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351
p. 174-178
LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Début :
Vous êtes bien aise, Monsieur, vous le Panégyriste & l'ami des Arts, de la tentative de [...]
Mots clefs :
Mode, Dominante, Charles-Henri de Blainville, Tonique, Gamme, Octave, Harmonie, Modes, Quarte, Raisons
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
LETTRE
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
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1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
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Résumé : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Dans une lettre à l'Abbé Raynal, M. Rouffeau de Genève discute de la tentative de M. Blainville d'introduire un nouveau mode musical. Ce mode repose sur deux cordes principales : la tonique et la quarte, appelée dominante, visant à éviter les fausses relations. La gamme monte d'un demi-ton majeur sur la seconde note, d'un ton sur la troisième, et d'un autre ton pour atteindre la dominante, où elle établit un repos. En descendant, elle suit le même ordre sans altérations. Ce mode est comparé au diagramme des Grecs et au mode plagal ancien du plain-chant, décrit comme un mode mineur où le diapason passe de la dominante à son octave via la tonique. Blainville est reconnu pour cette innovation, bien que son originalité soit discutable. Son harmonie s'adapte à un mode ancien où l'harmonie moderne n'était pas connue. Les critiques soulignent l'absence de progrès fondamentaux, de liaison harmonique, et d'accord sensible pour annoncer les changements de ton. Blainville pourrait répondre en invoquant l'oreille comme maître d'harmonie et en soulignant l'arbitraire des règles musicales. Un débat musical oppose un individu non nommé à M. Blainville. L'auteur critique l'arbitraire et l'inconstance des choix musicaux de son interlocuteur, notamment concernant la règle de l'octave. Il reconnaît que cette critique pourrait ne pas être acceptée par M. Blainville, mais assume la responsabilité de cette remarque. L'auteur affirme que la liaison harmonique n'est pas indispensable en harmonie et se dit prêt à le démontrer. Blainville justifie l'entremêlement des trois modes en comparant cela à la pratique courante avec les deux modes utilisés par l'auteur. Ce dernier rétorque que, malgré les arguments de Blainville, il aura toujours tort car il est l'inventeur de ces idées et doit faire face à des musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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352
p. 160-173
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Début :
Je renonce au nom de Philaetius, qui pour être Grec ne m'en a pas moins [...]
Mots clefs :
Mode, Harmonie, Mélodie, Troisième mode, Sons, Accord, Sens, Idées, Supposition, Charles-Henri de Blainville, Musique, Rapport, Gamme, Mode, Peintre
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texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
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262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
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262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
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sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
Fermer
353
p. 175
« La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
Début :
La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Mars, Hélène-Louise Demars, Cantatilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
La Demoiselle de Mars qui na pas encore
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
Fermer
354
p. 184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le Concert fut très-brillant, il commença par une [...]
Mots clefs :
Concert, Conception, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
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355
p. *185-185
Concerts à la Cour.
Début :
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont, [...]
Mots clefs :
Cour, Musique
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texteReconnaissance textuelle : Concerts à la Cour.
Concerts à la Cour.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
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356
p. 129
Du 21.
Début :
La Reine, accompagnée de Monseigneur le Dauphin & de Mesdames de France, [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Musique, Église de la paroisse du château de Versailles, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Du 21.
Du 21.
La Reine, accompagnée de Monseigneur
le Dauphin & de Mesdames de France,
se rendit le 21 à l'Eglise de la paroisse
du Château de Versailles, & sa Majesté y
assista au Te Deum que le Corps de Musi-
que de la Chapelle du Roi y fit chanter,
en action de graces de la nouvelle marque
que Dieu vient de donner au Roi, de sa
protection. L'Evêque de Bayeux, premier
Aumônier de Madame la Dauphine y of-
sicia pontificalement.
La Musique du Motet étoit de l'Abbé
Blanchare, Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roi, en quartier.
La Reine, accompagnée de Monseigneur
le Dauphin & de Mesdames de France,
se rendit le 21 à l'Eglise de la paroisse
du Château de Versailles, & sa Majesté y
assista au Te Deum que le Corps de Musi-
que de la Chapelle du Roi y fit chanter,
en action de graces de la nouvelle marque
que Dieu vient de donner au Roi, de sa
protection. L'Evêque de Bayeux, premier
Aumônier de Madame la Dauphine y of-
sicia pontificalement.
La Musique du Motet étoit de l'Abbé
Blanchare, Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roi, en quartier.
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357
p. 161-163
De Parme, le 14 Octobre.
Début :
M. le Marquis de Crussol, Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don [...]
Mots clefs :
Marquis de Crussol, Parme, Armes, Décoration, Musique, Bal, Sujet, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Parme, le 14 Octobre.
De Parme, le 14 Octobre.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
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358
p. 192-193
De Versailles.
Début :
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet, de la bouche & de la fouriere de Madame [...]
Mots clefs :
Versailles, Dauphine, Concert, Feu d'artifice, Fête, Duchesse, Catherine-Nicole Le Maure, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Versailles.
De Versailles.
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet,
de la bouche & de la fouriere de Madame
la Dauphine, ayant fait magnisiquement illumi-
ner l'Eglise des Recolets de Versailles; y firent
chanter le Te Deum, pour joindre leurs actions de
graces à celles de toute la France. Monseigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine y assisterenti,
& le peuple, qui étoit accoutu sur leur passage
s'empressa de leur témoigner, l'intérête qu'il
prend à leur santé, & à leur satisfaction.
Il y eut le soit un Concert chez Madame la
Dauphine, & ensuite un très-beau feu d'artifice,
que les Habitans de Versailles firent tirer dans les
Jardins du Château, vis-à-vis de l'Appartement
de cette Priocesse.
La Duchesse de Lauraguais, Dame d'Atour de
Madame la Dauphine, donna le 24 une fête, à
laquelle présiderent également le goût & la ma-
gnificence. Monseigneut le Dauphin & Madame
la Dauphine, se rendirent vers les six heures du
soir, à la maison que cette Duchesse a dans la
principale avenue de Versailles, & la fête com-
mença par un Concert, composé de Musiciens du
premier ordre, entre autres de la célebre Demoi-
selle le Maure, de Madame & de M. Forquary
de M. Jeliotte & de M. Blavet. Au Concert suc-
ceda uu feu d'artifice, tiré sur la butte de Mont
horon, qui aptès le feu offrit un très-brillant
spectacle par une illumination aussi var ée qu'éle-
gante. On servit ensuite un soupet des plus splen-
dides, & la fête fut terminée par plusieurs cou-
plets, chantés à l'honneur de Monseigneur le Due
de Bourgogne, dans lesquels la Demoilelle le
Navite
JANVIER.
1752.
193
Maure fit admirer la supériorité de sa voix & de
son talent.
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet,
de la bouche & de la fouriere de Madame
la Dauphine, ayant fait magnisiquement illumi-
ner l'Eglise des Recolets de Versailles; y firent
chanter le Te Deum, pour joindre leurs actions de
graces à celles de toute la France. Monseigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine y assisterenti,
& le peuple, qui étoit accoutu sur leur passage
s'empressa de leur témoigner, l'intérête qu'il
prend à leur santé, & à leur satisfaction.
Il y eut le soit un Concert chez Madame la
Dauphine, & ensuite un très-beau feu d'artifice,
que les Habitans de Versailles firent tirer dans les
Jardins du Château, vis-à-vis de l'Appartement
de cette Priocesse.
La Duchesse de Lauraguais, Dame d'Atour de
Madame la Dauphine, donna le 24 une fête, à
laquelle présiderent également le goût & la ma-
gnificence. Monseigneut le Dauphin & Madame
la Dauphine, se rendirent vers les six heures du
soir, à la maison que cette Duchesse a dans la
principale avenue de Versailles, & la fête com-
mença par un Concert, composé de Musiciens du
premier ordre, entre autres de la célebre Demoi-
selle le Maure, de Madame & de M. Forquary
de M. Jeliotte & de M. Blavet. Au Concert suc-
ceda uu feu d'artifice, tiré sur la butte de Mont
horon, qui aptès le feu offrit un très-brillant
spectacle par une illumination aussi var ée qu'éle-
gante. On servit ensuite un soupet des plus splen-
dides, & la fête fut terminée par plusieurs cou-
plets, chantés à l'honneur de Monseigneur le Due
de Bourgogne, dans lesquels la Demoilelle le
Navite
JANVIER.
1752.
193
Maure fit admirer la supériorité de sa voix & de
son talent.
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359
p. 193-194
D'Avignon, le 24.
Début :
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent [...]
Mots clefs :
Avignon, Te Deum, Église, Vice-légat, Ville, Musique, Feu d'artifice, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : D'Avignon, le 24.
D'Avignon, le 24.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
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360
p. 199-205
RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Début :
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire de France auprès du Saint Siege, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Rome, Naissance du duc de Bourgogne, Duc de Nivernois, Ambassadeur, Noblesse, Palais, Cardinaux, Goût, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
RELATION
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
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JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
1vj
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204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
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JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
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361
p. 205-208
Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Début :
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné à placer les Musiciens ; il étoit formé par un [...]
Mots clefs :
Salon, Argent, Palmes, Colonnes, Fleurs de lys, Théâtre, Relief, Armes, Génies, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Description du Sallon décoré pour la Cantate,
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
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dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
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p. 208-218
Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutôt reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur [...]
Mots clefs :
Vienne, Marquis de Hautefort, Naissance du duc de Bourgogne, Salle, Place, Hôtel, Fleurs, Édifice, Amphithéâtre
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texteReconnaissance textuelle : Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Relation des Fêtes données à Vienne, par M.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
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la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
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la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
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212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
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JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
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214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
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1752.
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Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
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recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
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principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
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la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
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la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
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portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
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pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
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niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
zed by Goo
JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
itized by Goo
JANVIER. 1752.
217
recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
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363
p. 178
« ON trouve chez tous les Marchands ordinaires de Musique, des Piéces de Clavecin, composées [...] »
Début :
ON trouve chez tous les Marchands ordinaires de Musique, des Piéces de Clavecin, composées [...]
Mots clefs :
Pièces de clavecin, M. Clément, Madame Le Clair
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texteReconnaissance textuelle : « ON trouve chez tous les Marchands ordinaires de Musique, des Piéces de Clavecin, composées [...] »
ON trouve chez tous les Marchands ordinaires
de Musique, des Piéces de Clavecin, composées
par M. Clément, gravées par Madame le Clair
& dédiées à M. Guyar, Directeur Génetal des
Monnoyes de France.
de Musique, des Piéces de Clavecin, composées
par M. Clément, gravées par Madame le Clair
& dédiées à M. Guyar, Directeur Génetal des
Monnoyes de France.
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364
p. 182
« L'Académie Royale de Musique a remis au Théâtre le 14 Janvier, la Tragédie d'Omphale ; [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a remis au Théâtre le 14 Janvier, la Tragédie d'Omphale ; [...]
Mots clefs :
Omphale, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a remis au Théâtre le 14 Janvier, la Tragédie d'Omphale ; [...] »
L'Académie Royale de Musique a remis au
Théâtre le 14 Janvier, la Tragédie d'Omphale ;
les patoles en sont de M. de la Motte & la mu-
que de M. Destouche; l'un Poëte & l'autre Mu-
ficion de réputation. Cet ouvrage donné pour la
premiere sois en 1701, a été repris en 1721 & en
1733.
Les tolles d'Alcide, d'Omphale, d'Iplis & de
Maito, sont remplis par M. de Chassé, Mlle, Fel,
M. Jeliotte; & Mlle Chevalier, avec toute
la perfection que comportent leuis divers ta-
lens.
Théâtre le 14 Janvier, la Tragédie d'Omphale ;
les patoles en sont de M. de la Motte & la mu-
que de M. Destouche; l'un Poëte & l'autre Mu-
ficion de réputation. Cet ouvrage donné pour la
premiere sois en 1701, a été repris en 1721 & en
1733.
Les tolles d'Alcide, d'Omphale, d'Iplis & de
Maito, sont remplis par M. de Chassé, Mlle, Fel,
M. Jeliotte; & Mlle Chevalier, avec toute
la perfection que comportent leuis divers ta-
lens.
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365
p. 189-190
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert du Vendredi 24 Décembre, commença par Fugit nox Motet à grand choeur agréablement [...]
Mots clefs :
Concert, Motet, Fugit nox, Noëls, Mlle Bourgeois, M. Daquin
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert du Vendredi 24 Décembre, commença
par Fugit nox Motet à grand choeur agréablement
menlé de Noels, dans lequel M. Daquin Organiste du
Roi joua seul. Suivit une symphonie de M. Pinaire.
Le Benedictus Dominus Pl. 14. Motet nouveau à
grand chœur de M. Cordelet fit plaisit; M. Ga-
viniès joua seul & bien. Mlle Bourgeois dont la
réputation augmente tous les jours, chanta Quem-
ed by Goc
390 MERCUREDEFRANCE.
admodum, petit Motet de M. Mouret. le Concert
finit par Coeli enarrant, sublime Motet de M. Mon-
donville.
Le Concert du jour de Noel fut plus frappant par
le brillant de l'assemblée, par le choix des ouvra-
ges, par la perfection de l'exécution. Il commen-
ça commela veille pat Fugit nox, mêlé de Noels.
M. Boismortier a mis beaucoup d'art, de goût &
de soin dans cette composition. M. Daquin
y joua seul de l'orgue, fit grand plaisir. Mlle
Bourgeois répeta Quemodmodum, & le chanta
encore mieux que la veille. Tout le monde con-
noit le Cantæte de M. de Lalande. Il y avoit long-
tems que M. Gaviniès n'avoit tité d'aussi beaux
sons de son violon, qu'il fit ce jour-là. Le Fenite
ex:iltemus qui termine le concert, mit le comble
à la satisfaction de l'assemblée.
Le Concert du Vendredi 24 Décembre, commença
par Fugit nox Motet à grand choeur agréablement
menlé de Noels, dans lequel M. Daquin Organiste du
Roi joua seul. Suivit une symphonie de M. Pinaire.
Le Benedictus Dominus Pl. 14. Motet nouveau à
grand chœur de M. Cordelet fit plaisit; M. Ga-
viniès joua seul & bien. Mlle Bourgeois dont la
réputation augmente tous les jours, chanta Quem-
ed by Goc
390 MERCUREDEFRANCE.
admodum, petit Motet de M. Mouret. le Concert
finit par Coeli enarrant, sublime Motet de M. Mon-
donville.
Le Concert du jour de Noel fut plus frappant par
le brillant de l'assemblée, par le choix des ouvra-
ges, par la perfection de l'exécution. Il commen-
ça commela veille pat Fugit nox, mêlé de Noels.
M. Boismortier a mis beaucoup d'art, de goût &
de soin dans cette composition. M. Daquin
y joua seul de l'orgue, fit grand plaisir. Mlle
Bourgeois répeta Quemodmodum, & le chanta
encore mieux que la veille. Tout le monde con-
noit le Cantæte de M. de Lalande. Il y avoit long-
tems que M. Gaviniès n'avoit tité d'aussi beaux
sons de son violon, qu'il fit ce jour-là. Le Fenite
ex:iltemus qui termine le concert, mit le comble
à la satisfaction de l'assemblée.
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366
p. 190-191
CONCERTS A LA COUR.
Début :
Mois de Janvier. Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du [...]
Mots clefs :
Rôles, Paroles, Musique, Acte, Chanter, Zélindor, Églé, Pygmalion
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS A LA COUR.
CONCERTS A LA COUR.
Mois de Janvier.
Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du
Sisphe. Mlles Chevalier & de Selle, MM. Jcliotie
& la Garde, en ont chanté les Roles
Les Paroles de cet acte sont de M. de Moncrif
Lecteur de la Reine, & l'un des 40 de l'Académie
Françoise.
La musique de Mrs Rebel & Francœur, Sur-
Intendans de la musique de la Chambre du
Roi.
Le Lundi 10. on chanta l'Acte d'Eglé; Paroles
de M. de Logeon Secrétaire des com mandemens
FEVRIER.
1752.
191
de son Altesse Sérénissime M. le Comte de Cler-
mont. La musique de M. de la Garde Musicien de
la Chambre du Roi. Mlles Fel & de Selle, & M.
le Chassé en ont chanté les Roles-
Le Samedi 15. on chantal'Acte de Pigmælion
Paroles de M. de la Mothe; musique de
Monsieur Rameeu. Mlles Matthieu & Cana-
vas, & M. Geliotte en ont chanté les Roles.
Mois de Janvier.
Le Samedi 8. on chanta l'Acte de Zelindor ou du
Sisphe. Mlles Chevalier & de Selle, MM. Jcliotie
& la Garde, en ont chanté les Roles
Les Paroles de cet acte sont de M. de Moncrif
Lecteur de la Reine, & l'un des 40 de l'Académie
Françoise.
La musique de Mrs Rebel & Francœur, Sur-
Intendans de la musique de la Chambre du
Roi.
Le Lundi 10. on chanta l'Acte d'Eglé; Paroles
de M. de Logeon Secrétaire des com mandemens
FEVRIER.
1752.
191
de son Altesse Sérénissime M. le Comte de Cler-
mont. La musique de M. de la Garde Musicien de
la Chambre du Roi. Mlles Fel & de Selle, & M.
le Chassé en ont chanté les Roles-
Le Samedi 15. on chantal'Acte de Pigmælion
Paroles de M. de la Mothe; musique de
Monsieur Rameeu. Mlles Matthieu & Cana-
vas, & M. Geliotte en ont chanté les Roles.
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367
p. 136-137
« ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...]
Mots clefs :
Musique théorique, Musique pratique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique &
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
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368
p. 139
« LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
Début :
LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Lettre, Friedrich Melchior Grimm, Omphale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
LETTRE de M. Grimm sur Omphale,
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
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369
p. 190
CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
Début :
Après une symphonie fort agréable, on executa Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand [...]
Mots clefs :
Motet, Choeur, Dominus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL,
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
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370
p. 141-146
« ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique, &
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
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371
p. 152
« M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
Début :
M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
M. Clement fort connu par des trio
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
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372
p. 161-163
« L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Début :
L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
L'ACADEMIE Royale de Musique a
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
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373
p. 75-77
LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Début :
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer dans votre Journal mes remercimens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
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374
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
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Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 147-148
« Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Début :
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
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376
p. 148
« Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Début :
Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Le même Peintre & le même Graveur
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
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377
p. 163-164
« L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a donné
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
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378
p. 164-172
« Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Début :
Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Nous croyons devoir rendre compte ici
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
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379
p. 176-187
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert spirituel est devenu cette année un spectacle très agréable pour le public, une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Fermer
380
p. 187-192
LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Début :
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
LETTRE.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
itized by Goog
190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
itized by Goog
190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
Fermer
381
p. 173-182
CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Début :
Le Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de Village, qui fut précédé de l'Avare amoureux [...]
Mots clefs :
Sieur Vestris, Village, Rivière, Cadet, Amour, Divertissement, Charles-Simon Favart, Jean-Jacques Rousseau, Génies, Lyonnais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
CONCERTS ET COMEDIES
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
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Résumé : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Du 18 au 26 octobre, plusieurs spectacles ont été présentés à Fontainebleau. Le 18 octobre, 'Le Devin du Village' de Jean-Jacques Rousseau a été joué, précédé de 'L'Avare amoureux' et 'Arcagambis'. La demoiselle Puvigné a interprété 'Les Fantaisies' du sieur Rebel père entre les pièces. 'Le Devin du Village', avec des paroles et une musique de Rousseau, a connu un grand succès grâce à son langage et sa musique simples et expressifs. Les rôles principaux étaient interprétés par la demoiselle Fel et le sieur Jéliotte. Le spectacle a été suivi de morceaux de Rameau et d'autres airs célèbres. Le 21 octobre, 'Fanfale', une parodie d''Omphale' de Favart et Marcouville, a été présentée, précédée de 'L'Heureux naufrage'. Le 23 octobre, un concert chez la Reine a vu la demoiselle Violente Vestris chanter des ariettes italiennes, tandis que les sieurs Pla ont joué des concertos de hautbois et l'aîné des frères a joué du tympanon. Le 24 octobre, 'Le Devin du Village' a été rejoué sur ordre du roi. Le 26 octobre, 'L'Inconnu' de Thomas Corneille a été joué, avec une distribution incluant les demoiselles Gauffin, Dangeville, Rivière, et Foullquier, ainsi que les sieurs Grandval, Armand, Drouin, et Poisson. La pièce a inclus plusieurs divertissements, notamment des dialogues entre l'Amour et la Jeunesse. En décembre 1752, une série de divertissements et de représentations théâtrales ont eu lieu. Le premier divertissement mettait en scène Zelindor, roi des Sylphes, et Zirphé, avec la participation des génies des éléments dansant un pas de sept. Les acteurs principaux étaient le Sr Amand, le Sr Jeliote, la Dlle Chevalier, et le Sr Dupré. Un second divertissement remplaçait une noce de village pour célébrer la convalescence du Dauphin. Les spectacles étaient remarquables par leur goût, leur magnificence, et l'élégance des décorations. La musique était dirigée par le Sr Francoeur, utilisant des airs de Rameau et d'autres maîtres. Les ballets étaient composés par le Sr de Laval et le Sr DeRefle. Les costumes étaient conçus par le Sr Martin et le Sr Roquet. Parmi les pièces jouées figuraient 'Le Grondeur' de Brueys et Palaprat, 'Le Sicilien' de Molière, 'Roméo et Juliette' de Voltaire, 'Le Cocu imaginaire' de Molière, et 'Bérénice' de Racine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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382
p. 163
« L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
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383
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
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384
p. 163-171
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Le Concert a attiré plus de monde dans la quinzaine de Pâques, qu'il ne [...]
Mots clefs :
Motet à grand choeur, Concert, Chanter, Motet, Musique, Jouer, M. Mondoville, Symphonie, Morceaux, Concerto, Petit motet, Chapelle, Salve Regina, Jean-Jacques Rousseau, M. Carminati
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la quinzaine de Pâques, les concerts spirituels ont attiré un public nombreux grâce à la qualité des œuvres et aux choix des directeurs. Plusieurs concerts mémorables ont été organisés. Le dimanche de la Passion, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Deus, venerunt gentes' de M. Fanton, mal exécuté. M. Albanese a chanté des morceaux italiens, et M. Carminati a joué un concerto de violon apprécié. Le concert s'est terminé par 'Bonum est' de M. Mondonville. Le vendredi de la Passion, le concert a débuté avec une ouverture de M. Martin et le motet 'De profundis' de M. Mion, qui n'a pas réussi. M. Carminati et M. Albanese ont interprété des morceaux italiens, et le concert s'est conclu par 'Magnus Dominus' de M. Mondonville. Le dimanche des Rameaux, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Cantate Domino' de M. Martin. M. Richer a chanté une ariette de l'Abbé Blanchard, et le concert s'est terminé par 'De profundis' de M. Mondonville. Le lundi suivant, le 'Stabat mater' de Pergolèse a été présenté pour la première fois, apprécié notamment pour son prélude et le 'Stabat Mater en Duo'. Du 1 au 17 juin 1753, plusieurs concerts ont été organisés, souvent commençant par des symphonies. Le 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par MM. Dotta et Albanese. Mlle Davaux a débuté avec 'Magna est gloria ejus' du motet 'Domine in virtute tua' de Lalande, et a été saluée pour sa voix. Mlle Fel a chanté 'Salve Regina' de Rousseau. Les concerts ont inclus des œuvres de divers compositeurs tels que Gilles, Madin, Mondonville, Mouret, et Davelne. Des solistes comme M. Carminati, M. Gaviniés, et M. Taillard ont joué des concertos. Le programme variait chaque jour, incluant des motets, des cantates, et des airs italiens. Le succès du 'Stabat' a été notable, avec des représentations supplémentaires demandées.
