AUTR E.
E fuis , Lecteur , d'un naturel ,
'Actif , impétueux , furieux & cruel ,
Enfant de la colére , ainsi que du courage
Je parois rarement fans caufer de l'effroi ;
Je veux que tout céde à ma loi ;
Garde-toi , & tu peux , des effets de ma rage.
Mais parlons fur un autre ton ,
Cet aveu déja t'intéreffe ,
Et tu voudrois fçavoir mon nom ;
Huit pieds affez égaux vont t'en faire railon,
Aidés d'une certaine adreffe :
>
Je t'offre à cette fin cet homme du vieux tems ;
Qui par unjufte Arrêt vit périr tant de gens
Ce dont il fut l'auteur , enfuite la victime.
Une peau préparée , un animal , un crime ;
Un bien fort chancelant qu'on a le plus à coeur ,
Ce que toutbon Chrétien doit avoir en horreur ;
Leféjour des élus , une plante commune ;
Un fils de Jupiter , favorable à Neptune ;
L'apprêt de l'Hymenée , un Prophéte fameux ,
Enlevé d' ci-bus dans un char lumineux ;
Un inſtrument , un fruit que
potte ;
l'on mange en com
Ce beau vieillard du tems de la belle Javotte ;
Un corps bien délié , qui fans cefle en tous lieux
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Veille à la fûreté d'un dépôt précieux ;
L'oifeau qui des Romains réveilla l'indolence ;
Un endroit où les Grands entroient en concur
rence ;
Ce que porte à regret mainte cloſe beauté ,
Un fruit qui des paffans craint peu l'avidité ;
Celle qui pour nos maux , trop ſenſible aux carreffes
,
Ecouta d'un trompeur les fatteufes promeffes ;
Un fait affez commun , funefte à fon auteur ,
Ce qu'au Chef des Hébreux dicta le Créateur ;
Un fouper mémorable , un poids , une partie ,
Qui renferme un tréfor aufli cher que la vie ; .
Ce qu'on ne doit point dire en voulant dire non ,
Et qu'aux amans les plus fidéles ,
Accordent rarement les belles ,
Mais qu'obtient l'époux fans façon ;
Deux fort proches parens , un beau fleuve , une
Ville ;
La fille d'Hermione , une Mufe , un berger ,
Et tant d'êtres diver s qui viendroient à la file ;
Mais c'eft aflez , Lecteur , il eft tems d'abreger,
Par M. de B... Officier d'Artillerie,
A Agen , ce 30 Septembre.