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1717, 05 (supplément, Abregé de l'histoire du Czar Peter Alexiewitz)
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Texte
IRI
Riobe
9
ABBREGE
DE LHISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITZ,
AVEC
UNE RELATION DE L'ETAT
présent de la Moscovie, & de ce qui
s'est passé de plus considerable, depuis
son arrivée en France jusqu'à ce jour.
DEDIE N.1966
ASA MAJESTE CZARIENNE.
Le prix est de 20. sols.
1666
APARIS,
PIERRE RIBOU, Quay
Auguſtins, à l'Image S. Louis,
Chez ET
GREGOIRE DUPUIS, rue S.
Jacques, à la Fontaine d'or.
M.DCCXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roy
AU TRES SERENISSIME
ET TRES PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Ruſsie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CzAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Plesxof; Grand
Duc de Smolensxo, de Twer; de Jugor,
de Perme, de Viatxa, de Bolgarie, &
des autres Duchcz, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jarossavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Car¬
talinie & de Gruzinie, des Pais de Ca¬
bardin, des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Otient, de l'Occident &
du Nord; Heritier & Successeur Em¬
pereur de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hureux, si je
à ij
EPITRE.
pouvois me promettre de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His¬
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse¬
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren¬
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes¬
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô¬
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches¬
ses, soit Politiques, soit Mo¬
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi¬
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au¬
tels, l'Histoire & la Tra¬
dition feront passer aux sié¬
clesles plus reculés, les Mer¬
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa¬
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta¬
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par¬
faitement la Douceur & l'Au¬
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô¬
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su¬
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS ESTE
Le trés-humble & trés¬
obéissant Serviteur,
BUCHET.
n
.
e.
PREFACE.
A précipitation avec laquelle
jai été obligé de former cet
Ouvrage, en même-tems que le
Mercure de May, doit m'attirer
quelque indulgence de la part de
mon Lecteur. Je crois la mériter par
le zele ardent, avec lequel je me
suis porté à correspondre à l'empres¬
sement du Public, qui témoignoit
attendre de moi un prompt Détail
des Actions principales de SA
MAIESTE CZARIENNE, &
de son séjour en France. Quelque
difficile que me parût cette entre¬
prise, par les bornes étroites dans
lesquelles je suis renfermé: je l'ai
risquée cependant, persuadé que l'on
auroit assés de bonté pour passer
certaines fautes, en faveur du mo¬
tif qui m'y a déterminé. Ainsi j'ai
PREFACE.
facrifié la vanité de l'Auteur à l'im¬
patience du Lecteur. J'avouë par
exemple de bonne foy, que dans la p.
23. M. Perry Auteur de l'Etat pre¬
fent de la Grande Russie, dont j'ai
luivi les Mémoires en certains en¬
droits de ce Livre, m'a fait avancer
un Fait qui doit re volter tout homme
judicieux, scavoir que les Monaste¬
res, les Grands Seigneurs & un
grand nombre d'Eclesiastiques & non
d'Esclaves, furent taxex à faire batir
à leurs frais chacun, un Vaisseau. Qui
ne voit que c'est une exagération
dont la consequence est ridicule: A
la p. 42. l. 16. au lieu de dire quand
meme on en auroit abatu la quille, ce
que l'on ne comprend pas: il faut
rectifier la phrase de certe maniere;
quand même on auroit abatu le
Vaisse au pour en voir la quille; tout
Marin entendrapour lors ce que cela
signifie: p. 84. l. 5. Amiral de la
Moscovie, il faut dire, de Mo covie
ou de Russie. Au lieu du mot d'Am¬
munition, corrigez de Munition.
Je demande grace pour quelques
er
ne
n
07
tir
nd
c8
aut
e
le
but
ela
Die
m¬
0n.
les
PREFACE.
autres expressions. Je serai trop con¬
tent, si cet aveu sincere de mes
fautes, me tient lieu de justifica¬
tion dans l'esprit des honnêtes gens.
AVIS.
FE Mercure de Juin & les
I
suivants, sont fixés à 20 sols,
l'Auteur ne pouvant plus les donner
à 15 ; parce que les frais qu'il
est obligé de faire pour la composi¬
tion de ce Livre, excédent de beau¬
coup le produit.
ABBREGE
E
ABBREGE
DE LHISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce quis est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
LEXIS MIC¬
CHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
2 Relation
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au¬
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu¬
vitz qui remplit aujour¬
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re¬
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé¬
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en oeuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici¬
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili¬
ce, semblable aux lannissai¬
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar¬
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en¬
suite aux principaux Of¬
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri¬
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des¬
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece¬
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet¬
toient d'un balcon du Pa¬
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu¬
sieurs Seigneurs & person¬
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au¬
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu¬
multe, le Prince Bo¬
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans¬
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met¬
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em¬
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo¬
roit ses pretentions en di¬
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou¬
verte, & les Auteurs pu¬
nis.
On ût l'adresse d'atti¬
rer le General des Stre¬
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona¬
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê¬
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû¬
jours été gardée fort étroi¬
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé¬
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer¬
mi, on commença par fai¬
re une recherche des Au¬
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
Historique. 9
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin¬
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet¬
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu¬
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire¬
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16 Relation
S. M. l'a toujours eù au¬
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre¬
quentés , de leurs ri¬
chesses, de la discipli¬
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com¬
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon¬
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es¬
prit toute extraordinaire;
Historique. 11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma¬
thematiques, il voulut ap¬
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des¬
seins, qu'il a depuis exe¬
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima¬
ginable. Comme ſa paſ¬
sion favorite étoit la Na¬
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos¬
cou, des Vaisseaux qui a¬
voient des Mats, des Voi¬
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don¬
12 Relation
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti¬
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen¬
çant par celui d'Ensei¬
gne, pour monter à ce¬
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira¬
tions dont je viens de par¬
ler, je me crois obligé d'a¬
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri¬
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis¬
chin qui étoit dans ses in¬
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman¬
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa¬
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithuinie,
de la
Maison
des Ja¬
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre¬
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai¬
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo¬
ment a perdre; Thehelavi¬
ran President de la Cham¬
bre des Estrelles, fut choi¬
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es¬
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des¬
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
Historique. 15
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros¬
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga¬
lischin reçût un ordre pa¬
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16 Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a¬
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre¬
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al¬
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe¬
rial, il ſe fit livrer Thebe¬
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique. 17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſser
le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû¬
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho¬
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin¬
cesse Sophie; il se conten¬
ta de lui ordonner de sor¬
tir du Palais, & de ſe re¬
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
18 Relation
ayant fait difficulté &
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en¬
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes¬
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em¬
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique. 19
haut du degré, & ils se ju¬
rerent une amitié recipro¬
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti¬
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne¬
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si¬
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em¬
parer d'Asoph, Place im¬
portante sur la Mer Noi¬
1695.
1696.
20 Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom¬
mes; il échoua, faute d'a¬
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa¬
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com¬
mandoit lui-meme. Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren¬
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As¬
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra¬
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'¬
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai¬
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na¬
vale, il déclara aux Sei¬
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre¬
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I¬
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en¬
fin toutes les mesures ne¬
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua¬
rante Vaisseaux de Guer¬
re, dix Galiotes à Bom¬
bes, vingt grandes Galé¬
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique. 23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a¬
voient des biens considé¬
rables, & un grand nom¬
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e¬
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar¬
chands, les Gentils-Hom¬
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet¬
tre à cette nouvelle Impo¬
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
24 Relation
Conseil, que pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais¬
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen¬
tils-Hommes, dans le des¬
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon¬
dans sur plusieurs passa¬
ges de l'Ecriture, qui dé¬
fendent aux Enfans d'I¬
rael, d'avoir aucune com¬
munication
Historique. 25
munication avec les Na¬
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon¬
tens & ceux du Parti dis¬
gracié, qui étoient tou¬
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite¬
ment, formerent de nou¬
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû¬
tume, il donneroit ses or¬
dres pour l'éteindre. Aprés
16 Relarion
quoi ils devoient massa¬
crer tous les nouveaux Fa¬
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin¬
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira¬
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin¬
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
ge qu'il avoit premédité
de taire; il prit la réſolu¬ 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo¬
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre¬
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac¬
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute¬
nant General de ses Ar¬
mées, & Amiral de sa Flo¬
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol¬
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu¬
sieurs jeunes Gentils-hom¬
mes & Favoris de moindre
Historique. 29
consideration. La premie¬
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere¬
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué¬
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re¬
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré¬
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi¬
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de¬
lara la Guerre aux Sue¬
dois.
Ci
30 Relation
La ſeconde Place im¬
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil¬
les Maritimes de son pas¬
sage, on lui fit des pré¬
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli¬
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors¬
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex¬
Historique. 31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com¬
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les¬
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo¬
dément visiter les Vais¬
seaux & être moins con¬
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
32 Relation
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams¬
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par¬
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai¬
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons¬
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par¬
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a¬
muſoit à voguer & à ra¬
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An¬
glois, lui ayant plû d'a¬
vantage, après avoir de¬
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa¬
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en¬
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en¬
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre¬
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro¬
portions qu'il falloit obser¬
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme¬
ment; comme il s'est de¬
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou¬
vent oui dire, que s'il n'é¬
toit pas venu en Angleter¬
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An¬
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra¬
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau¬
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa¬
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As¬
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob¬
jet.) Pour satisfaire ſa cu¬
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit¬
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don¬
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An¬
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer¬
cuëils, ausquels il ne fit at¬
tention. s'habillant, com¬
me nous l'avons dit ail¬
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per¬
mit de prendre à son ser¬
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u¬
tiles, il choisit des Ma¬
thématiciens, des Archi¬
tectes de Vaisseaux, di¬
vers Officiers & Bombar¬
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien¬
ne, où il fut très-bien re¬
çû de l'Empereur; il ap¬
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la¬
quelle etoient entrez plu¬
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas¬
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique. 32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex¬
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me¬
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen¬
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen¬
dant son absence.
Ces derniers, au nom¬
bre de plus de 2000, fu¬
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou¬
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi¬
pales Dames qui avoient
Dij
10 Relation
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en¬
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem¬
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel¬
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie¬
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con¬
Historique, 41
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua¬
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol¬
landois y avoient bâties en
Diij
A2 Relation.
son absence, & pour fai¬
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi¬
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru¬
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se¬
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa¬
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos¬
cou. Des qu'il y fut arri¬
vé, il augmenta le nom¬
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a¬
bord aux affaires du Gou¬
vernement, tant dans l'E¬
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com¬
mettoient dans les Provin¬
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e¬
toient des premieres Fa¬
milles de Moscovie, ve¬
xoient & tirannisoient les
Peuples.
A 4 Relation
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su¬
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu¬
reau General, où l'on re¬
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a¬
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com¬
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi¬
té reconnue, qu'on choi¬
sit parmi les Mar¬
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu¬
reau, de mettre des Im¬
posts ſur tous les Cou¬
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a¬
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas¬
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46 Relation
noient inutils par eux¬
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon¬
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u¬
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois¬
son. Le Czar, pour réfor¬
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u¬
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho¬
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu¬
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou¬
vent les obligea enfin à
48 Rélation
souffrir, qu'on la leur cou¬
pât. Les femmes qui trou¬
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai¬
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han¬
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis¬
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha¬
bits de galons d'or ou d'argent,
chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en¬
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha¬
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re¬
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien¬
droient à ses ordres, se¬
roient obligez de se met¬
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu¬
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban¬
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti¬
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el¬
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte¬
noient par ce même or¬
dre, la liberté de ſe trou¬
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé¬
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra¬
tique dans lesPays Etran¬
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu¬
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa¬
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil¬
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa¬
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re¬
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou¬
lut qu'on ne mariât per¬
sonne sans le consente¬
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a¬
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor¬
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a¬
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi¬
gueur possible: Les com¬
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre¬
miere Campagne, il per¬
dit la moitié de ſon Ar¬
mée, & toute son Artil¬
lerie dans la fameuſe Ba¬
taille de Narva.
Pour réparer cette per¬
te, il s'appliqua principa¬
lement a faire de nouvel¬
les levées, à chorsir lui¬
E iij
1700.
54 Relation
même des Officiers à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho¬
ses necessaires dont son Ar¬
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con¬
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo¬
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap¬
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar¬
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li¬
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu¬
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo¬
nie, sous le General Sli¬
penback, celui ci eût d'a¬
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce¬
der; la Cavalerie Finlan¬
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos¬
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li¬
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a¬
prés quinze jours de Sié¬
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié¬
re de Neve. Par cette der¬
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au¬
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an¬
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y permit
le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros¬
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex¬
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No¬
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen¬
dant que le Roy de Sué¬
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua¬
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer¬
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czeremethoff,
qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar¬
sovie, fut battu par le Com¬
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po¬
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta¬
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
60 Relation
diverses Places, & d'assi¬
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous¬
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai¬
res: mais, sur les remon¬
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene¬
raux d'en uſer avec mo¬
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
Historique. 61
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus¬
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco¬
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar¬
mes à l'Empire & aux au¬
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che¬
1709
62 Relation
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs¬
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta¬
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide¬
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour¬
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con¬
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique. 63
affoiblie par diverses at¬
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge¬
neral entre les deux Ar¬
mées, après une attaque
& une résistance des plus
vigoureuses de part&
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli¬
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a¬
voit été forcé par le Roi,
F iij
64 Relation
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta¬
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin¬
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau¬
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma¬
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a¬
Historique. 65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom¬
mes du Parti du Roy Sta¬
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par¬
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai¬
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
Fiij
1710
66 Relarion
ENTREE DU CZAR
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cetre En¬
trée triomphante, la solenni¬
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem¬
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim¬
baliers à cheval, tous riche¬
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi¬
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co¬
Historique. 67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar¬
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar¬
me avec la derniere magni¬
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou¬
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven¬
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten¬
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi¬
68 Relation
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che¬
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se¬
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar¬
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca¬
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar¬
tillerie Ennemie, & ceux
Historique. 64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra¬
peaux, Timballes, & au¬
tres Trophées pris dans la mê¬
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans¬
Colonels & Adjudans Ge¬
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se servoit
pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge¬
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
20 Relation
Kreurz, Stipenbach; le Comte
de Leuvvenhaupt, Gene¬
ral de l'Infanterie & Gou¬
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri¬
vé du Roy de Suéde: le Com¬
te de Piper, premier Mini¬
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge¬
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar¬
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu¬
nitions appartenans à l'Ar¬
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom¬
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil¬
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de¬
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi¬
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con¬
12 Relation
certs de Voix & d'Instru¬
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue¬
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar¬
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re¬
cira des Panegeriques à l'hon¬
neur de S. M. Cz. il est im¬
possible d'exprimer les accla¬
mations du Peuple, qui bor¬
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a¬
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Février,
aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei¬
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul¬
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel¬
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot¬
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro¬
cher ses Troupes des fron¬
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale¬
rie Turque l'ayant enco¬
G ij
171I.
76 Relation
re attaquée dans sa Mar¬
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli¬
gee de remettre ses che¬
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil¬
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a¬
lors les deux Armées fu¬
rent engagées avec beau¬
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi¬
nuée de 1o a 12 mille hom¬
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman¬
Historique.
77
der au General Czreme¬
thof, s'il avoit plein pou¬
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'eviron
un demi-jour, el¬
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom¬
ma de Falczin, le Czar ren¬
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi¬
cations, & celles de Tagan¬
robe, Forteresse conside¬
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga¬
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa¬
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga¬
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen¬
dant dans toutes les diffe¬
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri¬
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun¬
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli¬
na, & y réduisit en cen¬
dres plus de 2000 mai¬
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel¬
1712.
80 Relation
ques jours aprés pour s'a¬
boucher avec le Roy Au¬
guste, & convenir ensem¬
ble de soûmettre la Pome¬
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for¬
merent le Siège de Stral¬
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Poméranie,
pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû¬
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l’aug
Historique. 81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Dannemarch,
& brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri¬
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi¬
lité des Empires du Mon¬
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai¬
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui¬
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
82 Relation
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne¬
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou¬
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren¬
velt s'étant posté & retran¬
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan¬
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique. 83
chemin à S. M. Cz. de soû¬
mettre cette riche Provin¬
ce.
Le Cz. mettant à pro¬
fit les. découvertes avan¬
tageuses qu'il avoit fai¬
tes dans les Etats des Prin¬
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re¬
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi¬
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré¬
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol¬
1174.
1714
84 Relation
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti¬
née contre la Suéde, com¬
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos¬
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué¬
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su¬
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu¬
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe¬
dition, on fit à Peters¬
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique. 8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos¬
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em¬
ploy de la Marine Mos¬
covite, qui est celle d'A¬
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al¬
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien¬
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met¬
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con¬
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou¬
pes Saxones de la Polo¬
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge¬
neral Szeremetosaccuſe in¬
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con¬
damné aux Galères per¬
petuelles.