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385
p. 124-125
LOGOGRYPHE.
Début :
Née pour adoucir les chagrins de la vie, [...]
Mots clefs :
Harmonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
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386
p. 170
« REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
Début :
REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...]
Mots clefs :
Réfutation, Musique française
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texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
REFUTATION fuivie & détaillée des
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
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387
p. 163-169
Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Début :
Cette invention qui date de l'année derniere, a eu des censeurs & des partisans [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Musique, Leçons, Louis Dumas, Tons
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texteReconnaissance textuelle : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Méthode du Bureau typographique pour la
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
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Résumé : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Le texte décrit la méthode du Bureau typographique pour la musique, inventée par M. Dumas l'année précédente. Cette méthode a suscité des critiques et des partisans, et l'auteur se propose de discuter impartialement des arguments des deux camps. Les principales objections à la méthode sont un ordre brouillé dans la distribution, une durée d'étude de dix années, des opérations de double emploi dans les leçons, et une dépense jugée indispensable pour apprendre la musique. Le Bureau typographique est divisé en trois parties. La première contient les éléments de la musique répartis en trois colonnes. La deuxième, en dix-huit colonnes, présente les cartes pour tracer les leçons notées dans la méthode. La troisième, en neuf colonnes, montre la preuve du progrès réalisé et la méthode de chanter dans la partition. La première division inclut des instructions sur l'usage des monofyllabes (la, si, ut, re, mi, fa, sol, la) pour enseigner les degrés et intervalles musicaux. La deuxième colonne détaille la portée musicale et les positions des clefs. La troisième colonne substitue les notes de musique aux monofyllabes et explique leur valeur. La deuxième division, en dix-huit colonnes, propose un premier cours de leçons dans les tons naturels et transposés, ainsi que dans leur mode, pour perfectionner l'élève. L'accusation de double emploi est réfutée par l'auteur, qui explique que les leçons naturelles servent de modèle pour la progression. La troisième division, en neuf colonnes, offre un second cours de leçons pour prouver le progrès réalisé. Elle enseigne à chanter sans transposer, bien que la transposition soit considérée comme indispensable au chant. Enfin, l'auteur réfute la nécessité de dépenser pour le Bureau, affirmant que la méthode peut être apprise seule. La méthode se vend vingt livres et est disponible chez l'auteur à Paris.
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388
p. 169-171
« L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
Début :
L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...]
Mots clefs :
Rousseau, Musique, Impartialité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'IMPARTIALITÉ fur la mufique . Epître
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
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Résumé : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'ouvrage 'L'IMPARTIALITÉ fur la mufique', publié en 1754, est adressé à Jean-Jacques Rousseau et répond à ses critiques sur la musique française. Rousseau reproche à cette musique son association avec une langue défavorable, sa monotonie, son manque de naturalité, son absence de reconnaissance internationale et son infériorité par rapport à la musique italienne. La première partie du livre réfute ces critiques, tandis que la seconde met en avant les talents des compositeurs français. Ces derniers sont loués pour leur maîtrise des principes musicaux, leur capacité à refléter le goût national, leur génie musical et leur talent d'expression. Le poème conclut en affirmant que la musique française, inspirée par les dieux, partage les dons de Polymnie et produit des œuvres immortelles, malgré les préjugés et la jalousie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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389
p. 172-174
« L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
'Académie royale de Mufique continue les Fé
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
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Résumé : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
En décembre 1754, les activités théâtrales étaient marquées par plusieurs événements notables. L'Académie royale de Musique poursuivait les 'Fêtes de Thalie', attirant un public de plus en plus nombreux grâce à la performance de Mile Cohendet. Cependant, à partir du 3 décembre, ces fêtes ont été remplacées par la représentation de 'Thésée'. Parallèlement, les Comédiens Français, réunis depuis le 18 novembre, ont donné des représentations tant à la cour de Fontainebleau qu'à Paris, malgré un répertoire limité. Ces représentations ont été couronnées de succès. Mlle Clairon a interprété plusieurs rôles prestigieux, notamment dans 'Britannicus', 'Zaire', 'Bajazet', 'Rodogune', 'Polyeucte', 'Gustave', 'Alzire', 'Pénélope' et 'Médée'. Parmi ces pièces, les tragédies 'Pénélope' et 'Médée' ont reçu des critiques mitigées. 'Pénélope' a été accueillie tièdement et a été sauvée par l'interprétation de Baron. La pièce a été critiquée pour sa versification dure et ses rôles épisodiques insupportables. En revanche, 'Médée' a été mieux appréciée pour ses effets de terreur et de pitié, bien que certains rôles aient été jugés faibles. Cette tragédie a connu un succès renouvelé grâce à des actrices comme Mlle Balicour, Duménil et Clairon. M. Molé a également interprété plusieurs rôles avec succès. Quant à Mlle Guéant, elle a fait ses débuts dans 'La Pupille' et 'Mélite', recevant des éloges pour son jeu et son expression.
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390
p. 185
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert Spirituel qui fut exécuté le premier Novembre, fête de tous les Saints, commença [...]
Mots clefs :
Concert spirituel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
E Concert Spirituel qui fut exécuté le premier
Novembre , fête de tous les Saints , commença
par une fymphonie de M. Labbé fils ; enfuite
Cantate Domino , motet à grand choeur de Lalande
, dans lequel Mlle Cohendet chanta le récit
Viderunt. Mile Lepri chanta un air Italien . M.
Palanca joua un concerto de la compofition del
Signor Beffozzi. Mlle Lepri chanta un fecond air
Italien . Le Concert finit par De profundis , motet à
grand choeur de M. Mondonville.
E Concert Spirituel qui fut exécuté le premier
Novembre , fête de tous les Saints , commença
par une fymphonie de M. Labbé fils ; enfuite
Cantate Domino , motet à grand choeur de Lalande
, dans lequel Mlle Cohendet chanta le récit
Viderunt. Mile Lepri chanta un air Italien . M.
Palanca joua un concerto de la compofition del
Signor Beffozzi. Mlle Lepri chanta un fecond air
Italien . Le Concert finit par De profundis , motet à
grand choeur de M. Mondonville.
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391
p. 187-189
« L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Académie royale de Mufique a donné
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
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Résumé : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
L'Académie royale de Musique a présenté la dernière représentation des 'Fêtes de Thalie' le 1er décembre. M. Vallée, débutant le 19 novembre, a montré un potentiel prometteur en tant que haute-contre. Mlle Davaux, après des progrès jugés lents, a gagné des partisans en interprétant le rôle de Calife avec finesse et intelligence. Les Comédiens Français ont repris 'Les Troyennes' de M. de Châteaubrun le 20 novembre, après un succès initial le 11 mars. La dernière représentation, le 30 novembre, a attiré trois fois plus de monde que la salle ne pouvait en contenir. La tragédie se distingue par sa naturalité et sa simplicité touchante, transportant les spectateurs devant Troie en flammes. Depuis l'ouverture du théâtre le 22 avril, les Comédiens Français ont représenté vingt-sept tragédies différentes. Les Comédiens Italiens continuent de présenter 'La Servante maîtresse' avec succès, à sa quarantième représentation.
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392
p. 197-203
Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Début :
On s'est proposé dans ce ballet de peindre un caractere ; & celui d'Anacréon, le [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Extrait d'Anacréon , nouveau Ballet en un
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
Acte , de MM. de Cabufac & Rameau.jį
On s'eft propofé dans ce ballet de peindre
un caractere ; & celui d'Anacréon , le
Poëte des graces & de l'enjouement , n'étoit
pas aifé à développer fur le théâtre lyrique.
Le nom d'Anacréon nous repréſenté
l'idée d'un vieillard , fort aimable à la vé-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
rité , mais c'est toujours l'idée d'un vieillard
; & un pareil perfonnage amoureux ,
ou comme le dit M. de C. , jouant fans
celle avec les Amours , touche de bien près
au comique , peut - être même au ridicule.
Il falloit éviter ce premier écueil . On a
mis en scène , à côté même d'Anacréon ,
Batyle , ce perfonnage fi connu dans les
chroniques du Parnaffe . Il étoit indifpenfable
d'imaginer des prétextes honnêtes
qui puffent autorifer une pareille entreprife
, & c'eft ce qu'on a eu l'art de faire
ici , par un ppllaann tthhééaattrraall , qui a tout le mérite
de la difficulté adroitement vaincue .
On fuppofe qu'Anacréon a élevé Batyle
& Chloé , avec tous les foins & la tendreffe
de l'amitié. Ces jeunes enfans inf
truits par cet aimable Maître , faits l'un
pour l'autre , ne fe quittant jamais , s'aiment
, fe le difent , & croyent leur liaiſon
tout-à fait ignorée. Anacréon a facilement
apperçu leur intelligence , il en eft flaté ,
& il s'en amufe. Voici comme il en parle
dans le monologue qui ouvre la fcène .
Myrtes fleuris , naiffant feuillage ,
Où Flore & les Amours ont fixé les zéphirs ;
Berceaux charmans , que votre ombrage
Me promet encor de plaifirs !
Deux cecurs que j'ai formés , qu'un doux penchant
engage ,
Penfent qu'Anacréon ignore leurs foupirs.
DECEMBRE. 1754. 199
D'ici je vois leur trouble , & j'entens leur langage;
J'alarme tour à tour & fate leurs défirs
J'aime à jouir de mon ouvrage ;
Et cet innocent badinage
De l'hyver de mes ans embellit les loifirs.
Une grande fête fe prépare , Chloé &
& Batyle doivent y chanter des vers nouveaux
d'Anacréon ; mais on ignore quel
eft l'objet fecret de tous ces préparatifs :
Chloé arrive pour s'en informer.
Anacreon , qui dans fon monologue a
déja annoncé une partie de fon projet , ne
lui répond que d'une maniere détournée ,
& par des galanteries legeres . Il lui dit enfin
qu'elle eft appellée par l'hymen pour
former une chaîne digne d'elle , & bientôt
après :
En vain le poids des ans me preffe,
Mon coeur n'eft jamais fans defirs ;
Au charme de vos yeux , au feu de ma tendreffe
Je dois ma vie & mes plaifirs.
C'eſt Hébé , fous vos traits , qui me rend la jeu◄
neffe.
Chloé , qui connoît Anacréon , craint
avec raifon que cet hymen ne le regarde :
le vieillard jouit de fon trouble , & pour
l'augmenter , il lui adreffe ce difcours équivoque
en la quittant :
Auprès de cent beautés que j'aimai tour à tour
L'amour a comblé mon attente ;
I iiij
100 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce jour eft mon plus beau jour ,
Chloé , j'y veux former une chaîne conſtante ,
Qui de tous fes bienfaits m'acquitte envers l'amour.
