas, Michel de Bonneval, François Colin de Blamont
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texteReconnaissance textuelle : Concert dans l'appartement de la Reine, [titre d'après la table]
Il y eut auſſi ce même jour Concert au
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
font de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs de Sa Majesté ,
capable non-feulement de conduire ſes Fêres,
mais de les imaginer; la Muſique eft de
M. de Blamont, Surintendant de la Muſique
NOVEMBRE. 1744. 113
du Roi , fi connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines , le Caprice d'Erato &
par d'autres Ouvrages qui ont avantageuſement
établi ſa réputation.
Le divertiſſement ſe paſſe ſur les bords
de la Seine dans un Bocage , dont les Arbres
font entrelaſſés de Guirlandes de fleurs.
Des, Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaifir qu'ils
reffententdans ces belles rétraites.
Il n'eſt point pour l'amour de rétraite plusbelle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux ;
L'indifférent y devient amoureux ,
L'inconſtant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occafionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Iſmene , qu'il adore. Avant que de la
voir , il eſt interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi ,
cédez , lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience ;
Vous avez parcouru tout l'Empire des Lis ;
Parlez- nous cher Licas des exploits de Louis,
De ſes vertus , de ſa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux ...
Fiij
114 MERCURE DE FRANCE.
Il fait adorer ſa puiffance;
C'eſt ainſi que regnent les Dieux ....
Une ſi belle vie ,
Qui fait tant de jaloux ,
Sansle ſecours du Ciel nous eut été ravie ...
Nos Ennemis fuyant ſes coups ,
Ont moins tremblé que nous.
Dieux ! ne bornez jamais ſes belles deſtinées !
Du plus chéri des Rois ne ſoyez point jaloux ;
Ah ! fi nos voeux pouvoient prolonger ſes années,
Notre amour le rendroit immortel , comme vous.
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres , Licas revient à Iſinene.
Licas.
Que n'ai je point ſouffert en quittant ce rivage !
L'Amour en pleurs ſuivoit mes pas .
Si mon éloignement trahiſſoit vos appas ,
Ils étoient trop vengés; j'emportois leur image...
Iſmene vaincue par la perſeverance de
Licas , lui avoue enfin qu'elle partage fa
tendreffe.
Je ne vous ai point vû quitter ce beau ſéjour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
N'est- ce pas dire que l'on aime ?
NOVEMBRE. 1944. 115
Mars ſuivi de Guerriers ſurvient avec
Palés. Les Trompettes ſe joignent aux
Muſettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
laguerre que pour établir la paix. Toutes
les voix ſe réuniſſent pour le célébrer.
Quel Héros eſt plus triomphant !
Il faut ſur l'Univers que ſon Sceptre préſide.
C'eſt la Sageſſe qui le guide ,
Et la valeur qui le défend.
Onnepeut donner dans un Extrait tout
cequimérite le ſuffrage des Lecteurs , mais
M.de Blamont fait imprimer ce Divertiſſemenr.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles &de la Muſique.
Louvre dans l'Appartement de la Reine.
On y exécuta une Idille dont les paroles
font de M.de Bonneval, Intendant & Contrôleur
des menus plaiſirs de Sa Majesté ,
capable non-feulement de conduire ſes Fêres,
mais de les imaginer; la Muſique eft de
M. de Blamont, Surintendant de la Muſique
NOVEMBRE. 1744. 113
du Roi , fi connu par le Ballet des Fêtes
Grecques & Romaines , le Caprice d'Erato &
par d'autres Ouvrages qui ont avantageuſement
établi ſa réputation.
Le divertiſſement ſe paſſe ſur les bords
de la Seine dans un Bocage , dont les Arbres
font entrelaſſés de Guirlandes de fleurs.
Des, Bergers & des Bergeres héroïques ,
commencent par exprimer le plaifir qu'ils
reffententdans ces belles rétraites.
Il n'eſt point pour l'amour de rétraite plusbelle.
Tout flate les Amans dans cet azile heureux ;
L'indifférent y devient amoureux ,
L'inconſtant y devient fidelle.
Le retour du Berger Licas occafionne
une Scene très-galante entre lui & la Bergere
Iſmene , qu'il adore. Avant que de la
voir , il eſt interrogé par des Bergers zélés
qui lui demandent des nouvelles du Roi ,
cédez , lui dit un d'eux.
Cédez à notre impatience ;
Vous avez parcouru tout l'Empire des Lis ;
Parlez- nous cher Licas des exploits de Louis,
De ſes vertus , de ſa magnificence.
Licas.
Sa Cour a tout l'éclat qui brille dans les Cieux ...
Fiij
114 MERCURE DE FRANCE.
Il fait adorer ſa puiffance;
C'eſt ainſi que regnent les Dieux ....
Une ſi belle vie ,
Qui fait tant de jaloux ,
Sansle ſecours du Ciel nous eut été ravie ...
Nos Ennemis fuyant ſes coups ,
Ont moins tremblé que nous.
Dieux ! ne bornez jamais ſes belles deſtinées !
Du plus chéri des Rois ne ſoyez point jaloux ;
Ah ! fi nos voeux pouvoient prolonger ſes années,
Notre amour le rendroit immortel , comme vous.
Après les épanchemens de ces coeurs
champêtres , Licas revient à Iſinene.
Licas.
Que n'ai je point ſouffert en quittant ce rivage !
L'Amour en pleurs ſuivoit mes pas .
Si mon éloignement trahiſſoit vos appas ,
Ils étoient trop vengés; j'emportois leur image...
Iſmene vaincue par la perſeverance de
Licas , lui avoue enfin qu'elle partage fa
tendreffe.
Je ne vous ai point vû quitter ce beau ſéjour
Sans une peine extrême :
Pardonner au départ en faveur du retour,
N'est- ce pas dire que l'on aime ?
NOVEMBRE. 1944. 115
Mars ſuivi de Guerriers ſurvient avec
Palés. Les Trompettes ſe joignent aux
Muſettes pour célébrer un Roi, qui ne fait
laguerre que pour établir la paix. Toutes
les voix ſe réuniſſent pour le célébrer.
Quel Héros eſt plus triomphant !
Il faut ſur l'Univers que ſon Sceptre préſide.
C'eſt la Sageſſe qui le guide ,
Et la valeur qui le défend.
Onnepeut donner dans un Extrait tout
cequimérite le ſuffrage des Lecteurs , mais
M.de Blamont fait imprimer ce Divertiſſemenr.
On pourra jouir à la fois des agrémens
des paroles &de la Muſique.
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Résumé : Concert dans l'appartement de la Reine, [titre d'après la table]
Le 11 novembre 1744, un concert fut organisé au Louvre dans l'Appartement de la Reine. Cet événement présenta une idylle composée par M. de Bonneval et mise en musique par M. de Blamont, Surintendant de la Musique du Roi. L'idylle se déroulait sur les bords de la Seine, où des bergers et bergères héroïques exprimaient leur plaisir. Le berger Licas, de retour, eut une scène galante avec la bergère Ismène. Avant de la voir, Licas fut interrogé par des bergers sur les exploits du Roi Louis XV, qu'il loua pour sa cour, son éclat, sa puissance et ses vertus, souhaitant que les dieux prolongent ses années. Licas avoua ensuite à Ismène les souffrances de son éloignement, et elle lui confessa son amour. Mars apparut alors, accompagné de guerriers et de Palès, célébrant un roi qui fait la guerre pour établir la paix. Toutes les voix se réunirent pour célébrer ce héros triomphant, guidé par la sagesse et défendu par la valeur. M. de Blamont fit imprimer ce divertissement, permettant de jouir des paroles et de la musique.
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353
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
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texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
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Résumé : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Le 15 novembre 1744, Paris célébra une fête en l'honneur du roi. La journée débuta par des salves de canons et de fusées, accompagnées du son de la cloche de l'Hôtel de Ville. Le roi fut accueilli à l'Hôtel de Ville par des dignitaires en habits de cérémonie, qui lui adressèrent des compliments. L'Hôtel de Ville était richement décoré, avec une Grande Salle tendue de damas cramoisi galonné d'or et des lustres. Sur la place, un Arc de Triomphe de cent pieds de haut et soixante de large, orné de statues et d'une inscription latine, avait été érigé. Une salle carrée près de la rivière, décorée d'arbres et de girandoles, abritait un édifice distribuant du vin. Le roi fut ensuite conduit à la Grande Salle pour le repas, en présence de personnalités telles que le Dauphin et le Duc de Chartres. Pendant le dîner, les musiciens Rebel et Francoeur dirigèrent une performance musicale, et des chanteurs interprétèrent un dialogue intitulé 'Le Retour du Roi à Paris'. Après le dîner, des illuminations spectaculaires eurent lieu à divers endroits, y compris l'Arc de Triomphe et la façade de l'Hôtel-de-Ville. Le roi exprima sa satisfaction et se rendit à l'église des Jésuites pour assister au salut. La ville était illuminée, mais un vent violent perturba les illuminations prévues au château des Tuileries.
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354
p. 147-148
LES QUINZE-VINGT.
Début :
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de Paris, s'étant déja distingué par une Fête [...]
Mots clefs :
Quinze-vingts, Roi, Convalescence, Aveugles, Arc de triomphe, Inscriptions, Jean-Baptiste Lully
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES QUINZE-VINGT.
LES QUINZE - VINGT .
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris , s'étant déja diftingué par une Fête
particuliere célébrée dans fon Enclos , au
fujet de la Convalescence du Roi , & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , a renouvellé les marques
éclatantes de fa joie à l'arrivéede Sa Majeſté.
Il a fait pour cela conſtruire une répréſentation
- d'Arc de Triomphe , dont
les Lampions formoient le deſſein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans fon milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecuffon
étoit en tranſparent ,& au-deſſous on
lifoit ce Diſtique Latin .
T
Qui dare non poffunt oculos proRege tuendo,
Nempè velint vitasfpontè vovereſuas.
Des deux côtés étoient deux autres Inf
148 MERCUREDE FRANC
criptions qui faifoient alluſion à la ficuation
des Aveugles ; l'un portoit : Salus noftra
in manu tua est ; refpiciat nos tantùm Dominus
nofter , & lati ſerviemus Regr. Genef.
Chap. 25.Verfet 27. & l'autre: Dominus il
luminat cacos. Pl. 147. Verſet 8 .
Au côté droit de l'Edifice qui contenoir
dans toute ſon étenduë 54 pieds de large ,
fur 40 de haut , & qui étoit placé en face
de la rue de Richelieu , on avoit conſtruit
une efpéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joient des
Inſtrumens. Ilsy exécuterent de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, & quelques
piéces de la compoſition de l'un d'entre
eux.
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de
Paris , s'étant déja diftingué par une Fête
particuliere célébrée dans fon Enclos , au
fujet de la Convalescence du Roi , & rapportée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier , a renouvellé les marques
éclatantes de fa joie à l'arrivéede Sa Majeſté.
Il a fait pour cela conſtruire une répréſentation
- d'Arc de Triomphe , dont
les Lampions formoient le deſſein avec
beaucoup d'art & de goût. Cet Ouvrage
cintré dans fon milieu, étoit orné des Armes
du Roi très-bien peintes, dont l'Ecuffon
étoit en tranſparent ,& au-deſſous on
lifoit ce Diſtique Latin .
T
Qui dare non poffunt oculos proRege tuendo,
Nempè velint vitasfpontè vovereſuas.
Des deux côtés étoient deux autres Inf
148 MERCUREDE FRANC
criptions qui faifoient alluſion à la ficuation
des Aveugles ; l'un portoit : Salus noftra
in manu tua est ; refpiciat nos tantùm Dominus
nofter , & lati ſerviemus Regr. Genef.
Chap. 25.Verfet 27. & l'autre: Dominus il
luminat cacos. Pl. 147. Verſet 8 .
Au côté droit de l'Edifice qui contenoir
dans toute ſon étenduë 54 pieds de large ,
fur 40 de haut , & qui étoit placé en face
de la rue de Richelieu , on avoit conſtruit
une efpéce de petite Tribune où étoient
placés ceux des Aveugles qui joient des
Inſtrumens. Ilsy exécuterent de leur mieux
les plus belles ouvertures de Lully, & quelques
piéces de la compoſition de l'un d'entre
eux.
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Résumé : LES QUINZE-VINGT.
L'Hôpital Royal des Quinze-Vingt de Paris a organisé une fête pour célébrer l'arrivée du roi. Un arc de triomphe illuminé, décoré des armes royales et d'un distique latin, a été construit pour l'événement. Cet arc, mesurant 54 pieds de large sur 40 de haut, se trouvait face à la rue de Richelieu. Des inscriptions latines sur les côtés de l'arc évoquaient la condition des aveugles, en citant des versets bibliques. Une tribune accueillait des aveugles musiciens qui ont joué des œuvres de Lully ainsi que des compositions d'un de leurs membres.
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355
p. 171-172
« Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Début :
Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Pantomime, Mlle Puvigné, Mlle Camargo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Le Samedi quatorze , l'Opera Comique
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
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Résumé : « Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Le 14, l'Opéra Comique a présenté au Théâtre de l'Académie Royale de Musique les pièces ayant diverti Paris lors de la dernière foire de Saint-Laurent. La danseuse Petite Puvignée a été particulièrement remarquée pour sa maîtrise et ses grâces. Auparavant, la pastorale 'La fuite d'Acis et Galatée' avait été acclamée grâce aux talents de Mlle le Maure, soutenue par M. de Chassé et M. Jéliotte. Une pantomime interprétée par Mlle Camargo et M. Lalli a également été bien reçue. Une autre pantomime, dansée par Signor Pietro Sodi et Mlle Mimi Dalmand, a rencontré un grand succès. Mlle André, pensionnaire du roi de Pologne mais française de naissance, a été félicitée à Paris, Dresde et Varsovie pour sa légèreté et sa technique, notamment dans le rôle du 'Caprice' de M. Rebel. Mlle de Romainville a interprété le rôle de Galatée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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356
p. 172-175
« Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Début :
Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Gloire, Auguste, Roi, Hygie, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Le Dimanche 15 Novembre , l'Académie
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
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Résumé : « Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Le 15 novembre, l'Académie Royale de Musique a présenté 'Les Augustales', un acte écrit par M. Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel, et composé par M. Rebel et M. Francoeur, Surintendants de la Musique du Roi et Inspecteurs de l'Académie Royale de Musique. Cette œuvre rend hommage au Roi en relatant un épisode historique où Auguste, après avoir vaincu une maladie, instaure les fêtes Augustales. Elle reflète les sentiments de la nation française face aux périls du Roi et la joie consécutive à sa guérison. La pièce se déroule dans le temple d'Hygie, déesse de la santé, et met en scène les prières et les louanges adressées à Auguste. La prêtresse d'Hygie exprime ses vœux pour la santé du monarque et célèbre sa victoire sur la maladie. Les artistes ont montré un grand engagement et talent dans leur interprétation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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357
p. 185
« Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...] »
Début :
Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...]
Mots clefs :
Reine, Airs, Chansons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Lundi 23 Novembre, Mrs. Charpentier & Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant [...] »
Le Lundi 23 Novembre , Mrs Charpentier &
Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant
fondiner & ſon ſouper , par leurs Airs & leurs
Chanfons Comiques. Le Premier ajouta la Mafcatade
à la Symphonie ,& parut le matin en Mare
guillier de Village, & le ſoir en Aveugle. Leurs talens
amuſans ſont connus; il eſt inutile de les détailler.
Danguy, divertirent infiniment la Reine pendant
fondiner & ſon ſouper , par leurs Airs & leurs
Chanfons Comiques. Le Premier ajouta la Mafcatade
à la Symphonie ,& parut le matin en Mare
guillier de Village, & le ſoir en Aveugle. Leurs talens
amuſans ſont connus; il eſt inutile de les détailler.
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358
p. 131-132
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis vive, je suis legere ; [...]
Mots clefs :
Camargo
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
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359
p. 154
« ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Début :
ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...]
Mots clefs :
Opéra, Pantomime
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texteReconnaissance textuelle : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
0
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
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Résumé : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Les représentations de l'opéra 'Acis et Galatée' ont été précédées des 'Auguftales'. Les rôles de Galatée ont été joués par Mlle Romainville et Mlle Metz, remplaçant Mlle le Maure absente. Cette dernière a quitté le théâtre, ce qui est une perte pour les anciens opéras. La soirée s'est terminée par des pantomimes interprétées par Mlle André, Mlle Guerardi, Mlle d'Allemant et le Signor Pietro Soli.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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360
p. 160-162
« La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
Début :
La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Amour français, Roi, Poète, Musicien, Coraline
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texteReconnaissance textuelle : « La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
La petite Piéce , intitulée le Génie de la
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
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Résumé : « La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
En novembre 1744, la pièce 'Le Génie de la France' de M. Minst, fils, a été bien reçue au Théâtre des Italiens. Le 17 septembre, une autre pièce célébrant la convalescence du roi a été jouée par les mêmes comédiens. Cette pièce, sans intrigue structurée, offrait divers divertissements. Le rôle principal, 'L'Amour Français', était interprété par Mlle Astrodi, une jeune actrice de dix ans, qui chantait et jouait du violoncelle. Sa sœur cadette a également été applaudie pour un couplet. La pièce alternait entre chant et récit. M. Rochard a été acclamé pour son jeu d'acteur et son chant, notamment dans une scène musicale. M. Defhayes incarnait Carminant, un poète récitant des vers en l'honneur du roi, mis en musique en temps réel par le musicien Harmonile. La danseuse Coraline a interprété une scène entièrement française pour la première fois, avec légèreté et grâce. La musique, composée par M. Blaise, a été très appréciée. Les rôles principaux comprenaient 'Le Génie de la France', 'L'Amour Français', Carminant, Arlequin, Coraline, Harmonile, la Victoire et Palès, déesse des forêts.
