Titre
ODE, Sur la Maladie du Roi.
Titre d'après la table
Ode sur la Maladie du Roi,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
2147
Page de début dans la numérisation
12
Page de fin
2151
Page de fin dans la numérisation
16
Incipit
QUEL tumulte affreux me réveille ?
Texte
ODE ,
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
Signature
A Versailles le 25 Août 1744.
Lieu
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Provient d'un lieu
Fait partie d'un dossier