Au moment qu'Anacréon fort , Batyle
paroît dans l'enchantement que lui caufent
les vers dont Anacréon l'a chargé pour
la fère qu'on prépare , il apperçoit Chloé ,
& dans fon enthoufiafme , il lui dit :
Ah ma Chloé , daignez entendre
Ce que je chante dans nos jeux.
Et tout de fuite il chante :
» Des zéphirs que Flore rappelle \
» Je voulois chanter le retour.
» Je vis Chloé : qu'elle étoit belle !
» Je ne pus chanter que l'amour.
» Je lui confacrai dès ce jour
>> Tous mes voeux , mes vers , & malyre.
C'est pour Chloé que je refpire ,
Je ne chante qu'elle & l'amour.
Batyle alors tourne fes regards fur elle :
il la voit fondante en larmes ; il frémit. Elle
lui déclare le deffein d'Anacréon . Les vers
que Batyle vient de chanter , le lui confirment
; ceux qu'elle doit chanter elle - même
en font une preuve nouvelle . Ils font en
effet , les uns & les autres , tournés de façon
qu'ils peuvent convenir & à la pofition
qu'ils craignent , & au but fecret d'Anacréon.
Cette fcène vive & touchante eft
DECEMBRE . 1754. 201
interrompue par la fète. La jeuneffe de
Théos environne Anacréon qui joue de fa
lyre , le couronne de rofes , & le pare de
fleurs nouvelles . C'est là qu'on a place
quelques traits de la philofophie aimable
d'Anacréon. Il dit au milieu de cette jeuneffe
, que le plaifir anime :
Mettre à profit tous les inftans
Eft l'unique foin du vrai fage.
11 naît des fleurs dans tous les tems ;
Il eft des plaifirs à tout âge.
Et plus bas ,
Des caprices du fort je crains peu les retours ;
Je jouis du préfent , j'en connois l'avantage.
Je retrouve au déclin de l'âge
Les jeux rians de mes beaux jours.
Livrons au doux plaifir chaque inftant qui nous
refte ,
Et courons au terme funefte ,
En jouant avec les Amours .
Cependant Anacréon ne perd point de
vûe Batyle & Chloé : ils font l'un & l'autre
dans un trouble dont il fe plaît à jouir.
Tous ces préparatifs , ces fleurs dont on le
pare , les vers qu'ils font chargés de chanter
, leur infpirent des alarmes qu'il redouble
en preffant Chloé de commencer .
Il y a dans cet endroit une fcène de trèspeu
de vers , tendre & badine de la part
d'Anacréon , théatrale & naïve de la part
Iy
202 MERCURE DE FRANCE
des deux jeunes amans , qui conduit enfin
à l'explication fuivante.
Anacréon.
J'ai voulu quelque tems jouir de vos foupirs.
Rendre heureux ce qu'on aime eft l'amour de mor
âge.
Qu'a former vos deux coeurs j'ai goûté de plaifirs !
Mais c'eſt en comblant vos defirs
Que je couronne mon ouvrage.
En chantant les derniers vers , il les unit;
& ce dénouement heureux eft fuivi d'un
divertiffement auffi neuf que faillant.
La Ferme du fond s'ouvre. Une terraffe
qui forme un fecond théâtre eft remplie
de jeunes Danfeurs qui fuivent les mouvemens
du ballet qu'on voit fur le devant
du théatre. Cette fète eft formée par une
troupe de jeunes Théoniens , qui repréfentent
une orgie galante . Le ballet , dans lequel
on a vû fucceffivement des pas de 2 , de
3 , de 4 , & de 7 , fort ingénieux , & trèsgais
, fans ceffer d'être nobles , eft pour la
mufique & la danfe , de la plus forte & de
la plus agréable compofition , & il eft terminé
par un choeur de bacchanales , digne
de la réputation de M. Rameau. Ce font
MM. de Chaffé & Jeliote qui ont rempli
les rolles d'Anacréon & de Batyle. Mile
Fel étoit chargée de celui de Chloé.
Le 26 , Anacréon fut donné
pour
la for
DECEMBRE . 1754 203
-
conde fois avec Cenie , comédie de Mad.
de Graffigni ; & le 29 l'Opéra , fans avoir
befoin d'une plus longue préparation , repréfenta
pour la premiere fois Daphnis &
Alcimadure , paftorale Languedocienne ,
en trois actes , précédée d'un prologue.
Fermer
Résumé : Extrait d'Anacréon, nouveau Ballet en un Acte, de MM. de Cabusac & Rameau.
Le ballet 'Anacréon', créé par MM. de Cabufac et Rameau, met en scène Anacréon, un poète connu pour ses grâces et son enjouement. Pour éviter les aspects comiques ou ridicules d'un vieillard amoureux, les auteurs introduisent Batyle et Chloé, deux jeunes personnes élevés par Anacréon et secrètement amoureux l'un de l'autre. Anacréon, conscient de leur amour, décide de les unir. L'intrigue se déroule lors d'une grande fête où Chloé et Batyle doivent chanter des vers d'Anacréon. Par des monologues et des discours équivoques, Anacréon laisse entendre à Chloé qu'elle est destinée à un hymen, augmentant ainsi son trouble. Batyle, en chantant les vers d'Anacréon, révèle involontairement ses sentiments à Chloé. La fête est interrompue par des danses et des chants, durant lesquels Anacréon exprime sa philosophie de jouir du présent et de profiter de chaque instant. Finalement, Anacréon révèle son plan de les unir, comblant ainsi leurs désirs. Le ballet se termine par un divertissement avec des danses et des chants, mettant en scène des jeunes Théoniens dans une orgie galante. Les rôles principaux sont interprétés par MM. de Chaffé et Jeliote, ainsi que Mlle Fel. Le ballet a été représenté pour la première fois le 26 décembre 1754, suivi de la pastorale 'Daphnis et Alcimadure' le 29 décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
393
p. 203-211
Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Début :
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier âge en France des lettres & des arts. [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Coeur, Prologue, Langage, Chants, Peuple, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Extrait de Daphnis & Alcimadure.
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier
âge en France des lettres & des arts.
M. Mondonville , poëte tout à la fois &.
muficien , eft l'auteur des paroles & de
la mufique tels étoient autrefois nos fameux
Troubadours.
La paftorale eft écrite en langage Tou-,
loufain , le prologue l'eft en notre langue.
L'inftitution des Jeux Floraux , que nous,
devons à Clémence Ifaure , eft le fujet du
prologue , & ce perfonnage eft le feul
chantant qui y paroiffe. Ifaure eft entourée
de peuples , de jardiniers & de jardi
nieres , & elle dit :
Dans ce féjour riant & fortuné
Phébus , Flore & l'Amour ont fixé leur empire
On y voit de leurs mains le printems couronné
Les coeurs font adoucis par l'air qu'on y reſpire.
On n'y craint point la rigueur des hyvers ,
On n'y craint point l'inconftance des belles ;
Nos arbres y font toujours verds ,,
Et nos amans toujours fideles.
Ces chants d'Ifaure très- bien rendus pa
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Chevalier , & coupés de danſes &
de choeurs , amenent le développement du
projet qu'elle a formé ; elle dit :
Peuples , il faut dans ce beau jour ,
D'un fiécle fi chéri tranſmettre la mémoire ,
Et je veux que des prix couronnent la victoire
De ceux qui fçauront mieux chanter le tendre
amour.
On voit paroître en effet les nobles , formant
une entrée , & portant les différens
prix que la célébre Académie de Toulouſe
diftribue tous les ans. Ifaure enfuite propofe
de retracer en langage du pays , les
amours de Daphnis & d'Alcimadure ; elle
dit :
Traçons par quel bonheur
Daphnis fçut attendrir la fiere Alcimadure :
De leur fimplicité la naïve peinture
Eft l'image de notre coeur ..
Les peuples lui répondent par des chants
de triomphe & d'allégreffe , & c'eft ainfi
que finit d'une maniere fort noble ce joli
prologue.
La Paftorale roule fur trois acteurs :
Daphnis , qui aime Alcimadure ; celle - ci
qui n'aime encore rien , & qui s'eft dé cidée
pour fuir toujours l'amour ; & Jean net
fon frere , perfonnage toujours gai , qui
prend vivement les intérêts de fa foeur
qui cherche en s'amufant à lui ménager un
&
DECEMBRE . 1754. 205
établiffement qu'il croit fort convenable.
Daphnis en fe montrant , développe la
fituation de fon ame par un monologue ,
dont le chant peint fort bien la tendreffe
naïve des paroles.
Hélas ! pauret que farey jou !
Tant m'a blaffat l'ou Dion d'amou.
Defpey que l'el d'Alcimadouro
A dedins mon cor amourous
Allucat milo fougairous ,
Souffri la peno la pu duro.
Hélas ! & c.
Alcimadure paroît , & il s'éloigne pour
découvrir ce qui l'amene . Voici la maniere
vive dont elle s'anonce.
Gazouillats , auzelets , à l'umbro del feuillatge ;
Quant bous fiulats moun cor es encantat.
Entendi bé qué din boftré lengatgé .
Bous célébrats la libertat .
El' es lou plazé de ma bido ,
Car y ou la canti coumo bous.
Tabé fan ceflo èlo mé crido
Qu'elo foulo pot rend' huroux .
Après cette ariette d'un chant léger &
très-agréable , Daphnis paroît , & ces deux
perfonnages foutiennent dans la fcene , l'un
le ton de la tendreffe , l'autre le ton de
gaieté que leurs monologues avoient annoncé.
Daphnis y déclare fon amour ; Alcimadure
l'écoute fans le croire , elle le
206 MERCURE DE FRANCE.
rebute même , & paroît refolue à le fuir ,
mais il l'arrête en lui propofant une petite
fête où l'on doit danfer pour elle , & court
chercher les bergers du village pour la lui
donner. Jeannet , frere d'Alcimadure , arrive
alors ; elle lui fait confidence d'un
amour dont elle fe feroit bien paffée. Il combat
cette répugnance , & trouve Daphnis
un parti fortable ; mais Alcimadure n'entend
point raifon fur ce point ; elle dit :
L'ou plazé de la bido
A cos la gayetat ;
E quand on fe marido
On perdla libertat ..
Et plus bas.
Nou boli pas douna moun cor
A qui pot de reni boulatgé.
Qui fe contento de fon for
Nou defiro res dabantagé.
Jeannet infifte , & il fe propofe s'il
rencontre Daphnis dont il n'eft pas connu ,
de l'éprouver fi bien , qu'il ne lui fera pas
poffible de le tromper . Alors le divertiffement
annoncé dans la fcene précédente
arrive. Il eft compofé de bergers & de
bergeres, & les chants qui coupent la danfe
font tous adroitement placés dans la bouche
de Daphnis , & relatifs à la fituation
de fon coeur.-
་
DECEMBRE . 1754. 207
Qui bey la bello Alcimaduro
Bey l'aftré lou pu bel ;
Per charma touto la naturo
Nou li cal qu'un cop d'el.
Per aquelo Benus noubelo
On bey lous amours enfantets
Boultija fan ceffo après elo
Coumo une troupo d'auzelets.
Cette jolie chanfon eft bientôt fuivie
d'une autre , qui peint une image tout auffi
agréable.
Bezets Pourmel per las flouretos
Boulega fous jouinés ramels.
Efcoutats des pichots auzels
Las amouroufos canfounetos.
Per tout charma lou Diu nenet
Tiro fan ceffo de l'arquet.
N'oublido res dins la naturo ,
Hormis lou cor d'Alcimaduro .
Daphnis ne fe laffe point de chanter
l'amour. Ce refrein paroît déplaire à Alcimadure
; elle interrompt brufquement la
fête , & prend pour prétexte qu'elle eft
obligée d'aller joindre fon frere , ce qui
termine le premier acte.
