LETTRE DU ROT D'ESPAGNE,
écrite au Roy de France à l'Efcurial
le troifiéme Septembre 1721 .
Cerand bonheurpour moi que la premiere Let-
' Eft un grand plaifir & en même temps un
tre que j'écris à V. M. de ma main , foit fi conforme
aux liens du Sang qui nous uniffent , & à la
tendre inclination de mon coeur pour Elle. Les
fentimens conformes à ma naiffance que j'y ai
confervés , & les paroles pleines de fageffe & de
bonté que le feu Roy mon Grand Pere me dit dans
le temps de notre feparation , & qui y font demeurez
profondément gravez , auffi bien que
dans mon efprit , me font fouhaiter avec ardeur
de voir affermir & fortifier par de nouveaux
líens l'union étroite & l'amitié qui doit toujours
fubfifter dans notre Maiſon . Dieu femblant donc
en avoir preparé les moyens , en me donnant
une fille dont l'âge eft proportionné à celui de
V. M. je croy remplir les deffeins du feu Roy
mon Grand- pere, & même ceux de la Providence,
& fatisfaire en même temps aux mouvemens de
ma tendre amitié pour Elle , en lui propofant ,
comme je fais aujourd'hui , d'allurer dès à
prefent
fon mariage avec l'Infante ma fille , & de la
faire paffer en France pour y eftre élevée & formée
dans les principes conformes à l'état où Elle fera
appellée , & qui puiffe remplir les voeux finceres
que je feray toujours pour le bonheur de V. M.
Tiij &
222 LE MERCURE
& pour les avantages d'un Royaume où j'ay pris
la naiflance , & qui a taut contribué à me maintenir
fur le throne où Dieu m'a appellé. J'efpere
que V. M. recevra avec plaifir une propofition
fi conforme à notre proximité & à l'amitié parfaire
qui doit être entre nous , & qui me comblera
de joye par le defir que j'ay de lui marquer
Boute la fincerité de mes fentimens pour Elle .
Signé , PHILIPPES , Roy d'Espagne.