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361
p. 134
Cantatilles du sieur Lemaire, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Lemaire, Maître de Musique à Paris, donnera au Public, au commencement [...]
Mots clefs :
Symphonie, Cantatille, Basse-taille
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texteReconnaissance textuelle : Cantatilles du sieur Lemaire, [titre d'après la table]
Le ſieur Lemaire , Maître de Muſique à
Paris , donnera au Public , au commencement
du mois de Janvier prochain trois
Cantatilles Nouvelles , fous les Fitres de la
Victoire en Duo pour un Deffus & une
Bafle-Taille , avec ſymphonie, prix trente-fixfols.
La reconnoiſſance , Cantatille pour un
Deffus , avec ſymphonie. Prix vingt-quatrefols.
Les Fêtes champêtres , Cantatille pourune
Baffe-Taille avec accompagnement de
Muſette , Flute , Violons , & Haut bois. C'eſt
la fixiéme Muſette du même Auteur , Prix ,
vingt-quatre-fols.
,
On trouve chés lui 5 autres Cantatil'es
àvingt-quatre-fols piéte. Fanfare ou Concert
de Chambre , pour les Trompettes Timballe,
Violons, Flute,Haut-bois &Baffon, les
trois parties ſéparées quarante-huit fols . Deux
Recueils d'Airs , à trois livres pièce. Six Livres
de Motets à trente-fols pièce.
Tous ces Ouvrages ſe vendent chés l'Auteur
, ruê S. André des Arts , vis à vis la
ruë Gît le - coeur , chés un Vitrier, chés Bllard
, Pere & fils , ruë S. Jean de Beauvais
chés Madame Boivin , ruë S. Honore , à la
Regle d'Or , le fieur Leclerc , rue du Roule,
àla croix d'Or . A Lyon , chés le fieur Debretonne
, ruë Merciere , & à Roüen , chés
le ſieur Henfe , ruë du Sac
Paris , donnera au Public , au commencement
du mois de Janvier prochain trois
Cantatilles Nouvelles , fous les Fitres de la
Victoire en Duo pour un Deffus & une
Bafle-Taille , avec ſymphonie, prix trente-fixfols.
La reconnoiſſance , Cantatille pour un
Deffus , avec ſymphonie. Prix vingt-quatrefols.
Les Fêtes champêtres , Cantatille pourune
Baffe-Taille avec accompagnement de
Muſette , Flute , Violons , & Haut bois. C'eſt
la fixiéme Muſette du même Auteur , Prix ,
vingt-quatre-fols.
,
On trouve chés lui 5 autres Cantatil'es
àvingt-quatre-fols piéte. Fanfare ou Concert
de Chambre , pour les Trompettes Timballe,
Violons, Flute,Haut-bois &Baffon, les
trois parties ſéparées quarante-huit fols . Deux
Recueils d'Airs , à trois livres pièce. Six Livres
de Motets à trente-fols pièce.
Tous ces Ouvrages ſe vendent chés l'Auteur
, ruê S. André des Arts , vis à vis la
ruë Gît le - coeur , chés un Vitrier, chés Bllard
, Pere & fils , ruë S. Jean de Beauvais
chés Madame Boivin , ruë S. Honore , à la
Regle d'Or , le fieur Leclerc , rue du Roule,
àla croix d'Or . A Lyon , chés le fieur Debretonne
, ruë Merciere , & à Roüen , chés
le ſieur Henfe , ruë du Sac
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Résumé : Cantatilles du sieur Lemaire, [titre d'après la table]
Le sieur Lemaire, Maître de Musique à Paris, annonce la sortie de trois nouvelles cantatilles au début du mois de janvier. 'La Victoires en Duo' pour un dessus et une basse-taille, accompagnée d'une symphonie, est vendue trente-six sols. 'La Reconnoissance', pour un dessus avec symphonie, coûte vingt-quatre sols. 'Les Fêtes champêtres', pour basse-taille avec musette, flûte, violons et hautbois, est également à vingt-quatre sols et constitue la sixième musette de l'auteur. Cinq autres cantatilles sont disponibles à vingt-quatre sols chacune. Une fanfare ou concert de chambre pour divers instruments est vendue quarante-huit sols. Deux recueils d'airs sont proposés à trois livres pièce, et six livres de motets sont disponibles à trente sols pièce. Les ouvrages peuvent être achetés à Paris chez plusieurs libraires, ainsi qu'à Lyon et Rouen.
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362
p. 135
Recueil d'Airs par le sieur Blavet, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Piéces, petits Airs, Brunettes, Menuets &c. accommodés à la Flute [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil d'Airs par le sieur Blavet, [titre d'après la table]
RECEUIL de Piéces , petits Airs , Brunettes
, Menuets &c.accommodés à la Flute
Traverſiére avec des Doubles & Variations
par M. Blavet , Ordinaire de la Muſique
de la Chambre du Roi , de S. A. S. le
Comte de Clermont & de l'Académie
Royale de Muſique , le tout receuilli & mis
en ordre par M. ſe vend 6 liv. en
blanc à Paris chés M. Blavet , au Palais Abbatial
de S. Germain des Prés , chés Madame
Boivin ruë S. Honoré, à la regle d'Or , & chés
M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
, Menuets &c.accommodés à la Flute
Traverſiére avec des Doubles & Variations
par M. Blavet , Ordinaire de la Muſique
de la Chambre du Roi , de S. A. S. le
Comte de Clermont & de l'Académie
Royale de Muſique , le tout receuilli & mis
en ordre par M. ſe vend 6 liv. en
blanc à Paris chés M. Blavet , au Palais Abbatial
de S. Germain des Prés , chés Madame
Boivin ruë S. Honoré, à la regle d'Or , & chés
M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
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363
p. 140-143
« L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Théâtre, Acte, Musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
L
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
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Résumé : « L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
L'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Thésée' au Théâtre le jeudi 10 décembre. Cet opéra, une tragédie, a été initialement représenté devant Louis XIV à Saint-Germain-en-Laye et a été joué à Paris à plusieurs reprises, notamment en novembre 1707, janvier 1721 et novembre 1729. Les paroles et la musique sont l'œuvre de deux maîtres célèbres du genre. La pièce, considérée comme l'une des meilleures de Quinault, possède une intrigue et un dénouement nobles et intéressants, bien que le goût épuré du siècle soit choqué par le badinage déplacé mêlé aux situations tragiques. Ces défauts sont compensés par les beautés poétiques et harmoniques de l'œuvre. Les rôles principaux sont interprétés par des acteurs de renom : Mlle. Chevalier incarne Médée, M. de Chassé joue Égée avec majesté, et M. Jéliotte apparaît avec l'air imposant d'un vainqueur. L'opéra inclut divers divertissements, tels que la fête du premier acte dans le temple de Minerve, exécutée par des prêtresses et des guerriers, et le triomphe de Thésée dans le deuxième acte, où Mlle. Camargo et M. Dumoulin dansent un pas de deux. Le ballet des Grâces et la pantomime de Mlle. Mimi Dalmand et Pietro Soli ont également été présentés. L'opéra 'Acis et Galatée' a été joué le premier jeudi de décembre, suivi par le ballet des Grâces et la pantomime. L''École des Amants' sera reprise pendant le Carême avec des modifications dans les paroles et la musique, ainsi qu'un nouvel acte ajouté.
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364
p. 144
Te Deum chanté à la Cour, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi 2 Décembre, M. de Blamont Sur-Intendant de la Musique du Roi [...]
Mots clefs :
Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à la Cour, [titre d'après la table]
Le Mercredi 2 Décembre , M. de Blamont
Sur-Intendant de la Muſique du Roi
eut ordre de faire chanter ſon Te Deum
dans la Chapelle de Sa Majesté , pour la
priſe de Fribourg , ainſi qu'il s'eſt toujours
pratiqué aux grandes cérémonies & rejouiflances
de la Cour. L'exécution en fut parfaite
. Mrs. Benoit , Poirier & l'Abbé Dota
s'y font fort diftingués.
Sur-Intendant de la Muſique du Roi
eut ordre de faire chanter ſon Te Deum
dans la Chapelle de Sa Majesté , pour la
priſe de Fribourg , ainſi qu'il s'eſt toujours
pratiqué aux grandes cérémonies & rejouiflances
de la Cour. L'exécution en fut parfaite
. Mrs. Benoit , Poirier & l'Abbé Dota
s'y font fort diftingués.
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365
p. 145-146
Concerts de la Reine, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 3 il donna au Concert de la Reine les Actes des Bacchanales & des [...]
Mots clefs :
Concert, Amour, Ballet, Cantate
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texteReconnaissance textuelle : Concerts de la Reine, [titre d'après la table]
Le Samedi trois il donna au Concert de
la Reine les Actes des Bacchanales & des
Saturnales du Ballet des Fêtes Grecques &
Romaines , Opéra affés heureux pour être
demandé ſouvent par Sa Majeſté. Les paroles
font de M. Fuſelier , & la Muſique de
M. de Blamont. Meſſieurs de la Lande &
Benoît exécuterent les rolles de Cleo .
patre & d'Antoine ; ceux de Delie & de
Tibule furent remplis par Mrs Mathieu &
Poirier.
Le Samedi douze le Concert commença
par la Cantate de Polhimnie. Les paroles
ſont de M. de Moncrif, de l'Académie
Françoiſe , & la Muſique de M. de Blamont
. Cette Cantate qui eſt à voix ſeule ,
accompagnée d'une grande ſymphonie, compoſée
de divers inſtrumens , fut chantée
par Made, de la Lande , & fervit comme de
Prologue à l'entrée des Fêtes Grecques &
Romaines , intitulée ; La Fête de Diane. M.
Deſchamps & M. Jeliotte chanterent les
principaux rolles. Le Concert finit par
une Ariette legere du méme Auteur , chantée
très-legerement par M. Poirier.
Lundi quatorze on donna l'Acte de l'Amour
Volage des Caracteres de l'Amour ,
Ballet de M. de Blamont. Cet Acte fut executé
parMiles, Romainville & Deschamps ,
& par Mrs. Jeliotte & Benoît.
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
Le Samedi dix - neuf Mlle. Romainville
ouvrit le Concert par une Cantate du
deuxiéme livre des Cantates de M. de Blamont
, intitulée : Le Charme de la Voix. Elle
fut fuivie de l'Acte de l'Amour Fidéle , du
Ballet des Caracteres de l'Amour. Les rolles
de Laure & de Petrarque furent très - bien
rendus par Made. de la Lande,& M. Benoit.
L'exécution de tous ces Concerts
parfaite.
la Reine les Actes des Bacchanales & des
Saturnales du Ballet des Fêtes Grecques &
Romaines , Opéra affés heureux pour être
demandé ſouvent par Sa Majeſté. Les paroles
font de M. Fuſelier , & la Muſique de
M. de Blamont. Meſſieurs de la Lande &
Benoît exécuterent les rolles de Cleo .
patre & d'Antoine ; ceux de Delie & de
Tibule furent remplis par Mrs Mathieu &
Poirier.
Le Samedi douze le Concert commença
par la Cantate de Polhimnie. Les paroles
ſont de M. de Moncrif, de l'Académie
Françoiſe , & la Muſique de M. de Blamont
. Cette Cantate qui eſt à voix ſeule ,
accompagnée d'une grande ſymphonie, compoſée
de divers inſtrumens , fut chantée
par Made, de la Lande , & fervit comme de
Prologue à l'entrée des Fêtes Grecques &
Romaines , intitulée ; La Fête de Diane. M.
Deſchamps & M. Jeliotte chanterent les
principaux rolles. Le Concert finit par
une Ariette legere du méme Auteur , chantée
très-legerement par M. Poirier.
Lundi quatorze on donna l'Acte de l'Amour
Volage des Caracteres de l'Amour ,
Ballet de M. de Blamont. Cet Acte fut executé
parMiles, Romainville & Deschamps ,
& par Mrs. Jeliotte & Benoît.
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
Le Samedi dix - neuf Mlle. Romainville
ouvrit le Concert par une Cantate du
deuxiéme livre des Cantates de M. de Blamont
, intitulée : Le Charme de la Voix. Elle
fut fuivie de l'Acte de l'Amour Fidéle , du
Ballet des Caracteres de l'Amour. Les rolles
de Laure & de Petrarque furent très - bien
rendus par Made. de la Lande,& M. Benoit.
L'exécution de tous ces Concerts
parfaite.
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Résumé : Concerts de la Reine, [titre d'après la table]
Du 3 au 19, plusieurs représentations musicales et théâtrales ont eu lieu. Le 3, l'opéra 'Les Actes des Bacchanales & des Saturnales du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines' a été présenté au Concert de la Reine, avec des paroles de M. Fuselier et la musique de M. de Blamont. Les rôles principaux étaient interprétés par Messieurs de la Lande, Benoît, Mathieu et Poirier. Le 12, le concert a débuté avec la cantate 'Polhimnie' de M. de Moncrif et M. de Blamont, chantée par Mlle de la Lande comme prologue à 'La Fête de Diane'. Les rôles principaux étaient tenus par MM. Deschamps et Jeliotte, et le concert s'est conclu par une ariette de M. Poirier. Le 14, l'acte 'L'Amour Volage' du ballet 'Caracteres de l'Amour' a été exécuté par MM. Miles, Romainville, Deschamps, Jeliotte et Benoît. Le 19, Mlle Romainville a interprété la cantate 'Le Charme de la Voix' suivie de l'acte 'L'Amour Fidèle', avec Mlle de la Lande et M. Benoît dans les rôles de Laure et de Pétrarque. Toutes les exécutions ont été parfaites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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366
p. 146-147
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Mardi huit Decembre le Concert a exe[cu]té presque tous les morceaux qui ont [...]
Mots clefs :
Choeur, Concerto, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
te
Le Mardi huit Decembre le Concert a
executé preſque tous les morceaux qui ont
été chantés au Te Deum des Fermiers Gé
néraux pour la Convalefcence du Roi.
د
un Domine
Le Concert a continué par le Choeur
Notum fecit Dominus du Cantate de M. de
la Lande , le Reçit Viderunt
falvum fac Regem de M. Rebel , & le Gloria
Patri du Dixit de M. de la Lande.
L'arrangement de tous ces morceaux est le
même qui a été exécuté ſi magnifiquement
chés les Peres Auguſtins de la Place des
Victoires .
M. Mondonville a joué un Concerto fert
applaudi, c'eſt un tribut qui ne manque jamais
à fes compoſitions .
Le Motet à grand Choeur Bonum eft du
:
DECEMBRE 1744 14
même Auteur a terminé le Concert & a eu
le fort du Concerto .
On a écouté avec une grande attention &
un plaifir égal Miles. Fel , Chevalier & Romainville
, ainſi que Mrs. Benoist & Poirier ,
Le Vendredi 25 Décembre jour de la
Nativité de Notre Seigneur , le Concert a
commencé par une ſuite de Noels de M. Francoeur,
qui a été ſuivie de Confitemini Motet à
grand Choeur de M. de Lalande. M. Blavet
a joué un Concerto. Mlle. Chevalier a chanté
Ufquequo, petit Motet de feu M. Mouret , qui
a été ſuivi d'un Concerto de M. Mondonville.
On a fini par Jubilate Deo , beau Motet
à grand Choeur de M. Mondonville Mlles. Fel
&Romainville & M. Benoiſt ont chanté.
te
Le Mardi huit Decembre le Concert a
executé preſque tous les morceaux qui ont
été chantés au Te Deum des Fermiers Gé
néraux pour la Convalefcence du Roi.
د
un Domine
Le Concert a continué par le Choeur
Notum fecit Dominus du Cantate de M. de
la Lande , le Reçit Viderunt
falvum fac Regem de M. Rebel , & le Gloria
Patri du Dixit de M. de la Lande.
L'arrangement de tous ces morceaux est le
même qui a été exécuté ſi magnifiquement
chés les Peres Auguſtins de la Place des
Victoires .
M. Mondonville a joué un Concerto fert
applaudi, c'eſt un tribut qui ne manque jamais
à fes compoſitions .
Le Motet à grand Choeur Bonum eft du
:
DECEMBRE 1744 14
même Auteur a terminé le Concert & a eu
le fort du Concerto .
On a écouté avec une grande attention &
un plaifir égal Miles. Fel , Chevalier & Romainville
, ainſi que Mrs. Benoist & Poirier ,
Le Vendredi 25 Décembre jour de la
Nativité de Notre Seigneur , le Concert a
commencé par une ſuite de Noels de M. Francoeur,
qui a été ſuivie de Confitemini Motet à
grand Choeur de M. de Lalande. M. Blavet
a joué un Concerto. Mlle. Chevalier a chanté
Ufquequo, petit Motet de feu M. Mouret , qui
a été ſuivi d'un Concerto de M. Mondonville.
On a fini par Jubilate Deo , beau Motet
à grand Choeur de M. Mondonville Mlles. Fel
&Romainville & M. Benoiſt ont chanté.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 décembre, le Concert a interprété plusieurs pièces du Te Deum des Fermiers Généraux pour célébrer la convalescence du roi. Le programme comprenait le chœur 'Notum fecit Dominus' de Lalande, le récit 'Viderunt omnes' de Rebel, et le 'Gloria Patri' du Dixit de Lalande. Ces morceaux étaient présentés comme lors de leur exécution aux Augustins. M. Mondonville a joué un concerto acclamé, et le motet 'Bonum est' de Mondonville a conclu le concert. Les œuvres de Miles, Fel, Chevalier, Romainville, Benoist et Poirier ont été appréciées. Le 25 décembre, à l'occasion de la Nativité, le Concert a commencé avec des noëls de Francoeur, suivis du motet 'Confitemini' de Lalande. M. Blavet a interprété un concerto, et Mlle Chevalier a chanté 'Usquequo', un motet de Mouret. Un concerto de Mondonville a suivi. Le concert s'est achevé avec 'Jubilate Deo', un motet de Mondonville interprété par Mlles Fel et Romainville et M. Benoist.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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367
p. 149
Explication du Logogryphe.
Début :
De Camargot la Danse est vive & très-legere ; [...]
Mots clefs :
Camargo
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texteReconnaissance textuelle : Explication du Logogryphe.
Explication du Logogryphe.
:
De Camargot la Danſe eſt vive& très-legere ;
Le Cam de Tartarie a de vaftes Etats ;
Le Camard quelquefois le Jaſmin ne ſent pas.
Margot la Pie eſt jafeuſe & commere .
L'Argot n'étoit-il pas la Langue de Raffia ,
Nivet , Cartouche & cætera ?
Et n'est-ce pas choſe fort claire
Que l'Empire Goth fut jadis
La terreur de bien des Pays ?
:
De Camargot la Danſe eſt vive& très-legere ;
Le Cam de Tartarie a de vaftes Etats ;
Le Camard quelquefois le Jaſmin ne ſent pas.
Margot la Pie eſt jafeuſe & commere .
L'Argot n'étoit-il pas la Langue de Raffia ,
Nivet , Cartouche & cætera ?
Et n'est-ce pas choſe fort claire
Que l'Empire Goth fut jadis
La terreur de bien des Pays ?
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368
p. 149
Explication de l'Enigme & du Logogryphe.
Début :
Dormir après dîner, la maudite coutume ! [...]
Mots clefs :
Lit de plume, Camargo
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texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme & du Logogryphe.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe .
Dormir après dîner, lamaudite coutume !
Ami , j'aimerois mieux empoigner un rabot ;
Si tum'en crois , quitte ce lit de plume ,
Et viens à l'Opera, nous verrons Camargot .
Dormir après dîner, lamaudite coutume !
Ami , j'aimerois mieux empoigner un rabot ;
Si tum'en crois , quitte ce lit de plume ,
Et viens à l'Opera, nous verrons Camargot .
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369
p. 150
ENIGME.
Début :
Quand le mortel qui me cherit [...]
Mots clefs :
Flûte
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENİGME.
Uand lemortel quime cherit
Applique ſa bouche à la mienne ,
Ilme prête auſſitôt ſon coeur & ſon eſprit ;
Jene dis rienqui ne leur appartienne ;
-C'est lui qui s'exprime par moi ,
Soumiſe à ſes deſirsje me borne à lui rendre
Les fentimens que j'en reçoi ;
Vive quand il eſt vif, tendre quand il eſt tendre,
Ilme donne toujours la loi.
Pour l'amour ſeul je ſemblois faite ;
Autrefois c'étoit mon deſtin ;
Aujourd'hui je fu's l'interpréte
Du caprice bruiant &j'ai le ton lutin.
Par M Jacques, Marchand Evansaillifte,rneMouffetar.
Uand lemortel quime cherit
Applique ſa bouche à la mienne ,
Ilme prête auſſitôt ſon coeur & ſon eſprit ;
Jene dis rienqui ne leur appartienne ;
-C'est lui qui s'exprime par moi ,
Soumiſe à ſes deſirsje me borne à lui rendre
Les fentimens que j'en reçoi ;
Vive quand il eſt vif, tendre quand il eſt tendre,
Ilme donne toujours la loi.
Pour l'amour ſeul je ſemblois faite ;
Autrefois c'étoit mon deſtin ;
Aujourd'hui je fu's l'interpréte
Du caprice bruiant &j'ai le ton lutin.
Par M Jacques, Marchand Evansaillifte,rneMouffetar.
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370
p. 161-163
« L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
Début :
L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...]
Mots clefs :
Danse, Antiquité, Lucien, Licinus, Art
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texteReconnaissance textuelle : « L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
L'Opéra continue les repréfentations de
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
Théfée , & les jeudis celles du Ballet des
Graces , qui eft fuivi d'une nouvelle PantoJANVIER
1745 . 161
mime , exécutée par Mlle. D'allemand &
Mrs. Guerardi & Soli.
tes ;
Cette Pantomime & toutes celles qui
l'ont précédée , danfées tant par l'incomparable
& charmante Barbarine que par le fignor
Foffant , nous infpirent le deffein de rifquer
nos idées fur les Ballets que nous examinons
depuis très-long-tems avec attention.
Il nous paroît qu'on y a renfermé le
mérite de la Danfe dans des bornes trop étroi →
nous avons reflechi fouvent & avec
étude fur cet Art aimable, nous avons étéfurpris
qu'un fiécle auffi éclairé que le nôtre
ignore fur ce chapitre ce qui n'a pas échappé
à l'Antiquité la plus reculée , ce qui a été
connu par nos ancêtres , fi inférieurs à nous
dans tant d'autres fciences plus profondes.
Nous oferons attaquer fur cette matiere les
préjugés régnans , & nous expofer à la cenfure
des admirateurs aveugles des Danſes modernes
. Nous espérons que les efprits judicieux
peferont fcrupuleufement nos raifons
avant que de les rejetter. Elles font appuyées
par des autorités fi refpectables que nous.
ne doutons pas qu'elles ne frappent les Lecteurs
les plus opiniâtres , & qu'elles ne s'infinuent
dans les efprits les plus rebelles
aux opinions démontrées. On peut avancer
fans témérité que le Public ne regarde la
Danfe que comme un Exercice inventé feuement
pour arranger gracieufement les mou162
MERCURE DE FRANCE.
vemens du corps & pour briller dans une
Nôce ou dans un Bal ; c'étoit peut-être là le
premier but de l'enfance de cet Art. La Comédie
a commencé de-même par de fimples
Récits. En fe perfectionnant elle a
imaginé des Dialogues , des Intrigues , des
Situations , des Dénoûmens. La Danfe at
fans doute fait le même chemin d'abord chés
les Grecs , enfuite chés les Romains.
Les plus habiles Danfeurs ignorent les illuftrations
de la Danfe , ils ignorent l'étendue
de cet Art pittorefque , ils en ignorent
l'antiquité. Nous ne la prouverons pas comme
Lucien qui dans le Dialogue intitulé l'Apologie
de la Danfe , fait dire par Licinus
fon deffenfeur à fon antagoniſte Craton.
La Danfe eft auffi ancienne que le monde , témoin
le Bal mefuré des Aftres & les diverfes
conjonctions des Etoiles fixes & errantes . Cette
propofition avancée férieuſement par Lucien
, quoiqu'il fût un des plus déterminés
railleurs de la Grece , ne fait pas grand honneur
à fa Philofophie , mais elle démontre
clairement l'estime que les Anciens avoient
pour la Danſe , puifqu'ils lui donnoient une
origine célefte. Voici bien une autre preuve
de l'eftime que l'Antiquité faifoit de la
Danfe , & qui ne fera crue que par les Lecteurs
qui ont de l'érudition. C'eſt encore le
Philofophe Licinus qui parle dans le DialoJANVIER
1745. 163
n'a gue cité. Socrate le plus fage de tous les hommes
, au jugement des Dieux même , pas
feulement loué la Danfe comme une chose qui fert
beaucoup à donner de la grace, mais il l'a voulu
apprendre en fa vieilleſſe , tant il admiroit cet
Exercice, Le Grondeur quoique Médecin , n'a
pas fans doute vu ce paffage là , il ne rebuteroit
pas les entrechâts de M. Rigaudon
, & l'exemple de Socrate le détermineroit
à apprendre la Bourée . On fe mocqueroit
bien à préfent d'un fexagénaire qui
feroit fa premiere révérence. On voit parlà ,
que ce qui eft un mérite dans un fiécle , devient
fouvent un ridicule dans un autre , &
que tout eſt arbitraire chés les foibles mortels.
Nous ne rapporterons pas ici la foule
de citations en faveur de la Danfe que Licinus
débite au morofif Craton. Les curieux
peuvent les aller chercher dans le Lucien ,
de la Traduction de Perrot d'Ablancourt ,
Tome II. Page 171. Nous ne pretendons
pas faire unTraité dogmatique divifé géométriquement
par Chapitres & par Sections ,
mais feulement hazarder fans méthode ce que
nous penfons des Ballets modernes , & ramaffer
fans ordre ce que les Anciens ont dit fur
cette matiere ; nos réflexions fuivront tous
les mois l'article de l'Opéra qui les a fait naî
tre,
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Résumé : « L'Opéra continue les représentations de Thésée, & les jeudis celles du Ballet des [...] »
En janvier 1745, des représentations à l'Opéra, incluant 'Théée' et le 'Ballet des Grâces', ont suscité des réflexions sur les ballets. Les auteurs estiment que la danse est souvent réduite à un simple exercice corporel pour les noces ou les bals, négligeant ainsi son histoire et ses potentialités artistiques. Ils soulignent que, malgré les progrès du siècle, la danse reste sous-estimée. Les auteurs observent que la danse, comme la comédie, a évolué au fil du temps, passant de récits simples à des formes plus complexes. Ils critiquent les danseurs modernes pour leur méconnaissance de l'histoire et de la profondeur de cet art, autrefois respecté par les Grecs et les Romains. Lucien et Socrate sont cités pour illustrer l'importance accordée à la danse dans l'Antiquité, montrant que même des figures sages et respectées la pratiquaient et l'admiraient. Le texte note également la variabilité des perceptions à travers les époques, soulignant que ce qui est considéré comme méritoire dans un siècle peut devenir ridicule dans un autre. Les auteurs ne visent pas à écrire un traité formel mais souhaitent partager leurs réflexions sur les ballets modernes et les opinions des Anciens sur la danse, en s'appuyant sur des sources érudites comme Lucien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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371
p. 164-165
CONCERT DE LA REINE.
Début :
Le lundi onze Janvier on exécuta le Ballet des Indes-Galantes : les paroles sont de [...]
Mots clefs :
Musique, Rôles, Paroles
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT DE LA REINE.
CONCERT DE LA REINE.
Le lundi onze Janvier on exécuta le Baĺlet
des Indes- Galantes : les paroles font dè
M. Fuzelier , & la Mufique de M. Rameau.
Les Rôles ont été remplis par Made.
de Lalande , Mlle . Fel , Mlle . des Champs ,
M.Benoît , M. Jeliotte , M. Latour & enfin
M. de Chaffé qui vient de rentrer à la Mufique
du Roi.
Le deux , le quatre & le neuf Janvier la
Reine entendit avec plaifir la charmante Paltorale
d'Iffé . Les paroles font de M. Houdart
de la Motte. La Mufique eft de la compofition
de M. Deſtouches , Sur-Intendant de la
Mufique du Roi.
Les Rôles du Prologue furent exécutés
par Mde, de Lalande , M. Benoît & M. Dubourg.
Les Rôles de la Paſtorale ne furent
pas moins bien remplis. Iffé par Mlle , de Romainville,
Doris par Mlle. Defchamps , Apollonfous
le nom de Philemon par M. Jeliotte,
Hilas par M. Benoît, Pan par M. Godonelche,
le Grand Prêtre par M. de la Garde.
Les Comédiens François ont repréfenté à
la Cour Mahomet , II . Tragédie de M. de la
Nouë Acteur de la Comédie Françoiſe , qui
réunit les talens de la Poëfie & de la déclamation.
Cette Tragédie fut très-bien reçue
JANVIER 1745. 165
à Verfailles, & Paris lui fait à prefent le même
accueil : on en parlera plus amplement.
Elle mérite d'être détaillée .
Le lundi onze Janvier on exécuta le Baĺlet
des Indes- Galantes : les paroles font dè
M. Fuzelier , & la Mufique de M. Rameau.
Les Rôles ont été remplis par Made.
de Lalande , Mlle . Fel , Mlle . des Champs ,
M.Benoît , M. Jeliotte , M. Latour & enfin
M. de Chaffé qui vient de rentrer à la Mufique
du Roi.
Le deux , le quatre & le neuf Janvier la
Reine entendit avec plaifir la charmante Paltorale
d'Iffé . Les paroles font de M. Houdart
de la Motte. La Mufique eft de la compofition
de M. Deſtouches , Sur-Intendant de la
Mufique du Roi.
Les Rôles du Prologue furent exécutés
par Mde, de Lalande , M. Benoît & M. Dubourg.
Les Rôles de la Paſtorale ne furent
pas moins bien remplis. Iffé par Mlle , de Romainville,
Doris par Mlle. Defchamps , Apollonfous
le nom de Philemon par M. Jeliotte,
Hilas par M. Benoît, Pan par M. Godonelche,
le Grand Prêtre par M. de la Garde.
Les Comédiens François ont repréfenté à
la Cour Mahomet , II . Tragédie de M. de la
Nouë Acteur de la Comédie Françoiſe , qui
réunit les talens de la Poëfie & de la déclamation.
Cette Tragédie fut très-bien reçue
JANVIER 1745. 165
à Verfailles, & Paris lui fait à prefent le même
accueil : on en parlera plus amplement.
Elle mérite d'être détaillée .
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Résumé : CONCERT DE LA REINE.
En janvier 1745, plusieurs événements musicaux et théâtraux ont eu lieu à la cour. Le 11 janvier, le ballet 'Les Indes galantes' a été présenté, avec des paroles de M. Fuzelier et la musique de M. Rameau. Les interprètes comprenaient Madeleine de Lalande, Mlle Fel, Mlle des Champs, M. Benoît, M. Jeliotte, M. Latour et M. de Chaffé. Les 2, 4 et 9 janvier, la Reine a assisté à la pastorale 'Iphigénie' de M. Houdar de la Motte, avec la musique de M. Destouches. Les rôles du prologue étaient tenus par Mme de Lalande, M. Benoît et M. Dubourg, tandis que ceux de la pastorale incluaient Mlle de Romainville en Iphigénie, Mlle Deschamps en Doris, M. Jeliotte en Philemon, M. Benoît en Hilas, M. Godenèche en Pan et M. de la Garde en Grand Prêtre. Par ailleurs, la tragédie 'Mahomet II' de M. de La Nouë a été bien reçue à Versailles et à Paris, mettant en lumière les talents de la poésie et de la déclamation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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372
p. 163-170
Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons rapporté le témoignage de Lucien en faveur de la Danse, parce que [...]
Mots clefs :
Danse, Ballets, Danseur, Pantomime, Lucien, Anciens, Théâtre, Opéra, Fêtes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Suite des Réfléxions fur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
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Résumé : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Le texte 'Suite des Réflexions sur les Ballets' met en avant la danse comme une activité noble et complexe, soutenue par le critique respecté Lucien. Lucien souligne l'importance de la danse en se référant à diverses cultures antiques telles que la Crète, la Phrygie et l'Égypte. Il insiste sur les compétences nécessaires à un bon danseur, incluant la poésie, la géométrie, la musique, la philosophie et l'expression des passions. Le texte critique la tendance moderne à réduire la pantomime à un rôle comique, affirmant qu'elle doit intégrer des caractères tant comiques que tragiques. Il regrette que les ballets de l'Opéra manquent souvent de distinctions essentielles et appelle à une meilleure utilisation des symboles pour rendre la danse plus expressive. La danse est décrite comme ayant des origines religieuses, introduite par les Juifs lors de leurs fêtes et adoptée par les païens. Elle est célébrée dans les fêtes politiques et religieuses, comme en témoigne le prophète David dansant devant l'Arche. Cette vision est appuyée par des sages grecs et des érudits modernes comme Descartes et Newton. Le texte mentionne également des événements récents dans le monde du théâtre, tels que l'interruption de la pièce 'Mahomet II' et la préparation de fêtes à Versailles. À la Comédie Italienne, la représentation de 'Le Siège de Grenade' a été poursuivie et une nouvelle parodie, 'Arlequin Théée', a été jouée le 30 janvier, imitant comiquement l'opéra 'Théée'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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373
p. 173-174
L'ELEVE de Comus. FABLE.
Début :
Du succulent Comus un éleve capable [...]
Mots clefs :
Comus, Cuisine, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ELEVE de Comus. FABLE.
L'ELEVE de Comus.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
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Résumé : L'ELEVE de Comus. FABLE.
La fable 'L'Élève de Comus' raconte l'histoire d'un élève talentueux en art culinaire, dont les plats exceptionnels étaient très appréciés des gourmets. Cependant, son excès d'abondance dans les mets était souvent critiqué. Il utilisait par exemple neuf perdrix au lieu de quatre et servait six poulets à la fois. Cette surabondance a provoqué de nombreuses indigestions et même la mort de plus de trente gastronomes. La fable souligne que la nature humaine ne peut jouir pleinement du bonheur sans désirer ou regretter quelque chose. La pièce est disponible à la vente chez la veuve Pissot à la Croix d'Or au bout du Pont Neuf.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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374
p. 135-139
Suite des refléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des phrases Grecques & Latines au sujet de la [...]
Mots clefs :
Ballets, Habits, Théâtre, Modernes, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des refléxions sur les Ballets.
Suite des reflexions fur les Bailets.
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
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Résumé : Suite des refléxions sur les Ballets.
Le texte explore les réflexions sur les ballets, s'appuyant sur les œuvres des pères jésuites Brumont et Ménestrier, connus pour leur érudition et leurs descriptions détaillées des ballets. La danse est vue comme un moyen d'expression au même titre que l'éloquence, la poésie et la musique. Le texte critique les danseurs qui négligent l'arrangement des attitudes et des pas, ainsi que l'importance des costumes et des décorations. Ces dernières doivent être topographiquement exactes et représentatives des lieux qu'elles illustrent, évitant les anachronismes et les incohérences historiques. Les peintres modernes suivent les règles établies par des maîtres comme Lebrun et Wateau pour éviter ces erreurs. Les costumes doivent respecter les usages des nations et des époques représentées, tout en permettant certaines libertés artistiques. Fontenelle est cité pour souligner le caractère idéalisé et orné des églogues et des costumes dans les ballets. Le texte insiste également sur l'importance des accessoires et des costumes pour caractériser les personnages, comme les casques et épées pour les guerriers, les rames pour les matelots, les houlettes pour les bergers, et les baguettes pour les enchanteurs. Un exemple est donné de deux danseurs talentueux qui ont interprété les 'Pelerines' de Couperin sans les accessoires appropriés, perdant ainsi leur charme initial.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 145
« L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...] »
Début :
L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Fêtes publiques, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...] »
L'OPERA Comique a fini comme il avoit
commencé. Il a donné des Fêtes publiques , mais
il n'a pas chanté suas augufte hymenée auffi heu
reufement que la convalefcence du Roi ; il n'avoit
point là de vivandieres & de tambours à produi
re. Il est étonnant que tant de genies raſſemblés
pour,foutenir cd Théâtre l'ayent fi pauvrement
Lavitaillé.
commencé. Il a donné des Fêtes publiques , mais
il n'a pas chanté suas augufte hymenée auffi heu
reufement que la convalefcence du Roi ; il n'avoit
point là de vivandieres & de tambours à produi
re. Il est étonnant que tant de genies raſſemblés
pour,foutenir cd Théâtre l'ayent fi pauvrement
Lavitaillé.
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376
p. 145-146
« M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...] »
Début :
M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...]
Mots clefs :
Roi, Musique, Chanter, Messe, Chapelle, François Colin de Blamont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...] »
M. CORRETTE Organiſte des Jefuites de
la rue faint Antoine fit chanter pendant la Meffe
de leurs Majestés le Pfeaume , Laudate pueri Dominum
, qui eut le bonheu de plaire . Ce fut le Jeu
di premier Avril & le Vendredi ſuivant.
Le Lundi 12 , M. Philidor d'une famille qaf
s'est toujours diftinguée par fes talens , fit chan
ter à la Meffe du Roi le Pfeaume Magnus D mi
nus. Ce jeune Auteur a été Page de la Mufique
& Eleve du célebre Campra. En 1740 portang
encore la livrée de Sa Majeſté , il fit chanter lon
G
146 MERCURE DEFRANCE.
premier Motet , & depuis ce tems- là il en donne
on tous les ans à Versailles,
Le Samedi faint leurs Majeftés entendirent à la
Chapelle Ofii de M. l'Abbé Madin & le Re
gia Cali de M. l'abbé Blanchard.
•
Le Jeudi 22- Avril & le Vendredi ſuivant M,
de Blamont Sur - Intendant de la Mufique du
Roi -fit chanter pendant la Meffe de leurs Ma
jestés Exaltabo te Deus meus Rex , Motet de fa
compofition & le Domine falvumfas Regem qu'il
avoit fait pour la convalefcence du Roi . Ces deux
Davrages ont été également applaudis , M l'Abbé
Dota & M. Benoît ont chanté des recits où la
verité de l'expreffion & les graces du chant fe
font trouvées enfemble ; l'exécution generale a
été parfaite.
Le Roi a partagé la penfion de deux mille livres
qu'avoir feu M. Pachini Muficien Italien entre
M. l'Abbé Dota & M. Guignon ; les deux Semetres
de la Chapelle ont été accordés à M, Bẹ-
noît & à M. Poirier , Ils font tous les quatre de la
Mufique de la Chapelle & de la Chambre du Roi
& très diftingués par leurs talens fuperieurs .
Nous avons omis dans le recit des fêtes données
à Verfailles , à l'occafion de l'augufte ma❤
riage qui s'y elt célebré , d'apprendre au Public
que M. de Laval a compofé des Ballets qui ont
generalement obtenu les fufrages des connoiffeurs
& que M. le Page Acteur de l'Academie Roya
le de Mufique y a fi bien chanté que la Reine
même a eu la bonté de lui marquer le plaifir qu'îl
lui avoit procuré,
la rue faint Antoine fit chanter pendant la Meffe
de leurs Majestés le Pfeaume , Laudate pueri Dominum
, qui eut le bonheu de plaire . Ce fut le Jeu
di premier Avril & le Vendredi ſuivant.
Le Lundi 12 , M. Philidor d'une famille qaf
s'est toujours diftinguée par fes talens , fit chan
ter à la Meffe du Roi le Pfeaume Magnus D mi
nus. Ce jeune Auteur a été Page de la Mufique
& Eleve du célebre Campra. En 1740 portang
encore la livrée de Sa Majeſté , il fit chanter lon
G
146 MERCURE DEFRANCE.
premier Motet , & depuis ce tems- là il en donne
on tous les ans à Versailles,
Le Samedi faint leurs Majeftés entendirent à la
Chapelle Ofii de M. l'Abbé Madin & le Re
gia Cali de M. l'abbé Blanchard.
•
Le Jeudi 22- Avril & le Vendredi ſuivant M,
de Blamont Sur - Intendant de la Mufique du
Roi -fit chanter pendant la Meffe de leurs Ma
jestés Exaltabo te Deus meus Rex , Motet de fa
compofition & le Domine falvumfas Regem qu'il
avoit fait pour la convalefcence du Roi . Ces deux
Davrages ont été également applaudis , M l'Abbé
Dota & M. Benoît ont chanté des recits où la
verité de l'expreffion & les graces du chant fe
font trouvées enfemble ; l'exécution generale a
été parfaite.
Le Roi a partagé la penfion de deux mille livres
qu'avoir feu M. Pachini Muficien Italien entre
M. l'Abbé Dota & M. Guignon ; les deux Semetres
de la Chapelle ont été accordés à M, Bẹ-
noît & à M. Poirier , Ils font tous les quatre de la
Mufique de la Chapelle & de la Chambre du Roi
& très diftingués par leurs talens fuperieurs .
Nous avons omis dans le recit des fêtes données
à Verfailles , à l'occafion de l'augufte ma❤
riage qui s'y elt célebré , d'apprendre au Public
que M. de Laval a compofé des Ballets qui ont
generalement obtenu les fufrages des connoiffeurs
& que M. le Page Acteur de l'Academie Roya
le de Mufique y a fi bien chanté que la Reine
même a eu la bonté de lui marquer le plaifir qu'îl
lui avoit procuré,
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Résumé : « M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...] »
Le texte décrit plusieurs événements musicaux à la cour royale. Le 1er avril et le vendredi suivant, M. Corrette interpréta le psaume 'Laudate pueri Dominum' lors de la messe des souverains. Le 12 avril, M. Philidor, ancien page de la musique et élève de Campra, présenta le psaume 'Magnus Dominus'. Le samedi saint, les souverains écoutèrent les œuvres de l'Abbé Madin et le 'Regina Caeli' de l'abbé Blanchard. Le 22 avril et le vendredi suivant, M. de Blamont fit chanter les motets 'Exaltabo te Deus meus Rex' et 'Domine Salvum Faci Regem' pour la convalescence du Roi, avec des récits chantés par l'Abbé Dota et M. Benoît. Le Roi répartit une pension de deux mille livres entre l'Abbé Dota et M. Guignon. Les deux semestres de la Chapelle furent attribués à M. Benoît et à M. Poirier. Lors des fêtes célébrant un mariage à Versailles, M. de Laval composa des ballets acclamés par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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377
p. 5-18
LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
Début :
J'applaudis volontiers, Monsieur, au zéle de ceux qui ont fait insérer dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Provence, Troubadours, Aix-en-Provence, Saliens, Bateleurs, Poésie, Instruments, Origine, Mot, Danseurs, Histoire, Galoubets, Latin, Peuples, Langue, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
LETTRE
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
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Résumé : LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
M. Chaix écrit à M. B... pour corriger des erreurs historiques présentes dans les récits des fêtes organisées par la Cour des Comptes, Aides et Finances, ainsi que par la Ville d'Aix, publiés dans le Mercure d'octobre précédent. Il conteste plusieurs points relatifs à l'histoire de Provence et de la ville d'Aix. M. Chaix critique l'étymologie du nom 'Saliens' telle que présentée, qui associe les 'galaubets', des tambourins provençaux, aux anciens Troubadours et aux Saliens de Saliendo. Il réfute cette origine, citant Pitton et le Père Denis, qui proposent une origine hébraïque liée au mot 'fala' signifiant 'rire' ou 'dilaté'. Il conteste également l'affirmation selon laquelle les Saliens provençaux descendraient des Saliens romains, prêtres de Mars, soulignant que les Saliens provençaux existaient avant la domination romaine. Il mentionne des erreurs concernant les 'galaubets', affirmant qu'ils ne sont pas connus des anciens Troubadours mais ont été introduits à Aix par Messieurs Azan et Fregier au siècle précédent. Concernant les troubadours, il distingue les artistes itinérants des troubadours ultérieurs, souvent des gentilshommes cultivant la poésie provençale. Il réfute l'idée que les danseurs d'Aix, vêtus de manière spécifique, portent l'habit des anciens troubadours, les rapprochant plutôt des prêtres de Mars romains. Ces danseurs n'apparaissent que lors de la Fête-Dieu et ne font pas partie des traditions originelles de cette fête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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378
p. 113-114
Les Fêtes de la France, Drame-Lyrique, [titre d'après la table]
Début :
LES FESTES DE LA FRANCE DRAME LYRIQUE pour les Demoiselles de l'Enfant [...]
Mots clefs :
Demoiselles de l'Enfant-Jésus, Roi, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes de la France, Drame-Lyrique, [titre d'après la table]
LES FESTES DE LA FRANCE DRAME
LYRIQUE pour les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , par M. l'Abbé Bonvallet des Broffes ,
114 MERCURE DE FRANCE .
Affocié à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle. A Paris , 1745x
chés Thibouft.
Les Victoires, la Convalefcence & le Retour
du Roi ont été le fujet de la Fête
donnée par les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , ( établiffement utile formé par M.
le Curé de S. Sulpice . ) L'Auteur dit dans
un Avertiffement qu'il a été l'interprete
de leurs fentimens & de leurs tranfports &
l'ordonnateur de leurs Jeux. Il a très-bien
répondu à leurs intentions. Les fentimens
que toute la Nation Françoiſe a pour le Roi
y font exprimés avec vivacité & avec élégance.
LYRIQUE pour les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , par M. l'Abbé Bonvallet des Broffes ,
114 MERCURE DE FRANCE .
Affocié à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle. A Paris , 1745x
chés Thibouft.
Les Victoires, la Convalefcence & le Retour
du Roi ont été le fujet de la Fête
donnée par les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , ( établiffement utile formé par M.
le Curé de S. Sulpice . ) L'Auteur dit dans
un Avertiffement qu'il a été l'interprete
de leurs fentimens & de leurs tranfports &
l'ordonnateur de leurs Jeux. Il a très-bien
répondu à leurs intentions. Les fentimens
que toute la Nation Françoiſe a pour le Roi
y font exprimés avec vivacité & avec élégance.
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Résumé : Les Fêtes de la France, Drame-Lyrique, [titre d'après la table]
En 1745, les Demoiselles de l'Enfant Jésus, un établissement fondé par le curé de Saint-Sulpice, ont organisé une fête à Paris sur le thème 'Les Victoires, la Convalescence et le Retour du Roi'. L'abbé Bonvallet des Broffes a interprété les sentiments des participantes et organisé les activités. Il a souligné avoir respecté leurs intentions et exprimé les sentiments de la nation française envers le roi avec vivacité et élégance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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379
p. 136-140
TROISIEME suite des Réflexions sur les Ballets.
Début :
Nous avons promis des exemples, il faut acquitter notre parole, avant que de frapper [...]
Mots clefs :
Autel, Louis XIV, Temple de la Gloire, Lyon, Louis Auguste, Fidélité, Lion
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texteReconnaissance textuelle : TROISIEME suite des Réflexions sur les Ballets.
TROISIEME fuite des Réflexions fur
les Ballets
Nous avons promis des exemples , il faut
acquitter notre parole , avant que de frapper
les grands coups contre la Monotonic
muette des Danfes qui regnent aujourd'hui
fur le Théatre de l'Opera.
Les exemples perfuadent fouvent mieux
que les raifonnemens les plus Géomètri
ques , nous ne chercherons pas ces
exemples dans les Ballets danſés devant
Pericles ou devant Augufte ; nous donnerons
l'idée d'un Ballet exécuté au paffage
de Louis XIV. à Lyon en 1658.
Le fujet étoit l'Autel de Lyon confacré à
Louis Augufte, & placé dans le Temple de la
Gloire. Le fujet de cette action étoit tiré du
JUIN. 1745. 137
quatriéme Livre de Strabon , qui dit que
tous les peuples des Gaules ayant décerné un
Temple à Augufte , on le bâtit dans Lyon
au confluent du Rhône & de la Saonne, que
l'Autel en étoit célébre pour les images
& l'infcription de foixante Nations qui
avoient fait dreffer ce Temple.
Suetone dit que l'Empereur Claude naquit
à Lyon le premier jour du mois d'Août
qui étoit le jour de la Dédicace de l'Autel
confacré à Augufte. Claudius natus eft fulio
Antonio& Fabio Africano Coff. Calendis Au
gufti ,teo ipfo die quo primum ara ibi Augufto
dedicata eft. Juvenal , Dion Caffius & plu
fieurs autres Auteurs ont parlé de cet Autel.
Les Temples & les Autels des Anciens
étoient destinés à trois ufages, aux Sacrifices
qu'on offroit aux Dieux , aux depoüilles
des ennemis qu'on y appendoit , & anx
Oracles qui s'y rendoient ; c'eſt ce qui fait
la divifion des trois parties du Ballet ingegenieux
& fçavant, imaginé à la Gloire de
Louis XIV .
L'Immortalité en fit l'ouverture; elle étoit
vetuë d'amaranthe , qui eft la couleur des
fleurs immortelles , fa couronne étoit com
pofée d'Etoiles qui font les feux immortels
, fon char étoit fait en Phenix , qui eft
l'oiſeau immortel , & il étoit tiré par les
38 MERCURE DE FRANCE .
deux Ourfes célettes , qui font les deux
Conſtellations , qui ne fe couchent point
pour nous.
la
La Vertu marchoit devant l'Immortalité
, comme le guide le plus für pour
trouver , & elle étoit fuivie par la Gloire,
digne récompenfe des Heros .
Les quatre parties du Monde firent la
premiere Entrée dans le Temple même de
la Gloire , dont elles s'étonnerent de voir
les ornemens négligés , & les images des
Heros prefque effacées , une Danfe caracterifée
marqua leur étonnement & la douleur
que leur caufoit ce Spectacle.
La Religion , la Nobleffe & la Juſtice ,
répréfentans les trois Etats du Royaume,
parce que c'eft fur ces trois fondemens que
l'autorité Royale eſt établie , firent la feconde
Entrée. Les quatre coins de cet Autel
fe terminoient en têtes de Lion, au lieu des
têtes de Belier que les Anciens leur donnoient
, les pieds qui foutenoient cet Autel
avoient auffi des pattes de Lion , pour faire
allufion au nom de la Ville qui dreffoit cet
Autel à l'honneur de Louis Augufte .
L'Amour fit la troifiéme Entrée , d'abord
il fit des Pas d'aveugle , avec fon bandeau
fur les yeux qu'il arracha lui même & récita
ces vers.
JUIN.
$745. 139
Mettons bas mon bandeau pour connoître LOUIS,
Ah! que mes yeux font éblouis
Dés éclairs que les fiens répandent fur la terre
Tout tremble à ces regards qui font un fi grand
jour ,
Mais il faut qu'à la fin le flambeau de la guerre
Cede un peu de lumiere à celui de l'Amour .
Je lui veux immoler les coeurs de fes Sujets ,
Je borne là tous mes projets ,
Jufqu'à ce qu'une Epoufe ait part au Diadême ,
Les Graces & les Ris attendent ce moment ;
Maintenant la victoire eft la beauté qu'il aime ,
Et la Nimphe volage en a fait ſon amant.
L'Amour du feu de fon flambeau alluma
celui de l'Autel , en même- tems toutes les
Urnes des Héros dont les cendres repofoient
dans le Temple de la Gloire s'allumerent
d'un feu nouveau , lorfque les Provinces
du Royaume , conduites par la Fidélité
, apporterent leurs coeurs , comme autant
de victimes deſtinées à l'Autel de Louis
= Augufte; la Fidelité les ayant reçûs de leurs
mains , les immola elle même , tandis que
toutes ces Provinces danfoient à l'entour
de l'Autel, fuivant l'ufage des Anciens. Des
Vautours qui repréfentoient les guerres
viles , vinrent pour enlever ces coeurs facrifiés
, mais un Lion fortant de deffous
ci140
MERCURE DE FRANCE.
l'Autel , les mit en fuite , & ce fût la cin
quiéme Entrée. Ce Lion vainqueur des
Vautours , offrit lui- même fon coeur à la
Fidelité , pour en faire un facrifice à l'Autel
de Louis Augufte, mais à peine fut- il expofé
au Feu facré, que fe changeant tout d'un coup
en une Couronne de fleurs de lys , la Fidé
lité en couronna le Lion , couché au pied
de l'Autel , pour repréfenter le Chef des
Armoiries de la Ville de Lyon , qui eſt d'azur
à trois fleurs de lys d'or , fur un Lion
de Gueules , dans un champ d'argent. La
Fidelité en le couronnant, récita ce Sonnet.
Fidéle défenfeur des droits de la Couronne
Et généreux appui du Trône des François
Confacre ta valeur aux Lys que tu reçois
Et conferve le rang que la gloire te donne .
Il faudra qu'à la fin la révolte abandonne
Les tragiques deffeins qui renverfent mes Loix ,
Tandis que tu verras le plus grand de nos Rois
Te couvrir de Lauriers que fa main nous moiffonne .
Il vient récompenfer cette noble fierté ,
Qui fait voir dans tes yeux ta générosité ,
Tandis que de ton coeur tu fais une victime .
•Immole donc ce coeur au pied de cet Autel ,
LOUIS en acceptant un don fi légitime ,
Te donnera le fren pour te rendre iminortel.
les Ballets
Nous avons promis des exemples , il faut
acquitter notre parole , avant que de frapper
les grands coups contre la Monotonic
muette des Danfes qui regnent aujourd'hui
fur le Théatre de l'Opera.
Les exemples perfuadent fouvent mieux
que les raifonnemens les plus Géomètri
ques , nous ne chercherons pas ces
exemples dans les Ballets danſés devant
Pericles ou devant Augufte ; nous donnerons
l'idée d'un Ballet exécuté au paffage
de Louis XIV. à Lyon en 1658.
Le fujet étoit l'Autel de Lyon confacré à
Louis Augufte, & placé dans le Temple de la
Gloire. Le fujet de cette action étoit tiré du
JUIN. 1745. 137
quatriéme Livre de Strabon , qui dit que
tous les peuples des Gaules ayant décerné un
Temple à Augufte , on le bâtit dans Lyon
au confluent du Rhône & de la Saonne, que
l'Autel en étoit célébre pour les images
& l'infcription de foixante Nations qui
avoient fait dreffer ce Temple.
Suetone dit que l'Empereur Claude naquit
à Lyon le premier jour du mois d'Août
qui étoit le jour de la Dédicace de l'Autel
confacré à Augufte. Claudius natus eft fulio
Antonio& Fabio Africano Coff. Calendis Au
gufti ,teo ipfo die quo primum ara ibi Augufto
dedicata eft. Juvenal , Dion Caffius & plu
fieurs autres Auteurs ont parlé de cet Autel.
Les Temples & les Autels des Anciens
étoient destinés à trois ufages, aux Sacrifices
qu'on offroit aux Dieux , aux depoüilles
des ennemis qu'on y appendoit , & anx
Oracles qui s'y rendoient ; c'eſt ce qui fait
la divifion des trois parties du Ballet ingegenieux
& fçavant, imaginé à la Gloire de
Louis XIV .
L'Immortalité en fit l'ouverture; elle étoit
vetuë d'amaranthe , qui eft la couleur des
fleurs immortelles , fa couronne étoit com
pofée d'Etoiles qui font les feux immortels
, fon char étoit fait en Phenix , qui eft
l'oiſeau immortel , & il étoit tiré par les
38 MERCURE DE FRANCE .
deux Ourfes célettes , qui font les deux
Conſtellations , qui ne fe couchent point
pour nous.
la
La Vertu marchoit devant l'Immortalité
, comme le guide le plus für pour
trouver , & elle étoit fuivie par la Gloire,
digne récompenfe des Heros .
Les quatre parties du Monde firent la
premiere Entrée dans le Temple même de
la Gloire , dont elles s'étonnerent de voir
les ornemens négligés , & les images des
Heros prefque effacées , une Danfe caracterifée
marqua leur étonnement & la douleur
que leur caufoit ce Spectacle.
La Religion , la Nobleffe & la Juſtice ,
répréfentans les trois Etats du Royaume,
parce que c'eft fur ces trois fondemens que
l'autorité Royale eſt établie , firent la feconde
Entrée. Les quatre coins de cet Autel
fe terminoient en têtes de Lion, au lieu des
têtes de Belier que les Anciens leur donnoient
, les pieds qui foutenoient cet Autel
avoient auffi des pattes de Lion , pour faire
allufion au nom de la Ville qui dreffoit cet
Autel à l'honneur de Louis Augufte .
L'Amour fit la troifiéme Entrée , d'abord
il fit des Pas d'aveugle , avec fon bandeau
fur les yeux qu'il arracha lui même & récita
ces vers.
JUIN.
$745. 139
Mettons bas mon bandeau pour connoître LOUIS,
Ah! que mes yeux font éblouis
Dés éclairs que les fiens répandent fur la terre
Tout tremble à ces regards qui font un fi grand
jour ,
Mais il faut qu'à la fin le flambeau de la guerre
Cede un peu de lumiere à celui de l'Amour .
Je lui veux immoler les coeurs de fes Sujets ,
Je borne là tous mes projets ,
Jufqu'à ce qu'une Epoufe ait part au Diadême ,
Les Graces & les Ris attendent ce moment ;
Maintenant la victoire eft la beauté qu'il aime ,
Et la Nimphe volage en a fait ſon amant.
L'Amour du feu de fon flambeau alluma
celui de l'Autel , en même- tems toutes les
Urnes des Héros dont les cendres repofoient
dans le Temple de la Gloire s'allumerent
d'un feu nouveau , lorfque les Provinces
du Royaume , conduites par la Fidélité
, apporterent leurs coeurs , comme autant
de victimes deſtinées à l'Autel de Louis
= Augufte; la Fidelité les ayant reçûs de leurs
mains , les immola elle même , tandis que
toutes ces Provinces danfoient à l'entour
de l'Autel, fuivant l'ufage des Anciens. Des
Vautours qui repréfentoient les guerres
viles , vinrent pour enlever ces coeurs facrifiés
, mais un Lion fortant de deffous
ci140
MERCURE DE FRANCE.
l'Autel , les mit en fuite , & ce fût la cin
quiéme Entrée. Ce Lion vainqueur des
Vautours , offrit lui- même fon coeur à la
Fidelité , pour en faire un facrifice à l'Autel
de Louis Augufte, mais à peine fut- il expofé
au Feu facré, que fe changeant tout d'un coup
en une Couronne de fleurs de lys , la Fidé
lité en couronna le Lion , couché au pied
de l'Autel , pour repréfenter le Chef des
Armoiries de la Ville de Lyon , qui eſt d'azur
à trois fleurs de lys d'or , fur un Lion
de Gueules , dans un champ d'argent. La
Fidelité en le couronnant, récita ce Sonnet.
Fidéle défenfeur des droits de la Couronne
Et généreux appui du Trône des François
Confacre ta valeur aux Lys que tu reçois
Et conferve le rang que la gloire te donne .
Il faudra qu'à la fin la révolte abandonne
Les tragiques deffeins qui renverfent mes Loix ,
Tandis que tu verras le plus grand de nos Rois
Te couvrir de Lauriers que fa main nous moiffonne .
Il vient récompenfer cette noble fierté ,
Qui fait voir dans tes yeux ta générosité ,
Tandis que de ton coeur tu fais une victime .
•Immole donc ce coeur au pied de cet Autel ,
LOUIS en acceptant un don fi légitime ,
Te donnera le fren pour te rendre iminortel.
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Résumé : TROISIEME suite des Réflexions sur les Ballets.
En 1658, lors du passage de Louis XIV à Lyon, un ballet intitulé 'L'Autel de Lyon consacré à Louis Auguste' fut exécuté. Ce ballet s'inspirait du quatrième livre de Strabon ainsi que des écrits de Suétone, Juvenal et Dion Cassius. Il mettait en scène un autel célèbre situé au confluent du Rhône et de la Saône, dédié par soixante nations. Le ballet se structurait en trois parties, illustrant les usages anciens des temples et autels : les sacrifices aux dieux, les dépouilles des ennemis et les oracles. La première partie débutait avec l'Immortalité, suivie de la Vertu et de la Gloire. Les quatre parties du monde entraient ensuite, exprimant leur surprise devant l'état délabré du temple. Dans la deuxième partie, la Religion, la Noblesse et la Justice, représentant les trois états du royaume, faisaient leur entrée. L'Amour, d'abord aveuglé puis éclairé, récitait un poème en l'honneur de Louis XIV. Les provinces du royaume, guidées par la Fidélité, offraient leurs cœurs en sacrifice. Un lion chassait ensuite les vautours symbolisant les guerres viles et offrait son cœur, transformé en une couronne de fleurs de lys, à la Fidélité. Cette dernière couronnait le lion, représentant les armoiries de Lyon, et récitait un sonnet célébrant la fidélité et la royauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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380
p. 164-170
QUATRIEME suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
Nous allons achever la description du Balet dansé devant Louis XIV. à Lyon, [...]
Mots clefs :
Louis Auguste, Autel, Gloire, Héros, Entrée, Récit, Lauriers, Roi, Conquérant, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : QUATRIEME suite des réflexions sur les Ballets.
QUATRIEME fuite des réflexions fur
les Ballets.
Ous allons achever la defcription du
N Balet danfe devant Louis XIV . à Lyon,
duquel nous avons parlé dans le premier volume
de ce mois.
La Ville de Lyon vient être la veftale
pour conferver le feu facré de l'autel confacré
à Louis Augufte. Elle commence´la´fixiéme
entrée par ce récit.
Je dois ma premiere origine
Au fiécle glorieux des Céfars couronnés,
Et tous les peuples étonnés
M'ont vû fortir deux fois d'une trifte ruines
La querelle de deux * rivaux
Devint la caufe de mes maux.
Leur fureur n'épargna ni Temple ni Portique ,
Et par cette fatalité
Ilne me reste plus d'antique
Que le gage éternel de ma fidélité,
La feconde partie pour les dépouilles confacrées
à l'autel de Louis Augufte fit d'abord
paroître la gloire affife fur un Trône
dont toutes les marches étoient terminées
par des lions accroupis , & veillans comme
* Albin & Severe .
JUIN.
165
1745 .
ceux du Trône de Salomon : ce fut la Gloire
qui fit ce ré cit.
Sortez de vos Palais & quittez vos baluftres,
Idoles de la majeſté ,
Venez apprendre ici de quelle autorité
Se fervent les ames illuftres,
On cultive plus de lauriers
Dans les plaines de Mars & dans les champs guer
riers
Que dans loifiveté d'une Cour pacifique :
Le fer a plus rendu de Princes immortels ,
Que l'or dont ils ſe font un orgueil magnifique”,
Et l'encens qui noircit tous les jours leurs autels :
Ce n'eft pas des Héros peints dans leurs Galeries
Qu'ils apprennent à triompher ;
Un Roi doit préferer la pouffiére & le fer
Aux dorures des Tuilleries ,
Les combats de Fontainebleau
Et l'ennemi vaincu dans un coin de tableau
Sont de belles leçons pour un Prince en peinture.
Pour former un Héros , pour faire un Conquerant
Il faut comme Louis prendre d'autres meſures
Et mériter l'honneur que la gloire lui rend .
A la premiere entrée de cette feconde
partie les Elémens vinrent s'offrir à Louis
Augufte pour le fervir dans les combats &
166 MERCURE DE FRANCE.
lui jurerent fur fon autel une fidélité inviolable.
Premier récit
LE FEU .
Je veux fervir avec chaleur
Ce Conquérant dont la valeur
Et la feule gloire m'allume ,
Pour lui mon zéle eft évident ;
Je ne tiens pas fecret le feu qui me confume ,
Et de fes ferviteurs je fuis le plus ardent,
L'AIR.
Rien ne peut refifter à ma légereté ,
Tout foible que je fuis , je gronde je tempête ,
Pour peu que je fois irrité
Il n'eft point de laurier qui ne baiſſe la tête :
Je fuis vos étendars , je les enfle ſouvent
Vos ennemis jaloux admirent mes foupleffes ,
Fiez -vous donc à mes promeffes ,
Quoiqu'elles ne foient que du vent.
L'E A U.
Vous voyez le fond de mon coeur
Je ne vous cele rien , mon ame est toute claire ,
Et bien que le dehors ne montre que froideur ,
Je brule inceffamment du defir de vous plaire ;
J'offre à ce deffein tous mes bras
Pour vous fervir dans vos combats ,
Et je veux vous donner des preuves de mon zéle
Je vais faire pour vous de glorieux efforts
Je remue , il eft vrai , mais je fuis fi fidelle
"
JUI N..
167 1745.
Queje garde un rempart lors même que je dors.
LA TERRE.
Pour moije foutiens yos guerriers ,
Et de tous vos fujets vous voyez le plus ferme
Pour vous je m'épuife en lauriers ,
C'eft pour vous que la palme germe ,
Je viens pour vous en couronner ,
Mais je me plains ſouvent à l'aftre qui m'éclaire ,
De voir que nous foyons plus tardifs à les faire
Que vos mains à les moiffonner.
Enfuite des Villes nouvellement conquifes
viennent chargées de chaines au pied de
l'autel de Louis Augufte, où brifant ces chaines
elles en font des trophées & fe réjouiffent
d'être foumifes à ce Conquérant. Ces
Villes devenues Françoifes compofent la
feconde entrée.
La Flandre & la Lombardie furieuſes &
échevelées fremiffent en voyant ces chaines
attachées à l'autel de Louis Augufte ; elles
s'éforcent en vain de les arracher & de renverfer
l'autel ; leurs efforts impuiffans les
obligent d'avoir recours à la fiévre qui met
les humeurs en querelle , elles fe combattent
, l'autel tremble & ces funeftes mouvemens
occupent la troifiéme, la quatrième
& la cinquiéme entrée,
La fixiéme fut celle de la France languif
fante pendant la maladie dangereuſe dont
168 MERCURE DE FRANCE .
Louis XIV. fut atteint au Fort de Mardich
après fes Victoires éclatantes. La jeuneſſe
vint à fon fecours , chaffa la fiévre , réconcilia
les humeurs , & rétablit les eſpérances
de la France , qui fit ce récit.
LA FRANCE.
Heureux événement qui contre mon attente
Retire du cercueil la Majefté mouraste ,
Tu diffipes ma crainte , & me fais reſpirer
En me rendant un Roi qui me fait révérer :
Je ne voyois par- tout que des Palmes féchées
Des Lauriers prefque morts , & des fleurs arrachées;
La gloire travailloit à lui faire un Tombeau ,
Et le jour n'éclairoit que d'un trifte flambeau ,
Tandis que mon Héros d'un air doux & tranquile
Quittoit fans s'émouvoir cette Pompe fragile ,
Et Monarque intrépide en ce dernier effort
Vainquoit fes ennemis , & défioit la mort.
En ce moment fatal ce Héros invincible!
Demeuroit encor ferme , & fe rendoit terrible :
Sa vigueur défaillante animoit les foldats
Donnoit le mouvement & la force à leurs bras ;
Etendu dans fon lit fans Sceptre ni Couronne
Il confervoit les droits que la Pourpre lui donne ,
Rien ne pût l'ébranler , & ce lys abattu ,
Tout pâle & languiffant retenoit fa vertu.
Ainfi l'aftre du jour voit mourir fa lumiere ,
Sans manquer d'un feul pas à fa jufte carriere ,
D'un
JUIN
1745. 169
!
D'un mouvement égal il marche à fon tombeau,
Et voit d'un oeil ouvert éteindre fon flambeau ,
Tandis qu'avec cent feux dans la voûte céleſte ,
La nuit fuit fon cercueil fous un voile funefte :
Ma Reine en ce moment cédoit à fes douleurs ,
Et l'aurore jamais ne verfa tant de pleurs ;
D'un regard languiffant , d'une lumiere fombre
Elle voyoit mon Roi qui n'étoit plus qu'une ombre;
La fortune en déſordre & la victoire en deuil
Pour un Arc de Triomphe élevoient un cercueil ,
Les Drapeaux déployés , & les Piques baiffées
Alloient bien-tôt ſe joindre aux armes renverſées ,
Et fi l'on arrachoi : des Palmes aux Flamans ,
C'étoit pour couronner de triftes monumens ;
La gloire d'autre part confuſe & gémiſſante ,
Survivoit à regret à la valeur mourante ;
Les graces & l'amour pleuroient ce Conquérant ,
Et tout dans la nature étoit mort ou mourant :
Moi d'un torrent de pleurs & de larmes trempée ,
J'expirois en baiſant ſa main & ſon épée ,
Quand le Ciel attendri le rendit a mes voeux
Et pour le conferver employa tous fes feux.
Du coeur de mon Héros une flamme plus forte
Sortit pour ranimer la Pourpre déja morte ;
Il reprit fa vigueur & ce nouvel effort
Son triomphe augmenta de celui de la mort.
Graces aux Immortels cette feconde vie
De combien de fuccès fera-t- elle fuivie ?
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Je verrai ſa valeur malgré ſes ennemis
Le faire reſpecter par cent Peuples foumis.
Autour de ce Héros cent Provinces captives
Quitteront leurs lauriers pour prendre ſes olives ,
Tandis que je ferai des cours de ſes Sujets
Des victimes d'amour & des Trônes de Paix .
Ce récit funébre , & le trifte tableau
des quatre dernieres entrées offert en 1658,
nous rappelle affés exactement celui qui a
tant effrayé la France en 1744 , lorfque le
Roi fut attaqué d'une fi dangereufe maladie
dans la Ville de Metz.
les Ballets.
Ous allons achever la defcription du
N Balet danfe devant Louis XIV . à Lyon,
duquel nous avons parlé dans le premier volume
de ce mois.
La Ville de Lyon vient être la veftale
pour conferver le feu facré de l'autel confacré
à Louis Augufte. Elle commence´la´fixiéme
entrée par ce récit.
Je dois ma premiere origine
Au fiécle glorieux des Céfars couronnés,
Et tous les peuples étonnés
M'ont vû fortir deux fois d'une trifte ruines
La querelle de deux * rivaux
Devint la caufe de mes maux.
Leur fureur n'épargna ni Temple ni Portique ,
Et par cette fatalité
Ilne me reste plus d'antique
Que le gage éternel de ma fidélité,
La feconde partie pour les dépouilles confacrées
à l'autel de Louis Augufte fit d'abord
paroître la gloire affife fur un Trône
dont toutes les marches étoient terminées
par des lions accroupis , & veillans comme
* Albin & Severe .
JUIN.
165
1745 .
ceux du Trône de Salomon : ce fut la Gloire
qui fit ce ré cit.
Sortez de vos Palais & quittez vos baluftres,
Idoles de la majeſté ,
Venez apprendre ici de quelle autorité
Se fervent les ames illuftres,
On cultive plus de lauriers
Dans les plaines de Mars & dans les champs guer
riers
Que dans loifiveté d'une Cour pacifique :
Le fer a plus rendu de Princes immortels ,
Que l'or dont ils ſe font un orgueil magnifique”,
Et l'encens qui noircit tous les jours leurs autels :
Ce n'eft pas des Héros peints dans leurs Galeries
Qu'ils apprennent à triompher ;
Un Roi doit préferer la pouffiére & le fer
Aux dorures des Tuilleries ,
Les combats de Fontainebleau
Et l'ennemi vaincu dans un coin de tableau
Sont de belles leçons pour un Prince en peinture.
Pour former un Héros , pour faire un Conquerant
Il faut comme Louis prendre d'autres meſures
Et mériter l'honneur que la gloire lui rend .
A la premiere entrée de cette feconde
partie les Elémens vinrent s'offrir à Louis
Augufte pour le fervir dans les combats &
166 MERCURE DE FRANCE.
lui jurerent fur fon autel une fidélité inviolable.
Premier récit
LE FEU .
Je veux fervir avec chaleur
Ce Conquérant dont la valeur
Et la feule gloire m'allume ,
Pour lui mon zéle eft évident ;
Je ne tiens pas fecret le feu qui me confume ,
Et de fes ferviteurs je fuis le plus ardent,
L'AIR.
Rien ne peut refifter à ma légereté ,
Tout foible que je fuis , je gronde je tempête ,
Pour peu que je fois irrité
Il n'eft point de laurier qui ne baiſſe la tête :
Je fuis vos étendars , je les enfle ſouvent
Vos ennemis jaloux admirent mes foupleffes ,
Fiez -vous donc à mes promeffes ,
Quoiqu'elles ne foient que du vent.
L'E A U.
Vous voyez le fond de mon coeur
Je ne vous cele rien , mon ame est toute claire ,
Et bien que le dehors ne montre que froideur ,
Je brule inceffamment du defir de vous plaire ;
J'offre à ce deffein tous mes bras
Pour vous fervir dans vos combats ,
Et je veux vous donner des preuves de mon zéle
Je vais faire pour vous de glorieux efforts
Je remue , il eft vrai , mais je fuis fi fidelle
"
JUI N..
167 1745.
Queje garde un rempart lors même que je dors.
LA TERRE.
Pour moije foutiens yos guerriers ,
Et de tous vos fujets vous voyez le plus ferme
Pour vous je m'épuife en lauriers ,
C'eft pour vous que la palme germe ,
Je viens pour vous en couronner ,
Mais je me plains ſouvent à l'aftre qui m'éclaire ,
De voir que nous foyons plus tardifs à les faire
Que vos mains à les moiffonner.
Enfuite des Villes nouvellement conquifes
viennent chargées de chaines au pied de
l'autel de Louis Augufte, où brifant ces chaines
elles en font des trophées & fe réjouiffent
d'être foumifes à ce Conquérant. Ces
Villes devenues Françoifes compofent la
feconde entrée.
La Flandre & la Lombardie furieuſes &
échevelées fremiffent en voyant ces chaines
attachées à l'autel de Louis Augufte ; elles
s'éforcent en vain de les arracher & de renverfer
l'autel ; leurs efforts impuiffans les
obligent d'avoir recours à la fiévre qui met
les humeurs en querelle , elles fe combattent
, l'autel tremble & ces funeftes mouvemens
occupent la troifiéme, la quatrième
& la cinquiéme entrée,
La fixiéme fut celle de la France languif
fante pendant la maladie dangereuſe dont
168 MERCURE DE FRANCE .
Louis XIV. fut atteint au Fort de Mardich
après fes Victoires éclatantes. La jeuneſſe
vint à fon fecours , chaffa la fiévre , réconcilia
les humeurs , & rétablit les eſpérances
de la France , qui fit ce récit.
LA FRANCE.
Heureux événement qui contre mon attente
Retire du cercueil la Majefté mouraste ,
Tu diffipes ma crainte , & me fais reſpirer
En me rendant un Roi qui me fait révérer :
Je ne voyois par- tout que des Palmes féchées
Des Lauriers prefque morts , & des fleurs arrachées;
La gloire travailloit à lui faire un Tombeau ,
Et le jour n'éclairoit que d'un trifte flambeau ,
Tandis que mon Héros d'un air doux & tranquile
Quittoit fans s'émouvoir cette Pompe fragile ,
Et Monarque intrépide en ce dernier effort
Vainquoit fes ennemis , & défioit la mort.
En ce moment fatal ce Héros invincible!
Demeuroit encor ferme , & fe rendoit terrible :
Sa vigueur défaillante animoit les foldats
Donnoit le mouvement & la force à leurs bras ;
Etendu dans fon lit fans Sceptre ni Couronne
Il confervoit les droits que la Pourpre lui donne ,
Rien ne pût l'ébranler , & ce lys abattu ,
Tout pâle & languiffant retenoit fa vertu.
Ainfi l'aftre du jour voit mourir fa lumiere ,
Sans manquer d'un feul pas à fa jufte carriere ,
D'un
JUIN
1745. 169
!
D'un mouvement égal il marche à fon tombeau,
Et voit d'un oeil ouvert éteindre fon flambeau ,
Tandis qu'avec cent feux dans la voûte céleſte ,
La nuit fuit fon cercueil fous un voile funefte :
Ma Reine en ce moment cédoit à fes douleurs ,
Et l'aurore jamais ne verfa tant de pleurs ;
D'un regard languiffant , d'une lumiere fombre
Elle voyoit mon Roi qui n'étoit plus qu'une ombre;
La fortune en déſordre & la victoire en deuil
Pour un Arc de Triomphe élevoient un cercueil ,
Les Drapeaux déployés , & les Piques baiffées
Alloient bien-tôt ſe joindre aux armes renverſées ,
Et fi l'on arrachoi : des Palmes aux Flamans ,
C'étoit pour couronner de triftes monumens ;
La gloire d'autre part confuſe & gémiſſante ,
Survivoit à regret à la valeur mourante ;
Les graces & l'amour pleuroient ce Conquérant ,
Et tout dans la nature étoit mort ou mourant :
Moi d'un torrent de pleurs & de larmes trempée ,
J'expirois en baiſant ſa main & ſon épée ,
Quand le Ciel attendri le rendit a mes voeux
Et pour le conferver employa tous fes feux.
Du coeur de mon Héros une flamme plus forte
Sortit pour ranimer la Pourpre déja morte ;
Il reprit fa vigueur & ce nouvel effort
Son triomphe augmenta de celui de la mort.
Graces aux Immortels cette feconde vie
De combien de fuccès fera-t- elle fuivie ?
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Je verrai ſa valeur malgré ſes ennemis
Le faire reſpecter par cent Peuples foumis.
Autour de ce Héros cent Provinces captives
Quitteront leurs lauriers pour prendre ſes olives ,
Tandis que je ferai des cours de ſes Sujets
Des victimes d'amour & des Trônes de Paix .
Ce récit funébre , & le trifte tableau
des quatre dernieres entrées offert en 1658,
nous rappelle affés exactement celui qui a
tant effrayé la France en 1744 , lorfque le
Roi fut attaqué d'une fi dangereufe maladie
dans la Ville de Metz.
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Résumé : QUATRIEME suite des réflexions sur les Ballets.
Le texte décrit un ballet exécuté devant Louis XIV à Lyon, célébrant la conservation du feu sacré de l'autel royal. La sixième entrée de ce ballet narre les origines de Lyon et les épreuves subies à cause d'une querelle entre deux rivaux. La Gloire, entourée de lions, symbolise la majesté et l'autorité du roi. Les éléments naturels (Feu, Air, Eau, Terre) jurent fidélité à Louis XIV et lui offrent leur soutien. Des villes récemment conquises se soumettent au roi en brisant leurs chaînes, tandis que la Flandre et la Lombardie tentent vainement de résister, illustrant ainsi la puissance royale. La sixième entrée montre également la France affaiblie lors de la maladie de Louis XIV au fort de Mardick, mais la jeunesse rétablit les espoirs du royaume. La France exprime sa gratitude pour le rétablissement du roi, soulignant son courage. Une scène dramatique décrit une femme observant le roi réduit à une ombre, entouré de signes de deuil. La Fortune et la Victoire sont en désordre, remplacées par des cercueils et des monuments tristes. La Gloire et les Grâces pleurent le conquérant, et la nature semble mourir. La narratrice, en larmes, embrasse la main et l'épée du roi. Le ciel intervient alors pour redonner vie au roi, qui retrouve sa vigueur et son triomphe. Le texte évoque les futures victoires du roi, respecté par cent peuples soumis, et les provinces captives abandonnant leurs lauriers pour ses olives. La narratrice se voit comme une souveraine aimée et pacifique. Le récit mentionne une entrée funèbre en 1658 et une grave maladie du roi à Metz en 1744, qui avait terrifié la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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381
p. 143-151
CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
Début :
La septiéme entrée fut celle de l'adresse qui amena les Arts pour travailler à la gloire de [...]
Mots clefs :
Gloire, Louis Auguste, Autel, Lustre, Yeux, Héros, Victoire, Paix, Ballet, Éclat, Lyon, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
CINQUIEME fuite des reflexions fun.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
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Résumé : CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
Le texte décrit des célébrations honorant les exploits de Louis XV et de Louis XIV. Pour Louis XV, les Ballets mettent en avant les arts au service de sa gloire, notamment après une victoire en Flandre. Une dispute d'éloquence évoque les quatre périodes de la vie de Louis XIV, alors âgé de 20 ans : sa naissance et ses premières années, son accession au trône et ses premières victoires militaires, sa majorité marquée par l'apaisement des troubles civils, et enfin ses sacres et victoires, soulignant son rôle de conquérant et de pacificateur. La célébration de Louis XV met en lumière ses victoires militaires en Espagne et la soumission des places fortes, comparées aux exploits antiques. Un ballet grandiose à Lyon rend hommage à Louis XV, avec des fondateurs de grandes monarchies admirant ses trophées et reconnaissant sa suprématie. Ce ballet inclut des allégories et des personnages mythologiques tels que Jupiter, Mars, Neptune et Minerve, symbolisant la paix et la transformation des armes en instruments agricoles. Les treize prédécesseurs de Louis XIV participent également, témoignant de la gloire de Louis XV. Le Père Ménestrier, responsable du ballet, s'est inspiré des écrits anciens sur la danse théâtrale pour enrichir sa création, contrastant avec les danses modernes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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382
p. 143-148
Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les exemples quand on veut instuire ; ils ont ordinairement [...]
Mots clefs :
Ballets, Ballet, Sujets, Apparence, Mensonges, Tableaux, Grâces, Vérité, Tromperies
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texteReconnaissance textuelle : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Sixième ſuite des réflexionsfur les Ballets.
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
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Résumé : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Le texte discute de l'importance des exemples concrets dans l'instruction à travers les ballets. Il mentionne un ballet exécuté à Turin en 1634 pour célébrer la naissance du Cardinal de Savoie, intitulé 'La verita nemica della apparensa, fol Jenata dal tempo' (La vérité ennemie des apparences soutenue par le temps). Ce ballet commence par un chœur représentant des faux bruits et des soupçons, incarnés par des personnes vêtues en coqs et poules. Ensuite, divers mensonges sont illustrés par des costumes allégoriques. Le temps, symbolisé par une grande horloge, chasse les apparences trompeuses pour révéler la vérité. Le texte critique les tableaux grotesques du ballet, suggérant qu'ils ne devraient pas dominer le spectacle et que des éléments plus gracieux doivent être intégrés. Il aborde également les différents types de sujets pour les ballets, les classant en trois catégories : les sujets tirés de la fable, de l'histoire et les sujets imaginés. Metellus de Natali Roma décrit les ballets comme des œuvres vivantes imitant les actions humaines à travers des décors, des masques, des habits, des paroles et des gestes. Le texte cite des exemples de sujets de ballets inspirés de poèmes épiques, tels que ceux de l'Arioste, de Virgile et d'Homère, qui offrent des personnages et des histoires adaptés aux représentations théâtrales.
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383
p. 182-185
SEPTIÉME suite des reflexions sur les Ballets.
Début :
L'année 1628 les Pensionnaires du Collége de la Ville de Reims danserent un [...]
Mots clefs :
Géants, Tour noire, Lindamor, Épée, Cloridan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEPTIÉME suite des reflexions sur les Ballets.
SEPTIEME fuite des reflexions fur les
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
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Résumé : SEPTIÉME suite des reflexions sur les Ballets.
En 1628, les Pensionnaires du Collège de la Ville de Reims organisèrent un ballet célébrant la réduction de La Rochelle. L'intrigue, tirée d'un ancien roman, narrait la conquête du Char de la Gloire par Théandre. Les Géants de la tour noire défiaient les Chevaliers errants pour obtenir ce char. Lindamor, voulant punir les Géants, partit avec trois amis mais fut arrêté par des enchantements. Avec l'aide de Caspis, un berger magicien, Lindamor libéra ses compagnons et planifia sa vengeance. Ils découvrirent que seule l'épée de Cloridan pouvait vaincre les Géants, gardée par un dragon. Caspis endormit le dragon, permettant à Théandre, informé par la Renommée, de récupérer l'épée et de vaincre les Géants. Théandre captura ainsi le Char de la Gloire. Cette histoire est une allégorie de la prise de La Rochelle, où Théandre représente Louis XIII, Caspis le cardinal de Richelieu, Lindamor Henri III, et l'épée de Cloridan symbolise celle du Grand Clouis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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384
p. 145-148
Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Début :
Si l'Allegorie régne heureusement dans plusieurs de nos anciens Ballets, nous [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Auteur, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Huitièmeſuitedes Réflexions ſur les Ballets.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
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Résumé : Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Le texte 'Réflexions sur les Ballets' présente un ballet moderne intitulé 'Les Amours déguisés', qui explore les sentiments déguisés de l'amour passion, un thème courant chez les femmes. Contrairement aux anciens ballets où les Amours personnifiés étaient présents, ce ballet utilise des artifices pour manifester l'amour sous différentes formes. Le ballet est structuré en plusieurs entrées. La première met en scène Phætuse, fille du Soleil, qui dissimule son amour pour Diomède sous une apparence de haine. La deuxième entrée raconte l'histoire d'Enone, une nymphe du Mont Ida, qui cache son amour pour Paris sous une amitié feinte. La troisième entrée illustre l'amour sous le nom de l'estime, avec la princesse Julie, fille d'Auguste, qui finit par reconnaître son amour pour Ovide. Lors de la première représentation, le ballet a été critiqué pour sa simplicité, mais le succès auprès du public a contredit ces critiques. La première a eu lieu en présence de la jeune cour, incluant le Roi d'Angleterre, le Duc d'Orléans, le Duc de Berry et la Duchesse de Berry, qui ont assisté à une partie de l'opéra après un souper. La même soirée a également vu la présentation d'une pièce de l'auteur à la Foire S. Laurent, démontrant ainsi sa capacité à divertir deux publics différents en une seule journée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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385
p. 153-157
Neuviéme suite des Reflexions sur les Ballets.
Début :
Nous avons un Ballet plus récent du même Auteur, intitulé les Fêtes Grecques & [...]
Mots clefs :
Ballet, Apollon, Danse, Roi, Muse, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Neuviéme suite des Reflexions sur les Ballets.
Neuvième ſuite des Reflexions ſur les Ballets.
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
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Résumé : Neuviéme suite des Reflexions sur les Ballets.
Le texte décrit le ballet 'Fêtes Grecques et Romaines', composé par M. Collin de Blamont, surintendant de la musique de la chambre du roi. Le prologue du ballet se déroule dans une grande place magnifiquement décorée, avec un Temple de Mémoire orné de statues de grands hommes et d'inscriptions à leur louange. Clio, muse de l'histoire, sollicite l'aide des élèves d'Érato, muse de la musique, pour célébrer les héros historiques. Apollon apparaît ensuite pour souligner l'importance de la danse dans ce spectacle. Terpsichore, muse de la danse, entre avec ses élèves, chacun vêtu différemment, et exécute une chaconne variée exprimant diverses passions. Apollon et Érato célèbrent ensuite les talents des danseurs. Initialement, le ballet avait failli être rejeté lors de la dernière répétition, mais il a finalement connu un grand succès grâce à des danseuses telles que Mlle. Camargo, Mlle. Barbarine et Mlle. Cauchois. Une anecdote mentionne que le ballet était initialement prévu pour le théâtre du Louvre, avec Louis XV devant incarner Auguste lors des Saturnales. Cependant, il fut décidé que le roi ne participerait plus à des divertissements frivoles, marquant ainsi le début de sa carrière illustre.
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386
p. 167-171
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Début :
Le Mardi I. Mars, les Comédiens François représenterent sur le Théatre du Château [...]
Mots clefs :
Théâtre du château, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Reine, Concert, Prologue, Ballet, Musique, Messe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
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Résumé : COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Du 1er au 26 mars 1746, la cour a accueilli une série de spectacles et de concerts. Les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces : 'Mercure et le Galant Jardinier' le 1er mars, 'Rodogune et le Port de Mer' le 8 mars, 'L'Enfant Prodigue et l'Ami de tout le monde' le 15 mars, et 'Polyeucte et l'Impromptu de Campagne' le 22 mars. Les Comédiens Italiens ont également offert des représentations avec 'Les Contretemps' le 2 mars, 'Les Folies de Coraline' le 9 mars, et 'Les Deux Anneaux Magiques' le 16 mars. M. Benoît a interprété plusieurs psaumes lors des messes royales. Le 17 mars, le ballet 'Le Séjour de la Félicité' a été exécuté aux Grandes Écuries. Le 23 mars, M. Camus, page de la musique du roi, a interprété un motet de sa composition. Divers concerts et divertissements ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra 'Marsyas' et du ballet 'Les Éléments'. Le 14 février, les pages de la reine ont organisé un bal qui a été bien accueilli par la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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387
p. 156-167
Extrait du Ballet de la Félicité [titre d'après la table]
Début :
Nous avons promis le mois passé de parler du Ballet de la Félicité ; en voici un [...]
Mots clefs :
Amour, Félicité, Hébé, Ballet, Cour, Dieu, Aristée, Jeunesse, Art, Fête, Divertissement, Philonide, Mercure, Nymphes
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Ballet de la Félicité [titre d'après la table]
Nous avons promis le mois paſſé deparler
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple.
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrés Philonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms & des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépoſitaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t- elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idée
qu'on a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
Sans le chercher ni l'attendre :
Il n'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
leſtdéja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle àleurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebépart ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne àla tendreHébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris devoir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
Koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Auguſte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans les jeuxRomains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguftales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes .
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à ſon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple.
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrés Philonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms & des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépoſitaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t- elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idée
qu'on a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
Sans le chercher ni l'attendre :
Il n'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
leſtdéja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle àleurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebépart ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne àla tendreHébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris devoir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
Koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Auguſte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans les jeuxRomains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguftales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes .
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à ſon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
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Résumé : Extrait du Ballet de la Félicité [titre d'après la table]
Le 'Ballet de la Félicité' a été présenté les 16 et 24 mars 1746 au Théâtre de Versailles. Les paroles ont été écrites par M. Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, et la musique composée par Messieurs Rebel et Francoeur, surintendants de la musique du roi. Ce ballet célèbre la félicité, considérée comme un présent approprié pour un monarque soucieux du bonheur de son peuple. Il est divisé en trois parties : l'Abondance, la Jeunesse, et le lieu où l'on voit ce que l'on aime, chacune incluant des fables inédites et des divertissements pour captiver les spectateurs. La première partie relate l'histoire d'une princesse de Mycène, guérie de son ambition par la tendresse, et de son amant, le dieu Idamante. La deuxième partie met en scène Amalthée, dépositaire de la corne d'abondance, et Aristée, fils du Soleil, dont l'union symbolise la félicité publique. Le ballet se conclut par la reconnaissance de la véritable félicité, qui réside dans la présence de l'être aimé. Le texte décrit également deux récits mythologiques. Le premier raconte l'histoire d'Amalthée, élevée au trône par Cerès et destinée à s'unir à Aristée. Leur amour est menacé par Achelous, mais les Zéphyrs rétablissent la paix. Le second récit présente Hébe, choisie par l'Amour pour devenir déesse du nectar après avoir été charmée par lui. Le prologue évoque la victoire de Fontenoy, comparée à celle d'Auguste à Actium, et souligne l'hommage rendu à la félicité et à la victoire. Le ballet est exécuté sous la protection du Duc d'Aumont, avec une attention particulière portée à la magnificence des costumes et des décorations. Le texte rend hommage au goût du Duc d'Aumont et à la dignité de M. de Cindré, Intendant des menus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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388
p. 132-136
DIXIÉME suite des réflexions sur les Ballets
Début :
LE Ballet des Fêtes Greques & Romaines n'est pas le seul qui offre à la brillante [...]
Mots clefs :
Fleurs, Ballet, Fêtes, Rose, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : DIXIÉME suite des réflexions sur les Ballets
DIXIE'ME fuite des réflexions fur les Ballets®
Left
E Ballet des Fêtes Greques & Romaines
An'et pas le feul qui offre à la brillanre
Therpficore un Prologue digne d'exercer
fon talent ; toutes les autres entrées de cet
Opera tiré de l'Hiftoire pouvoient expofer
des peintures nobles & galantes aux regards
curieux des fpectateurs. Dans l'une on pou
voit déffiner avec force les differentes quadrilles
des Athlétes qui fe fignaloient aux
jeux Olympiques , & le triomphe d'Alcibia-"
de vainqueur de la courfe des chars . Dans
l'acte des bacchanales la flotte magnifique
& le traveftiflement politique dela Cour de
Cléopatre en Menades & en Egipans occafionnoient
un Spectacle fuperbe & des danfes
caracterifées. On pouvoit raſſembler
toutes les graces naïves & legeres de la
Paftorale dans l'acte confacré à Saturne .
On peut remarquer encore à la gloire
du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
une circonftance finguliere & prefque unique ,
c'eft que les divertiffemens qui font fou
JUIN 1946. 133
vent très poftiches dans les autres Opera ,
font dans celui- ci fondés fur l'Hiftoire & font
fituation & le noeud des intrigues qu'ils
embelliffent.
L'Auteur des paroles de ce Ballet héroïque
s'eft toujours appliqué dans fes ceuvres
lyriques a imaginer des fêtes fufceptibles de
danfes pittorefques , & ce n'eſt pas fa faute
fi l'Opera n'eft point riche en tableaux .
Sans donner ici une énumeration exacte'
de tous les fujets qu'il a fournis au génie Pantomime
, & qui n'ont pas même été apperçus
par ceux qui en pouvoient profiter ,
il y a un Prologue au Ballet des âges mis
en mufique par le célebre Campra , qui devoit
faire briller la capacité d'un compofiteur
de danſes .
Le Théatre y repréfente les délicieux
jardins d'Hebé Divinité de la jeuneſſe .
Le temps & fa fuite ennemie des agrémens
paffagers & des plaifirs du premier
âge pourfuivent les volages fuivantes d'Hébé
, & leur danſes devoient dépeindre la
légereté de la jeuneffe qui recommence fes
jeux autant de fois qu'on les interrompt. Cela
nous auroit exprimé fon caractére , qui
eft d'oublier les chagrins dès qu'ils difparoiffent.
La troifiéme entrée du Ballet des Ages
remplie par la vieilleffe eft terminée par
134 MERCURE DE FRANCE.
e triomphe de la Folie, divertiffement fertile
en danſes de caractéres variés .
Nous ne rappellerons plus que le Ballet
des fleurs qui couronne fi agréablement l'Opera
des Indes Galantes , dont les paroles
font de l'Auteur des Amours déguifés , des.
Fetes Grecques & Romaines & des Ages .
& la Mufique du fçavant Rameau.
Ce divertiſſement a été imaginé à la gloire
des fleurs eftimées dans toute la terre , &
fêtées avec éclat en Turquie & en Perſe ,
où des jours leur font confacrés par la Nation.
Le Théatre repréſente dans un jardin
fuperbe des berceaux illuminés , & décorés
de guirlandes & de pors de fleurs. Des Symphoniſtes
& des Eſclaves chantans font diftribués
dans des balcons de feuillages.
D'aimables Odalifques de diverfes provinces
de l'Afie portent dans leurs coëffures &
fur leurs habits les fleurs les plus belles.
Cette pompeufe décoration eft une idée de
Auteur des paroles, ainfi que laTherpficore
du Prologue des Fêtes Grecques & Romaines
& la Rofe des Indes galantes dont il a
projetté les plans .
Une Sultane annonce ainfi le triomphe
des fleurs perfonnifiées.
Triomphez , agréables fleurs ,
Répandez vos parfums , ranimez vos couleurs,
JUIN 1746.
C'eft parmi vous qu'Amour cache ſous la verdure
Ses feux les plus ardens , fes plus aimables traits
Le printemps vous doit fes attraits ;
Vous parez la faifon qui pare la Nature.
Triomphez , & c.
Vous tenez le rang fuprême
Sur les bords de nos ruiffeaux ,
Et vous embelliffez dans les jours les plus beaux
La beauté même.
Triomphez , &c.
Le Ballet qui fuit cette Cantatille repréfence
pittorefquement le fort des fleurs dans
un jardin. On les a perfonnifiées aiafi que
Boréé & Zephire pour donner de l'ame à
certe peinture dans le goût de Vateau , executée
par d'aimables efciaves de l'un & de
l'autre fexe.
D'abord les fleurs choifies pour former
la Cour de la Rofe danſent enſemble &
compofent un parterre gracieux qui varie à
chaque inftant ; la Rofe leur aimable Reine
danfe feule. La fête eft interrompue par un
orage qu'amene Borée : les fleurs en éprouvent
l'injufte colere. La Rofe réfifte plus
long tems au cruel ennemi qui la perfé
cute avec opiniatreté . Les pas de Boréé expriment
fon impetueufe fureur ; les atti
36 MERCURE DE FRANCE.
tudes de la Rofe peignent fa douceur & fes
craintes. Zephire arrive avec la clarté renaiffante
; il ranime & releve les fleurs ab
batues par la tempête & termine leur triomphe
& le fien par les hommages que fa tendreffe
rend à la Roſe.
Left
E Ballet des Fêtes Greques & Romaines
An'et pas le feul qui offre à la brillanre
Therpficore un Prologue digne d'exercer
fon talent ; toutes les autres entrées de cet
Opera tiré de l'Hiftoire pouvoient expofer
des peintures nobles & galantes aux regards
curieux des fpectateurs. Dans l'une on pou
voit déffiner avec force les differentes quadrilles
des Athlétes qui fe fignaloient aux
jeux Olympiques , & le triomphe d'Alcibia-"
de vainqueur de la courfe des chars . Dans
l'acte des bacchanales la flotte magnifique
& le traveftiflement politique dela Cour de
Cléopatre en Menades & en Egipans occafionnoient
un Spectacle fuperbe & des danfes
caracterifées. On pouvoit raſſembler
toutes les graces naïves & legeres de la
Paftorale dans l'acte confacré à Saturne .
On peut remarquer encore à la gloire
du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
une circonftance finguliere & prefque unique ,
c'eft que les divertiffemens qui font fou
JUIN 1946. 133
vent très poftiches dans les autres Opera ,
font dans celui- ci fondés fur l'Hiftoire & font
fituation & le noeud des intrigues qu'ils
embelliffent.
L'Auteur des paroles de ce Ballet héroïque
s'eft toujours appliqué dans fes ceuvres
lyriques a imaginer des fêtes fufceptibles de
danfes pittorefques , & ce n'eſt pas fa faute
fi l'Opera n'eft point riche en tableaux .
Sans donner ici une énumeration exacte'
de tous les fujets qu'il a fournis au génie Pantomime
, & qui n'ont pas même été apperçus
par ceux qui en pouvoient profiter ,
il y a un Prologue au Ballet des âges mis
en mufique par le célebre Campra , qui devoit
faire briller la capacité d'un compofiteur
de danſes .
Le Théatre y repréfente les délicieux
jardins d'Hebé Divinité de la jeuneſſe .
Le temps & fa fuite ennemie des agrémens
paffagers & des plaifirs du premier
âge pourfuivent les volages fuivantes d'Hébé
, & leur danſes devoient dépeindre la
légereté de la jeuneffe qui recommence fes
jeux autant de fois qu'on les interrompt. Cela
nous auroit exprimé fon caractére , qui
eft d'oublier les chagrins dès qu'ils difparoiffent.
La troifiéme entrée du Ballet des Ages
remplie par la vieilleffe eft terminée par
134 MERCURE DE FRANCE.
e triomphe de la Folie, divertiffement fertile
en danſes de caractéres variés .
Nous ne rappellerons plus que le Ballet
des fleurs qui couronne fi agréablement l'Opera
des Indes Galantes , dont les paroles
font de l'Auteur des Amours déguifés , des.
Fetes Grecques & Romaines & des Ages .
& la Mufique du fçavant Rameau.
Ce divertiſſement a été imaginé à la gloire
des fleurs eftimées dans toute la terre , &
fêtées avec éclat en Turquie & en Perſe ,
où des jours leur font confacrés par la Nation.
Le Théatre repréſente dans un jardin
fuperbe des berceaux illuminés , & décorés
de guirlandes & de pors de fleurs. Des Symphoniſtes
& des Eſclaves chantans font diftribués
dans des balcons de feuillages.
D'aimables Odalifques de diverfes provinces
de l'Afie portent dans leurs coëffures &
fur leurs habits les fleurs les plus belles.
Cette pompeufe décoration eft une idée de
Auteur des paroles, ainfi que laTherpficore
du Prologue des Fêtes Grecques & Romaines
& la Rofe des Indes galantes dont il a
projetté les plans .
Une Sultane annonce ainfi le triomphe
des fleurs perfonnifiées.
Triomphez , agréables fleurs ,
Répandez vos parfums , ranimez vos couleurs,
JUIN 1746.
C'eft parmi vous qu'Amour cache ſous la verdure
Ses feux les plus ardens , fes plus aimables traits
Le printemps vous doit fes attraits ;
Vous parez la faifon qui pare la Nature.
Triomphez , & c.
Vous tenez le rang fuprême
Sur les bords de nos ruiffeaux ,
Et vous embelliffez dans les jours les plus beaux
La beauté même.
Triomphez , &c.
Le Ballet qui fuit cette Cantatille repréfence
pittorefquement le fort des fleurs dans
un jardin. On les a perfonnifiées aiafi que
Boréé & Zephire pour donner de l'ame à
certe peinture dans le goût de Vateau , executée
par d'aimables efciaves de l'un & de
l'autre fexe.
D'abord les fleurs choifies pour former
la Cour de la Rofe danſent enſemble &
compofent un parterre gracieux qui varie à
chaque inftant ; la Rofe leur aimable Reine
danfe feule. La fête eft interrompue par un
orage qu'amene Borée : les fleurs en éprouvent
l'injufte colere. La Rofe réfifte plus
long tems au cruel ennemi qui la perfé
cute avec opiniatreté . Les pas de Boréé expriment
fon impetueufe fureur ; les atti
36 MERCURE DE FRANCE.
tudes de la Rofe peignent fa douceur & fes
craintes. Zephire arrive avec la clarté renaiffante
; il ranime & releve les fleurs ab
batues par la tempête & termine leur triomphe
& le fien par les hommages que fa tendreffe
rend à la Roſe.
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Résumé : DIXIÉME suite des réflexions sur les Ballets
Le texte présente plusieurs ballets, dont 'Les Fêtes Grecques & Romaines' et 'Les Ages'. Le ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' se caractérise par des divertissements inspirés de l'histoire et intégrés dans les intrigues de l'opéra. Il comprend des scènes telles que les jeux Olympiques, le triomphe d'Alcibiade, les bacchanales de Cléopâtre, et des pastorales dédiées à Saturne. L'auteur des paroles a toujours visé à créer des fêtes propices aux danses pittoresques, enrichissant ainsi l'opéra de nombreux tableaux. Un autre ballet mentionné est 'Les Ages', qui commence par un prologue représentant les jardins d'Hébé, divinité de la jeunesse, poursuivie par le temps et sa fuite. La troisième entrée de ce ballet est consacrée à la vieillesse et se conclut par le triomphe de la Folie, offrant diverses danses de caractères variés. Le texte évoque également 'Le Ballet des Fleurs', qui clôture 'Les Indes Galantes'. Ce ballet célèbre les fleurs, estimées et fêtées en Turquie et en Perse. Le théâtre représente un jardin décoré de fleurs, avec des odalisques portant des fleurs dans leurs coiffures et habits. Une sultane annonce le triomphe des fleurs personnifiées, et le ballet illustre leur sort dans un jardin, avec Borée et Zéphyr apportant dynamisme et renouveau.
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389
p. 104-105
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Début :
J'excite le plaisir dans l'ame, [...]
Mots clefs :
Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN LOGOGRYPHE.
ENIGME EN LOGO GRYPHE.
J'Excite le plaifir dans l'ame ,
Et je vife toujours au coeur.
Plus d'un ,pour m'avoir vu,s'eft fenti tout de flâme,
Qui jufques-là n'étoit que glace & que froideur ;
Chacun à mon fort s'intéreffe.
Suis je dans la trifteffe ?
Je tire les larmes des yeux ;
Suis je dans l'allegreffe ?
Comme moi chacun eft joyeux.
A me venir voir on s'empreffe.
Les deux fexes de moi font leur amuſement .
MAR S. 1747. 195
Tout mon corps fe foutient fur cinq pieds feulement
;
Otez- en trois , je fuis un Fleuve d'Italie ,
Et j'enferme en mon fein un métal précieux ,
Mais qui cauſe beaucoup d'envie.
Dans deux un , quatre , trois , imperceptible
aux yeux ,
A l'airje fournis un paffage ;
Par un dernier effort , je deviens inftrument
A faire poudre , dont l'ufage
Eft fréquent chés les grands ,le peuple & le manant.
Vincent , de Rofnai en Champagne .
J'Excite le plaifir dans l'ame ,
Et je vife toujours au coeur.
Plus d'un ,pour m'avoir vu,s'eft fenti tout de flâme,
Qui jufques-là n'étoit que glace & que froideur ;
Chacun à mon fort s'intéreffe.
Suis je dans la trifteffe ?
Je tire les larmes des yeux ;
Suis je dans l'allegreffe ?
Comme moi chacun eft joyeux.
A me venir voir on s'empreffe.
Les deux fexes de moi font leur amuſement .
MAR S. 1747. 195
Tout mon corps fe foutient fur cinq pieds feulement
;
Otez- en trois , je fuis un Fleuve d'Italie ,
Et j'enferme en mon fein un métal précieux ,
Mais qui cauſe beaucoup d'envie.
Dans deux un , quatre , trois , imperceptible
aux yeux ,
A l'airje fournis un paffage ;
Par un dernier effort , je deviens inftrument
A faire poudre , dont l'ufage
Eft fréquent chés les grands ,le peuple & le manant.
Vincent , de Rofnai en Champagne .
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390
p. 135-136
LOGOGRYPHE.
Début :
Composé de huit pieds, je plais à mainte belle, [...]
Mots clefs :
Tympanon
391
p. 139
AUTRE.
Début :
Lorsqu'une docte main me soutient & m'anime, [...]
Mots clefs :
Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
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392
p. 140
AUTRE.
Début :
Dans un palais brillant, trône de l'imposture, [...]
Mots clefs :
Archet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
D. Ans un palais brillant , trône de l'impoſture;
Où l'art audacieux furpaffe la nature ;
Séjour où les mortels te paroiffent des Dieux ,
Où le coeur s'amollit par l'oreille & les yeux ;
De toutes les beautés dont ton ame eft ravie ,
Je fais en mon entier la meilleure partie .
Ma premiere moitié foutient le trait vengeur
De la Divinité qui ne vife qu'au coeur.
Pourfuis en ajoutant ; fans mon fecours le monde
Eût été tout entier enfeveli ſous l'onde .
Encor un pied , Lecteur , fans fortir de ta place ,
Il ne tiendra qu'à toi de me voir dans la Thrace.
Par ..... de Falaife.
D. Ans un palais brillant , trône de l'impoſture;
Où l'art audacieux furpaffe la nature ;
Séjour où les mortels te paroiffent des Dieux ,
Où le coeur s'amollit par l'oreille & les yeux ;
De toutes les beautés dont ton ame eft ravie ,
Je fais en mon entier la meilleure partie .
Ma premiere moitié foutient le trait vengeur
De la Divinité qui ne vife qu'au coeur.
Pourfuis en ajoutant ; fans mon fecours le monde
Eût été tout entier enfeveli ſous l'onde .
Encor un pied , Lecteur , fans fortir de ta place ,
Il ne tiendra qu'à toi de me voir dans la Thrace.
Par ..... de Falaife.
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393
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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Résumé : CONCERTS A LA COUR.
Du 12 au 22 août, plusieurs représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' de Monsieur de Blâmont eurent lieu chez Madame la Dauphine. Les rôles furent interprétés par les demoiselles Chevalier, de Selle, Romainville, Mathieu, Canavas et Bezin, ainsi que par les messieurs Jeliotte, Poirier, Besche, Benoît et Joguet. Le 27 août, Monsieur de Blâmont dirigea l'exécution du Te Deum pour célébrer l'accouchement heureux de Madame la Dauphine. Ce Te Deum avait été composé pour le sacre du Roi et avait été utilisé lors de divers événements importants, tels que la naissance du Dauphin et des autres enfants de France, la convalescence du Roi, ainsi que ses victoires et conquêtes. La partition du Te Deum, accompagnée de plusieurs motets, était disponible à l'achat chez la veuve Bovin à la Régle d'or, rue Saint-Honoré, et chez le Clerc à la Croix d'or, rue du Roule, au prix de neuf livres.
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394
p. 164-165
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Le Mercredi 12 Août, Lundi 17, Mercredi 19 & Samedi 22, on exécuta chez [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Madame la Dauphine, François Colin de Blamont, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
Le Mercredi 12 Août , Lundi 17 , Mercredi
19 & Samedi 22 , on exécuta chez
Madame la Dauphine le Prologue & les
Actes du Ballet des Fêtes Grecques & Romaines
, de M. de Blâmont , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre du Roi .
Mlles Chevalier , de Selle , Romainville ,
Mathieu , Canavas & Bezin ; Mrs Jeliotte ,
Poirier , Befche , Benoît & Joguet , en ont
chanté les rôles.
Le 27 , M. de Blâmont , Sur-Intendant
& Maître de la Mufique de la Chambre ,
& actuellement de Semeftre , fit chanter à
la Meffe du Roi le Te Deum , pour l'heureux
accouchement de Madame la Dauphine.
C'est le même qu'il compofa , par
ordre exprès , pour la cérémonie du Sacre
du Roi , & qui a fervi depuis le Mariage ,
à tous les grands évenemens qu'a célebrés
la Cour , tels font la Naiffance de MonOCTOBRE.
1750. 165
feigneur le Dauphin & de tous les autres
Enfans de France ; la Convalescence du
Roi , fes victoires & les conquêtes , à l'oc
cafion defquelles il a fait des changemens
& des augmentations confidérables . Ce
Te Deum fe vend gravé , avec plufieurs
Moters à une & deux voix , fans fymphonie
& avec fymphonie , chez la veuve Boi
vin , à la Régle d'or , rue Saint Honoré ,
& à la Croix d'or , chez le Clerc , rue du
Roule. Le prix eft de neuf livres,
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Résumé : CONCERTS A LA COUR.
Du 12 au 22 août, plusieurs représentations du ballet 'Les Fêtes Grecques & Romaines' de Monsieur de Blâmont eurent lieu chez Madame la Dauphine. Les rôles furent interprétés par les demoiselles Chevalier, de Selle, Romainville, Mathieu, Canavas et Bezin, ainsi que par les messieurs Jeliotte, Poirier, Besche, Benoît et Joguet. Le 27 août, Monsieur de Blâmont dirigea l'exécution du Te Deum pour célébrer l'accouchement heureux de Madame la Dauphine. Ce Te Deum avait été composé pour le sacre du Roi et avait été utilisé lors de divers événements importants, tels que la naissance du Dauphin et des autres enfants de France, la convalescence du Roi, ainsi que ses victoires et conquêtes. La partition du Te Deum, accompagnée de plusieurs motets, était disponible à l'achat chez la veuve Bovin à la Régle d'or, rue Saint-Honoré, et chez le Clerc à la Croix d'or, rue du Roule, au prix de neuf livres.
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395
p. 97-99
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis faite, Lecteur, pour ravir, pour charmer ; [...]
Mots clefs :
Symphonie
396
p. 174-178
LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Début :
Vous êtes bien aise, Monsieur, vous le Panégyriste & l'ami des Arts, de la tentative de [...]
Mots clefs :
Mode, Dominante, Charles-Henri de Blainville, Tonique, Gamme, Octave, Harmonie, Modes, Quarte, Raisons
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
LETTRE
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
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Résumé : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Dans une lettre à l'Abbé Raynal, M. Rouffeau de Genève discute de la tentative de M. Blainville d'introduire un nouveau mode musical. Ce mode repose sur deux cordes principales : la tonique et la quarte, appelée dominante, visant à éviter les fausses relations. La gamme monte d'un demi-ton majeur sur la seconde note, d'un ton sur la troisième, et d'un autre ton pour atteindre la dominante, où elle établit un repos. En descendant, elle suit le même ordre sans altérations. Ce mode est comparé au diagramme des Grecs et au mode plagal ancien du plain-chant, décrit comme un mode mineur où le diapason passe de la dominante à son octave via la tonique. Blainville est reconnu pour cette innovation, bien que son originalité soit discutable. Son harmonie s'adapte à un mode ancien où l'harmonie moderne n'était pas connue. Les critiques soulignent l'absence de progrès fondamentaux, de liaison harmonique, et d'accord sensible pour annoncer les changements de ton. Blainville pourrait répondre en invoquant l'oreille comme maître d'harmonie et en soulignant l'arbitraire des règles musicales. Un débat musical oppose un individu non nommé à M. Blainville. L'auteur critique l'arbitraire et l'inconstance des choix musicaux de son interlocuteur, notamment concernant la règle de l'octave. Il reconnaît que cette critique pourrait ne pas être acceptée par M. Blainville, mais assume la responsabilité de cette remarque. L'auteur affirme que la liaison harmonique n'est pas indispensable en harmonie et se dit prêt à le démontrer. Blainville justifie l'entremêlement des trois modes en comparant cela à la pratique courante avec les deux modes utilisés par l'auteur. Ce dernier rétorque que, malgré les arguments de Blainville, il aura toujours tort car il est l'inventeur de ces idées et doit faire face à des musiciens.
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397
p. 160-173
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Début :
Je renonce au nom de Philaetius, qui pour être Grec ne m'en a pas moins [...]
Mots clefs :
Mode, Harmonie, Mélodie, Troisième mode, Sons, Accord, Sens, Idées, Supposition, Charles-Henri de Blainville, Musique, Rapport, Gamme, Mode, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
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262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
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Résumé : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
M. Serre répond à M. de Blainville concernant une supposition de troisième mode musical publiée dans le Mercure de novembre précédent. M. Serre renonce à son pseudonyme 'Philaetius', mal interprété par M. de Blainville, et affirme chercher à comprendre les causes du plaisir musical et à discuter des objections raisonnables. Il reconnaît les talents de M. de Blainville mais conteste certaines de ses idées, notamment sur le mode d'é-la-mi, où la quarte domine plus que la quinte. M. Serre explique que les sons ut et mi sont les plus harmoniques dans les modes majeur et mineur respectivement, et liste les gammes naturelles. M. Serre critique l'idée que les deux gammes diffèrent seulement par leur note de départ, affirmant que le ré de la seconde gamme est plus bas d'un comma. Il insiste sur l'importance des commas en harmonie et sur la finesse de l'oreille humaine. Il suggère que les Grecs auraient considéré le mode d'é-la-mi comme légitime mais différent du mode de la par son initiale. Le texte discute également de la validité d'une théorie musicale proposée par M. B., qui suggère un troisième mode musical distinct des modes majeur et mineur. L'auteur critique cette théorie, soulignant que les éléments du prétendu nouveau mode correspondent au mode mineur. M. B. évite de commencer sa symphonie avec l'accord caractéristique du mode mineur pour éviter la confusion. L'auteur argue que les arguments de M. B. ne prouvent pas l'existence d'un nouveau mode mais plutôt une modulation équivoque. Il compare la composition musicale à la composition dramatique ou pittoresque, où certaines règles peuvent être transgressées. Il critique aussi la dénomination 'semi-mineur' utilisée par M. B., expliquant qu'elle est mal interprétée. Une controverse musicale oppose 'Moi' et M. B. sur le mode semi-mineur de la-mi, que 'Moi' considère comme le mode majeur renversé. M. B. est critiqué pour son manque de compréhension des principes fondamentaux de la musique. L'auteur introduit une proposition clé : tout accord dissonant repose sur deux sons fondamentaux, contrairement à l'accord parfait qui n'en a qu'un seul. Il attribue l'imperfection des systèmes théoriques musicaux actuels à une mauvaise application des principes existants.
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398
p. 175
« La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
Début :
La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Mars, Hélène-Louise Demars, Cantatilles
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texteReconnaissance textuelle : « La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
La Demoiselle de Mars qui na pas encore
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
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Résumé : « La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
La Demoiselle de Mars, âgée de moins de quinze ans, a gravé deux cantatilles pour dessus et basse de taille. Elle excelle au clavecin et en composition, promettant de surpasser son père, le Sieur de Mars, connu pour ses talents à l'orgue et au clavecin. En cas de succès, elle prévoit de graver quatre autres œuvres.
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399
p. 184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le Concert fut très-brillant, il commença par une [...]
Mots clefs :
Concert, Conception, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 novembre, un concert spirituel a été organisé à l'occasion de la fête de la Conception. Il a commencé par une symphonie d'auteur inconnu, suivie du motet 'Deus misereatur nostri' de M. Davesne. Les musiciens espagnols MM. Plafteres ont interprété un concerto de hautbois de leur composition, recevant une grande satisfaction du public dès leur première prestation. Le motet 'Diligam te Domine' de M. Gilles a également été exécuté, avec une performance solo notable de M. Gavinies. Mlle Bourgeois a fait ses débuts en chantant 'Usquequo Domine', un motet de M. Mouret, et a été acclamée pour son timbre, son volume vocal et son expressivité. Le concert s'est conclu par 'Bonum est', un motet à grand chœur de M. Mondonville, souvent admiré et apprécié à Paris.
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400
p. *185-185
Concerts à la Cour.
Début :
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont, [...]
Mots clefs :
Cour, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Concerts à la Cour.
Concerts à la Cour.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
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