Le ſecond débute par une troupe de vil
lageois conduits par Jeannet , armés pour
une chaffe au loup. Iis s'animent par un
choeur brillant à la chaffe qu'ils doivent
faire , & Jeannet les renvoye après , en
leur difant fierement de l'avertir lofqu'it
208 MERCURE DE FRANCE.
faudra commencer d'entrer en danfe . Avec
les armes qu'il porte , il fe flate d'en impofer
affez à Daphnis pour éprouver fon
amour , & il fe propofe de le fervir auprès
de fa foeur , s'il le trouve fidéle . Daphnis
paroît ; l'explication fe fait par des difcours
naïfs de la part de l'un , & par des bravades
de la part de l'autre . M. M. pour varier
, a voulu jetter du comique dans ce
perfonnage fort bien chanté par M. Delatour.
Sur ce que Daphnis lui dit des
rigueurs qu'il éprouve , il lui répond :
On pot , quand on es malhuroux ,
Se difpenfa d'eftré fidelo .
'Anats , benets , paffejats bous ,
Arpentats coulinos , montagnos ;
Per eftr' encaro pus hurous
Fazets tres ou quatré campagnos.
Daphnis lui réplique :
A qué tout aquo ferbira ,
Per-tout l'amour me ſeguira.
Jeannet fait alors l'étonné. Quoi ! lui
dit-il , vous n'avez jamais vû de batailles ,
de canons , de bombes , &c ?
Daphnis.
Ni lous clarins , ni las troumpetos
Nou troublon pas noftrés hamels.
L'écho n'es rébeillat que per noftros muzetos
E lou ramargé des auzels :
DECEMBRE. 1754 209
Lous els fouls de las paftouretos
Blaffoun lou cor des paftourels.
L'éclairciffement arrive enfuite . Jeannet
feint d'être fur le point de fe marier
avec Alcimadure ; on juge de l'effet d'une
pareille confidence fur Daphnis . Il déclare
avec fermeté qu'il aime cette cruelle. Jeannet
veut le forcer à n'y plus penfer ; il
leve le bras & fon épieu pour l'y contraindre
: mais le berger fidele aime mieux mourir
.... Dans ce moment on entend crier
au fecours : c'eft Alcimadure poursuivie
par un loup prêt à la dévorer . Daphnis arrache
des mains de Jeannet , qui s'enfuit ,
l'épieu dont il étoit armé , combat le loup ,
le tue , revient , & trouve Alcimadure
évanouie. Il lui parle , lui dit que le loup eft
mort , & s'efforce de l'attendrir. Elle n'eft
que reconnoiffante & point tendre. Jeannet
furvient pour faire une nouvelle fanfaronade
tout le village le fuit , & il fe
forme alors un divertiffement qui a pour
objet de célébrer la valeur de Daphnis .
Alcimadure & Jeannet , par ce moyen , fe
trouvent chargés de toutes les chanfons
que M. M. y a placées. L'acte finit par le
projet d'aller préfenter Daphnis en triomphe
au Seigneur du village.
Alcimadure ouvre le troifiéme acte par
un monologue , dans lequel fon coeur dif210
MERCURE DE FRANCE.
pute encore contre l'amour. Jeannet qui
arrive , lui apprend qu'il a éprouvé fon
amant , tâche de vaincre fon indifférence
n'y réuffit pas , & fe retire appercevant
Daphnis. Celui ci fait de nouveaux efforts
, il parle de mourir : Alcimadure fe
trouble , & fe plaint d'avoir été quittée
par Jeannet. A ce nom , que Daphnis croit
être celui de fon rival , il fort au defef
poir , bien réfolu de ne plus vivre. C'eft
alors qu'Alcimadure ne fuit plus que les
mouvemens de fon coeur ; fon amour fe
déclare par fes craintes. Jeannet revient ,
& lui affure que Daphnis eft mort. Elle
ne fe poffede plus à cette nouvelle ; elle
part pour aller percer fon fein du même
couteau qui a percé le coeur de fon amant .
Daphnis paroît alors . Le defefpoir
d'Alcimadure fe change en une joie auffi
vive que tendre. Un duo charmant couronne
le plaifir que caufe tout cet acte ,
& un divertiffement formé par les compagnons
de Daphnis & les compagnes d'Alcimadure
, termine fort heureufement cet
ouvrage , qui joint le piquant de la fingularité
aux graces naïves d'un genre toutà-
fait inconnu . Nous avons déja dit la maniere
dont Mr Delatour s'eft acquitté du
rolle de Jeannet ; ceux d'Alcimadure & de
Daphnis ont été rendus par Mlle Fel & Mr
DE CEM BR E.
1754. 211
Jeliote. Ils font fi fupérieurs l'un & l'autre
, lorfqu'ils chantent le François , qu'il
eft aifé de juger du charme de leur voix ,
de la fineffe de leur expreffion , de la
fection de leurs traits , en rendant le langage
du pays riant auquel nous devons
leur naiffance.
Cet opéra nouveau nous rappelle le premier
âge en France des lettres & des arts.
M. Mondonville , poëte tout à la fois &.
muficien , eft l'auteur des paroles & de
la mufique tels étoient autrefois nos fameux
Troubadours.
La paftorale eft écrite en langage Tou-,
loufain , le prologue l'eft en notre langue.
L'inftitution des Jeux Floraux , que nous,
devons à Clémence Ifaure , eft le fujet du
prologue , & ce perfonnage eft le feul
chantant qui y paroiffe. Ifaure eft entourée
de peuples , de jardiniers & de jardi
nieres , & elle dit :
Dans ce féjour riant & fortuné
Phébus , Flore & l'Amour ont fixé leur empire
On y voit de leurs mains le printems couronné
Les coeurs font adoucis par l'air qu'on y reſpire.
On n'y craint point la rigueur des hyvers ,
On n'y craint point l'inconftance des belles ;
Nos arbres y font toujours verds ,,
Et nos amans toujours fideles.
Ces chants d'Ifaure très- bien rendus pa
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Chevalier , & coupés de danſes &
de choeurs , amenent le développement du
projet qu'elle a formé ; elle dit :
Peuples , il faut dans ce beau jour ,
D'un fiécle fi chéri tranſmettre la mémoire ,
Et je veux que des prix couronnent la victoire
De ceux qui fçauront mieux chanter le tendre
amour.
On voit paroître en effet les nobles , formant
une entrée , & portant les différens
prix que la célébre Académie de Toulouſe
diftribue tous les ans. Ifaure enfuite propofe
de retracer en langage du pays , les
amours de Daphnis & d'Alcimadure ; elle
dit :
Traçons par quel bonheur
Daphnis fçut attendrir la fiere Alcimadure :
De leur fimplicité la naïve peinture
Eft l'image de notre coeur ..
Les peuples lui répondent par des chants
de triomphe & d'allégreffe , & c'eft ainfi
que finit d'une maniere fort noble ce joli
prologue.
La Paftorale roule fur trois acteurs :
Daphnis , qui aime Alcimadure ; celle - ci
qui n'aime encore rien , & qui s'eft dé cidée
pour fuir toujours l'amour ; & Jean net
fon frere , perfonnage toujours gai , qui
prend vivement les intérêts de fa foeur
qui cherche en s'amufant à lui ménager un
&
DECEMBRE . 1754. 205
établiffement qu'il croit fort convenable.
Daphnis en fe montrant , développe la
fituation de fon ame par un monologue ,
dont le chant peint fort bien la tendreffe
naïve des paroles.
Hélas ! pauret que farey jou !
Tant m'a blaffat l'ou Dion d'amou.
Defpey que l'el d'Alcimadouro
A dedins mon cor amourous
Allucat milo fougairous ,
Souffri la peno la pu duro.
Hélas ! & c.
Alcimadure paroît , & il s'éloigne pour
découvrir ce qui l'amene . Voici la maniere
vive dont elle s'anonce.
Gazouillats , auzelets , à l'umbro del feuillatge ;
Quant bous fiulats moun cor es encantat.
Entendi bé qué din boftré lengatgé .
Bous célébrats la libertat .
El' es lou plazé de ma bido ,
Car y ou la canti coumo bous.
Tabé fan ceflo èlo mé crido
Qu'elo foulo pot rend' huroux .
Après cette ariette d'un chant léger &
très-agréable , Daphnis paroît , & ces deux
perfonnages foutiennent dans la fcene , l'un
le ton de la tendreffe , l'autre le ton de
gaieté que leurs monologues avoient annoncé.
Daphnis y déclare fon amour ; Alcimadure
l'écoute fans le croire , elle le
206 MERCURE DE FRANCE.
rebute même , & paroît refolue à le fuir ,
mais il l'arrête en lui propofant une petite
fête où l'on doit danfer pour elle , & court
chercher les bergers du village pour la lui
donner. Jeannet , frere d'Alcimadure , arrive
alors ; elle lui fait confidence d'un
amour dont elle fe feroit bien paffée. Il combat
cette répugnance , & trouve Daphnis
un parti fortable ; mais Alcimadure n'entend
point raifon fur ce point ; elle dit :
L'ou plazé de la bido
A cos la gayetat ;
E quand on fe marido
On perdla libertat ..
Et plus bas.
Nou boli pas douna moun cor
A qui pot de reni boulatgé.
Qui fe contento de fon for
Nou defiro res dabantagé.
Jeannet infifte , & il fe propofe s'il
rencontre Daphnis dont il n'eft pas connu ,
de l'éprouver fi bien , qu'il ne lui fera pas
poffible de le tromper . Alors le divertiffement
annoncé dans la fcene précédente
arrive. Il eft compofé de bergers & de
bergeres, & les chants qui coupent la danfe
font tous adroitement placés dans la bouche
de Daphnis , & relatifs à la fituation
de fon coeur.-
་
DECEMBRE . 1754. 207
Qui bey la bello Alcimaduro
Bey l'aftré lou pu bel ;
Per charma touto la naturo
Nou li cal qu'un cop d'el.
Per aquelo Benus noubelo
On bey lous amours enfantets
Boultija fan ceffo après elo
Coumo une troupo d'auzelets.
Cette jolie chanfon eft bientôt fuivie
d'une autre , qui peint une image tout auffi
agréable.
Bezets Pourmel per las flouretos
Boulega fous jouinés ramels.
Efcoutats des pichots auzels
Las amouroufos canfounetos.
Per tout charma lou Diu nenet
Tiro fan ceffo de l'arquet.
N'oublido res dins la naturo ,
Hormis lou cor d'Alcimaduro .
Daphnis ne fe laffe point de chanter
l'amour. Ce refrein paroît déplaire à Alcimadure
; elle interrompt brufquement la
fête , & prend pour prétexte qu'elle eft
obligée d'aller joindre fon frere , ce qui
termine le premier acte.
Le ſecond débute par une troupe de vil
lageois conduits par Jeannet , armés pour
une chaffe au loup. Iis s'animent par un
choeur brillant à la chaffe qu'ils doivent
faire , & Jeannet les renvoye après , en
leur difant fierement de l'avertir lofqu'it
208 MERCURE DE FRANCE.
faudra commencer d'entrer en danfe . Avec
les armes qu'il porte , il fe flate d'en impofer
affez à Daphnis pour éprouver fon
amour , & il fe propofe de le fervir auprès
de fa foeur , s'il le trouve fidéle . Daphnis
paroît ; l'explication fe fait par des difcours
naïfs de la part de l'un , & par des bravades
de la part de l'autre . M. M. pour varier
, a voulu jetter du comique dans ce
perfonnage fort bien chanté par M. Delatour.
