Titre
EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
Titre d'après la table
Epitre à Uranie, pour le jour de [sa] Fête,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2190
Page de début dans la numérisation
75
Page de fin
2193
Page de fin dans la numérisation
78
Incipit
Transfuge des bords du Permesse,
Texte
EPITRE A URANIE ,
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire