Titre
SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Titre d'après la table
SUITE de la Lettre en réponse de M. Bourgelat à M. Borel.
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124
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131
Page de fin
136
Page de fin dans la numérisation
143
Incipit
CEUX* qui nous frappent ici décélent assurément une maladie inflammatoire,
Texte
SUITE de la Lettre en réponfe de M.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
OCTOBRE . 1763. 129
refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
OCTOBRE . 1763. 131
l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
OCTOBRE . 1763 . 133
C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
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giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
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refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
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la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
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l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
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moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
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C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Constitue la suite d'un autre texte
Est rédigé par une personne