Le Czar établit cette an¬
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien¬
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan¬
Historique. 87
ces de l'Europe, & d'artirer
dans ses Etats la plus
grande partie du com¬
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou¬
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & soeur
de l'Impératrice Regnan¬
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe¬
tersbourg, mourut le pre¬
mier Novembre. Le nou¬
veau né fut nommé Pier¬
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E¬
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88 Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem¬
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No¬
ces, au feu Duc de Cour¬
lande Frederick Guillau¬
me, qui mourut le 31 Jan¬
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte¬
nant aux Suédois, fut o¬
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, aprés
une année de Blocus,
Historique. 8o
& Cujambourg, la seule pla¬
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi¬
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo¬
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve¬
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava¬
lerie & plusieurs Regi¬
ments qui passerent en re¬
Hiij
90 Relation
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor¬
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man¬
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos¬
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya¬
ges; il deffendit qu¬
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique. 91
& Gouverneur de son E¬
glise. Les Moscovites pré¬
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa¬
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré¬
sidoit autrefois a Constan¬
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro¬
fonde veneration, & par¬
ticipoit en quesque ma¬
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman¬
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis¬
ter a une procession so¬
lennelle, & de tenir, pen¬
dant la marche, la bride
92 Relation
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser¬
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou¬
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen¬
doit jusqu'a terre; on al¬
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é¬
toit assis de côté, com¬
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac¬
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom¬
mes marchoient imme¬
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul¬
titude innombrable de Peu¬
ples. La Procession avan¬
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus¬
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le¬
Czar accompagne des
Boyars, des Métropoli¬
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di¬
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at¬
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me¬
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E¬
veque qui se déclara hau¬
tement contre cettè inno¬
vation; sur quoi S. M. or¬
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au¬
cun Prelat qui voulut exe¬
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique. 95
Evêque, qu'il établit Mé¬
tropolitain ou Archevê¬
que de Razan, & qui, sui¬
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou¬
veau Métropolitain, com¬
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af¬
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre¬
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
56 Relation
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno¬
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu¬
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour¬
roient avoir des suites dan¬
gereuses, tant pour l'E¬
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi¬
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per¬
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis¬
sion, le Temple etoit en¬
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti¬
tion étoit si ridicule, qu'¬
un jour le Singe d'un Am¬
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai¬
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a¬
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè¬
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin¬
9 Relation
ge, il fut par un ordre par¬
ticulier du Patriarche, tras¬
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi¬
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi¬
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené¬
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive¬
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû¬
Historique. 99
rent que le Squelette se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute¬
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au¬
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com¬
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100 Relation
comme le Suiße, & brû¬
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa¬
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco¬
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u¬
ne manière tout-a-fait en¬
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen¬
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco¬
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé¬
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo¬
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi¬
naire. Le Czar étoit par¬
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de¬
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
Historique. 103
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi¬
rent en marche vers
la maison du défunt Ge¬
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver¬
ses Tables pour les Con¬
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô¬
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104 Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é¬
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais¬
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me¬
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar¬
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di¬
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian¬
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
Historique. 105
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel¬
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte¬
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan¬
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au coeur de l'hy¬
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106 Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super¬
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les moeurs
de ses Sujets.
On va juger presente¬
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No¬
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com¬
bien les moeurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua¬
tre Grands & quatre Sous¬
Marêchaux de la Cour, a¬
vec 12 Capitaines des Gar¬
Historique. 107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren¬
dirent à 10 heures du ma¬
tin, au logement du Se¬
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian¬
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon¬
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera¬
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom¬
108 Relation
bre de plus dezoo, magni¬
fiquement ornées. Les Ra¬
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra¬
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa¬
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin¬
ce & par le Comte Golof¬
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra¬
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé¬
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique. 109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque¬
ment les bagues; la Prin¬
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia¬
mans, & pendant la céré¬
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du¬
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma¬
rine étoient rangez de¬
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
1I0 Relation
les Trompettes & Tim¬
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca¬
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi¬
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu¬
sieurs jours, & le 25 No¬
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men¬
zikof.
Historique. 1II
Le même jour, on a¬
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a¬
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma¬
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E¬
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi¬
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
112. Relation
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli¬
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re¬
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa¬
ge. Pour cet effet, il a é¬
rigé à Moscou des Impri¬
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en¬
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi¬
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
Historique. 113
ni à écrire ; ce fils n'heri¬
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé¬
volu au plus proche heri¬
tier de la famille. Al'é¬
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a¬
venir tous ceux qui
se destineroient a cet
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc¬
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja¬
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A¬
ritmetique & autres Scien¬
ces semblables, il en fon¬
14 Relation
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a¬
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve¬
noient s'instruire. D'habi¬
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na¬
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as¬
sez formez, on les en¬
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique. 115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su¬
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li¬
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer¬
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren¬
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'¬
116 Relation
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren¬
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece¬
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu¬
blics & autres Cérémo¬
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'¬
autant qu'il lui en seroit
Historique. 117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par¬
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite¬
cte de Vaisseau par ce pré¬
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou¬
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa¬
118 Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a¬
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc¬
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom¬
phe dans Moscou, apres
Historique. 119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla¬
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con¬
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou¬
tes les Cérémonies ordi¬
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don¬
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais¬
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
120 Relation
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai¬
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen¬
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique. 121
reprochoit qu'on le favo¬
risoit trop, qu'on l'avan¬
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja¬
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau¬
vaise discipline qui re¬
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo¬
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es¬
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin¬
122 Relation
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em¬
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi¬
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom¬
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua¬
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar¬
Historique. 123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im¬
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
124 Relation
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al¬
ler ſe plonger dans la Ri¬
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors¬
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu¬
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au¬
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille¬
Historique.
125
ment, sans être jamais su¬
jets à aucune des incom¬
moditez que le froid cau¬
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas¬
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
126 Relation
ne paroissent point appre¬
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi¬
gner la moindre altera¬
tion. En effet, on a recon¬
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com¬
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
Historique. 127
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar¬
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re¬
giment particulier, desti¬
né uniquement pour
cet Emploi & compo¬
se d'Officiers, Cano¬
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema¬
128 Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro¬
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter¬
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em¬
ploi de Tambour, jus¬
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé¬
Historique. 129
nieur, Canonier, Artifi¬
cier, Architecte de Vais¬
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail¬
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran¬
de quantité de poudre,
non-seulement pour four¬
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130 Relation
quelques Mines de Cui¬
vre, & en plusieurs au¬
tres endroits, de mi¬
nes de Fer, particulie¬
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ¬
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique. 131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen¬
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan¬
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al¬
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au¬
jourd'hui, proviennent du
2 Relation
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo¬
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en¬
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve¬
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique. 133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan¬
Mer Baltique. de.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco¬
vites qui sont venus s'y é¬
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien¬
nent tous les jours ſes Su¬
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca¬
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri¬
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa¬
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen¬
duë par une Citadelle fon¬
dée en pleine Mer, la fe¬
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer¬
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me¬
me que pour le faciliter
Hist orique. 135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar¬
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou¬
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi¬
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce¬
lui du Volga, de le tra¬
verser pour gagner ce
dernier grand Fleuve qui
Mij
136 Relation
se jette dans la Mer Cas¬
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le¬
vant. La jonction du Ta¬
nais au Volga sert pareil¬
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique. 137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en¬
fuite porté ſes vuesdu
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re¬
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti¬
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou¬
velle Ville de Peters¬
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce¬
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
138 Relation
Blanche: Il a donc fait tra¬
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi¬
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O¬
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O¬
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan¬
che; lesquels se débou¬
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou¬
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la Ville favorite du
Czar il en a rendu
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
140 Relation
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com¬
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri¬
Historique. 141
vieres, depuis Moscou jus¬
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie¬
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini¬
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu¬
il regne, la matière est aſ¬
furément des plus abon¬
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi¬
nirai cet Abrege par quel¬
ques remarques sur la
Moscovie, que j'ai crû
142 Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Del'Origine de la Moscovie.
La Moscovie est une
partie de l'ancienne Sar¬
marie: Il paroist que cet
Etat étoit divisé en plu¬
sieures Seigneuries, qui
ont depuis formé ce grand
Empire, tel que nous le
voyons aujourd'hui.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Sep¬
tentrion jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tartarie,
ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A¬
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe¬
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
144 Relation
comprendre environ 50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Qualitez du Pays.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, prin¬
cipalement vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e¬
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me¬
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com¬
me un gros concombre
velu, & qui semble ron¬
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a¬
vidité, parce qu'elle res¬
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti¬
te prodigieuse que les Peu¬
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti¬
gres, de Renards, de Mar¬
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu¬
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
Remarques sur quelques Points
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu¬
il n'y a qu'eux de verita¬
bles Chrêtiens, puisqu'ils
Historique. 147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en¬
fant nud dans l'eau, pro¬
nonçant les Paroles ordi¬
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
1 Relarion
cette Cérémonie. Les Pro¬
totopes ou ſimples Prè¬
tres sont obligez de ſe ma¬
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No¬
ces, sans renoncer à laPre¬
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes¬
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire¬
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a¬
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu¬
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu¬
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
150 Relation
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or¬
dinaire, c'est de la remer¬
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re¬
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
Des Enterremens.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique. 151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai¬
res n'étoient pas en bon é¬
tat, s'il manquoit de man¬
ger & de boire, si sa fem¬
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro¬
152 Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois¬
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie¬
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel¬
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre¬
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu¬
Historique. 153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin¬
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per¬
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au¬
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
154 Relation
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou¬
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos¬
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain de
Casan & Svviat.
Historique. 155
Le Métropolitain de
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran¬
ce. Aprés les Primars, sui¬
vent les Archevêques, ensui¬
te les Eveques & les Archi¬
mandrites.
L'Archevêque, de Wo¬
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Sufdal
& Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe¬
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af¬
156 Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar¬
changel.
L’Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo¬
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche¬
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel¬
le Proto-Papas, & un trés¬
grand
Historique. 157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos¬
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai¬
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli¬
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158 Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier¬
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novembre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
Historique. 159
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A¬
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
L'Ordre de la Noblesse des
Officiers pour l'Etat.
Le Czar, qui est le Sou¬
Oij
160 Relation
verain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo¬
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai¬
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a¬
prés le Czar, sont les Prin¬
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom¬
mes; il ya ensuire les Sin¬
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com¬
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique. 161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau¬
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux¬
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver¬
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
162 Relation
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or¬
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei¬
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su¬
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô¬
tel qui gouverne la Cour.
Historique. 163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta¬
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia¬
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162 Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen¬
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre¬
fois ils ecrivoient leurs pro¬
ces sur des longs rouleaux de
Historique. 165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
Du Revenu des Etats
& des Impositions
de S. M. Cz.
Il est assez difficile de donner
un etat fort juste des Re¬
venus de la Moscovie. Les
Etats du Czar etant d'u¬
ne trés-grande etendue, ses
Revenus se monrent a pro¬
portion.
L'Imposirion qui est sur
le Vin, la Bierre, l'Hidro¬
mel, & l'Eau-de-Vie, aussi
166 Relation
bien que les Droits d'Entrée,
sont d'un trés gros produit
pource Prince; la seule Ville
d'Archangel fournit plus de
600000 ecus. Le Commerce.
que le Czar fait faire par ses
factures, en divers Etats de
l'Europe, aussi-bien que le
profit qu'il fait sur les Mar¬
tres Zibelines, & les droits
qu'il tire sur les Heritages
& sur les Maisons de Mos¬
covie, vont a des sommes
immenses; de plus, la taxe du
dixième denier sur le bien de
tous ses Sujets en remps de
Guerre, monte trés-haut;
aussi, peut-il lever dans une
necessité, des Armees de deux
Historique. 167
ou trois cent mille hommes,
fournies de tout ce qui est ne¬
cessaire.
Remarque sur l'Etat
de la Noblesse de
Moscovie.
Quoique les Genealogies des
Anciennes & Illustres Mai¬
sons de Moscovie, ne soient
pas encore aussi bien connues
que celles des autres Nations
de l'Europes ce grand & va¬
ste Empire renferme une forte
grande quantité de Noblesse.
Le titre de Comte n'y est que
nouvellement introduit. I y
a en Moscovie trois sortes de
Nobleße. La premiere appar¬
tient aux Princes & aux
168 Relation
Gentils-Hommes. Les Prin¬
ces sont les plus riches Sei¬
gneurs du Pays, que le Czar
employe dans les plus hautes
Charges & aux premiers
Gouvernemens de cet Empi¬
re. Ils sont aussi ordinaire¬
ment Bojares ou Conseillers
d'Etat. Ils tiennent une gran¬
de Cour & demeurent la
plus grande partie de l'année,
dans leurs Palais qui sont
dans la Ville de Moscou; on
les appelle dans leurLangue
Knias. Le second degré de
Noblesse, est celui des Sei¬
gneurs. Le troisième, des
Gentils-Hommes qui posse¬
dent des Fiefs par la grace &
la
Historique, 169
la liberalire du Czar, pour
leur merite. Ces Terres tom¬
bent aussi avec le Titre sur
leurs fils. Pendant la paix, ils
demeurent sur leurs Terres.
Ils etoient obligez autrefois
d'envoyer a la Guerre un cer¬
tain nombre de Valets a che¬
vals mais à present, le Czar
ayant discipline ses Armees, à
la manière des Princes de
l'Europe, choisit seulement
des Officiers, & en fait d'au¬
tres de Cavalerie & de
Dragons qui sont a sa solde.
Le Czar honore encore cette
Noblesse de divers Emplois,
comme de Gouvernemens de
Provinces & Territoires. Il
170 Relation
les fait Chambellans, Gar¬
des du Corps. Outre ceux-cy,
il y a encore les Banquiers &
Marchands renommez, qui
tiennent aussi rang de No¬
bles. Ily en a toujours deux
ou trois dans le Conseil d'E¬
tat, on les appelle Gosten.
Avant que de donner le
détail de l'Entrée du Cz.
en France & de son ar¬
rivée à Paris, je crois que,
pour la ſatisfaction du Le¬
cteur, il ne ſera pas hors
de propos que je suive les
démarches de ce Prince
depuis l'expedition de
Scanie on S.honen.
Historique. 171
Le Czar étant parti de Copenhague
le 26 d'Octobre 1716 avec la Czarl¬
ne ſon Epouſe, arriva le 2 Novemb. à
Fredericstad, de là ce Prince s'érant
rendu à Havelberg le 23 du même
mois, où le Roy de Pruſse le joignit,
ils confererent ensemble le 24 &
le 25. Le 26. s'étant embarque sur
un Bâtiment à Voiles & à Rames
il aborda à Altena, le premier De¬
cembre; il y reçût les Complimens
des Deputez de Hambourg. Le 7.
s'étunt mis en chemin pour son
Voyage de Hollande, ce Monar¬
que arriva le 17 à Amsterdam, le
18. il fut complimenté par les Dé¬
putez des Etats Generaux, le Com¬
te d'Albermale portant la Parole.
Le 20. il alla voir la Maison de
Ville & dina chez le Prince Kura¬
kin son Ambassadeur en Hollande,
en Angleterre, & son Plenipoten¬
tiaire au Congrez de Brunsvick; le
ſoir, il eût le ſpectacle de la Come¬
die où il fut regalé de toute sorte
de rafraschissemens; les jours sui¬
vans, il s'occupa à voir ce qu'il y
PI)
172 Relation
a deplus remarquable, particuliere¬
ment ce qui concerne la Navi¬
gation; ce Prince y ayant reçu
la nouvelle que la Czarine étoit
accouchée le 13 d'un Prince, à Vve¬
fel, il pria les Etats d'en être Pa¬
rains, mais l'Enfant mourut le soir
même: Cette Princesse étant réta¬
blie de ses couches, arriva, le
13 de Février à Amsterdam; où el¬
le ſut ſaluée de tout le Canon de
la Ville & complimentée par les
Députés des Etats de Hollande. Le
19 de Mars, le Czar, aprés avoir ob¬
servé tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Amsterdam, en partit a¬
vec la Czarine pour la Haye, où il
prit son logement chez le Prince
Kurakin. Le 20. les Etats Generaux
nommerent des Deputés, au nom
des Provinces de Gueldres, de Hol¬
lande, de Zelande, dUtrecht, de
Frise, d'Overyssel & de Groningue,
pour aller complimenter leurs
Majestez. Le Baron de Vvelderen
Deputé de Gueldres, adreſſa la pa¬
role. S. M. Cz. aiant visité plu¬
Historique. 173
sieures maisons de Campagne & les
Principales Villes de ces Provinces,
où on lui fit tous les honneurs possi¬
bles, elle débarqua le 11 d'Avril à
Anvers dans un grand Yacht, ac¬
compagné de trois autres, qui s'ar¬
reterent devant le Chateau; ce
Prince ſe tranſpotta à l'Abbaye de
S. Michel, où son logemenr étoit
preparé, il fut complimenté par le
Duc de Holstein-Ploen, par le Prin¬
ce de la Tour Tavis, & le Prince
Esquilaché; ensuite par le Corps
de la Ville, dont il a visité les
principales Eglises, la Bourse, la
Chambre des Peintres & des Arts,
& la maison des Jesuites: Le 13 é¬
tant parti sur le soir, il arriva le
14. à Bruxelles, au bruit de trois de¬
charges du Canon, on le condui¬
sit au Palais de l'Empereur où il fut
complimenté par le Marquis de
Prié, & par les Principaux de la
Nobleſse, il coucha dans le beau
lit de l'Empereur Charles-Quint,
qu'on lui avoit dresse. Le 17. il fut
ttaſté à dinerpar le Duc de Hol¬
Piij
176 Relation
stein Ploen, il soupa ensuite chez
le Prince de la Tour, dont il admi¬
ri la belle maison & les curiositez
qui s'y trouvent; à son retour il fut
regalé au Parc, d'un trés-beau feu
d'artifice : En étant parti le 18. il
alla coucher à Gand ; le 19. il
s'embarqua sur un Yacht à la Por¬
te de Brages d'où il a continué ſa
route vers Ostende pour entrer en
Fance.
ENTREE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
E 20 d'Aviil un Officier du
Czar se rendit à Dankerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen¬
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou¬
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra¬
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava¬
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri¬
va à Dunkerque où il fut reçû, com¬
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou¬
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte¬
ment tous les anciens Quvrages dé¬
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u¬
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178 Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a¬
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac¬
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca¬
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se¬
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A¬
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés¬
Historique. 179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con¬
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at¬
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha¬
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or¬
dinaire, & M. de Cresmes Contrôleur
de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or¬
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac¬
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180 Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che¬
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon¬
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou¬
tes illuminées, avec un Peuple in¬
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou¬
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu¬
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse¬
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou¬
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor¬
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau¬
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met¬
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons¬
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per¬
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho¬
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per¬
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re¬
182 Relation
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve¬
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri¬
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde¬
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as¬
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
Historique. 183
4. & 5 hèures du matin, à son er¬
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com¬
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle¬
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis¬
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex¬
pliquer par M. le Marêchal de Tes¬
ſé les Emplois & les rangs de cha¬
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie¬
re à tous les Officiers de réputa¬
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex¬
ploits s'étend si loin par les servi¬
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184 Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran¬
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma¬
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui¬
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de¬
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex¬
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique. 185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau¬
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi¬
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca¬
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver¬
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu¬
ij
186 Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui¬
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor¬
temart comme Premier Gentilhom¬
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou¬
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar¬
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou¬
verneurs du Roy & les 4 Gentils¬
Hommes de la Manche. Un troisié¬
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique. 18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom¬
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au¬
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don¬
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro¬
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire. i)
188 Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen¬
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi¬
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei¬
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pénétrans:
Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex¬
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen¬
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou¬
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique. 189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten¬
tement extraordinaire qui parois¬
soit sur son visage, n'ayant d'atten¬
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre¬
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la contenance
de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au¬
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas¬
sant avec une politesse qui les ren¬
voya rous contens, & s'étant ra¬
proché de la portiere, il prit con¬
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor¬
ti à 5 heures du matin dans un ca¬
190 Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman¬
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou¬
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon¬
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif¬
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob¬
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip¬
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique. 191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu¬
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan¬
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge¬
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192 Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam¬
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or¬
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau¬
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen¬
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal¬
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo¬
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a¬
voit eû soin d'ôter la grande Ta¬
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au¬
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma¬
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a¬
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti¬
ter, mais S. M. le voulut voir
194 Relation
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go¬
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel¬
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa¬
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con¬
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa¬
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al¬
tesse
Historique. 19)
teſse Royale entourée des princi¬
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me¬
na S. M. Cz. par son petit Ap¬
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin¬
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont¬
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope¬
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance¬
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196 Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé¬
corations, & de la danse deMlle Pre¬
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe¬
rents qui méritent quelques obser¬
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga¬
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique. 197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon¬
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa¬
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In¬
stitution de cette Maison, qui il¬
luſtre ſi fort le Regne & la Mé¬
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu¬
res du soir.
198 Relation
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo¬
narque de toute la Russie. A l'é¬
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo¬
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi¬
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan¬
ces acquises dans cette Science:.
Historique. 199
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale¬
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar¬
des de cette Princesse, alla le pren¬
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar¬
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan¬
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza¬
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com¬
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra¬
Riij
200 Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi¬
net où l'on avoit préparé deux fau¬
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura¬
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con¬
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa¬
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad¬
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur¬
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein¬
Historique. 201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap¬
partemens, & s'apercevant que Ma¬
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re¬
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des¬
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma¬
dame, l'embrassa & la falua com¬
me il avoit fait en entrant: aprés a¬
voir admiré l'Architecture de ce Pa¬
lais, il fit plusieurs tours dans les jar¬
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse¬
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe¬
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu¬
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en¬
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202 Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin¬
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de¬
hors de Paris, dans les endroits pu¬
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre¬
nants de ſes belles pierres d'Ai¬
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai¬
tement au fait de tout ce qui re¬
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le¬
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
Historique. 203
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re¬
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu¬
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re¬
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in¬
cognito à d heures & deinie du ma¬
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204 Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap¬
perçû, alla au devant avec em¬
pressement, & l'embrassa avec ten¬
dresse deux ou trois fois. La con¬
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro¬
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé¬
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon¬
tra la jonction qu'il avoit entrepri¬
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique. 105
la communication de la Mer Cas¬
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op¬
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau¬
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa¬
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre¬
reries de la Couronne; de la beau¬
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par¬
tit avec toute sa suite, pour Ver¬
sailles, qu'on avoit préparé & meu¬
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la galanterie
qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé¬
206 Relation
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta¬
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per¬
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi¬
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man¬
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de¬
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro¬
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
Historique. 207
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Choeur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar¬
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac¬
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es¬
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al¬
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or¬
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai¬
son Royale, & dirigera la Chasse.
208 Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé¬
nipotentiaire au Congré de Brunsy¬
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan¬
celier & Conseilier Privé, Che¬
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur¬
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che¬
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil¬
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique. 209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en¬
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi¬
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede¬
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri¬
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la¬
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Czarienne
a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
APPKOBATION.
J'Av lu par ordre de Monseigneur
le Chancelier, cet Abregé His¬
torique & cette Relation concernant
le Czar, & j'ai crû que la matiere
& le stile, les rendroient agréables
au Public. Fait à Paris, ce 31. May
1717.
TERRASSON
De l'Imprimerie de JACQUESFRANçOIS
GROU, rue de
la Huchette, au Soleil d'Or¬
IARIAII
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX,
qui se vendent à Paris chez PIERRE
RIBou, Quai des Auguſtins, à la
descente du Pont-Neuf, à l'Image
S. Louis.
NIctionaire pratique du bon Menager de
DCampagne & de Ville, qui apprend gene¬
ralement la maniere de nourrir, elever
gouverner, tant en santé que malades,
toutes sortes de Bestiaux, Chevaux & Vo¬
lailles; de sçavoir mettre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire va¬
loir toutes fortes de Terres, Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient aux Jardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuifine, les Confitures, la Pâtisserie, les
Liqueurs de toutes fortes; les Chasses dif¬
ferentes, la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne; les mots Latins de tour
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plûpart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
se plaisent à ces sortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
Louis Liger, in 4. 2. vol. 10.1.
Abregé Chronologique de l'Histoire de Fran¬
ce, par le Sieur de Mezeray, Historiographe
de France. Nouvelle édition, augmentée de
l'origine des François, & de leur établisse¬
ment dans les Gaules; de l'état de la Reli¬
gion, & de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoire imprimée en 1685. en 3. vol. in folio.
In quarto 3. vol. 25. 1.
Idem in 12. 10. vol. 25. 1.
Numismata Erea Imperatorum, Augustarum &
Casarum in Coloniis, municipiis, & urbibus,
jure latio donatis, ex omni modulo percussa,
Auctore Joanne Foy-Vaillant Bellovaco, Doctore
Medico, & Serenissimi Ducis Cenomanensium
Antiquario Paris. excusa, in fol. 2. vol. 36. 1.
Vies des Saints, par Ribadontira, fol. 2. vol.
15.1.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20. liv.
Les mêmes, in 4. 6. vol. 36. 1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvrages au Tour: ouvrage
tres-curieux & tres-necellaite à ceux qui s'e¬
xercent au Tour, Latin & François, fol. 181.
Euvres diverses du Sieur D.... avec un Re¬
cuëil de Poësies choisies de M. de B... 2. vol.
in 12. 5.1.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les pré¬
rogatives de ses Magistrats, toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui representent
son ancien état & ses divers accroissemens,
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re¬
glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Mé-
50.1.
tiers, fol. 2. vol.
in 12.
Les OEuvres de M. de la Mothe le Vayer
36. 1.
15. vol.
2. 1.
Le Diable Boiteux, in 12.
Les conseils de la Sagesse, contenant les Ma¬
ximes de Salomon les plus necessaires à
l'homme pour se bien conduire soi-même,
4. 1. 10. f.
in 12. 2. vol. 1714.
Amusemens serieux & comiques, par M. du
1.1. 10. s.
Fresny. in 12.
Les OEuvres de Clement Marot de Cabors, Valet
de Chambre du Roi, revuës & augmentées de
6. 1.
nouveau, in 12. 2. vol.
Histoire de l'admirable Dom Quichotre de la
Manche, in 12. 6. vol. avec figures, nouvelle
Edition, continuée jusqu'à sa mort. 15. l.
La Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol, enrichie de figures, in 12. 3. vol.
7.1. 10.1.
OEuvres mèlées de M. de Saint Evremond, nou¬
velle Edition augmentée sur celle de Lon¬
15. 1.
dres, in 12. 7. vol.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancouri,
avec des Remarques sur la Traduction, in 12.
6.1.
3. wol.
Traduction des Satyres de Perse & de Juvenal,
par le R. P. Tarteron de la Compagnie de JE¬
sus, nouvelle Edition, corrigee & augmen¬
2. 1. 10.f.
tée, 1714.
Fables choisies, mises en Vers par M. de la
Fontaine, enrichies de figures, in 12. 5. vol.
10.1.
3.1.
Les mêmes en un Volume,
k ij
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne, par Fernand Cortez, tra¬
duite de l'Espagnol, in 12. 2. vol. nouvelle
Edition, avec figures.
5.1.
Hiſtoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol, in 12. 2. vol.
avec figures.
4 l.10.f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip¬
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez, & de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
tres-grand nombre de figures, in 12. 4.
vol.
12. 1.
Instructions pour les Jardins fruitiers & pota¬
gers, avec un Traité des Orangers, & des re¬
flexions fur l'Agriculture. Par M. de la
Qaintinie, Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle in¬
struction pour la culture des Fleurs. Nou¬
velle édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont
se servent les Jardiniers en parlant des Ar¬
bres, & d'une Table des matieres, 1716.
in 4. 2. vol.
12.1.
Nouvelle de Miguel de Cervante, 2 liv.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct. nouvelle,
augmentée de nouvelles remarques du Ba¬
ron des Coutures, in 12. 2. vol.
5. l.
Traité historique des Monnoyes de France, par
M leBlanc, in 4. avec 100. figures, contenant
les empreintes des differentes Monnoyes,
9. 1.
Traduction nouvelle de Roland l'Amoureux,
par M. le Sage, 2. vol. in 12. ornez de figu¬
res, 5 l.
Les OEuvres de Virgile en Latin & en Fran¬
gois, par M. de Martignac, 3. vol. in 11. nou¬
6.1.
velle Edition,
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon,
par M. de la Fosse, seconde édition, augmen¬
tée de deux Odes, l'une de Pindare & l'au-
2. l. 10. s.
tre d'Horase, in 12.
Nouvelle Grammaire Espagnole, par M. Perger,
2. l. 5. s.
in 12.
Hiſtoire universelle ou Traduction nouvelle
de Justin, avec des Remarques, in 12.
5. 1.
2. vol.
Voyage d'Alep à Jerusalem, in 12. 2.1.
Novum Testamentum Gracum, in 18. 1. I. 16. s.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte, in 12. 2. vol.
3. 1. 10. f.
Le Comte de Cardonne, in 12. 1. l. 16. f.
Les Avantures galantes du Cheralier de Theni¬
court, par Madame D. .. in 12. 1. l. 16. s.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Décisions
nouvelles, & des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition. in 12. I. I. 10. s.
La Vie de M. de Moliere, in 12. 2 1.
Hiſtoire de la Virginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jus¬
qu'à present, les productions naturelles du
Pays, la Religion, les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels, par un Auteur natif &
babitant de ce pays-la, in 12. enrichie de figu¬
2. 1. 5. f.
res en taille-douce,
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d'Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Con¬
situres seches & liquides, les Liqueurs, les
Eaux, les Parfums, la Cuisine, a découper
A iij
les Viandes, & à faire la Patisserie; huitié¬
me Editien, corrigée & augmentée des Pates
nouvelles, & des nouveaux Ragoûrs qu'on
fert aujourd'hui: Avec des modeles pour
dresser les Services de Table, in 12. 1715.
2.1. 5. f.
Les Guvres choisies de feu M. le Noble, 20. vol.
in 12. sous presse.
40. I.
Stile du Conseil, par M. Gauret, in 4. 5. liv.
Code de la Marine, in 4.
4. 1.
Contes des Fées, ou les Chevaliers Errans,
& le Genie Familier, par M. D... in 12.
1. l. 15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen, in 12. 1.1. 10.f.
L'Ambiguë d'Auteuil, ou veritez historiques,
composées du Joueur, du Nouvelliste, du
Financier, du Critique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnages de differens
caracteres, in 12. 1. 1.5. f.
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rem¬
pli d'évenemens, & écrit dans le même stile
que Telemaque, par M. leB .... in11. 1. 1.
Le Voyageur Fidele, ou le Guide des Etran¬
gers dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës, des Fauxbourgs, Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville ren¬
ferme; les Adresses pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tout ce qu'on sou¬
haite, tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses : Avec une Relation en
forme de Voyagé, des plus belles Maisone
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers, in 12.
2. l. 5. f.
Les Voyages de M. Tavernier, derniere Edition,
revuë, & corrigée de quantité de fautes, &
augmentée de la Vie & mort de l'Auteur,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prusse, avec
plusieurs planches nouvelles qui n'ont point
paru dans les précedentes éditions, le tout
dirigé par un ami de l'Auteur qui a fait plu¬
sieurs Voyages avec lui, in 12. 6. vol. 18. 1.
Abregé de Geographie, & de tout ce qu'il y a
de plus remarquable dans chacune des quatre
grandes parties de la Terre, particulierement
dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap¬
pris & retenu facilement par coeur, avec les
routes des postes de France & d'Espagne,
dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes, par M. Poncem, in 12. 1. 1. 5. s.
L'Eloge de la Folie, composée en forme de
Déclamation par Erasme de Roterdam, avec
quelques Notes de l'histoire & les belles fi¬
gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui represen¬
tant au naturel l'homme tout défiguré par
la sotise, lui apprend agreablement à ren¬
trer dans le bon sens, Traduction nouvelle;
5.1.
par M. Guedeville, in 12.
Histoire des sept Sages, par M. de Larrey, in 12.
5.1.
2. vol.
Recuëil de bons mots des anciens & des mo¬
dernes, nouvelle Edition augmentée, 2.1.
THEATREDE MESSIEURS
orneille, nouvelle Edition, augmentée & en¬
richie de figures en taille douce, 10. vel.
in 12. 25. 1.
Racine, nouvelle Edition, 2. vol. in 12. 6. l.
Campistron, nouvelle Edition, augmentée d'une
Tragedie & d'une Comedie, & ornée de fi¬
gures 4.1.
De la Fosse, avec ses Poësies, 2. vol. 5.1.
Crébillon, 3.1.
Pradon, 3.1.
De la Grange, augmenté d'Ino & Melicerte,
Tragedie, 2.l. 10. s.
Moliere, 8. vol. nouvelle Edition, augmentée
de sa Vie, avec de nouvelles Remarques, 15. l.
Dancourt, 8. vol. nouvelle Edition, augmentée
de plusieurs Pieces qui n'avoient point été
imprimées dans les Editions précedentes,
avec figures & musique, 15.1.
Regnard, 2. vol.
5. l.
De la Font,
211.
De Hauteroche, 2. 1. 10. f.
De Legrand, 2. 1. 10. f.
Palaprat, seconde Edition, augmentée de plu¬
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été im¬
primées, & d'un Recuëil de Pieces en Vers,
2. Vol.
5.1.
De Riviere, 2. l. 10. f.
Boindin,
21
De Champ-Mélé,
2.1.
De Montfleury, 2. vol.
51.
De Roufseau, un vol.
2. l. 10. f.
De Mademoiselle Barbier, 2. 1.10. f.
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'un
abregé de sa Vie, d'une Dissertation sur
fes Ouvrages, & de l'origine de l'Opera, &
de ses Opera, in 12. 5. val. ornez de figures,
12. 1. 10. s.
Theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Theatre des anciens Auteurs, in
12. 3. vol. 7. I. 10. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse
à une Epître Satyrique contre ce spectacle,
par M. le Br. in 12. 2.1.
Pieces nonvelles & séparéts.
Mahomet II.
Idomenée.
Atrée.
Electre.
Caton d'Utique,
Absalon.
Cyrus.
Geta.
Les Tyndarydes.
Saül
Médée.
Tragedies.
Herode.
Ino & Melicerte.
Polydore.
La mort d'Ulysse.
Muſtapha.
Jonathas.
Habis.
Agrippa, ou le faux Ti¬
berinus.
Marius.
Le CurieuxImpertinent.
Les Agioteurs.
L'Amour Charlatan.
Comedies.
Le Naufrage,
Danaé.
Turcaret.
Crispin Rival.
10
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses.
L'Amour vangé.
Esope à la Ville.
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les-Fêtes du Cours.
Le Verd Galant.
Comedies.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devineresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
La Coquette de Village,
ou le Lot ſuposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs notez des Comedies Françoises
par
M. Gilliers, in 4.
9. 1.
Telephe, Opera, noté,
V.I.10.f.
Medée, noté,
8. liv.
Les Plaisirs de la Paix, noté,
8. 1.
Medée.
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide.
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Opera
Proserpine.
Len paroles.
Les Plaisirs de la Paix.
Zephire & Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les Plaisirs de l'Eté.
Arianne.
11
La mort d'Alcide.
Hypermnestre.
Roland.
Opers.
Le Divertissement du Bour¬
geois Gentilhomme.
Le quatrième Livre des Moters de M. Campra,
5. 1.
Recuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A. S. Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Eslais de Poësies diverses, par
M. de Palaprat, in 12. 1.1.10.s.
Et toutes les autres Pieces de Theatre tant anciennes
que nouvelles.
Tous les Opera.
Le Theatre de l'Amour & de la Fortune, par
Mad. Barbier, in 12. 2. Vol. 4.1.
Euvres de M. Despreaux, avec des éclaircisse¬
mens hiftoriques donnez par lui même, 2.
vol. 1n 4. 12. 1.
Idem Grand papier, 18. 1.
Idem in 12. 4. vol. 8. 1.
La Connoissance parfaite des Chevaux, con¬
tenant la maniere de les gouverner, nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conser¬
ver en santé dans les voyages; avec un détail
general de toutes leurs maladies, des si¬
gnes & des causes d'où elles proviennent,
des moyens de les prévenir, & de les en gue¬
rir par des remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Ha¬
ras, bien plus étenduë que celles qui ont paru
jusqu'à present, afin d'élever de beaux Pou¬
lains pour toutes fortes d'usages. On trou¬
ve aussi dans ce Livre l'Art de monter à
Cheval, & de dresser les Chevaux de Ma¬
a
12
nège, tirée des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit. Le tout enrichi de figures en taille
douce, in 8. 3. l. 10. s.
Lettre à M. de ..... fur l'origine des anciens
Rois ou Dieux d'Egypte; qui explique ce qui
a donné lieu aux Fables des Dieux de l'Anti¬
quité, brochure in 12. 1.1.
La Rivale travestie, in 12 2. 1.
Nouveau Recuëil des plus beaux Secrets de
Medecine pour la guérison de toutes sortes
de maladies, blessures & autres accidens
qui surviennent au corps humain, & la ma¬
niere de préparer facilement dans les Famil¬
les, les remedes & les médicamens qui y
sont necessaires, avec un Traité des plus excel¬
lens préservatifs, contre la peste, fièvres pes¬
tilentielles, pourpre, petites veroles, & tou¬
tes sortes de maladies contagieuses, donnez
par une personne charitable, augmentez
des veritables Secrets naturels de M. Lemery,
qui ragardent la nature & l'art, avec d'autres
Secrets fort curieux, & tirez de ce qu'il ya
de meilleurs Auteurs en ce genre. 2. vel.
in 12. 5. 1.
Histoire de Gilblas de Santillanne, par M. le
Sage, 2. édition, 2. vol. in 12. ornée de
Figures. 5. 1.
L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par M.
Corneille : in 12. orné de figures, 3. liv.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de Ri¬
chelieu, & du Regne de Louis XIII. avec
quel paroclaritez, du Commerce de
laRegence d'Annie d'Autriche. 2. vol. in12. 5.1.
1.
I N.
Riobe
9
ABBREGE
DE LHISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITZ,
AVEC
UNE RELATION DE L'ETAT
présent de la Moscovie, & de ce qui
s'est passé de plus considerable, depuis
son arrivée en France jusqu'à ce jour.
DEDIE N.1966
ASA MAJESTE CZARIENNE.
Le prix est de 20. sols.
1666
APARIS,
PIERRE RIBOU, Quay
Auguſtins, à l'Image S. Louis,
Chez ET
GREGOIRE DUPUIS, rue S.
Jacques, à la Fontaine d'or.
M.DCCXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roy
AU TRES SERENISSIME
ET TRES PUISSANT
GRAND SEIGNEUR
CZAR
PIERRE ALEXIEWITZ,
Monarque de toute la Grande Mineure &
Blanche Ruſsie, de Moscowie, de Kiovie,
de Volodimer & de Novogrod, CZAR
de Casan, CzAR d'Astracan, CZAR
de Siberie, Souverain de Plesxof; Grand
Duc de Smolensxo, de Twer; de Jugor,
de Perme, de Viatxa, de Bolgarie, &
des autres Duchcz, Souverain & Grand
Duc de Novogrod, la Basse de Czerniof,
de Resan, de Rostof, de Jarossavie, de
Bielozero, d'Udorie, d'Obdorie, de
Candinie, & de toute la Côte du Nord;
Souverain d'Ivetie, des Princes de Car¬
talinie & de Gruzinie, des Pais de Ca¬
bardin, des Princes de Circassie & de
Georgie, & de plusieurs autres Etats &
Provinces de l'Otient, de l'Occident &
du Nord; Heritier & Successeur Em¬
pereur de la Grande Russie.
SIRE,
Je serois trop hureux, si je
à ij
EPITRE.
pouvois me promettre de la
part de VOTRE MAJESTE,
pour mon Ouvrage, l'accueil
favorable dont je me tiens
assuré de la part du Public:
Comme les François jouissent
du plaisir de voir le Heros
que la Renommée leur a tant
vanté; ils seront charmés de
trouver dans ce Recieil His¬
torique, un Tissu fidele des
Evenemens de son Régne.
VOTRE MAJESTE
peut juger des sentimens qu'
Elle a fait naître dans leurs
coeurs, par le vif empresse¬
ment avec lequel ils accourent
à Elle, toutes les fois qu'Elle
EPITRE
a la bonté de se faire voir;
Envain veut-Elle se derober
à leur curiosité, ils surpren¬
nent bien- tôt le Roy sous
lhabit du Particulier; ils y
découvrent de cesTraits majes¬
tueux, que les Dieux mêmes,
selon les Poëtes, ne pouvoient
tout-à-fait voiler aux yeux
des Mortels.
Ces Dieux de la Fable
furent des Héros de l'Histoire;
des Souverains, comme Vô¬
TRE MAJESTE, que
leurs Peuples diviniserent
pour éterniser la Mémoire des
avantages qu'ils avoient
procure: a leurs Etats, en les
älij
EPITRE.
décorant de toutes les Riches¬
ses, soit Politiques, soit Mo¬
rales, qu ils avoieni recueillies
chez les Nations Etrangéres.
Si VOTRe MAJESTE
fut nee dans ces Tems Héroi¬
ques, on lui auroit élevé des
Temples; mais, au défaut d'Au¬
tels, l'Histoire & la Tra¬
dition feront passer aux sié¬
clesles plus reculés, les Mer¬
veilles de Votre Régne. Le
Grand Empire que vous avés
pour ainsi dire, degrossi &
forme, n'est pas encore à
beaucoup près, monte au point
de splendeur où Vôtre Sa¬
gesse le veut élever. Elle
EPITRE.
mettra sans doute le specta¬
cle de la France, au nombre
des plus utiles qui se soient
offerrs à Elle. VOTRE
MAJESTe voit sous le
Prince qui nous gouverne, un
Ministère qui concilie par¬
faitement la Douceur & l'Au¬
torité : Elle voit des Peuples
moins soummis par la Crainte
que par l'Amour: Elle voit
enfin toutes les Sçiences,
&tous les Arts, portés
à ce haut dégré, qui font
l'objer de l'attention de Vô¬
TRE MAJESTE, &
qu'Elle proposera à ses Su¬
jets, comme l'Objet de leur
EPITRE.
Emulation. Je suis avec un
trés profond respect,
SIRE,
DE VOS ESTE
Le trés-humble & trés¬
obéissant Serviteur,
BUCHET.
n
.
e.
PREFACE.
A précipitation avec laquelle
jai été obligé de former cet
Ouvrage, en même-tems que le
Mercure de May, doit m'attirer
quelque indulgence de la part de
mon Lecteur. Je crois la mériter par
le zele ardent, avec lequel je me
suis porté à correspondre à l'empres¬
sement du Public, qui témoignoit
attendre de moi un prompt Détail
des Actions principales de SA
MAIESTE CZARIENNE, &
de son séjour en France. Quelque
difficile que me parût cette entre¬
prise, par les bornes étroites dans
lesquelles je suis renfermé: je l'ai
risquée cependant, persuadé que l'on
auroit assés de bonté pour passer
certaines fautes, en faveur du mo¬
tif qui m'y a déterminé. Ainsi j'ai
PREFACE.
facrifié la vanité de l'Auteur à l'im¬
patience du Lecteur. J'avouë par
exemple de bonne foy, que dans la p.
23. M. Perry Auteur de l'Etat pre¬
fent de la Grande Russie, dont j'ai
luivi les Mémoires en certains en¬
droits de ce Livre, m'a fait avancer
un Fait qui doit re volter tout homme
judicieux, scavoir que les Monaste¬
res, les Grands Seigneurs & un
grand nombre d'Eclesiastiques & non
d'Esclaves, furent taxex à faire batir
à leurs frais chacun, un Vaisseau. Qui
ne voit que c'est une exagération
dont la consequence est ridicule: A
la p. 42. l. 16. au lieu de dire quand
meme on en auroit abatu la quille, ce
que l'on ne comprend pas: il faut
rectifier la phrase de certe maniere;
quand même on auroit abatu le
Vaisse au pour en voir la quille; tout
Marin entendrapour lors ce que cela
signifie: p. 84. l. 5. Amiral de la
Moscovie, il faut dire, de Mo covie
ou de Russie. Au lieu du mot d'Am¬
munition, corrigez de Munition.
Je demande grace pour quelques
er
ne
n
07
tir
nd
c8
aut
e
le
but
ela
Die
m¬
0n.
les
PREFACE.
autres expressions. Je serai trop con¬
tent, si cet aveu sincere de mes
fautes, me tient lieu de justifica¬
tion dans l'esprit des honnêtes gens.
AVIS.
FE Mercure de Juin & les
I
suivants, sont fixés à 20 sols,
l'Auteur ne pouvant plus les donner
à 15 ; parce que les frais qu'il
est obligé de faire pour la composi¬
tion de ce Livre, excédent de beau¬
coup le produit.
ABBREGE
E
ABBREGE
DE LHISTOIRE
DU CZAR
PETER ALEXIEVITS,
AVEC
Une Relation de l'Etat présent de
la Moscovie, & de ce quis est passé
de plus considerable, depuis son
arrivée en France, jusqu'a ce jour.
LEXIS MIC¬
CHALOVITZ,
Pere du CZAR
qui arriva
le 7. dans
A
1676.
2 Relation
cette Capitale, laissa à sa
mort, deux fils du premier
Lit, Theodore ou Feodor,
lean ou Evan, la Princesse
Sophie avec plusieures au¬
tres filles: & du second
Lit, Pierre ou Peter Alexieu¬
vitz qui remplit aujour¬
d'hui si dignement le
Trône.
Theodore étant mort apres
six ans de Régne, nomma
pour son Successeur, Pierre
Alexieuvitz, jugeant que
son frere lean etoit d'une
complexion trop foible,
pour porter le fardeau d'un
si grand Empire. Ainsi,
Pierre fut proclamé CZAR
Historique.
à l'âge de 11. ans en 1682.
au préjudice de lean.
La Princesse Sophie
agée de 23. ans, aussi re¬
marquable par son esprit,
que par sa beauté & son
ambition; qui avoit û part
à la Regence, pendant la
Minorité de Thodore, mé¬
contente de voir son frere
Jean, exclûde la succession,
mit tout en oeuvre pour
tâcher de le placer sur le
Trône. Dans cette vûë
elle fit répandre le bruit
que le deffunt Czar avoit
eté empoisonné par ses
Medecins, & à la sollici¬
tation de quelques- uns
Aij
Etant
né le 11
Juin16 72
Relation
des principaux Ministres
d'Etat. Pour animer plus
vivement à la révolte, les
Strelitzes, espece de mili¬
ce, semblable aux lannissai¬
res, on publia que la Cour
avoit formé le dessein de
mêler du poison avec
l'eau de vie & la biere,
qu'on devoit leur donner,
aux funerailles du Czar
Theodore. L'Emûte ne tar¬
da pas, on commença
par le meurtre des deux
Medecins, on passa en¬
suite aux principaux Of¬
ficiers de la Couronne,
comme Auteurs d'un cri¬
me si énorme; enfin les
Historique
Strelirges, à la tête des¬
quels étoit Couvanshi leur
General, firent tout ce que
la rage la plus aveugle
leur inspira, jusqu'à rece¬
voir ſur la pointe de leurs
piques, les corps de ceux
que leurs Camarades jet¬
toient d'un balcon du Pa¬
lais Royal; ils pousserent
leur fureur si loin, qu'ils
massacrerent même plu¬
sieurs Seigneurs & person¬
nes du premier Rang,
qui s'étoient refugiees
dans la chambre de S.
M. Czarienne; sans que
ce Prince fit paroître au¬
cune foiblesse: apres quoi
A iij
Relation
ils proclamerent le Prince
lean, qui lui fut ajoint au
Trône.
Au milieu de ce Tu¬
multe, le Prince Bo¬
ris Alexiauvitz Gollitzen
ayant pris le Jeune Czar
entre ses bras, le trans¬
porta au Monaſtere de
Troiski ou de la Trinité,
Place forte a douze lieuës
de Moscouv, pour y met¬
tre ſa Personne en sûreté
jusqu'à ce que la Sédition
fût appaisée.
Apres cecy, tout sembla
se calmer, mais ce ne fut
que pour peu de jours. La
Princesse Sophie ne borna
Historique.
point ſes vues, à voir son
frere lean partager l'Em¬
pire; elle fit sous main de
puissantes brigues, & flata
Couvanski, qu'il pourroit
parvenir a la Couronne
en l'épousant; elle colo¬
roit ses pretentions en di¬
sant, que la Monarchie
étoit trop auguste, pour
être gouvernée par desEn
fans; mais la Conspiration
qu'elle trâmoit contrelavie
deses deuxfreres, futdécou¬
verte, & les Auteurs pu¬
nis.
On ût l'adresse d'atti¬
rer le General des Stre¬
litzes vers Troiski, & de
Relation
le furprendre dans une
embuscade, où il fut pris
& conduit dans le Mona¬
ſtere, où on lui fit couper
la tête; on ſe ſaiſit en mê¬
me tems de la Princesse
Sophie, qui fut enfermée
dans un Convent proche
Moſcou, où elle a toû¬
jours été gardée fort étroi¬
tement. Après qu'on se
fut si heureusement dé¬
fait de ces deux Chefs de
la Conjuration, & que le
Gouvernement fut affer¬
mi, on commença par fai¬
re une recherche des Au¬
reurs du défordre; les
Chefs furent exterminez
Historique. 9
avec leurs familles, &
leurs maisons, rasées. On
composa 4. Regimens des
autres, qu'on envoya vers
la Siberie dans des Provin¬
ces éloignees où ils ont
presque tous peris.
Dans la chaleur de cet¬
te Rebellion, M. le Fort,
Genevois de Nation, alors
Colonel dans l'Armée
Moscovite, donna à leurs
Majestez de grandes preu¬
ves de sa fidelité & de
son attachement a leur
service; son esprit & son
naturel actif, lui attire¬
rent les bonnes graces du
Czar. Depuis ce tems-là
16 Relation
S. M. l'a toujours eù au¬
près d'elle, prenant plai
sir à s'entretenir avec lui,
des Pais qu'il avoit fre¬
quentés , de leurs ri¬
chesses, de la discipli¬
ne qui s'y observoit, tant
par Mer que par Terre,
& sur tout du Com¬
merce qui se faisoit dans
toutes les parties du Mon¬
de, par le moyen de la
Navigation. Ce Prince né
pour les grandes choses,
ſemble n'avoir point eù
d'enfance, ayant toûjours
marque une grandeur d'a
me & une élevation d'es¬
prit toute extraordinaire;
Historique. 11
il n'avoit que quinze ans,
qu'il fit paroitre une forte
inclination pour les Ma¬
thematiques, il voulut ap¬
prendre la Marine & les
Mechaniques, projettant
dès lors les grands des¬
seins, qu'il a depuis exe¬
cutez avec toute la dex
teritè & la prudence ima¬
ginable. Comme ſa paſ¬
sion favorite étoit la Na¬
vigation, ce jeune Prince
fit bâtir sur le Lac Perris
Lausei, assez près de Mos¬
cou, des Vaisseaux qui a¬
voient des Mats, des Voi¬
les & des Canons; il se
divertissoit souvent a don¬
12 Relation
ner des petits combats,
dans lesquels il agissoit
lui même, en qualité de
Capitaine de Vaisseau, Ti¬
tre qu'il a voulu mériter
par la suite, en commen¬
çant par celui d'Ensei¬
gne, pour monter à ce¬
lui-la.
Quoique, sur la foy de
plusieurs Memoires, j'aye
avancé que la Princesse
Sophie avoit été enfermée
dans un Convent en 1683.
après les deux Conspira¬
tions dont je viens de par¬
ler, je me crois obligé d'a¬
vertir non Lecteur, que
je trouve ce fait contre.
dit
Historique.
dit dans une Rélation très
biencirconstanciée, impri¬
mée en 1714. il tient tropi
l'Histoire de S. M. Cz.
pour le passer sous silence.
La Princesse Sophie, dit
mon Auteur, bien loin
d'être enfermée, obtint la
Régence. Le Prince Galis¬
chin qui étoit dans ses in¬
terêts, fut honoré de la
Charge d'Administrateur
de l'Empire, il comman¬
da les Armées en 1687,
1688 & 1689; mais n'aiant
pas eû de succez heureux,
pendant ces trois Campa¬
gnes, le Czar lui en fit de
sanglans réproches, ce qui
Iude
dernier
Ducs de
Lithuinie,
de la
Maison
des Ja¬
gellons.
Autre
Garde
duPrin
Relation
14
irrita ſi fort la Princesse
que, pour se maintenir
dans le Poſte où elle étoit,
elle resolut de tout entre¬
prendre, & fit entendre
au Prince Galischin, qu'il
étoit à propos de se défai¬
re du Czar, lui remontra
qu'il n'y avoit pas un mo¬
ment a perdre; Thehelavi¬
ran President de la Cham¬
bre des Estrelles, fut choi¬
si pour être le Chef de la
Conjuration, avec 600 Es¬
trelles affidez. Dans le tems
qu'il donnoit ses ordres
pour ce tragique des¬
sein, deux Estrelles ayant
horreur de souiller leurs
Historique. 15
mains dans le sang de leur
Prince, se déroberent, &
coururent en informer le
Czar Pierre, qui se levant
de son lit, fit avertir ses
Oncles freres de sa mere,
qui n'eurent tous que le
tems, de monter en caros¬
ſe, & de ſeſauver du côté
duCouvent de la Trinité.
Le Czar Pierre arri
vé dans cette forteresse, fit
écrire à tous les Boyars
de se rendre aupres de sa
Personne, le Prince Ga¬
lischin reçût un ordre pa¬
reil; mais il s'en excusa
sur ce que le Czar lean le
retenoit. LaPrincesse ayant
Bij
16 Relation
vû que toute la Noblesse
& les Estrelles mêmes l'a¬
voient abandonnée
fe
mit en chemin pour
tâcher de fléchir son fre¬
re; mais un Exprés du
Czar, dépêché au devant
d'elle, la fit retourner
fur ses pas. Le Colonel
Sarque, à la tête de 300
hommes, fut chargé d'al¬
ler à Moſcou ſe ſaiſir des
Traîtres; aussi-tôt qu'il
fut arrivé au Palais Impe¬
rial, il ſe fit livrer Thebe¬
lavitan avec ses Adherans;
Ce President interrogé &
mis à la torture, avoua
qu'il étoit chargé de tuer
Historique. 17
l'Imperatrice Mere, le
Czar & ses trois freres. A
la prière des Parens du
Prince Galischin, lui, son
Fils & ses Amis, furent
condamnez à l'exil, & à
ſe rendre à Korga, Ville
ſous le Pole, pour y paſser
le reſte de leurs jours.
Après avoir puni la plû¬
part des autres Criminels,
ne voulut point des-ho¬
norer une Princesse de ſa
Maison, telle que la Prin¬
cesse Sophie; il se conten¬
ta de lui ordonner de sor¬
tir du Palais, & de ſe re¬
tirer dans un Monastere
qu'elle avoit fait batir. En
B iij
18 Relation
ayant fait difficulté &
ayant formé le dessein de
chercher une retraite en
Pologne, le Czar la fit en¬
fermer, avec ordre d'en
garder les avenuës; afin
que personne ne put avoir
aucunne communication
avec elle: Voilà où finit la
Régence de cette Princes¬
se, ſelon cette nouvelle
Rélation.
Le Czar fit ensuite son
entrée à Moscou, avec
toute ſa famille, & alla
descendre au Palais. L'Em¬
pereur lean, qui n'avoit pas
eû de part à ce Complot
vint recevoir ſon frère au
Historique. 19
haut du degré, & ils se ju¬
rerent une amitié recipro¬
que. Depuis ce moment,
on ne fit plus mention de
lean, qu'à la tête des Actes,
ſes indispositions conti¬
nuelles l'obligerent à se
démettre du Gouverne¬
ment, & il mourut en
1696.
S. M. Cz. ſe voyant
tranquile dans ses Etats,
forma la résolution de
prositer de la mauvaise si¬
tuation des Turcs, de
porter ses Armes vers la
petite Tartarie, & de s'em¬
parer d'Asoph, Place im¬
portante sur la Mer Noi¬
1695.
1696.
20 Relation
re. Pour cet effet, il fit
construire sur la Veronize
plusieurs Bâtimens, tant
Galeres, qu'autres fortes
de Vaisseaux; il assiègea
cette Place en 1695. avec
une Armée de 90000 hom¬
mes; il échoua, faute d'a¬
voir des Ingenieurs assez
habiles pour la conduite
de ce Siege.
Il l'attaqua la Campa¬
gne suivante, avec des
Troupes plus nombreuses,
& une Flote beaucoup
mieux équipée, qu'il com¬
mandoit lui-meme. Les
Turcs ayant tente deux
fois, de secourir la Place,
Historique.
21
avec leur Flote, il les
défit dans les deux ren¬
contres, & les obligea de
repasser la Barre; les As¬
fiégez ſe voyant preſſez
de tous côtez par la bra¬
voure extraordinaire du
Czar; & sans espérance
de recevoir le secours qu'¬
ils avoient attendu de leur
Flote, furent obligez de
se rendre. Ce succes fai¬
sant connoître au Czar,
quel avantage on pouvoit
retirer d'une Armée Na¬
vale, il déclara aux Sei¬
gneurs de sa Cour, qu'il
etoit resolu, d'en entre¬
tenir une de ce côté - la,
Relation
afin de se conserver cette
importante Place, & être
en etat de pénétrer jusques
dans la Mer Noire, & d'y
aller attaquer les Turcs;
il donna en même- tems
ordre de faire venir des
Ouvriers de Hollande, d'I¬
talie & de Venise, pour
construire des. Vaisseaux
& des Galères. Il prit en¬
fin toutes les mesures ne¬
cessaires, pour avoir, en
trois ans de tems, qua¬
rante Vaisseaux de Guer¬
re, dix Galiotes à Bom¬
bes, vingt grandes Galé¬
res & Galéasses, & trente
demi-Galères ou autres
Historique. 23
Bâtimens de cette espéce;
les Monasteres, tous les
Grands Seigneurs qui a¬
voient des biens considé¬
rables, & un grand nom¬
bre d'Esclaves, furet taxés
à faire batir à leurs frais,
chacun, un Vaisseau de
Guerre, auquel il leur e¬
toit permis de donner leur
nom; les Villes, les Mar¬
chands, les Gentils-Hom¬
mes de tous les Etats de S.
M. Cz. furent pareillement
obligez, a proportion de
leurs biens, de se soûmet¬
tre à cette nouvelle Impo¬
sition. Dans ce même tems
ce Prince déclara a son
24 Relation
Conseil, que pendant
qu'on travailleroit à la
construction de ces Vais¬
seaux, son intention étoit
d'aller voyager dans les
Pays Etrangers ; & d'être
accompagne de plusieurs
jeunes Seigneurs & Gen¬
tils-Hommes, dans le des¬
sein qu'ils se dispersassent
par toute l'Europe, afin
qu'ils apprissent, tout ce
en quoi les autres Nations
excelloient. Les Boyars, &
sur tout les Prêtres, se fon¬
dans sur plusieurs passa¬
ges de l'Ecriture, qui dé¬
fendent aux Enfans d'I¬
rael, d'avoir aucune com¬
munication
Historique. 25
munication avec les Na¬
tions voisines, afin qu'ils
ne participassent point à
leur Idolâtrie, se mirent
à murmurer de toutes ces
Innovations. Les Mécon¬
tens & ceux du Parti dis¬
gracié, qui étoient tou¬
jours dans les interests de
la Princesse Sophie qui
étoit renfermée étroite¬
ment, formerent de nou¬
veau, le dessein de mettre
le feu a quelques maisons
voisines du Palais du Czar,
dans la vuë de l'assassiner,
lorsque, suivant la Coû¬
tume, il donneroit ses or¬
dres pour l'éteindre. Aprés
16 Relarion
quoi ils devoient massa¬
crer tous les nouveaux Fa¬
voris de ce Prince, & tous
les Etrangers qu'il avoit
attiré auprés de lui ; tirer
ensuite la Princesse Sophie
de prison, lui mettre la
Couronne sur la tête, &
rappeller à la Cour le Prin¬
ce Galliskin : Mais ce
Complot fut découvert, la
veille de l'execution, qui
étoit fixée au deux Février
1697. par deux Capitaines
des Strelitzes, qui étoient
entrez dans la Conspira¬
tion. Le Czar qui étoit
pour lors chez M. le Fort
ſon Favori, dans le tems
17
Historique.
que ces deux Officiers
vinrent se jetter a ses
pieds, pour lui demander
pardon, sortit de table,
& sur le champ s'en alla
lui-même avec peu de
monde, ſe saisir des prin¬
cipaux Auteurs d'un si noir
attentat. Le 5. de Mars ils
furent executez dans la
grande Place, devant le
Palais Royal. Le Czar ſe
voyant heureusement de
livré de cette première
Conspiration, se prépara
tout de bon pour le voya
ge qu'il avoit premédité
de taire; il prit la réſolu¬ 1697
tion de voyager incognito,
Cij
1697.
28
Rélation
pour éviter touteCérémo¬
nie, & pouvoir faire ses
observations plus libre¬
ment.
Après avoir tout reglé
dans ses Etats, il partit
au mois de May 1657. ac¬
compagné de M. le Fort
qui fut fait alors Lieute¬
nant General de ses Ar¬
mées, & Amiral de sa Flo¬
te, du Prince Menxicoff &
du Comte Gollavin, qu'il
nemma ses Ambassadeurs
Extraordinaires en Hol¬
lande & en Angleterre: il
avoit auſsi à ſa ſuite plu¬
sieurs jeunes Gentils-hom¬
mes & Favoris de moindre
Historique. 29
consideration. La premie¬
re Ville remarquable où il
aborda, fut Riga, Place
fortifiée tres- reguliere¬
ment & a la moderne,
appartenant alors aux Sué¬
dois; les Officiers qui y
commandoient ayant re¬
fuſe de lui laisser voir les
Fortifications, sous pré¬
texte de ne sçavoir pas qui
il étoit, ni d'ou il venoit;
ce procedé lui parut si pi¬
quant que ce futlà une des
raiſons alleguées dans le
Manifeste qu'il publia,
lorsqu'à son retour, il de¬
lara la Guerre aux Sue¬
dois.
Ci
30 Relation
La ſeconde Place im¬
portante, où le Czar
s'arrêta, fut Coningsberg
dans les Etats du Roy de
Prusse; il y resta quelque
tems. Dans toutes les Vil¬
les Maritimes de son pas¬
sage, on lui fit des pré¬
sens considerables, mais
toujours, sous le nom de
ses Ambassadeurs. Son
inclination n'étoit point
d'aller dans les Cours,
pour en observer la poli¬
tesse & la magnificence. Il
n'avoit point de plus gran
de satisfaction, que lors¬
qu'il pouvoit s'entretenir
avec des Ouvriers qui ex¬
Historique. 31
celloient dans les Arts,
dont on n'avoit point de
connoissance dans son
Pais; en voyageant, il étoit
quelquefois vêtu, com¬
me les Moscovites de sa
Suite, quelquefois comme
les Peuples, parmi les¬
quels il se trouvoit: mais
le plus souvent, lorsqu'il
venoit dans quelque Port
de Mer, il s'habilloit en
Matelot Hollandois, afin
de pouvoir plus commo¬
dément visiter les Vais¬
seaux & être moins con¬
nu ; il ne demeura pas
long-tems dans les Ports
de la Mer Balrique, & ne
32 Relation
sejourna que peude jours à
Hambourg, pour se rendre
plus promptement a Ams¬
terdam. Le Czar, dont la
passion dominante étoit
d'apprendre l'Art de bâtir
des Vaisseaux, le plus par¬
faitement qu'il lui seroit
possible, ne voulut point
prendre le Logement
qu'on lui avoit destine;
il préfera une petite Mai¬
son près de l'eau.
Il demeura quelques
mois dans ce Quartier-la,
avec deux ou trois de ses
Favoris, pour voir plus à
son aiſe la maniere de cons¬
truire les Vaisseaux: il)
Historique.
93
travailloit meme une par¬
tie du jour avec la grande
Hache du Charpentier,
parmi les Ouvriers; &
pour mieux se déguiser
il étoit habillé, comme
eux: d'autresfois il s'a¬
muſoit à voguer & à ra¬
mer.
La proportion & la
beauté des Vaisseaux An¬
glois, lui ayant plû d'a¬
vantage, après avoir de¬
meure quelque tems a la
Haye, où ſes Ambassa¬
deurs firent leur Entrée
Publique, il y ût une en¬
trevue particuliere avec
le Roy Guillaume; de-là,
Relatiom
34
il passa en Angleterre, &
quelques jours après son
arrivee a Londres, il alla
loger dans la Maison de
M. Evelin, fort agréable
ment ſituée; il y avoit
une Porte de derriere,
par où l'on pouvoit en¬
trer dans le Chantier du
Roy, qui lui facilitoit
le moyen de s'entre¬
tenir avec les Ouvriers
Anglois, qui lui faisoient
voir leurs plans & les pro¬
portions qu'il falloit obser¬
ver dans les Vaisseaux, ce
qui le satisfit extréme¬
ment; comme il s'est de¬
puis, fort perfectionné
Historique.
35
dans cet Art, on lui a sou¬
vent oui dire, que s'il n'é¬
toit pas venu en Angleter¬
re, il n'y auroit éte toute
sa vie, qu'un Apprentif.
Il resolut pour lors de
n'avoir dans son Pais que
des Vaisseaux bâtis à l'An¬
gloise; il confera avec
plusieurs Anglois, par ra¬
port à la Flote qu'il avoit
dessein de mettre sur pied,
& celui qu'il consulta le
plus sur ce sujet, fut le
fils du Chevalier Antoine
Dean homme d'esprit.
Le Czar vit avec beau¬
coup de plaisir l'Arcenal
dans la Tour de Londres,
Relation
36
& la maniere dont s'y fa¬
brique la monnoye. On lui
fit voir les Chambres As¬
semblées du Parlement;
on le mena à la Comedie,
où il parut s'ennuyer (les
plaisirs n'étant pas son ob¬
jet.) Pour satisfaire ſa cu¬
riosité principale, le Roy
ordonna à l'Amiral Mit¬
chel, de l'accompagner à
Ports-Mouth, de mettre
en Mer la Flotte qui étoit
à Spithead, & de lui don¬
ner le Spectacle d'un
Combat Naval.
Pen dant lestrois mois
de séjour qu'il fit en An¬
gleterre, il n'y eût point
de
Historique.
37
de Mécanique, depuis
l'Horloger, juſqu'àl'Ar
tisan qui fait des Cer¬
cuëils, ausquels il ne fit at¬
tention. s'habillant, com¬
me nous l'avons dit ail¬
leurs, tantot d'une manié
re, tantot de l'autre. Le
Roy Guillaume lui per¬
mit de prendre à son ser¬
vice, ceux de ses Sujets
qui pourroient lui être u¬
tiles, il choisit des Ma¬
thématiciens, des Archi¬
tectes de Vaisseaux, di¬
vers Officiers & Bombar¬
diers qui s'embarquerent
pour Archangel, sur le
Ror al Transport, qui étoit
1698.
Relation-
38
un Yacht bati en Frégate,
dont le Roy lui fit présent
à son départ.
Ce Monarque s'étant
rendu à la Cour de Vien¬
ne, où il fut très-bien re¬
çû de l'Empereur; il ap¬
prit qu'il s'étoit formé une
Conspiration, dans la¬
quelle etoient entrez plu¬
sieurs des Principaux du
Clergé & de la Noblesse;
ils ſe proposoient de mas¬
sacrer les Etrangers, de
déclarer le Trône vacant
par l'absence du Czar, &
de mettre en sa place sa
Soeur qui étoit toûjours
dans un Cloître. Il ne per
Historique. 32
dit point de tems, pour
ſe rendre a Moſcou. Sa
venuë causa une joye ex¬
traordinaire parmi tous
tes fidéles Sujets. Le me¬
me jour qu'il y arriva, il
fit donner une recompen¬
se aux Soldats, qui, sous
la conduite du Général
Gordon Ecossois, avoient
défait les Rébelles pen¬
dant son absence.
Ces derniers, au nom¬
bre de plus de 2000, fu¬
rent executez a la fin de
l'Hyver, devant le Cou¬
vent où étoit la Princesse
Sophie. Deux des Princi¬
pales Dames qui avoient
Dij
10 Relation
eû le plus de part à cette
Conjuration, furent en¬
terrées vives: On ne fit pas
plus de grace à divers
Seigneurs qui y avoient
trempe.
Par ce châtiment exem¬
plaire, le Czar trouva plus
de facilité à travailler aux
Réformations qu'il avoit
resolu de faire dans ses
vastes Etats; il mit son
Armée fur un nouveau
pied, établit une nouvel¬
le discipline, fit habiller
ses Troupes d'unè manie¬
re uniforme, se fit. donner
un état de tous les Nobles
qui avoient des biens con¬
Historique, 41
siderables; il en obligea
une partie à servir en qua¬
lite de Volontaires, aux
autres, il donna divers
Emplois, ou ſur la Flote,
ou dans les Troupes qui
étoient en Garnison dans
les Places Frontieres; afin
que s'ils ne faisoient pas
de bien, ils fussent du
moins hors d'état de faire
du mal.
Ayant ainsi redressé
toutes choſes à Moſcou,
il en partit pour Veronecz
ou Veronixe sur le Don,
afin d'y voir les Vaisseaux
& les Galéres que les Hol¬
landois y avoient bâties en
Diij
A2 Relation.
son absence, & pour fai¬
re travailler en diligence
à la Flote qu'il vouloit
envoyer sur la Mer Noi¬
re. Il congédia tous les
Hollandois, ne voulant
plus avoir à l'avenir, que
des Vaisseaux de constru¬
ction Angloise. Il en fit
même commencer un de
50 pièces de Canons, dont
il avoit fait le dessein, &
qui devoit être fabriqué
de telle maniere, qu'il se¬
roit toujours clos, quand
même on auroit abbatu la
Quille.
Après avoir reglé tout
ce qui regardoit sa Flote,
Historique.
4
comme il avoit fait aupa¬
ravant, à l'égard de son
Armée, il retourna à Mos¬
cou. Des qu'il y fut arri¬
vé, il augmenta le nom¬
bre des Seigneurs de son
Conseil, & s'appliqua d'a¬
bord aux affaires du Gou¬
vernement, tant dans l'E¬
glise, que dans l'Etat. Il
réprima toutes les malver
sations & abus qui se com¬
mettoient dans les Provin¬
ces de son Empire, dont
les Gouverneurs, qui e¬
toient des premieres Fa¬
milles de Moscovie, ve¬
xoient & tirannisoient les
Peuples.
A 4 Relation
LeCzar persuadé qu'on ne
lui rendoit point un fidéle
compte de ſes Revenus,
& qu'on opprimoit ses Su¬
jets par une Cottisation
inégale, établit un Bu¬
reau General, où l'on re¬
cevroit tous les droits du
Royaume. Ce Bureau a¬
voit été formé fur la
Chambre des Comptes
de Hollande. Il étoit com¬
pose d'un certain nombre
de personnes d'une probi¬
té reconnue, qu'on choi¬
sit parmi les Mar¬
chands, & qui eurent le
titre de Bourgue-Mestres
Comme S. M. vouloit
Historique.
45
augmenter ses Revenus
& soulager en meme tems
ceux de ses Sujets, qui
pouvoient contribuer à
faire fleurir le Negoce
dans ses Etats, il donna
ordre à la Precause ou Bu¬
reau, de mettre des Im¬
posts ſur tous les Cou¬
vents de son Empire. De
plus il ordonna qu'à l'a¬
venir, il n'y auroit que
des Personnes au-dessus de
5o ans, qui pussent estre
admises dans les Monas¬
teres, ayant remarque
qu'il s'y renfermoit un
nombre considerable de
jeunes gens, qui deve
46 Relation
noient inutils par eux¬
memes, & se mettoient
hors d'état de fournir à la
République, des Sujets
dont il avoit besoin pour
ſes Armées.
Les Moscovites avoient
porté jusqu'à lors de lon¬
gues barbes : celle de la
levre d'en haut étoit d'u¬
ne telle longueur, qu'ils
ne pouvoient boire, sans
la tremper dans leur bois¬
son. Le Czar, pour réfor¬
mer cette vieille coûtume
imposa à l'exception des
Pretres & des Paysans u¬
ne taxe de 100 Rubles par
an, fur tous ceux qui
Historique.
4)
voudroient conserver cet
ornement; & d'un Copech
sur ceux du Commun. Il
établit pour cet effet, un
Commis aux Portes de
toutes les Villes, afin de
recevoir ce droit. Cette
Ordonnance fut regardée
comme une forte de pe
ché, & comme une cho¬
se qui tendoit à abolir leur
Religion. Il falloit assu¬
rément l'autorité absoluë
du Czar, pour les guérir
de cette superstition: La
crainte qu'ils avoient de
ſe la voir arrachée sà quoi
le Czar ſe divertissoit sou¬
vent les obligea enfin à
48 Rélation
souffrir, qu'on la leur cou¬
pât. Les femmes qui trou¬
verent leurs Maris & leurs
Galans plus à leur gre,
s'accommoderent mieux
de cette nouvelle mo
de.
A l'égard des Vêtemens
des Moscovites, l'habit
qu'ils portoient ordinai¬
rement, étoit une longue
Robe qui leur descendoit
jusqu'aux Talons, & qui
étoit plissée sur les han¬
ches, comme une Jupe.
CePrince, pour abolir cet
te maniere empesée de
s'habiller, enjoignit, sou
peine d'encourir sa dis¬
Bace,
Historique.
40
grace, à tous ſes Boyars
de ſe vêtir à la manière
Françoise ou Angloise, &
de faire garnir leurs ha¬
bits de galons d'or ou d'argent,
chacun suivant ses
moyens. Il ordonna en¬
suite qu'on mit a toutes
les Portes de la Ville de
Moſcou, un modele d'ha¬
bit, & fit publier que
toutes personnes, à la re¬
servedes Paysans, eussent à
s'y conformer, & que
tous ceux qui contrevien¬
droient à ses ordres, se¬
roient obligez de se met¬
tre à genoux aux Portes de
la Ville, & de souffrir
E
Relation
qu'on leur coupat tout ce
qui toucheroit a terre.
Comme cela ſe faisoit d'une
maniere enjouée, le Peu¬
ple commença a tourner
la chose en risée, & aban¬
donna bien-tôt la mode
des longues Robes.
Les Femmes, & parti¬
culierement les Dames de
la Cour, eurent ordre de
shabiller à l'Angloise, el¬
les obeirent d'autant plus
volontiers, qu'elles obte¬
noient par ce même or¬
dre, la liberté de ſe trou¬
ver en Compagnie avec
les Hommes, d'assister aux
Nôces & a toutes les Cé¬
Historique.
rémonies où elles étoient
invitées, comme il se pra¬
tique dans lesPays Etran¬
gers, ce qui ne leur étoit
pas permis auparavant. Il
ne ſe faiſoit aucunnes Fê
tes parmi les personnes de
quelque distinction, que
le Czar ne les honorat de
ſa présence.
Il y eût encore un autre
Reglement que les jeu¬
nes Personnes à marier,
approuverent fort. Aupa¬
ravant, il n'étoit pas per
mis à l'Epoux, de voir sa
Future, ni de lui parler
qu'une seule fois, la veil¬
le des Nôces. Le Czar
E ij
Relation
52
remarquant que cette fa¬
con d'unir de jeunes gens,
sans leur approbation re¬
ciproque, pourroit être
en partie la cause de la
désunion qu'il y avoit
dans les Mariages; il vou¬
lut qu'on ne mariât per¬
sonne sans le consente¬
ment commun des deux
Parties; & qu'il leur fût
pe mis de se visiter pour
le moins six semaines, a¬
vant le Sacrement.
Dans le tems que le
Cz. commençoit a refor¬
mer les abus qu'il avoit
remarquez dans son Pais,
il prolongea la Tréve a¬
Historiq ue.
53
vec la Porte, pour 25 ans.
Ce Monarque ne l'eût
pas plutôt fait proclamer
en 1700, qu'il declara la
Guerre aux Suédois, &
donna ſes ordres pour la
pousser avec toute la vi¬
gueur possible: Les com¬
mencemens n'en fu rent
pas heureux. Dès la pre¬
miere Campagne, il per¬
dit la moitié de ſon Ar¬
mée, & toute son Artil¬
lerie dans la fameuſe Ba¬
taille de Narva.
Pour réparer cette per¬
te, il s'appliqua principa¬
lement a faire de nouvel¬
les levées, à chorsir lui¬
E iij
1700.
54 Relation
même des Officiers à
discipliner ses Régimens,
à préparer toutes les cho¬
ses necessaires dont son Ar¬
mée pouvoit avoir besoin,
& dont il ne voulut con¬
fier le soin à aucun de ses
Ministres; il faisoit tout
par lui-même, & entroit
juiques dans le moindre
détail.
Comme il manquo itde
matière pour faire des
Canons, il prit les Clo¬
ches de plusieures Eglises,
& en fit faire de la grosse
Artillerie : Enfin, son ap¬
plication fut si grande, &
ses mesures si justes, qu'il
Historique.
5
se vit bien-tôt en état de
faire tête à l'Ennemi, &
d'agir meme offensive
ment.
Pendant que le Roy
Auguste tournoit ses Ar¬
mes contre Riga, le Czar.
portoit les siennes en Li¬
vonie; mais la valeur de
Charles XII. Roy de
Suéde, fit échouer ces deux
entreprises.
Si, dans l'année 1701,
les Armes de Suéde fu¬
rent favorisées par des
avantages signalez il n'en
fut pas de même de la
suivante; les Moscovites
ayant joins les Suédois.
1701
1702.
1703
Relation
56
prés de Stagniiz en Livo¬
nie, sous le General Sli¬
penback, celui ci eût d'a¬
bord l'avantage, mais peu
aprés il fut obligé de ce¬
der; la Cavalerie Finlan¬
doise, alors Troupes de
Suéde , s'étant renversée
sur l'Infanterie Suédoise,
la mit dans un si grand
desordre, qu'il fut impos¬
ſible de la rallier.
Cette action facilita aux
Moscovites, la Conquête
des Villes de Vvolmar,
Mariembourg & Dorpt, S.
M. ayant elle-même paſſé
à Plesko, & de là en Li¬
vonie, s'empara encore
Historique.
57
au fort de l'Hyver, & a¬
prés quinze jours de Sié¬
ge, de Nottenbourg Place
considérable sur la Rivié¬
re de Neve. Par cette der¬
niere priſe, la Livonie fut
couvertede ses troupes qui
desolerent cette Province.
Narva investi depuis
long-tems, & quelques au¬
tres Places de Livonie,
tomberent aussi cette an¬
née, sous la domination de
ce Monarque. La ite fut
prise d'assaut; le Czar qui
y étoit en personne, y permit
le pillage, seulement
pour trois heures. Ainsi,
pendant que d'un côté
1704.
1705.
Relation
les Armes Suédoises pros¬
peroient en Pologne, les
Moscovites la vengeoient
de l'autre.
La Pologne toûjours ex¬
posée aux Divisions, par
le peu d'union de la No¬
bleſſe, devint la proye du
Czar & du Roy de Suéde
en même tems. Car, pen¬
dant que le Roy de Sué¬
de etablit Stanislas sur le
Trone de Pologne, les
Russes entrerent en Litua¬
nie, où ils firent éprouver
aux Peuples, toutes les
c alamitez de la Guer¬
re. Mais, comme le sort
des Armes est sujet à de
Historique.
5
continuelles vicissitudes
le Marechal de Czeremethoff,
qui commandoit
l'Armee des Russes, ayant
voulu s'approcher deVar¬
sovie, fut battu par le Com¬
te Levvenhaupt General
Suédois.
Un troiſiéme Parti, ſous
le nom d'Indifferens, qui
s'étoit déja forme en Po¬
logne, s'étant joint au Roi
de Suéde & au Roi Sta¬
nislas, mit enfin le Roy
Auguste dans la necessité
de faire un Traité avecS.
M. Cz. par lequel le Czar
s'engagea de rendre à la
Pologne, l'Ukraine, avec
1706.
1707
1708.
60 Relation
diverses Places, & d'assi¬
ſter cette Couronne, de
Troupes & d'argent.
Pendant que le Roi de
Suéde profite du bonheur
de ses Armes, qu'il entre
en Saxe, & y rétablit son
Armée ſur un bon pied;
S. M. Cz. par répresailles,
pénètre en Pologne & pous¬
ſe juſqu'à Varsovie, dans
le dessein d'y exercer de
fortes executions militai¬
res: mais, sur les remon¬
trances faites à S. M. Cz.
elle ordonna à ſes Gene¬
raux d'en uſer avec mo¬
deration.
Le Roi de Suéde, après
une
Historique. 61
une année de séjour en
Saxe, & après avoir oblige
le Roy Auguſte à faire la
Paix, aux conditions qu'il
voulut lui imposer, jus¬
ques à lui faire abdiquer
la Couronne de Pologne;
abandonna cet Electorat
dans le dessein de faire
une invasion en Mosco¬
vie: ayant passé en Silesie,
& fait respecter ses Ar¬
mes à l'Empire & aux au¬
tres Puissances: Redouté
de toute l'Europe, & en
etat de lui donner la Paix;
pouſſé par ſa noble ardeur
& par le conseil de ses
Ministres, prend le che¬
1709
62 Relation
min de Smolensko & de
Moscou, il franchit d'abord
tout ce qui put faire obs¬
tacle à son passage: mais
ayant par la suite trouvé
des difficult ez insurmonta¬
bles, & d'ailleurs S. M. Cz.
lui en ayant opposé, qu'il
n'avoit pas prevûes, elles
arrêterent ce jeune Heros.
Après plusieures actions
fort vives, qui ne décide¬
rent pourtant rien, vint
enfin la fameuse Jour¬
née de Pultavva. Comme
l'Armée de Suéde, dans
ſa marche, avoit été con¬
tinuellement harcelée par
celle des Moscovites, &
Historique. 63
affoiblie par diverses at¬
taques qu'elle avoit edes à
soutenir, elle ſe trouva
réduite à 20 ou 25 mille
hommes; il y eût le 27
Juin un engagement ge¬
neral entre les deux Ar¬
mées, après une attaque
& une résistance des plus
vigoureuses de part&
d'autre, S. M. Suédoise
eût le malheur de perdre
la Bataille, & d'être obli¬
gée de se retirer à Bender
avec 3 ou 400 hommes
seulement, le reste ayant
été tué ou pris.
Le Roi Auguste qui a¬
voit été forcé par le Roi,
F iij
64 Relation
de Suéde d'abandonner
la Pologne, ayant appris ſa
disgrace, rentra dans ce
Royaume, & le Roy Sta¬
nislas fut contraint de lui
ceder la Place; ces Prin¬
ces experimentans tour à
tour la bonne & la mau¬
vaise fortune.
S. M. Cz. n'ayant plus
à craindre pour ses Etats,
repassa en Pologne, pour
favoriser le rétablissement
du Roi Auguste, elle eût
aussi une entrevûë avec
le Roy de Prusse à Ma¬
rienvverder, où elle reçût
un Exprés du General
Goltz, avec avis qu'il a¬
Historique. 65
voit défait pres de Kalisch,
le Palatin de Kiovie qui
vouloit faire une invasion
en Saxe, avec 6000 hom¬
mes du Parti du Roy Sta¬
nislas, & qu'il avoit fait
2000 prisonniers dans
cette Action.
De Mittau Capitale de
Curlande, où passa S. M.
Cz. après la Conférence
dont nous venons de par¬
ler. Elle prit le chemin
de Moscou, ou on avoit
tout préparé pour lui fai¬
re une Entrée digne des
premiers Césars. En voici
une Rélation abregée.
Fiij
1710
66 Relarion
ENTREE DU CZAR
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cetre En¬
trée triomphante, la solenni¬
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem¬
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim¬
baliers à cheval, tous riche¬
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi¬
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co¬
Historique. 67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar¬
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar¬
me avec la derniere magni¬
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou¬
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven¬
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten¬
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi¬
68 Relation
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che¬
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se¬
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar¬
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca¬
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar¬
tillerie Ennemie, & ceux
Historique. 64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra¬
peaux, Timballes, & au¬
tres Trophées pris dans la mê¬
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans¬
Colonels & Adjudans Ge¬
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se servoit
pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge¬
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
20 Relation
Kreurz, Stipenbach; le Comte
de Leuvvenhaupt, Gene¬
ral de l'Infanterie & Gou¬
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri¬
vé du Roy de Suéde: le Com¬
te de Piper, premier Mini¬
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge¬
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar¬
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu¬
nitions appartenans à l'Ar¬
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom¬
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil¬
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de¬
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi¬
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con¬
12 Relation
certs de Voix & d'Instru¬
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue¬
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar¬
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re¬
cira des Panegeriques à l'hon¬
neur de S. M. Cz. il est im¬
possible d'exprimer les accla¬
mations du Peuple, qui bor¬
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a¬
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Février,
aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei¬
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul¬
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel¬
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot¬
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro¬
cher ses Troupes des fron¬
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale¬
rie Turque l'ayant enco¬
G ij
171I.
76 Relation
re attaquée dans sa Mar¬
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli¬
gee de remettre ses che¬
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil¬
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a¬
lors les deux Armées fu¬
rent engagées avec beau¬
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi¬
nuée de 1o a 12 mille hom¬
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman¬
Historique.
77
der au General Czreme¬
thof, s'il avoit plein pou¬
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'eviron
un demi-jour, el¬
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom¬
ma de Falczin, le Czar ren¬
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi¬
cations, & celles de Tagan¬
robe, Forteresse conside¬
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga¬
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa¬
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga¬
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen¬
dant dans toutes les diffe¬
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri¬
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun¬
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli¬
na, & y réduisit en cen¬
dres plus de 2000 mai¬
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel¬
1712.
80 Relation
ques jours aprés pour s'a¬
boucher avec le Roy Au¬
guste, & convenir ensem¬
ble de soûmettre la Pome¬
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for¬
merent le Siège de Stral¬
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Poméranie,
pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû¬
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l’aug
Historique. 81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Dannemarch,
& brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri¬
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi¬
lité des Empires du Mon¬
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai¬
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui¬
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
82 Relation
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne¬
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou¬
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren¬
velt s'étant posté & retran¬
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan¬
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique. 83
chemin à S. M. Cz. de soû¬
mettre cette riche Provin¬
ce.
Le Cz. mettant à pro¬
fit les. découvertes avan¬
tageuses qu'il avoit fai¬
tes dans les Etats des Prin¬
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re¬
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi¬
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré¬
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol¬
1174.
1714
84 Relation
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti¬
née contre la Suéde, com¬
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos¬
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué¬
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su¬
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu¬
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe¬
dition, on fit à Peters¬
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique. 8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos¬
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em¬
ploy de la Marine Mos¬
covite, qui est celle d'A¬
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al¬
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien¬
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met¬
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con¬
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou¬
pes Saxones de la Polo¬
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge¬
neral Szeremetosaccuſe in¬
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con¬
damné aux Galères per¬
petuelles.
Le Czar établit cette an¬
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien¬
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan¬
Historique. 87
ces de l'Europe, & d'artirer
dans ses Etats la plus
grande partie du com¬
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou¬
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & soeur
de l'Impératrice Regnan¬
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe¬
tersbourg, mourut le pre¬
mier Novembre. Le nou¬
veau né fut nommé Pier¬
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E¬
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88 Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem¬
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No¬
ces, au feu Duc de Cour¬
lande Frederick Guillau¬
me, qui mourut le 31 Jan¬
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte¬
nant aux Suédois, fut o¬
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, aprés
une année de Blocus,
Historique. 8o
& Cujambourg, la seule pla¬
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi¬
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo¬
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve¬
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava¬
lerie & plusieurs Regi¬
ments qui passerent en re¬
Hiij
90 Relation
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor¬
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man¬
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos¬
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya¬
ges; il deffendit qu¬
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique. 91
& Gouverneur de son E¬
glise. Les Moscovites pré¬
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa¬
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré¬
sidoit autrefois a Constan¬
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro¬
fonde veneration, & par¬
ticipoit en quesque ma¬
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman¬
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis¬
ter a une procession so¬
lennelle, & de tenir, pen¬
dant la marche, la bride
92 Relation
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser¬
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou¬
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen¬
doit jusqu'a terre; on al¬
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é¬
toit assis de côté, com¬
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac¬
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom¬
mes marchoient imme¬
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul¬
titude innombrable de Peu¬
ples. La Procession avan¬
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus¬
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le¬
Czar accompagne des
Boyars, des Métropoli¬
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di¬
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at¬
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me¬
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E¬
veque qui se déclara hau¬
tement contre cettè inno¬
vation; sur quoi S. M. or¬
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au¬
cun Prelat qui voulut exe¬
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique. 95
Evêque, qu'il établit Mé¬
tropolitain ou Archevê¬
que de Razan, & qui, sui¬
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou¬
veau Métropolitain, com¬
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af¬
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre¬
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
56 Relation
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno¬
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu¬
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour¬
roient avoir des suites dan¬
gereuses, tant pour l'E¬
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi¬
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per¬
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis¬
sion, le Temple etoit en¬
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti¬
tion étoit si ridicule, qu'¬
un jour le Singe d'un Am¬
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai¬
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a¬
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè¬
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin¬
9 Relation
ge, il fut par un ordre par¬
ticulier du Patriarche, tras¬
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi¬
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi¬
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené¬
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive¬
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû¬
Historique. 99
rent que le Squelette se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute¬
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au¬
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com¬
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100 Relation
comme le Suiße, & brû¬
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa¬
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco¬
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u¬
ne manière tout-a-fait en¬
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen¬
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco¬
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé¬
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo¬
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi¬
naire. Le Czar étoit par¬
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de¬
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
Historique. 103
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi¬
rent en marche vers
la maison du défunt Ge¬
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver¬
ses Tables pour les Con¬
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô¬
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104 Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é¬
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais¬
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me¬
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar¬
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di¬
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian¬
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
Historique. 105
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel¬
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte¬
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan¬
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au coeur de l'hy¬
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106 Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super¬
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les moeurs
de ses Sujets.
On va juger presente¬
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No¬
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com¬
bien les moeurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua¬
tre Grands & quatre Sous¬
Marêchaux de la Cour, a¬
vec 12 Capitaines des Gar¬
Historique. 107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren¬
dirent à 10 heures du ma¬
tin, au logement du Se¬
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian¬
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon¬
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera¬
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom¬
108 Relation
bre de plus dezoo, magni¬
fiquement ornées. Les Ra¬
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra¬
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa¬
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin¬
ce & par le Comte Golof¬
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra¬
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé¬
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique. 109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque¬
ment les bagues; la Prin¬
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia¬
mans, & pendant la céré¬
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du¬
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma¬
rine étoient rangez de¬
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
1I0 Relation
les Trompettes & Tim¬
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca¬
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi¬
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu¬
sieurs jours, & le 25 No¬
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men¬
zikof.
