Titre
FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
Titre d'après la table
Fêtes données à Tours,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2319
Page de début dans la numérisation
218
Page de fin
2325
Page de fin dans la numérisation
228
Incipit
IL n'y a aucune Ville qui ait témoigné plus de joye pour la Convalescence du Roi, que celle de
Texte
2320 MERCURE DE FRANCE.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Remarque
La copie numérique de référence présente ici des irrégularités, et les numéros de pages de la numérisation ne rendent pas compte de la longueur du texte. Ce dernier s'étend de la p. 2319 à la p. 2325 (soit, dans la numérisation, les p. 218 puis p. 223-228, sur lesquelles nous nous sommes fondés pour les données).
Fait partie d'un dossier