Sur ce que Daphnis lui dit des
rigueurs qu'il éprouve , il lui répond :
On pot , quand on es malhuroux ,
Se difpenfa d'eftré fidelo .
'Anats , benets , paffejats bous ,
Arpentats coulinos , montagnos ;
Per eftr' encaro pus hurous
Fazets tres ou quatré campagnos.
Daphnis lui réplique :
A qué tout aquo ferbira ,
Per-tout l'amour me ſeguira.
Jeannet fait alors l'étonné. Quoi ! lui
dit-il , vous n'avez jamais vû de batailles ,
de canons , de bombes , &c ?
Daphnis.
Ni lous clarins , ni las troumpetos
Nou troublon pas noftrés hamels.
L'écho n'es rébeillat que per noftros muzetos
E lou ramargé des auzels :
DECEMBRE. 1754 209
Lous els fouls de las paftouretos
Blaffoun lou cor des paftourels.
L'éclairciffement arrive enfuite . Jeannet
feint d'être fur le point de fe marier
avec Alcimadure ; on juge de l'effet d'une
pareille confidence fur Daphnis . Il déclare
avec fermeté qu'il aime cette cruelle. Jeannet
veut le forcer à n'y plus penfer ; il
leve le bras & fon épieu pour l'y contraindre
: mais le berger fidele aime mieux mourir
.... Dans ce moment on entend crier
au fecours : c'eft Alcimadure poursuivie
par un loup prêt à la dévorer . Daphnis arrache
des mains de Jeannet , qui s'enfuit ,
l'épieu dont il étoit armé , combat le loup ,
le tue , revient , & trouve Alcimadure
évanouie. Il lui parle , lui dit que le loup eft
mort , & s'efforce de l'attendrir. Elle n'eft
que reconnoiffante & point tendre. Jeannet
furvient pour faire une nouvelle fanfaronade
tout le village le fuit , & il fe
forme alors un divertiffement qui a pour
objet de célébrer la valeur de Daphnis .
Alcimadure & Jeannet , par ce moyen , fe
trouvent chargés de toutes les chanfons
que M. M. y a placées. L'acte finit par le
projet d'aller préfenter Daphnis en triomphe
au Seigneur du village.
Alcimadure ouvre le troifiéme acte par
un monologue , dans lequel fon coeur dif210
MERCURE DE FRANCE.
pute encore contre l'amour. Jeannet qui
arrive , lui apprend qu'il a éprouvé fon
amant , tâche de vaincre fon indifférence
n'y réuffit pas , & fe retire appercevant
Daphnis. Celui ci fait de nouveaux efforts
, il parle de mourir : Alcimadure fe
trouble , & fe plaint d'avoir été quittée
par Jeannet. A ce nom , que Daphnis croit
être celui de fon rival , il fort au defef
poir , bien réfolu de ne plus vivre. C'eft
alors qu'Alcimadure ne fuit plus que les
mouvemens de fon coeur ; fon amour fe
déclare par fes craintes. Jeannet revient ,
& lui affure que Daphnis eft mort. Elle
ne fe poffede plus à cette nouvelle ; elle
part pour aller percer fon fein du même
couteau qui a percé le coeur de fon amant .
Daphnis paroît alors . Le defefpoir
d'Alcimadure fe change en une joie auffi
vive que tendre. Un duo charmant couronne
le plaifir que caufe tout cet acte ,
& un divertiffement formé par les compagnons
de Daphnis & les compagnes d'Alcimadure
, termine fort heureufement cet
ouvrage , qui joint le piquant de la fingularité
aux graces naïves d'un genre toutà-
fait inconnu . Nous avons déja dit la maniere
dont Mr Delatour s'eft acquitté du
rolle de Jeannet ; ceux d'Alcimadure & de
Daphnis ont été rendus par Mlle Fel & Mr
DE CEM BR E.
1754. 211
Jeliote. Ils font fi fupérieurs l'un & l'autre
, lorfqu'ils chantent le François , qu'il
eft aifé de juger du charme de leur voix ,
de la fineffe de leur expreffion , de la
fection de leurs traits , en rendant le langage
du pays riant auquel nous devons
leur naiffance.
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Résumé : Extrait de Daphnis & Alcimadure.
L'opéra 'Daphnis & Alcimadure' de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville illustre le premier âge des lettres et des arts en France. Mondonville, à la fois poète et musicien, en est l'auteur des paroles et de la musique, s'inspirant des troubadours d'antan. La pastorale est écrite en langage toulousain, tandis que le prologue est en français. Ce prologue célèbre l'institution des Jeux Floraux, fondée par Clémence Isaure, et la met en scène entourée de peuples, de jardiniers et de jardinières. Clémence Isaure propose de célébrer l'amour à travers des concours de chant et de poésie. L'intrigue se concentre sur trois personnages principaux : Daphnis, amoureux d'Alcimadure, Alcimadure, qui refuse l'amour, et Jeannet, le frère d'Alcimadure, toujours gai et bienveillant. Daphnis exprime son amour pour Alcimadure, qui le repousse initialement. Jeannet tente de convaincre Alcimadure des qualités de Daphnis, mais elle reste réticente, préférant sa liberté. Une fête est organisée, durant laquelle Daphnis chante son amour. Alcimadure interrompt la fête, prétextant devoir rejoindre son frère. Dans le second acte, Jeannet et des villageois partent chasser le loup. Jeannet rencontre Daphnis et le défie, mais finit par reconnaître la sincérité de son amour. Alcimadure est attaquée par un loup, et Daphnis la sauve. Le village célèbre alors la bravoure de Daphnis. Dans le troisième acte, Alcimadure lutte contre ses sentiments amoureux. Jeannet révèle à Alcimadure que Daphnis est mort, la poussant à vouloir se suicider. Daphnis réapparaît, et Alcimadure, folle de joie, lui avoue son amour. Un duo charmant et un divertissement final concluent l'opéra, mettant en scène les compagnons de Daphnis et les compagnes d'Alcimadure. Les rôles de Jeannet, Alcimadure et Daphnis sont interprétés par des artistes dont les performances sont saluées pour leur charme et leur authenticité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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394
p. 211-215
« Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Début :
Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : « Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Le lendemain 30 Octobre , la Comédie
Françoife repréfenta Cinna , de P. Corneille
; & le Fat puni , petite piece , en un acte
& en profe de M ****
Les Fêtes de la Touffaint
fufpendirent
pour peu de jours le cours de tous ces brillans
fpectacles . On le reprit le 4 Novembre
, par une feconde
repréſentation d'Alcimadure
, dans laquelle on chanta deux
fois le duo du dernier acte , ainfi que la
Cour avoit paru le defirer .
Le 7 , c'est- à-dire après deux jours d'intervalle
feulement , on repréſenta Alcefte
ou le Triomphe d'Alcide , un des plus beaux
Opéra de Quinault & de Lulli.
du
Cet ouvrage a un mérite qui lui eft
propre
, & qui lui avoit toujours été contraire.
On ne l'avoit gueres envisagé que
côté du tendre intérêt dont il eft rempli ,
fans s'appercevoir que Quinault avoit en
le deffein d'en faire un chef- d'oeuvre de
grand fpectacle. Ainfi , foit défaut de goût ,
foit économie mal raiſonnée , les différens
212 MERCURE DE FRANCE.
objets que ce bel Opéra raffemble n'avoient
point encore été foignés avec l'habileté
qu'ils exigent , on en avoit toujours
négligé certaines parties ; celles qui dans
l'exécution avoient paru trop difficiles
avoient été mutilées ; quelques autres qui
demandent de la dépenſe , avoient été fupprimées
; d'autres enfin , telles que le Siége
de Scyros , n'avoient été rendues que
d'une maniere ou peu noble ou ridicule .
Les fautes paffées ont été réparées cette
année , & ce bel Opéra a été enfin exécuté
, comme Quinault auroit mérité de le
voir & de l'entendre.
L'orage fufcité par Thétis & calmé par Eole
, traité en grand ; le fiége de Scyros formé
de plufieurs belles manoeuvres de guerre
des anciens , conduit avec art, exécuté avec
chaleur ; les fleuves des enfers & la barque
à Caron préfentés fous des couleurs impofantes
, qui ennobliffoient par un chef.
d'oeuvre de l'art cette fituation hazardée ;
le paffage rapide du rivage fombre au palais
éclatant de Pluton ; les rideaux du fond
prolongeant toujours les perfpectives ; une
derniere décoration de génie , les ballets
animés de tout ce que la danfe peut fournir
de plus pittorefque & de plus brillant ,
la magnificence & la variété des habits ,
le jeu exact des machines , l'accord furDECEMBRE.
1754 213
prenant d'une foule d'exécutans en fousordre
, l'expreffion , les talens marqués &
le feu des premiers acteurs , tout s'eft réuni
pour faire d'Alcefte le fpectacle le mieux
ordonné & le plus étonnant qui eût encore
paru fur les théatres de la nation .
Mile Chevalier & Mile Fel repréſentoient
les rolles d'Alcefte & de Céphife.
Mr de Chaffé , celui d'Alcide ; & Mr Jéliote
, celui d'Admete .
Le lendemain de cette repréſentation
brillante , les Comédiens François donnerent
le Complaifant , Comédie en cinq actes
en profe , du même auteur que celle du
Fat puni ; & l'Impromptu de campagne , de
Poiffon.
Le 9 , l'Opéra repréfenta une feconde
fois Alcefte , avec cet enſemble admirable
dont on avoit été frappé à la premiere repréfentation
; auffi le fuccès fut- il égal . Ik
auroit été plus grand , s'il avoit
tre.
pu croî
On préparoit cependant l'Opéra de Thétis
, qui avoit été demandé quelques jours
auparavant. Rien n'eft impoffible au vrai
zéle ; car après que le 12 , la Comédie
Françoiſe eut repréfenté Amalazonte , Tra→
gédie de M. le Marquis de Ximenès , & le
Préjugé vaincu , petite Comédie de Mr
de Marivaux , on prit deux jours pour l'ar
214 MERCURE DE FRANCE.
rangement du théatre ; & le 14 Thétis &
Pélée , Opéra de M. de Fontenelle & de
Colaffe , fut repréſenté avec tout fon fpectacle
, comme ſi on avoit eu beaucoup
de tems pour le préparer . La fcene du fecond
acte dans laquelle le tonnerre , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi , joue un fi
beau rolle , n'a jamais peut- être été rendue
avec tant de feu , de précifion & de
tendreffe , qu'elle le fut par Mlle Chevalier
& Mr Jéliore. Les principaux rolles
de cet Opéra furent exécutés ; fçavoir ,
Thétis par Mlle Chevalier , Doris par
Mlle Fel , Jupiter par Mr Gelin , Neptune
par Mr de Chaffé , & Pélée par Mr
Jéliote .
Le is , la Comédie Françoife repréfenta
les Debors trompeurs , Comédie en vers ,
en cinqactes , de Mr de Boiffy ; & le Mariage
fait & rompu , Comédie en vers , en
trois actes , de Dufrefni ; & le 16 l'Opéra
fit la clôture du théatre par une feconde
repréſentation de Thétis & Pélée , dont
l'exécution fut auffi agréable que la premiere
.
..MM. Slodtz , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , Décorateurs des
théatres de S. M , ont été les Décorateurs
de tous ces fpectacles.
Mr. Arnoult Machiniſte du Roi , a
7
DECEMBRE.
1754. 215
conftruit & fait jouer les belles machines
qu'on y a vûes.
Mr de Laval , Compofiteur des ballets
de S. M , a fait les ballets des cinq premiers
Opéras ; & Mr de Laval fon fils eft
entré pour moitié dans la compofition de
ceux de Thétis .
MM . Rebel & Francoeur , Surintendans
de la Mufique du Roi , qui ont fait le
choix des differens morceaux de chant ou
de fymphonies dont on a embelli les ouvrages
anciens , étoient chargés de l'exécution.
Tous ces différens fpectacles ont été ordonnés
par M. le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre de S. M , en
exercice ; & conduits par les foins de M.
Blondel de Gagny , Intendant des menus
plaifirs du Roi , en exercice .
Françoife repréfenta Cinna , de P. Corneille
; & le Fat puni , petite piece , en un acte
& en profe de M ****
Les Fêtes de la Touffaint
fufpendirent
pour peu de jours le cours de tous ces brillans
fpectacles . On le reprit le 4 Novembre
, par une feconde
repréſentation d'Alcimadure
, dans laquelle on chanta deux
fois le duo du dernier acte , ainfi que la
Cour avoit paru le defirer .
Le 7 , c'est- à-dire après deux jours d'intervalle
feulement , on repréſenta Alcefte
ou le Triomphe d'Alcide , un des plus beaux
Opéra de Quinault & de Lulli.
du
Cet ouvrage a un mérite qui lui eft
propre
, & qui lui avoit toujours été contraire.
On ne l'avoit gueres envisagé que
côté du tendre intérêt dont il eft rempli ,
fans s'appercevoir que Quinault avoit en
le deffein d'en faire un chef- d'oeuvre de
grand fpectacle. Ainfi , foit défaut de goût ,
foit économie mal raiſonnée , les différens
212 MERCURE DE FRANCE.
objets que ce bel Opéra raffemble n'avoient
point encore été foignés avec l'habileté
qu'ils exigent , on en avoit toujours
négligé certaines parties ; celles qui dans
l'exécution avoient paru trop difficiles
avoient été mutilées ; quelques autres qui
demandent de la dépenſe , avoient été fupprimées
; d'autres enfin , telles que le Siége
de Scyros , n'avoient été rendues que
d'une maniere ou peu noble ou ridicule .
Les fautes paffées ont été réparées cette
année , & ce bel Opéra a été enfin exécuté
, comme Quinault auroit mérité de le
voir & de l'entendre.
L'orage fufcité par Thétis & calmé par Eole
, traité en grand ; le fiége de Scyros formé
de plufieurs belles manoeuvres de guerre
des anciens , conduit avec art, exécuté avec
chaleur ; les fleuves des enfers & la barque
à Caron préfentés fous des couleurs impofantes
, qui ennobliffoient par un chef.
d'oeuvre de l'art cette fituation hazardée ;
le paffage rapide du rivage fombre au palais
éclatant de Pluton ; les rideaux du fond
prolongeant toujours les perfpectives ; une
derniere décoration de génie , les ballets
animés de tout ce que la danfe peut fournir
de plus pittorefque & de plus brillant ,
la magnificence & la variété des habits ,
le jeu exact des machines , l'accord furDECEMBRE.
1754 213
prenant d'une foule d'exécutans en fousordre
, l'expreffion , les talens marqués &
le feu des premiers acteurs , tout s'eft réuni
pour faire d'Alcefte le fpectacle le mieux
ordonné & le plus étonnant qui eût encore
paru fur les théatres de la nation .
Mile Chevalier & Mile Fel repréſentoient
les rolles d'Alcefte & de Céphife.
Mr de Chaffé , celui d'Alcide ; & Mr Jéliote
, celui d'Admete .
Le lendemain de cette repréſentation
brillante , les Comédiens François donnerent
le Complaifant , Comédie en cinq actes
en profe , du même auteur que celle du
Fat puni ; & l'Impromptu de campagne , de
Poiffon.
Le 9 , l'Opéra repréfenta une feconde
fois Alcefte , avec cet enſemble admirable
dont on avoit été frappé à la premiere repréfentation
; auffi le fuccès fut- il égal . Ik
auroit été plus grand , s'il avoit
tre.
pu croî
On préparoit cependant l'Opéra de Thétis
, qui avoit été demandé quelques jours
auparavant. Rien n'eft impoffible au vrai
zéle ; car après que le 12 , la Comédie
Françoiſe eut repréfenté Amalazonte , Tra→
gédie de M. le Marquis de Ximenès , & le
Préjugé vaincu , petite Comédie de Mr
de Marivaux , on prit deux jours pour l'ar
214 MERCURE DE FRANCE.
rangement du théatre ; & le 14 Thétis &
Pélée , Opéra de M. de Fontenelle & de
Colaffe , fut repréſenté avec tout fon fpectacle
, comme ſi on avoit eu beaucoup
de tems pour le préparer . La fcene du fecond
acte dans laquelle le tonnerre , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi , joue un fi
beau rolle , n'a jamais peut- être été rendue
avec tant de feu , de précifion & de
tendreffe , qu'elle le fut par Mlle Chevalier
& Mr Jéliore. Les principaux rolles
de cet Opéra furent exécutés ; fçavoir ,
Thétis par Mlle Chevalier , Doris par
Mlle Fel , Jupiter par Mr Gelin , Neptune
par Mr de Chaffé , & Pélée par Mr
Jéliote .
Le is , la Comédie Françoife repréfenta
les Debors trompeurs , Comédie en vers ,
en cinqactes , de Mr de Boiffy ; & le Mariage
fait & rompu , Comédie en vers , en
trois actes , de Dufrefni ; & le 16 l'Opéra
fit la clôture du théatre par une feconde
repréſentation de Thétis & Pélée , dont
l'exécution fut auffi agréable que la premiere
.
..MM. Slodtz , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture , Décorateurs des
théatres de S. M , ont été les Décorateurs
de tous ces fpectacles.
Mr. Arnoult Machiniſte du Roi , a
7
DECEMBRE.
1754. 215
conftruit & fait jouer les belles machines
qu'on y a vûes.
Mr de Laval , Compofiteur des ballets
de S. M , a fait les ballets des cinq premiers
Opéras ; & Mr de Laval fon fils eft
entré pour moitié dans la compofition de
ceux de Thétis .
MM . Rebel & Francoeur , Surintendans
de la Mufique du Roi , qui ont fait le
choix des differens morceaux de chant ou
de fymphonies dont on a embelli les ouvrages
anciens , étoient chargés de l'exécution.
Tous ces différens fpectacles ont été ordonnés
par M. le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre de S. M , en
exercice ; & conduits par les foins de M.
Blondel de Gagny , Intendant des menus
plaifirs du Roi , en exercice .
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Résumé : « Le lendemain 30 Octobre, la Comédie Françoise représenta Cinna, de P. Corneille [...] »
Du 30 octobre au 16 décembre 1754, une série de représentations théâtrales et opératiques ont été organisées. Le 30 octobre, la Comédie-Française a présenté 'Cinna' de Pierre Corneille et 'Le Fat puni'. Les festivités de la Toussaint ont interrompu les spectacles pendant quelques jours. Le 4 novembre, 'Alcimadure' a été joué, avec des reprises de duos. Le 7 novembre, 'Alceste ou le Triomphe d'Alcide' de Quinault et Lully a été représenté, avec des améliorations notables dans la mise en scène et les décors. Les acteurs principaux étaient Mlle Chevalier, Mlle Fel, Mr de Chassé et Mr Jéliote. Le 8 novembre, la Comédie-Française a présenté 'Le Complaisant' et 'L'Impromptu de campagne'. Le 9 novembre, 'Alceste' a été rejoué avec le même succès. Le 14 novembre, l'opéra 'Thétis et Pélée' de Fontenelle et Colasse a été représenté, avec une scène du tonnerre particulièrement remarquée. Les 15 et 16 novembre, la Comédie-Française a joué 'Les Dehors trompeurs' et 'Le Mariage fait et rompu', tandis que l'Opéra a clôturé avec une seconde représentation de 'Thétis et Pélée'. Les décorations étaient réalisées par MM. Slodtz, les machines par Mr. Arnoult, et les ballets par Mr. de Laval et son fils. La musique était dirigée par MM. Rebel et Francoeur, sous la supervision de M. le Duc d'Aumont et M. Blondel de Gagny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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395
p. *188-188
MUSIQUE.
Début :
Le Triomphe des plaisirs, cantatille à voix seule, avec accompagnement de violon [...]
Mots clefs :
Cantatille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE
Le Triomphe des plaifirs , cantatille à
voix feule , avec accompagnement de violon
& baffe continue , compofée par Me
Papavoine , gravée par Me Le Clair , prix
I liv. 4 fols. A Paris chez l'Auteur , rae
Sainte-Anne , butte Saint-Roch ; chez le
fieur Vernadé , rue du Roule , à la Croix
d'or ; le fieur Bayard , rue S. Honoré , à la
Régle d'or ; & chez Mlle Caftagnery , rue
des Prouvaires , à la Muſique royale .
Le Triomphe des plaifirs , cantatille à
voix feule , avec accompagnement de violon
& baffe continue , compofée par Me
Papavoine , gravée par Me Le Clair , prix
I liv. 4 fols. A Paris chez l'Auteur , rae
Sainte-Anne , butte Saint-Roch ; chez le
fieur Vernadé , rue du Roule , à la Croix
d'or ; le fieur Bayard , rue S. Honoré , à la
Régle d'or ; & chez Mlle Caftagnery , rue
des Prouvaires , à la Muſique royale .
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396
p. 193
OPERA.
Début :
L'Académie royale de musique a donné le 3 Décembre la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA .
'Académie royale de mufique a donné
le 3 Décembre la premiere repréfentation
de Thefee , qu'elle avoit executé à
Fontainebleau le 18 & le 21 Octobre. Comme
il a paru ici avec moins de magnificence
qu'à la Cour , on lui a fait un accueil trèsinférieur
à fon mérite ; cependant il attire
de nombreuſes affemblées , les Vendredis
fur- tout font très- beaux . Les Dimanches
font moins brillans : on ne le joue que ces
deux jours de la femaine. On a repris
les Elémens le Mardi & le Jeudi , pour
ne pas fatiguer le grand Opéra. Les de ce
mois on doit donner à fa place Daphnis &
Alcimadure , Paftorale Languedocienne
en trois actes , précédée d'un Prologue . Je
n'entrerai dans aucun détail de ces Opera ,
le dernier volume de Décembre a tout dit
fur ce fujer dans l'article des Spectacles de
Fontainebleau .
'Académie royale de mufique a donné
le 3 Décembre la premiere repréfentation
de Thefee , qu'elle avoit executé à
Fontainebleau le 18 & le 21 Octobre. Comme
il a paru ici avec moins de magnificence
qu'à la Cour , on lui a fait un accueil trèsinférieur
à fon mérite ; cependant il attire
de nombreuſes affemblées , les Vendredis
fur- tout font très- beaux . Les Dimanches
font moins brillans : on ne le joue que ces
deux jours de la femaine. On a repris
les Elémens le Mardi & le Jeudi , pour
ne pas fatiguer le grand Opéra. Les de ce
mois on doit donner à fa place Daphnis &
Alcimadure , Paftorale Languedocienne
en trois actes , précédée d'un Prologue . Je
n'entrerai dans aucun détail de ces Opera ,
le dernier volume de Décembre a tout dit
fur ce fujer dans l'article des Spectacles de
Fontainebleau .
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Résumé : OPERA.
L'Académie royale de musique a présenté 'Théée' à Paris le 3 décembre. Cet opéra, déjà joué à Fontainebleau, attire un public nombreux les vendredis et dimanches. Pour éviter la fatigue du public, 'Les Éléments' sont repris les mardis et jeudis. En décembre, 'Daphnis et Alcimadure' remplacera 'Théée'. Les détails sont dans l'article des Spectacles de Fontainebleau de décembre.
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397
p. 200-201
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
Le 27 Novembre, les Comédiens Italiens donnerent en présence du Roi & [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
En novembre 1754 et janvier 1755, la cour a assisté à plusieurs spectacles. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin veleur, Prévôt & Juge' le 27 novembre et 'Le Retour d'Arlequin & la Servante Maîtreffe' le 4 décembre. En janvier 1755, 'Arlequin persecuté par la Dame invisible' et 'Les Déguisemens amoureux' ont été représentés. Divers danseurs et membres du corps de ballet ont participé à ces divertissements.
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398
p. 201-202
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert spirituel qui fut exécuté le 9 Décembre, jour de la Conception de la Vierge [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Académie royale de musique, Choeur
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
១
E Concert fpirituel qui fut exécuté le 9 Décembre
, jour de la Conception de la Vierge
, commença par une fymphonie à cor- dechaffe
; elle fut fuivie d'Exaltabo te , PL. 144.
motet à grand choeur de la Lande . Mlle Cohender
y chanta le récit Miferator. M. l'Abbé Renaud
baffe- taille de Notre-Dame , chanta Diligam te ,,
petit motet de la compofition de M. Goulet ,
Maître de mufique de Notre-Dame. M. Canavas
joua un concerto de violon . Mme Tedeſchini chan-
"'
202 MERCURE DE FRANCE.
ta un air Italien , enſuite un duo Italien avec M.
Ranieri . Le concert finit par Deus venerunt gentes
, motet à grand - choeur de M. Fanton . Mile Fel
chanta les récits Ne memineris , Nos autem , &
l'ariette In generationem , avec le dernier choeur.
Le Concert du 24 Décembre , veille de Noël ,.
commença par une fymphonie de M. Caraffe le
jeune , ordinaire de la mufique de la Chambre du
Roi. Enfuite Judica , Domine , nocentes me , moter
nouveau à grand choeur de M. Fanton . Mlle Duperey
chanta le Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Soret le fils joua un concerto de la
compofition de M. Guignon . Mme Tedeſchini
chanta des airs Italiens . MM . Salantin& Bureau
Labbé le fils & Perrier , exécuterent une fuite d'airs
arrangés par M. Labbé le fils , à deux hautbois
une viole d'amour & une quinte. Le Concert finit
par Fugit nox , motet à grand choeur mêlé de
Noëls , de M. Boimortier , dans lequel M. Daquin
, Organiſte du Roi , joua ſeul . Mile Fel
chanta l'ariette Surgite Paftores & le récit Vocabitur
nomen ejus.
Le Concert du jour de Noël commença par
une fymphonie de M. Labbé le fils , ordinaire de
l'Académie royale de mufique. Enfuite Fugit nox ,
motet à grand choeur , mêlé de Noëls de M. Boimortier
, dans lequel M. Daquin , Organiſte du
Roi , joua feul . Mlle Fel chanta l'ariette Surgite
Paftores , & le récit Vocabitur nomen ejus. MM.
Salantin & Bureau , Labbé le fils & Perrier executerent
une fuite d'airs arrangés par M. Labbé
le fils . Mlle Fel chanta Laudate pueri Dominum ,
petit motet de M. Fioco. Mr Canavas joua un
concerto de violon. Le Concert finit par Deus
venerunt gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton. Mlle Fel chanta le récit Ne memineris , le
récit Nos autem , & l'ariette In generationem
avec le dernier 'cho ur.
១
E Concert fpirituel qui fut exécuté le 9 Décembre
, jour de la Conception de la Vierge
, commença par une fymphonie à cor- dechaffe
; elle fut fuivie d'Exaltabo te , PL. 144.
motet à grand choeur de la Lande . Mlle Cohender
y chanta le récit Miferator. M. l'Abbé Renaud
baffe- taille de Notre-Dame , chanta Diligam te ,,
petit motet de la compofition de M. Goulet ,
Maître de mufique de Notre-Dame. M. Canavas
joua un concerto de violon . Mme Tedeſchini chan-
"'
202 MERCURE DE FRANCE.
ta un air Italien , enſuite un duo Italien avec M.
Ranieri . Le concert finit par Deus venerunt gentes
, motet à grand - choeur de M. Fanton . Mile Fel
chanta les récits Ne memineris , Nos autem , &
l'ariette In generationem , avec le dernier choeur.
Le Concert du 24 Décembre , veille de Noël ,.
commença par une fymphonie de M. Caraffe le
jeune , ordinaire de la mufique de la Chambre du
Roi. Enfuite Judica , Domine , nocentes me , moter
nouveau à grand choeur de M. Fanton . Mlle Duperey
chanta le Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Soret le fils joua un concerto de la
compofition de M. Guignon . Mme Tedeſchini
chanta des airs Italiens . MM . Salantin& Bureau
Labbé le fils & Perrier , exécuterent une fuite d'airs
arrangés par M. Labbé le fils , à deux hautbois
une viole d'amour & une quinte. Le Concert finit
par Fugit nox , motet à grand choeur mêlé de
Noëls , de M. Boimortier , dans lequel M. Daquin
, Organiſte du Roi , joua ſeul . Mile Fel
chanta l'ariette Surgite Paftores & le récit Vocabitur
nomen ejus.
Le Concert du jour de Noël commença par
une fymphonie de M. Labbé le fils , ordinaire de
l'Académie royale de mufique. Enfuite Fugit nox ,
motet à grand choeur , mêlé de Noëls de M. Boimortier
, dans lequel M. Daquin , Organiſte du
Roi , joua feul . Mlle Fel chanta l'ariette Surgite
Paftores , & le récit Vocabitur nomen ejus. MM.
Salantin & Bureau , Labbé le fils & Perrier executerent
une fuite d'airs arrangés par M. Labbé
le fils . Mlle Fel chanta Laudate pueri Dominum ,
petit motet de M. Fioco. Mr Canavas joua un
concerto de violon. Le Concert finit par Deus
venerunt gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton. Mlle Fel chanta le récit Ne memineris , le
récit Nos autem , & l'ariette In generationem
avec le dernier 'cho ur.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le texte relate trois concerts spirituels organisés les 9 et 24 décembre, ainsi que le jour de Noël. Le premier concert, le 9 décembre, débuta par une symphonie suivie du motet 'Exaltabo te' de la Lande. Mlle Cohender chanta 'Miserator', et l'Abbé Renaud interpréta 'Diligam te' de Goulet. M. Canavas joua un concerto de violon, et Mme Tedeschini chanta des airs italiens, accompagnée de M. Ranieri pour un duo. Le concert se termina par 'Deus venerunt gentes' de M. Fanton, avec Mlle Fel chantant plusieurs récits et ariettes. Le concert du 24 décembre commença par une symphonie de M. Caraffe le jeune, suivie du motet 'Judica, Domine' de M. Fanton. Mlle Duperey chanta 'Venite exultemus' de M. Mouret, et M. Soret joua un concerto de M. Guignon. Mme Tedeschini interpréta des airs italiens, et plusieurs musiciens exécutèrent une suite d'airs arrangés par M. Labbé le fils. Le concert se conclut par 'Fugit nox' de M. Boimortier, avec M. Daquin à l'orgue, et Mlle Fel chantant plusieurs pièces. Le concert du jour de Noël débuta par une symphonie de M. Labbé le fils, suivie de 'Fugit nox' de M. Boimortier, avec M. Daquin à l'orgue. Mlle Fel chanta plusieurs pièces, et MM. Salantin, Bureau, Labbé le fils et Perrier exécutèrent une suite d'airs. Mlle Fel interpréta également 'Laudate pueri Dominum' de M. Fioco, et M. Canavas joua un concerto de violon. Le concert se termina par 'Deus venerunt gentes' de M. Fanton, avec Mlle Fel chantant plusieurs récits et ariettes.
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399
p. 147
MUSIQUE.
Début :
LE RETOUR DE FLORE , & LES CHARMES DU SOMMEIL, Cantates nouvelles à [...]
Mots clefs :
Sonates, Cantates
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E RETOUR DE FLORE , & LES CHARMES
DU SOMMEIL , Cantates nouvelles à
voix feule & grande fymphonie , avec les
ariettes dans le goût Italien ; dédiées &
préfentées à Madame la Dauphine , par M.
d'Herbain , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Capitaine au Régiment de Tournaifiş.
SIX SONATES EN TRIO , pour deux vio-
Jons & baffe ; par le même Auteur : dédiées
à Madame la Marquife de Pompadour ."
Ces différentes piéces , gravées par Mlle
Vendôme , fe vendent à Paris , aux adref
fes ordinaires.
E RETOUR DE FLORE , & LES CHARMES
DU SOMMEIL , Cantates nouvelles à
voix feule & grande fymphonie , avec les
ariettes dans le goût Italien ; dédiées &
préfentées à Madame la Dauphine , par M.
d'Herbain , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Capitaine au Régiment de Tournaifiş.
SIX SONATES EN TRIO , pour deux vio-
Jons & baffe ; par le même Auteur : dédiées
à Madame la Marquife de Pompadour ."
Ces différentes piéces , gravées par Mlle
Vendôme , fe vendent à Paris , aux adref
fes ordinaires.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte mentionne deux œuvres de M. d'Herbain, Chevalier de l'Ordre de Saint Louis et Capitaine au Régiment de Tournaisis. La première est la cantate 'E RETOUR DE FLORE, & LES CHARMES DU SOMMEIL', dédiée à Madame la Dauphine, pour voix seule et grande symphonie avec des ariettes italiennes. La seconde est un recueil de 'SIX SONATES EN TRIO' pour deux violons et basse, dédié à Madame la Marquise de Pompadour. Ces œuvres sont gravées par Mlle Vendôme et disponibles à Paris.
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400
p. 175
OPERA.
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le 19 Janvier la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
,
L'Académie royale de Mufique a donné
le 19 Janvier la premiere repréfentation
de Daphnis & Alcimadure
Paftorale languedocienne , en trois actes ,
précédée d'un prologue , intitulé les Jeux
Floraux. Les paroles & la Mufique font de
M. de Mondonville , qui réunit les deux
talens. Cer Opéra n'a pas moins de fuccèsà
la ville qu'il en a eu à la Cour : je parle
d'après la voix publique. On le joue trois
fois la femaine ; le Vendredi , le Dimanche
& le Mardi . On continue les Elémens le
Jeudi. Comme le fecond Mercure de Décembre
a fait un extrait détaillé d'Alcimadure
, j'y renvoie ceux qui feront curieux
de le lire.
,
L'Académie royale de Mufique a donné
le 19 Janvier la premiere repréfentation
de Daphnis & Alcimadure
Paftorale languedocienne , en trois actes ,
précédée d'un prologue , intitulé les Jeux
Floraux. Les paroles & la Mufique font de
M. de Mondonville , qui réunit les deux
talens. Cer Opéra n'a pas moins de fuccèsà
la ville qu'il en a eu à la Cour : je parle
d'après la voix publique. On le joue trois
fois la femaine ; le Vendredi , le Dimanche
& le Mardi . On continue les Elémens le
Jeudi. Comme le fecond Mercure de Décembre
a fait un extrait détaillé d'Alcimadure
, j'y renvoie ceux qui feront curieux
de le lire.
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Résumé : OPERA.
L'Académie royale de Musique a présenté le 19 janvier 'Daphnis et Alcimadure', une pastorale languedocienne en trois actes de M. de Mondonville. L'œuvre, précédée d'un prologue, a connu un succès égal à la ville et à la cour. Elle est jouée trois fois par semaine. Les représentations des 'Éléments' continuent le jeudi. Des détails supplémentaires sont disponibles dans le second Mercure de décembre.
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