Historique. 1II
Le même jour, on a¬
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a¬
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma¬
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E¬
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi¬
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
112. Relation
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli¬
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re¬
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa¬
ge. Pour cet effet, il a é¬
rigé à Moscou des Impri¬
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en¬
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi¬
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
Historique. 113
ni à écrire ; ce fils n'heri¬
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé¬
volu au plus proche heri¬
tier de la famille. Al'é¬
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a¬
venir tous ceux qui
se destineroient a cet
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc¬
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja¬
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A¬
ritmetique & autres Scien¬
ces semblables, il en fon¬
14 Relation
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a¬
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve¬
noient s'instruire. D'habi¬
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na¬
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as¬
sez formez, on les en¬
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique. 115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su¬
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li¬
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer¬
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren¬
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'¬
116 Relation
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren¬
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece¬
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu¬
blics & autres Cérémo¬
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'¬
autant qu'il lui en seroit
Historique. 117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par¬
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite¬
cte de Vaisseau par ce pré¬
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou¬
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa¬
118 Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a¬
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc¬
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom¬
phe dans Moscou, apres
Historique. 119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla¬
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con¬
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou¬
tes les Cérémonies ordi¬
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don¬
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais¬
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
120 Relation
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai¬
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen¬
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique. 121
reprochoit qu'on le favo¬
risoit trop, qu'on l'avan¬
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja¬
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau¬
vaise discipline qui re¬
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo¬
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es¬
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin¬
122 Relation
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em¬
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi¬
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom¬
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua¬
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar¬
Historique. 123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im¬
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
124 Relation
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al¬
ler ſe plonger dans la Ri¬
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors¬
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu¬
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au¬
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille¬
Historique.
125
ment, sans être jamais su¬
jets à aucune des incom¬
moditez que le froid cau¬
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas¬
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
126 Relation
ne paroissent point appre¬
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi¬
gner la moindre altera¬
tion. En effet, on a recon¬
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com¬
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
Historique. 127
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar¬
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re¬
giment particulier, desti¬
né uniquement pour
cet Emploi & compo¬
se d'Officiers, Cano¬
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema¬
128 Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro¬
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter¬
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em¬
ploi de Tambour, jus¬
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé¬
Historique. 129
nieur, Canonier, Artifi¬
cier, Architecte de Vais¬
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail¬
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran¬
de quantité de poudre,
non-seulement pour four¬
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130 Relation
quelques Mines de Cui¬
vre, & en plusieurs au¬
tres endroits, de mi¬
nes de Fer, particulie¬
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ¬
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique. 131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen¬
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan¬
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al¬
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au¬
jourd'hui, proviennent du
2 Relation
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo¬
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en¬
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve¬
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique. 133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan¬
Mer Baltique. de.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco¬
vites qui sont venus s'y é¬
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien¬
nent tous les jours ſes Su¬
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca¬
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri¬
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa¬
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen¬
duë par une Citadelle fon¬
dée en pleine Mer, la fe¬
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer¬
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me¬
me que pour le faciliter
Hist orique. 135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar¬
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou¬
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi¬
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce¬
lui du Volga, de le tra¬
verser pour gagner ce
dernier grand Fleuve qui
Mij
136 Relation
se jette dans la Mer Cas¬
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le¬
vant. La jonction du Ta¬
nais au Volga sert pareil¬
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique. 137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en¬
fuite porté ſes vuesdu
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re¬
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti¬
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou¬
velle Ville de Peters¬
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce¬
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
138 Relation
Blanche: Il a donc fait tra¬
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi¬
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O¬
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O¬
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan¬
che; lesquels se débou¬
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou¬
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la Ville favorite du
Czar il en a rendu
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
140 Relation
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com¬
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri¬
Historique. 141
vieres, depuis Moscou jus¬
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie¬
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini¬
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu¬
il regne, la matière est aſ¬
furément des plus abon¬
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi¬
nirai cet Abrege par quel¬
ques remarques sur la
Moscovie, que j'ai crû
142 Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Del'Origine de la Moscovie.
La Moscovie est une
partie de l'ancienne Sar¬
marie: Il paroist que cet
Etat étoit divisé en plu¬
sieures Seigneuries, qui
ont depuis formé ce grand
Empire, tel que nous le
voyons aujourd'hui.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Sep¬
tentrion jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tartarie,
ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A¬
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe¬
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
144 Relation
comprendre environ 50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Qualitez du Pays.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, prin¬
cipalement vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e¬
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me¬
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com¬
me un gros concombre
velu, & qui semble ron¬
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a¬
vidité, parce qu'elle res¬
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti¬
te prodigieuse que les Peu¬
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti¬
gres, de Renards, de Mar¬
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu¬
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
Remarques sur quelques Points
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu¬
il n'y a qu'eux de verita¬
bles Chrêtiens, puisqu'ils
Historique. 147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en¬
fant nud dans l'eau, pro¬
nonçant les Paroles ordi¬
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
1 Relarion
cette Cérémonie. Les Pro¬
totopes ou ſimples Prè¬
tres sont obligez de ſe ma¬
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No¬
ces, sans renoncer à laPre¬
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes¬
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire¬
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a¬
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu¬
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu¬
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
150 Relation
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or¬
dinaire, c'est de la remer¬
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re¬
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
Des Enterremens.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique. 151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai¬
res n'étoient pas en bon é¬
tat, s'il manquoit de man¬
ger & de boire, si sa fem¬
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro¬
152 Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois¬
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie¬
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel¬
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre¬
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu¬
Historique. 153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin¬
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per¬
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au¬
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
154 Relation
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou¬
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos¬
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain de
Casan & Svviat.
Historique. 155
Le Métropolitain de
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran¬
ce. Aprés les Primars, sui¬
vent les Archevêques, ensui¬
te les Eveques & les Archi¬
mandrites.
L'Archevêque, de Wo¬
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Sufdal
& Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe¬
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af¬
156 Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar¬
changel.
L’Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo¬
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche¬
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel¬
le Proto-Papas, & un trés¬
grand
Historique. 157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos¬
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai¬
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli¬
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158 Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier¬
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novembre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
Historique. 159
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A¬
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
L'Ordre de la Noblesse des
Officiers pour l'Etat.
Le Czar, qui est le Sou¬
Oij
160 Relation
verain de tous les Etats, &
qui dispose de tout à sa vo¬
lonté, est un Prince absolu
& Despotique; il est le Mai¬
tre de la vie & de tout le
bien de ses Sujers.
Les Premiers en dignité, a¬
prés le Czar, sont les Prin¬
ces; des Sujets de ceux-ci
sont leurs Esclaves, mais ils
ne les peuvent condamner à
mort; a moins que le Cxar
ny consenre : Les autres sont
Seigneurs & Gentils-Hom¬
mes; il ya ensuire les Sin¬
bojares, ou les fils de Bojares,
& les Marchands qui com¬
posent un Etat du Royaume.
On a beaucoup d'égard pour
Historique. 161
eux, mais il ne leur est pas
permis de negocier hors du
Royaume, sans la permission
du Czar.
Les Bojares sont, comme
les Conseillers du Royau¬
me & de l'Etat; ils sont
ordinairement au nombre
de 30.
Les Okonits suivent ceux¬
ci; ils ne possedent point
de titre d'honneur; mais
ils sont élus d'entre les
Bojares, & Envoyez dans
les Palatinats ou Gouver¬
nemens pour commander.
Les Dumnyi Dubranie, ou
les Chambellans, suivent
ceux-cy.
Oiij
162 Relation
Les Dumnyi Diceki ou trois
Chanceliers, dont l'un
est le Grand, & les deux
autres, Vice-Chanceliers,
sont les troisièmes en or¬
dre.
Ce sont la les trois Ordres
du Rang des principaux Sei¬
gneurs de la Cour de S. M.
Cx.
Les Principaux Officiers de
sa Cour, sont
Le Grand Ecuyer, qui
a la même authorite que
le Connêtable en France;
mais cette Charge est su¬
primée depuis peu.
Le Grand Maistre d'Hô¬
tel qui gouverne la Cour.
Historique. 163
Le Maître d'Artillerie
qui a soin des Armes &
des Chevaux du Czar.
Les Bojeares.
Les Okolnitzen.
Les Chambellans.
Les 3 Chanceliers.
Celui qui fait le lit.
Le Valet de Chambre.
L'Ecuyer Tranchant.
L'Echanson.
Le Porte-Viand sur Ta¬
ble.
Les Gentils-Hommes qui
suivent la Cour en voia¬
ge.
Les Pages.
L'Ecrivain ou Poicassen,
ou Chancelier & divers
162 Relation
autres.
Les Gentils-Hommes de
Cour.
Les Charges cy-dessus &
quantité d'autres, commen¬
cent peu à peu a être abolies,
le Czar en créant d'autres,
à l'imitarion des principales
Cours de l'Europe, ainsi qu'il
vient d'ériger une Cour
qu'on appelle le Senat de
l'Empire, qui juge toutes les
affaires d'Etat en dernier
ressort, pendant son absence.
Il en fait de même a l'égard
des Charges Militaires &
d'Etat: Pour la Iustice, autre¬
fois ils ecrivoient leurs pro¬
ces sur des longs rouleaux de
Historique. 165
papier; presentement cetre
maniere est abolie, & on se
sert de papier timbre, ainsi
qu'on le pratique dans la
plupart des autres Cours de
l'Europe.
Du Revenu des Etats
& des Impositions
de S. M. Cz.
Il est assez difficile de donner
un etat fort juste des Re¬
venus de la Moscovie. Les
Etats du Czar etant d'u¬
ne trés-grande etendue, ses
Revenus se monrent a pro¬
portion.
L'Imposirion qui est sur
le Vin, la Bierre, l'Hidro¬
mel, & l'Eau-de-Vie, aussi
166 Relation
bien que les Droits d'Entrée,
sont d'un trés gros produit
pource Prince; la seule Ville
d'Archangel fournit plus de
600000 ecus. Le Commerce.
que le Czar fait faire par ses
factures, en divers Etats de
l'Europe, aussi-bien que le
profit qu'il fait sur les Mar¬
tres Zibelines, & les droits
qu'il tire sur les Heritages
& sur les Maisons de Mos¬
covie, vont a des sommes
immenses; de plus, la taxe du
dixième denier sur le bien de
tous ses Sujets en remps de
Guerre, monte trés-haut;
aussi, peut-il lever dans une
necessité, des Armees de deux
Historique. 167
ou trois cent mille hommes,
fournies de tout ce qui est ne¬
cessaire.
Remarque sur l'Etat
de la Noblesse de
Moscovie.
Quoique les Genealogies des
Anciennes & Illustres Mai¬
sons de Moscovie, ne soient
pas encore aussi bien connues
que celles des autres Nations
de l'Europes ce grand & va¬
ste Empire renferme une forte
grande quantité de Noblesse.
Le titre de Comte n'y est que
nouvellement introduit. I y
a en Moscovie trois sortes de
Nobleße. La premiere appar¬
tient aux Princes & aux
168 Relation
Gentils-Hommes. Les Prin¬
ces sont les plus riches Sei¬
gneurs du Pays, que le Czar
employe dans les plus hautes
Charges & aux premiers
Gouvernemens de cet Empi¬
re. Ils sont aussi ordinaire¬
ment Bojares ou Conseillers
d'Etat. Ils tiennent une gran¬
de Cour & demeurent la
plus grande partie de l'année,
dans leurs Palais qui sont
dans la Ville de Moscou; on
les appelle dans leurLangue
Knias. Le second degré de
Noblesse, est celui des Sei¬
gneurs. Le troisième, des
Gentils-Hommes qui posse¬
dent des Fiefs par la grace &
la
Historique, 169
la liberalire du Czar, pour
leur merite. Ces Terres tom¬
bent aussi avec le Titre sur
leurs fils. Pendant la paix, ils
demeurent sur leurs Terres.
Ils etoient obligez autrefois
d'envoyer a la Guerre un cer¬
tain nombre de Valets a che¬
vals mais à present, le Czar
ayant discipline ses Armees, à
la manière des Princes de
l'Europe, choisit seulement
des Officiers, & en fait d'au¬
tres de Cavalerie & de
Dragons qui sont a sa solde.
Le Czar honore encore cette
Noblesse de divers Emplois,
comme de Gouvernemens de
Provinces & Territoires. Il
170 Relation
les fait Chambellans, Gar¬
des du Corps. Outre ceux-cy,
il y a encore les Banquiers &
Marchands renommez, qui
tiennent aussi rang de No¬
bles. Ily en a toujours deux
ou trois dans le Conseil d'E¬
tat, on les appelle Gosten.
Avant que de donner le
détail de l'Entrée du Cz.
en France & de son ar¬
rivée à Paris, je crois que,
pour la ſatisfaction du Le¬
cteur, il ne ſera pas hors
de propos que je suive les
démarches de ce Prince
depuis l'expedition de
Scanie on S.honen.
Historique. 171
Le Czar étant parti de Copenhague
le 26 d'Octobre 1716 avec la Czarl¬
ne ſon Epouſe, arriva le 2 Novemb. à
Fredericstad, de là ce Prince s'érant
rendu à Havelberg le 23 du même
mois, où le Roy de Pruſse le joignit,
ils confererent ensemble le 24 &
le 25. Le 26. s'étant embarque sur
un Bâtiment à Voiles & à Rames
il aborda à Altena, le premier De¬
cembre; il y reçût les Complimens
des Deputez de Hambourg. Le 7.
s'étunt mis en chemin pour son
Voyage de Hollande, ce Monar¬
que arriva le 17 à Amsterdam, le
18. il fut complimenté par les Dé¬
putez des Etats Generaux, le Com¬
te d'Albermale portant la Parole.
Le 20. il alla voir la Maison de
Ville & dina chez le Prince Kura¬
kin son Ambassadeur en Hollande,
en Angleterre, & son Plenipoten¬
tiaire au Congrez de Brunsvick; le
ſoir, il eût le ſpectacle de la Come¬
die où il fut regalé de toute sorte
de rafraschissemens; les jours sui¬
vans, il s'occupa à voir ce qu'il y
PI)
172 Relation
a deplus remarquable, particuliere¬
ment ce qui concerne la Navi¬
gation; ce Prince y ayant reçu
la nouvelle que la Czarine étoit
accouchée le 13 d'un Prince, à Vve¬
fel, il pria les Etats d'en être Pa¬
rains, mais l'Enfant mourut le soir
même: Cette Princesse étant réta¬
blie de ses couches, arriva, le
13 de Février à Amsterdam; où el¬
le ſut ſaluée de tout le Canon de
la Ville & complimentée par les
Députés des Etats de Hollande. Le
19 de Mars, le Czar, aprés avoir ob¬
servé tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Amsterdam, en partit a¬
vec la Czarine pour la Haye, où il
prit son logement chez le Prince
Kurakin. Le 20. les Etats Generaux
nommerent des Deputés, au nom
des Provinces de Gueldres, de Hol¬
lande, de Zelande, dUtrecht, de
Frise, d'Overyssel & de Groningue,
pour aller complimenter leurs
Majestez. Le Baron de Vvelderen
Deputé de Gueldres, adreſſa la pa¬
role. S. M. Cz. aiant visité plu¬
Historique. 173
sieures maisons de Campagne & les
Principales Villes de ces Provinces,
où on lui fit tous les honneurs possi¬
bles, elle débarqua le 11 d'Avril à
Anvers dans un grand Yacht, ac¬
compagné de trois autres, qui s'ar¬
reterent devant le Chateau; ce
Prince ſe tranſpotta à l'Abbaye de
S. Michel, où son logemenr étoit
preparé, il fut complimenté par le
Duc de Holstein-Ploen, par le Prin¬
ce de la Tour Tavis, & le Prince
Esquilaché; ensuite par le Corps
de la Ville, dont il a visité les
principales Eglises, la Bourse, la
Chambre des Peintres & des Arts,
& la maison des Jesuites: Le 13 é¬
tant parti sur le soir, il arriva le
14. à Bruxelles, au bruit de trois de¬
charges du Canon, on le condui¬
sit au Palais de l'Empereur où il fut
complimenté par le Marquis de
Prié, & par les Principaux de la
Nobleſse, il coucha dans le beau
lit de l'Empereur Charles-Quint,
qu'on lui avoit dresse. Le 17. il fut
ttaſté à dinerpar le Duc de Hol¬
Piij
176 Relation
stein Ploen, il soupa ensuite chez
le Prince de la Tour, dont il admi¬
ri la belle maison & les curiositez
qui s'y trouvent; à son retour il fut
regalé au Parc, d'un trés-beau feu
d'artifice : En étant parti le 18. il
alla coucher à Gand ; le 19. il
s'embarqua sur un Yacht à la Por¬
te de Brages d'où il a continué ſa
route vers Ostende pour entrer en
Fance.
ENTREE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
E 20 d'Aviil un Officier du
Czar se rendit à Dankerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen¬
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou¬
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra¬
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava¬
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri¬
va à Dunkerque où il fut reçû, com¬
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou¬
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte¬
ment tous les anciens Quvrages dé¬
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u¬
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178 Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a¬
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac¬
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca¬
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se¬
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A¬
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés¬
Historique. 179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con¬
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at¬
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha¬
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or¬
dinaire, & M. de Cresmes Contrôleur
de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or¬
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac¬
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180 Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che¬
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon¬
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou¬
tes illuminées, avec un Peuple in¬
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou¬
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu¬
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse¬
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou¬
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor¬
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau¬
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met¬
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons¬
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per¬
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho¬
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per¬
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re¬
182 Relation
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve¬
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri¬
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde¬
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as¬
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
Historique. 183
4. & 5 hèures du matin, à son er¬
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com¬
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle¬
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis¬
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex¬
pliquer par M. le Marêchal de Tes¬
ſé les Emplois & les rangs de cha¬
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie¬
re à tous les Officiers de réputa¬
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex¬
ploits s'étend si loin par les servi¬
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184 Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran¬
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma¬
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui¬
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de¬
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex¬
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique. 185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau¬
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi¬
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca¬
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver¬
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu¬
ij
186 Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui¬
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor¬
temart comme Premier Gentilhom¬
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou¬
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar¬
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou¬
verneurs du Roy & les 4 Gentils¬
Hommes de la Manche. Un troisié¬
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique. 18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom¬
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au¬
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don¬
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro¬
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire. i)
188 Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen¬
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi¬
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei¬
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pénétrans:
Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex¬
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen¬
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou¬
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique. 189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten¬
tement extraordinaire qui parois¬
soit sur son visage, n'ayant d'atten¬
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre¬
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la contenance
de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au¬
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas¬
sant avec une politesse qui les ren¬
voya rous contens, & s'étant ra¬
proché de la portiere, il prit con¬
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor¬
ti à 5 heures du matin dans un ca¬
190 Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman¬
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou¬
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon¬
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif¬
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob¬
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip¬
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique. 191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu¬
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan¬
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge¬
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192 Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam¬
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or¬
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau¬
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen¬
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal¬
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo¬
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a¬
voit eû soin d'ôter la grande Ta¬
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au¬
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma¬
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a¬
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti¬
ter, mais S. M. le voulut voir
194 Relation
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go¬
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel¬
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa¬
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con¬
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa¬
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al¬
tesse
Historique. 19)
teſse Royale entourée des princi¬
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me¬
na S. M. Cz. par son petit Ap¬
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin¬
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont¬
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope¬
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance¬
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196 Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé¬
corations, & de la danse deMlle Pre¬
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe¬
rents qui méritent quelques obser¬
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga¬
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique. 197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon¬
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa¬
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In¬
stitution de cette Maison, qui il¬
luſtre ſi fort le Regne & la Mé¬
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu¬
res du soir.
198 Relation
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo¬
narque de toute la Russie. A l'é¬
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo¬
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi¬
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan¬
ces acquises dans cette Science:.
Historique. 199
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale¬
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar¬
des de cette Princesse, alla le pren¬
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar¬
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan¬
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza¬
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com¬
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra¬
Riij
200 Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi¬
net où l'on avoit préparé deux fau¬
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura¬
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con¬
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa¬
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad¬
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur¬
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein¬
Historique. 201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap¬
partemens, & s'apercevant que Ma¬
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re¬
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des¬
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma¬
dame, l'embrassa & la falua com¬
me il avoit fait en entrant: aprés a¬
voir admiré l'Architecture de ce Pa¬
lais, il fit plusieurs tours dans les jar¬
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse¬
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe¬
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu¬
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en¬
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202 Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin¬
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de¬
hors de Paris, dans les endroits pu¬
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre¬
nants de ſes belles pierres d'Ai¬
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai¬
tement au fait de tout ce qui re¬
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le¬
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
Historique. 203
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re¬
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu¬
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re¬
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in¬
cognito à d heures & deinie du ma¬
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204 Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap¬
perçû, alla au devant avec em¬
pressement, & l'embrassa avec ten¬
dresse deux ou trois fois. La con¬
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro¬
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé¬
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon¬
tra la jonction qu'il avoit entrepri¬
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique. 105
la communication de la Mer Cas¬
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op¬
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau¬
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa¬
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre¬
reries de la Couronne; de la beau¬
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par¬
tit avec toute sa suite, pour Ver¬
sailles, qu'on avoit préparé & meu¬
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la galanterie
qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé¬
206 Relation
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta¬
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per¬
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi¬
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man¬
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de¬
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro¬
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
Historique. 207
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Choeur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar¬
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac¬
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es¬
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al¬
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or¬
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai¬
son Royale, & dirigera la Chasse.
208 Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé¬
nipotentiaire au Congré de Brunsy¬
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan¬
celier & Conseilier Privé, Che¬
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur¬
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che¬
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil¬
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique. 209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en¬
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi¬
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede¬
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri¬
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la¬
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Czarienne
a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
APPKOBATION.
J'Av lu par ordre de Monseigneur
le Chancelier, cet Abregé His¬
torique & cette Relation concernant
le Czar, & j'ai crû que la matiere
& le stile, les rendroient agréables
au Public. Fait à Paris, ce 31. May
1717.
TERRASSON
De l'Imprimerie de JACQUESFRANçOIS
GROU, rue de
la Huchette, au Soleil d'Or¬
IARIAII
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX,
qui se vendent à Paris chez PIERRE
RIBou, Quai des Auguſtins, à la
descente du Pont-Neuf, à l'Image
S. Louis.
NIctionaire pratique du bon Menager de
DCampagne & de Ville, qui apprend gene¬
ralement la maniere de nourrir, elever
gouverner, tant en santé que malades,
toutes sortes de Bestiaux, Chevaux & Vo¬
lailles; de sçavoir mettre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire va¬
loir toutes fortes de Terres, Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient aux Jardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuifine, les Confitures, la Pâtisserie, les
Liqueurs de toutes fortes; les Chasses dif¬
ferentes, la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne; les mots Latins de tour
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plûpart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
se plaisent à ces sortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
Louis Liger, in 4. 2. vol. 10.1.
Abregé Chronologique de l'Histoire de Fran¬
ce, par le Sieur de Mezeray, Historiographe
de France. Nouvelle édition, augmentée de
l'origine des François, & de leur établisse¬
ment dans les Gaules; de l'état de la Reli¬
gion, & de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoire imprimée en 1685. en 3. vol. in folio.
In quarto 3. vol. 25. 1.
Idem in 12. 10. vol. 25. 1.
Numismata Erea Imperatorum, Augustarum &
Casarum in Coloniis, municipiis, & urbibus,
jure latio donatis, ex omni modulo percussa,
Auctore Joanne Foy-Vaillant Bellovaco, Doctore
Medico, & Serenissimi Ducis Cenomanensium
Antiquario Paris. excusa, in fol. 2. vol. 36. 1.
Vies des Saints, par Ribadontira, fol. 2. vol.
15.1.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20. liv.
Les mêmes, in 4. 6. vol. 36. 1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvrages au Tour: ouvrage
tres-curieux & tres-necellaite à ceux qui s'e¬
xercent au Tour, Latin & François, fol. 181.
Euvres diverses du Sieur D.... avec un Re¬
cuëil de Poësies choisies de M. de B... 2. vol.
in 12. 5.1.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les pré¬
rogatives de ses Magistrats, toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui representent
son ancien état & ses divers accroissemens,
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re¬
glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Mé-
50.1.
tiers, fol. 2. vol.
in 12.
Les OEuvres de M. de la Mothe le Vayer
36. 1.
15. vol.
2. 1.
Le Diable Boiteux, in 12.
Les conseils de la Sagesse, contenant les Ma¬
ximes de Salomon les plus necessaires à
l'homme pour se bien conduire soi-même,
4. 1. 10. f.
in 12. 2. vol. 1714.
Amusemens serieux & comiques, par M. du
1.1. 10. s.
Fresny. in 12.
Les OEuvres de Clement Marot de Cabors, Valet
de Chambre du Roi, revuës & augmentées de
6. 1.
nouveau, in 12. 2. vol.
Histoire de l'admirable Dom Quichotre de la
Manche, in 12. 6. vol. avec figures, nouvelle
Edition, continuée jusqu'à sa mort. 15. l.
La Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol, enrichie de figures, in 12. 3. vol.
7.1. 10.1.
OEuvres mèlées de M. de Saint Evremond, nou¬
velle Edition augmentée sur celle de Lon¬
15. 1.
dres, in 12. 7. vol.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancouri,
avec des Remarques sur la Traduction, in 12.
6.1.
3. wol.
Traduction des Satyres de Perse & de Juvenal,
par le R. P. Tarteron de la Compagnie de JE¬
sus, nouvelle Edition, corrigee & augmen¬
2. 1. 10.f.
tée, 1714.
Fables choisies, mises en Vers par M. de la
Fontaine, enrichies de figures, in 12. 5. vol.
10.1.
3.1.
Les mêmes en un Volume,
k ij
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne, par Fernand Cortez, tra¬
duite de l'Espagnol, in 12. 2. vol. nouvelle
Edition, avec figures.
5.1.
Hiſtoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol, in 12. 2. vol.
avec figures.
4 l.10.f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip¬
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez, & de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
tres-grand nombre de figures, in 12. 4.
vol.
12. 1.
Instructions pour les Jardins fruitiers & pota¬
gers, avec un Traité des Orangers, & des re¬
flexions fur l'Agriculture. Par M. de la
Qaintinie, Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle in¬
struction pour la culture des Fleurs. Nou¬
velle édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont
se servent les Jardiniers en parlant des Ar¬
bres, & d'une Table des matieres, 1716.
in 4. 2. vol.
12.1.
Nouvelle de Miguel de Cervante, 2 liv.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct. nouvelle,
augmentée de nouvelles remarques du Ba¬
ron des Coutures, in 12. 2. vol.
5. l.
Traité historique des Monnoyes de France, par
M leBlanc, in 4. avec 100. figures, contenant
les empreintes des differentes Monnoyes,
9. 1.
Traduction nouvelle de Roland l'Amoureux,
par M. le Sage, 2. vol. in 12. ornez de figu¬
res, 5 l.
Les OEuvres de Virgile en Latin & en Fran¬
gois, par M. de Martignac, 3. vol. in 11. nou¬
6.1.
velle Edition,
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon,
par M. de la Fosse, seconde édition, augmen¬
tée de deux Odes, l'une de Pindare & l'au-
2. l. 10. s.
tre d'Horase, in 12.
Nouvelle Grammaire Espagnole, par M. Perger,
2. l. 5. s.
in 12.
Hiſtoire universelle ou Traduction nouvelle
de Justin, avec des Remarques, in 12.
5. 1.
2. vol.
Voyage d'Alep à Jerusalem, in 12. 2.1.
Novum Testamentum Gracum, in 18. 1. I. 16. s.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte, in 12. 2. vol.
3. 1. 10. f.
Le Comte de Cardonne, in 12. 1. l. 16. f.
Les Avantures galantes du Cheralier de Theni¬
court, par Madame D. .. in 12. 1. l. 16. s.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Décisions
nouvelles, & des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition. in 12. I. I. 10. s.
La Vie de M. de Moliere, in 12. 2 1.
Hiſtoire de la Virginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jus¬
qu'à present, les productions naturelles du
Pays, la Religion, les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels, par un Auteur natif &
babitant de ce pays-la, in 12. enrichie de figu¬
2. 1. 5. f.
res en taille-douce,
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d'Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Con¬
situres seches & liquides, les Liqueurs, les
Eaux, les Parfums, la Cuisine, a découper
A iij
les Viandes, & à faire la Patisserie; huitié¬
me Editien, corrigée & augmentée des Pates
nouvelles, & des nouveaux Ragoûrs qu'on
fert aujourd'hui: Avec des modeles pour
dresser les Services de Table, in 12. 1715.
2.1. 5. f.
Les Guvres choisies de feu M. le Noble, 20. vol.
in 12. sous presse.
40. I.
Stile du Conseil, par M. Gauret, in 4. 5. liv.
Code de la Marine, in 4.
4. 1.
Contes des Fées, ou les Chevaliers Errans,
& le Genie Familier, par M. D... in 12.
1. l. 15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen, in 12. 1.1. 10.f.
L'Ambiguë d'Auteuil, ou veritez historiques,
composées du Joueur, du Nouvelliste, du
Financier, du Critique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnages de differens
caracteres, in 12. 1. 1.5. f.
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rem¬
pli d'évenemens, & écrit dans le même stile
que Telemaque, par M. leB .... in11. 1. 1.
Le Voyageur Fidele, ou le Guide des Etran¬
gers dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës, des Fauxbourgs, Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville ren¬
ferme; les Adresses pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tout ce qu'on sou¬
haite, tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses : Avec une Relation en
forme de Voyagé, des plus belles Maisone
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers, in 12.
2. l. 5. f.
Les Voyages de M. Tavernier, derniere Edition,
revuë, & corrigée de quantité de fautes, &
augmentée de la Vie & mort de l'Auteur,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prusse, avec
plusieurs planches nouvelles qui n'ont point
paru dans les précedentes éditions, le tout
dirigé par un ami de l'Auteur qui a fait plu¬
sieurs Voyages avec lui, in 12. 6. vol. 18. 1.
Abregé de Geographie, & de tout ce qu'il y a
de plus remarquable dans chacune des quatre
grandes parties de la Terre, particulierement
dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap¬
pris & retenu facilement par coeur, avec les
routes des postes de France & d'Espagne,
dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes, par M. Poncem, in 12. 1. 1. 5. s.
L'Eloge de la Folie, composée en forme de
Déclamation par Erasme de Roterdam, avec
quelques Notes de l'histoire & les belles fi¬
gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui represen¬
tant au naturel l'homme tout défiguré par
la sotise, lui apprend agreablement à ren¬
trer dans le bon sens, Traduction nouvelle;
5.1.
par M. Guedeville, in 12.
Histoire des sept Sages, par M. de Larrey, in 12.
5.1.
2. vol.
Recuëil de bons mots des anciens & des mo¬
dernes, nouvelle Edition augmentée, 2.1.
THEATREDE MESSIEURS
orneille, nouvelle Edition, augmentée & en¬
richie de figures en taille douce, 10. vel.
in 12. 25. 1.
Racine, nouvelle Edition, 2. vol. in 12. 6. l.
Campistron, nouvelle Edition, augmentée d'une
Tragedie & d'une Comedie, & ornée de fi¬
gures 4.1.
De la Fosse, avec ses Poësies, 2. vol. 5.1.
Crébillon, 3.1.
Pradon, 3.1.
De la Grange, augmenté d'Ino & Melicerte,
Tragedie, 2.l. 10. s.
Moliere, 8. vol. nouvelle Edition, augmentée
de sa Vie, avec de nouvelles Remarques, 15. l.
Dancourt, 8. vol. nouvelle Edition, augmentée
de plusieurs Pieces qui n'avoient point été
imprimées dans les Editions précedentes,
avec figures & musique, 15.1.
Regnard, 2. vol.
5. l.
De la Font,
211.
De Hauteroche, 2. 1. 10. f.
De Legrand, 2. 1. 10. f.
Palaprat, seconde Edition, augmentée de plu¬
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été im¬
primées, & d'un Recuëil de Pieces en Vers,
2. Vol.
5.1.
De Riviere, 2. l. 10. f.
Boindin,
21
De Champ-Mélé,
2.1.
De Montfleury, 2. vol.
51.
De Roufseau, un vol.
2. l. 10. f.
De Mademoiselle Barbier, 2. 1.10. f.
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'un
abregé de sa Vie, d'une Dissertation sur
fes Ouvrages, & de l'origine de l'Opera, &
de ses Opera, in 12. 5. val. ornez de figures,
12. 1. 10. s.
Theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Theatre des anciens Auteurs, in
12. 3. vol. 7. I. 10. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse
à une Epître Satyrique contre ce spectacle,
par M. le Br. in 12. 2.1.
Pieces nonvelles & séparéts.
Mahomet II.
Idomenée.
Atrée.
Electre.
Caton d'Utique,
Absalon.
Cyrus.
Geta.
Les Tyndarydes.
Saül
Médée.
Tragedies.
Herode.
Ino & Melicerte.
Polydore.
La mort d'Ulysse.
Muſtapha.
Jonathas.
Habis.
Agrippa, ou le faux Ti¬
berinus.
Marius.
Le CurieuxImpertinent.
Les Agioteurs.
L'Amour Charlatan.
Comedies.
Le Naufrage,
Danaé.
Turcaret.
Crispin Rival.
10
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses.
L'Amour vangé.
Esope à la Ville.
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les-Fêtes du Cours.
Le Verd Galant.
Comedies.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devineresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
La Coquette de Village,
ou le Lot ſuposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs notez des Comedies Françoises
par
M. Gilliers, in 4.
9. 1.
Telephe, Opera, noté,
V.I.10.f.
Medée, noté,
8. liv.
Les Plaisirs de la Paix, noté,
8. 1.
Medée.
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide.
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Opera
Proserpine.
Len paroles.
Les Plaisirs de la Paix.
Zephire & Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les Plaisirs de l'Eté.
Arianne.
11
La mort d'Alcide.
Hypermnestre.
Roland.
Opers.
Le Divertissement du Bour¬
geois Gentilhomme.
Le quatrième Livre des Moters de M. Campra,
5. 1.
Recuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A. S. Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Eslais de Poësies diverses, par
M. de Palaprat, in 12. 1.1.10.s.
Et toutes les autres Pieces de Theatre tant anciennes
que nouvelles.
Tous les Opera.
Le Theatre de l'Amour & de la Fortune, par
Mad. Barbier, in 12. 2. Vol. 4.1.
Euvres de M. Despreaux, avec des éclaircisse¬
mens hiftoriques donnez par lui même, 2.
vol. 1n 4. 12. 1.
Idem Grand papier, 18. 1.
Idem in 12. 4. vol. 8. 1.
La Connoissance parfaite des Chevaux, con¬
tenant la maniere de les gouverner, nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conser¬
ver en santé dans les voyages; avec un détail
general de toutes leurs maladies, des si¬
gnes & des causes d'où elles proviennent,
des moyens de les prévenir, & de les en gue¬
rir par des remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Ha¬
ras, bien plus étenduë que celles qui ont paru
jusqu'à present, afin d'élever de beaux Pou¬
lains pour toutes fortes d'usages. On trou¬
ve aussi dans ce Livre l'Art de monter à
Cheval, & de dresser les Chevaux de Ma¬
a
12
nège, tirée des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit. Le tout enrichi de figures en taille
douce, in 8. 3. l. 10. s.
Lettre à M. de ..... fur l'origine des anciens
Rois ou Dieux d'Egypte; qui explique ce qui
a donné lieu aux Fables des Dieux de l'Anti¬
quité, brochure in 12. 1.1.
La Rivale travestie, in 12 2. 1.
Nouveau Recuëil des plus beaux Secrets de
Medecine pour la guérison de toutes sortes
de maladies, blessures & autres accidens
qui surviennent au corps humain, & la ma¬
niere de préparer facilement dans les Famil¬
les, les remedes & les médicamens qui y
sont necessaires, avec un Traité des plus excel¬
lens préservatifs, contre la peste, fièvres pes¬
tilentielles, pourpre, petites veroles, & tou¬
tes sortes de maladies contagieuses, donnez
par une personne charitable, augmentez
des veritables Secrets naturels de M. Lemery,
qui ragardent la nature & l'art, avec d'autres
Secrets fort curieux, & tirez de ce qu'il ya
de meilleurs Auteurs en ce genre. 2. vel.
in 12. 5. 1.
Histoire de Gilblas de Santillanne, par M. le
Sage, 2. édition, 2. vol. in 12. ornée de
Figures. 5. 1.
L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par M.
Corneille : in 12. orné de figures, 3. liv.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de Ri¬
chelieu, & du Regne de Louis XIII. avec
quel paroclaritez, du Commerce de
laRegence d'Annie d'Autriche. 2. vol. in12. 5.1.
1.
I N.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères