Titre d'après la table
Histoire singuliere.
Fait partie d'une livraison
Page de début
206
Page de début dans la numérisation
210
Page de fin
230
Page de fin dans la numérisation
234
Incipit
Mendoce, jadis Prince de Murcie, tres-aimable Cavalier, grand, bienfait, Heros
Texte
Mendoce , jadis Prince de
Murcie, très-aimable Cavalier,
grand, bienfait, Heros
même tout d'un coup, s'il en
fut jamais, devint un beau
matin amoureux de la Comteue
de Savoyc, l*iinuffc,diton
, d'une merveillcule beauté.
Voicy comme lachose
arriva.
LaComreire de Savoye fut
un jour obligée,je ne sçay
pour quelleindisposition
,
de
sortir de son Pays, pour aller
prendre les bains dans le
Royaume de Murcie;les eaux
de cette contrée pàssoient en
ce temps là pour d'excellentes
eaux. Avec un équipage proportionné
à sonrang & à sa
miflance,elle arriva enfin aux
lieux où se prennoient ces
bains, alors si fameux en Europe.
Elle s'y baigna tant &
plus, suivantl'ordonnance de
ses Medecins.
Si ces charmes avoient pû
recevoir que!que nouveléclat
de ces eaux favorables,oncûc
dirqu'elle em bellissoit tous les
jours à veuë dce;I ; mais elle
écoit parfaite,& lanatureétoit
la dupe des graces quelle luy
vouloit faire.
Tous les endroits où l'on
prend des eaux minerales se
ressemblentassez. On y boità
outrance,& l'on se promene
de même
, pour l'évacuation
desditeseaux, Les promenades
de
de ces lieuxoù l'on se rend ordinairement
avec l'aurore,
sont, sije ne me trompe ,
des
bois charmants, coupez de
millesentiers,arrosez de mille
ruisseaux, animez du doux
chant de mille oyseaux
,
des
antres frais, de sombres retraites
y fervent d'asyle aux Amants.
La liberté, les plaisirs
tranquilles, les soupirs reciproques
,
sont les hôtes aimables
de ces paisiblesdemeures.
Un matin, si l'Histoire dit
vray
, comme je n'en doute
nullement, la Comtesse de Savoye,
aprèsavoirprodigieusement
bû
,
grimpa, appuyée sur
le bras d'une de ses femmes.,
de colline en colline, ( non
pourtant sans s'arrêter de
temps en temps, pour raison )
lasse enfin du penible voyage
quelle venoir de faire, elle entra
dans un bosquet qui s'offrit
à ses yeux, une fontaine
qui sortoit du fond d'une grotte
ornéedesiegce>s de gazon pour la commodité des beuveurs,
attira ses regards; elle
fut à l'instant s'y reposer. Nul
morrel nes'étaitavisé de tout
ce jour de porter ses pas en cec
endroit.Lemurmurede l eau,
la fraicheur de cette grotte1invitèrent
au sommeil ,aussi n'en
fit-elle pas à deux fois, elle
s'endormit. Sa femme de
chambre de son côté en fitautant.
Des douceurs du repos quand
-vousgoûtez les charmes,
Belles
,
qui de l'amour meprifî^
l*appareil,
CraigneKqu'il ne vous force à
lajy rendre les armes
Al'instant de vôtre reveil.
Le Prince de Murcie à qui
la Renomméeavoit déjàvanté
les appas de la Comtesse de
Savoye
,
longtemps même
avant qu'elle eût mis le pied
dans ses Etats, en étoit à la
premiere entreveuë devenu
éperduement amoureux. Illavoic
suivi aux eaux, illuy avoic
parlé cent fois, & cent fois
il avoir estétenté de l'entretenir
du pouvoirsouverain de
de ses charmes;mais la fierté,
la vertu de sa Déesse, & la
crainte de l'offenser, avoient
modéré toûjours les impétueux
mouvements de son
amour. Enfin ne pouvant
plusgarder son secret,Il s'étoit
déterminé à le luy dé- -
clarer
,
quelque malheur redoutablequ'il
pût luy en arriver,
le jour mesme que le hazardlaconduisit
dans laGrotte
dont je viens de vous faire
en peu de mots une de seription
assezfidèle.
L'amour guide toûjours les
amans sur les traces de leurs
maîtresses
, & Mendoce est
trop amoureux pour ne pas
suivre les pas du bel objet qui
l'enflame. En effet, il arrive
bientost par un petit defilé
auprès de la fontaineoù repose
sa divine Princene. Il fc
jette à ses genoux, son silence
ses regards, ses soupirs,font
les muets interprètes de son
amour, ses yeux arrosent ses
belles mains de ses brûlantes
larmes. Il tremble cependant
que sa divinité ne s' e
ffraye à
son réveil de l'excés de son
audace; mais il se rasseure, &
se flatte de lavanger à l'infline
par sa mort, de l'injure que
luy fait si passion, si ses feux
malheureux font rejettez.
Un Loup monstrueux
, un
horrible Sanglier, ou quelque
Ours sauvage viendroient icy
à merveille pour éveiller la
Princesse, & pour exercer la valeur
de Mendocc ; mais je ns
veux pasensanglanter laScêne,
j j'aim: mieux vous dire fimplcment
qu'il y avoir si longtemps
qu'elle dormoit d'un
doux & profond sommeil,qu'
xlle se reveilla toute feule.Dieu ait comme alors elle fitlasâchée
de voir ce Prince temeraire
à ses pieds. Quemeveut,
luy dit elle,d'unair terrible,cc
mortel audacieux.Ah!Princesse,
luy réponditil, avant de
luy laisser le temps d'achever
les reproches
,
jeneveux plus
deformais que mourir à vos
veux. Vousconnoissez mon
amour, cet wour, tout refpectueux
qu'il eil:
, vous outrage.
C'en est fait, il faut que
je meure. De quel droit
,
luy
dit-elle
,
Prince, si vous m'avez
consacré vôtre vie, voulez-
vousentreprendre sur des
jours qui m'appartiennent. Vivez
,
je vous l'ordonne; mais
gardezvous de me parler jamais
de l'amour dont vous
biulez pour moy. Ils ajourerent
à cela une infinité d'autres
propos que l'Auteur de la presente
Histoire n'a, dit on, eu
garde d'oublier.Cependant on
ajoûte que l'amour de Men-
, doce fit bientôtl'entretien do,"
tout!
out le.monde. La Princesse
enfut inconsolable,elle s'en
plaignitauPrince de Murcie
quien fut aussifâché qu'elle.
Mais à la fin ennuyée de voir
quecesbeauxdiscoursne sinissoient
pas,qu'onluy donnoit
de fort plai sants noms
& que les rieurs ne cessoient de
rireàses dépens, elle prit le
partide retourner incognito
dans son Pays. Les adieux de
ces aamanan[tss lsoonnttàà Dm1o0nn ggrreé
trop touchants. pour n'estre
pas supprimez: le détail de
cequis'y passa est incomparablementplus
joli dans lcxecution
que dansla narration.
D'ailleurs cc la appartientà
THistorien de qui je ne veux
pas icy usurper les droits. Je
mecontenteray devousdire
qu'elle interrompit brusquement
ses bains,qu'elle partit
comme un éclair, quelletraversa
hegreusementmonts&
vaux ,
qu'elle eût peut eilie
en chemin quelques petites
avantures approchantes de
celles de lafiancée duRoyde
Garbe J& qu'enfin elle arriva
en bonne santé chez son pere,
où elle fut receuë comme l'Enfant Prodigue.SonMary i
(j'avois oublié de vous dire
qu'clle en avoit un) la retrouva
plusbelle que jamais, il fit
des Tournois, des Fêtes de
des Cadeaux en son honneur
& gloire. Au milieu deces
bombances le premier MiniCtre
duDuc de Savoye devint
amoureux d'elle, cebon homme
tourna longtemps autour
du pot avant de luy declarer
son douloureux martyre; à la fin pourtant il en vint là.
LaComtesse n'eût pas plutost
entendu ses impertinances;
qu'elle le traita d'effronté,
d'impudent, de vieux fou
clic ajoûta même en pleurant
qu'elle s'en plaindroità son
pere &à son époux. Le vieux
matois luy demanda pardon,
& la fuppliade n'en rien dire:
le moins d'éclat qu'on peut faire
en pareil cas est, luy dit-il,
toûjours le meilleur. Tant y a
qu'il luy persuada d'étouffer
cette avanture dans un profond
silence
, ce qu'elle fit
dont malluy avint.
Ce Ministre bar bare pour
fc vanger du mépris qu'elle
avoit fait de son amour, suborna
un jeune homme, à
quiildit que la Princesseétoit
éperduement amoureuse de
luy,qu'elle l'avoit fait,enfondant
en larmes,leconfident
de cette malheureuse passion,
qu'il avoitmistout en usage
pour luy remontrer. son devoir,
(es engigements ,
le
mépris qu'ellefalloir de sa pudeur
,& les périls évidens ausquels
elle s'exposoit en se livrant
aux flames dont elle étoit
dévorée mais que Ces remontrances
n'ayant pûrien sur son
coeur )
la pitié qu'il avoir de
l'étatmiserable où illa voïoir,
l'avoit porté à luy offrir le
remede à son tourment,qu'il
croyoit qu'ilne rcfuferoit pas
de soulager cette infortunée
Princesse, que la nuit suivante ill'introduiroit dans sa chambre,
par une porte inconnuë
à tout le monde,& qu'avant
le retour du jour il auroit foin
de le mettre en liberté.
Le jeune homme donna dans
le pancau ,
& le laissa en effet
introduire au milieu de la nuit,
dans la chambre de laPrincefie,
oùiln'eût pasresté un quart
d'heure, que le vieillard y
conduific son époux & son
pere:aussitost grande rumeur
dans le Palais, le jeune homm
voulant se sauver„ fat
massacré sur la place par des
gens que le Miniftrc avoic
apostez pour cela.
L'infortunée Princesse furprise
, pour ainsi direa en flagrant
délit,& convaincue d'adulterc,
est livrée à l'instanc à
son Boureau. Elle proteste
en vain de son innocence, son
, procès est tout fait, enfin il ne
luyçeste plus que la voye des
épreuves pour se laver du crime
donton l'accure. L'épreuve
du feu & celle de l'eau ne luj paroissentgueres [cures)
cellede trouver un champion
qui veiïiWë prendre ladcffcnfë
&"foûcc'nir en champ clofc
qu'elle est la plus vertueuse
Princesse du monde,est l'uniqueressourcequi
luyreste;&
il n'y a que Mendoce qui puisse
estre (on deffenseur ; mais il
csi bien éloigné d'elle, il faut
luy écrire pour l'engager a se
rendre incessament en Savoyc,
il n'est plus question que de
trouver des termes qui le perfuadenr.
Voilà justement où
en est l'Histoire
,
& faute
d'une miserableLettre,cette
malheureu se Princesse va demeurer
accablée fous lepoids
de sesfers.
Onm'en a' deja envoyé
•tfoisfur ce sujet ; mais on en
demande d'autres parce que
Cellesqu'ona écrites n'ont
e.ntqre pû déterminer Mendoce.
Voicy la copie des trois
Lettresen quefiion"i
La Comtesse de Savoyc à
Mendoce.
; L'honneurme fait faireaujourd'huy
pour luy-meme, ce qu'il
ne me permit pas autrefois pour
contenttr mon coeur:je r¡;ouJ- écris,
Mendoce
3
pour vous apprendre
quejefuis attaaqquuéeee par laplus
noire calomnie qu'on ait jamais
invente. Mon cruel calomniateur
n'afait tous ses efforts pour me
faire paroiflteçoupàble,queparce
que j'ay refusé de l'eflre; mais
pournous en bienperfuadersMendoce,
& pour vous donner l'idée
quevous de'Ve'{ avoir de ma ver,
tu ,
je fûts obligée de vous faire
un aveu qui me faitun peufortir
de l'exaflebienséance que je
vouloisgarder toute ma vie. Je
vous avouë donc que j'eusplus de
mériteque vous ne le crrycz,/or[-
que je refjlay à la passon que
vous al)ICK pour mcy. Je vous
trouvois le Prince du monde le
plus accomply. J'ay toujours la
même idée de 'VousJ Mendoce<Je
vous choisipour le deffenseur de
mon innocence;notre aéîionfera
d'autantplus heroïque
, quevous
n'en devc% attendre que la recompenseque
peut donner une femme
qui estastè'{. vertueujepouravoir
Jçâ vous Tefificr.
La Comtesse de Savoyc à
Mendocc.
CarJnoiffizJMendoct, toutle
malheur de la Comteffi deSavoye.
Jefuisaccusée d*adultéré
, gr je
fuis obligée de vous L'apprendre:
Joupçonnée du crime le plus affreux
pour moy ,
ilfaut encore
que jetannonce moy-meme au
seul homme du monde dont l'estime
mtest presque aujji chère que
min innocence. JefùÙ condamnée - -' a une mort infâme:) ou a trouver
un vengeur. Vous
,
Mtndoce
,
pour quiseul fay senti enmavie
que la vertupouvoit coûter quelque
chose à mon coetir, auriez..
vous la cruautéde rejufer ma désense
, parce que fay eu laforce
de vous cacher votre vifloire f
Vousefles interessé à ma junification.
Pourriez-vous consentir un
inflant a me voir périr-encoupable
,si tout le mérité Ctout l'amour
de Mendoceriont pu me la
faire devenir.
La Comtesse de Savoye à
Mcndoce.
Je nefais,Mendoce3fije ne
dois pas rougir en vous annonçant
tous mes malheurs
; viéfrmede la
plus noire calomnie,je me trouve
en même tempsaccufée, &félon
les apparences convaincued'adultéré
: il ne me ,esiecfautre rrfIource
que celle de trouver un dffenfeur
ui vengemon innocence. Vpu
eftcsleseus quienpuijjn^parfaitement
r¡pondre;!oúrenez doncce
quevousconnoiJJ(
,
'UofJrf honneury
est autant engagé que le
mien. S'il falloit quelque autre
motifaungalant hommeyjervous
assiurt que je rnejjrayerois des
con/tlls ma reconnût(Tance.
Murcie, très-aimable Cavalier,
grand, bienfait, Heros
même tout d'un coup, s'il en
fut jamais, devint un beau
matin amoureux de la Comteue
de Savoyc, l*iinuffc,diton
, d'une merveillcule beauté.
Voicy comme lachose
arriva.
LaComreire de Savoye fut
un jour obligée,je ne sçay
pour quelleindisposition
,
de
sortir de son Pays, pour aller
prendre les bains dans le
Royaume de Murcie;les eaux
de cette contrée pàssoient en
ce temps là pour d'excellentes
eaux. Avec un équipage proportionné
à sonrang & à sa
miflance,elle arriva enfin aux
lieux où se prennoient ces
bains, alors si fameux en Europe.
Elle s'y baigna tant &
plus, suivantl'ordonnance de
ses Medecins.
Si ces charmes avoient pû
recevoir que!que nouveléclat
de ces eaux favorables,oncûc
dirqu'elle em bellissoit tous les
jours à veuë dce;I ; mais elle
écoit parfaite,& lanatureétoit
la dupe des graces quelle luy
vouloit faire.
Tous les endroits où l'on
prend des eaux minerales se
ressemblentassez. On y boità
outrance,& l'on se promene
de même
, pour l'évacuation
desditeseaux, Les promenades
de
de ces lieuxoù l'on se rend ordinairement
avec l'aurore,
sont, sije ne me trompe ,
des
bois charmants, coupez de
millesentiers,arrosez de mille
ruisseaux, animez du doux
chant de mille oyseaux
,
des
antres frais, de sombres retraites
y fervent d'asyle aux Amants.
La liberté, les plaisirs
tranquilles, les soupirs reciproques
,
sont les hôtes aimables
de ces paisiblesdemeures.
Un matin, si l'Histoire dit
vray
, comme je n'en doute
nullement, la Comtesse de Savoye,
aprèsavoirprodigieusement
bû
,
grimpa, appuyée sur
le bras d'une de ses femmes.,
de colline en colline, ( non
pourtant sans s'arrêter de
temps en temps, pour raison )
lasse enfin du penible voyage
quelle venoir de faire, elle entra
dans un bosquet qui s'offrit
à ses yeux, une fontaine
qui sortoit du fond d'une grotte
ornéedesiegce>s de gazon pour la commodité des beuveurs,
attira ses regards; elle
fut à l'instant s'y reposer. Nul
morrel nes'étaitavisé de tout
ce jour de porter ses pas en cec
endroit.Lemurmurede l eau,
la fraicheur de cette grotte1invitèrent
au sommeil ,aussi n'en
fit-elle pas à deux fois, elle
s'endormit. Sa femme de
chambre de son côté en fitautant.
Des douceurs du repos quand
-vousgoûtez les charmes,
Belles
,
qui de l'amour meprifî^
l*appareil,
CraigneKqu'il ne vous force à
lajy rendre les armes
Al'instant de vôtre reveil.
Le Prince de Murcie à qui
la Renomméeavoit déjàvanté
les appas de la Comtesse de
Savoye
,
longtemps même
avant qu'elle eût mis le pied
dans ses Etats, en étoit à la
premiere entreveuë devenu
éperduement amoureux. Illavoic
suivi aux eaux, illuy avoic
parlé cent fois, & cent fois
il avoir estétenté de l'entretenir
du pouvoirsouverain de
de ses charmes;mais la fierté,
la vertu de sa Déesse, & la
crainte de l'offenser, avoient
modéré toûjours les impétueux
mouvements de son
amour. Enfin ne pouvant
plusgarder son secret,Il s'étoit
déterminé à le luy dé- -
clarer
,
quelque malheur redoutablequ'il
pût luy en arriver,
le jour mesme que le hazardlaconduisit
dans laGrotte
dont je viens de vous faire
en peu de mots une de seription
assezfidèle.
L'amour guide toûjours les
amans sur les traces de leurs
maîtresses
, & Mendoce est
trop amoureux pour ne pas
suivre les pas du bel objet qui
l'enflame. En effet, il arrive
bientost par un petit defilé
auprès de la fontaineoù repose
sa divine Princene. Il fc
jette à ses genoux, son silence
ses regards, ses soupirs,font
les muets interprètes de son
amour, ses yeux arrosent ses
belles mains de ses brûlantes
larmes. Il tremble cependant
que sa divinité ne s' e
ffraye à
son réveil de l'excés de son
audace; mais il se rasseure, &
se flatte de lavanger à l'infline
par sa mort, de l'injure que
luy fait si passion, si ses feux
malheureux font rejettez.
Un Loup monstrueux
, un
horrible Sanglier, ou quelque
Ours sauvage viendroient icy
à merveille pour éveiller la
Princesse, & pour exercer la valeur
de Mendocc ; mais je ns
veux pasensanglanter laScêne,
j j'aim: mieux vous dire fimplcment
qu'il y avoir si longtemps
qu'elle dormoit d'un
doux & profond sommeil,qu'
xlle se reveilla toute feule.Dieu ait comme alors elle fitlasâchée
de voir ce Prince temeraire
à ses pieds. Quemeveut,
luy dit elle,d'unair terrible,cc
mortel audacieux.Ah!Princesse,
luy réponditil, avant de
luy laisser le temps d'achever
les reproches
,
jeneveux plus
deformais que mourir à vos
veux. Vousconnoissez mon
amour, cet wour, tout refpectueux
qu'il eil:
, vous outrage.
C'en est fait, il faut que
je meure. De quel droit
,
luy
dit-elle
,
Prince, si vous m'avez
consacré vôtre vie, voulez-
vousentreprendre sur des
jours qui m'appartiennent. Vivez
,
je vous l'ordonne; mais
gardezvous de me parler jamais
de l'amour dont vous
biulez pour moy. Ils ajourerent
à cela une infinité d'autres
propos que l'Auteur de la presente
Histoire n'a, dit on, eu
garde d'oublier.Cependant on
ajoûte que l'amour de Men-
, doce fit bientôtl'entretien do,"
tout!
out le.monde. La Princesse
enfut inconsolable,elle s'en
plaignitauPrince de Murcie
quien fut aussifâché qu'elle.
Mais à la fin ennuyée de voir
quecesbeauxdiscoursne sinissoient
pas,qu'onluy donnoit
de fort plai sants noms
& que les rieurs ne cessoient de
rireàses dépens, elle prit le
partide retourner incognito
dans son Pays. Les adieux de
ces aamanan[tss lsoonnttàà Dm1o0nn ggrreé
trop touchants. pour n'estre
pas supprimez: le détail de
cequis'y passa est incomparablementplus
joli dans lcxecution
que dansla narration.
D'ailleurs cc la appartientà
THistorien de qui je ne veux
pas icy usurper les droits. Je
mecontenteray devousdire
qu'elle interrompit brusquement
ses bains,qu'elle partit
comme un éclair, quelletraversa
hegreusementmonts&
vaux ,
qu'elle eût peut eilie
en chemin quelques petites
avantures approchantes de
celles de lafiancée duRoyde
Garbe J& qu'enfin elle arriva
en bonne santé chez son pere,
où elle fut receuë comme l'Enfant Prodigue.SonMary i
(j'avois oublié de vous dire
qu'clle en avoit un) la retrouva
plusbelle que jamais, il fit
des Tournois, des Fêtes de
des Cadeaux en son honneur
& gloire. Au milieu deces
bombances le premier MiniCtre
duDuc de Savoye devint
amoureux d'elle, cebon homme
tourna longtemps autour
du pot avant de luy declarer
son douloureux martyre; à la fin pourtant il en vint là.
LaComtesse n'eût pas plutost
entendu ses impertinances;
qu'elle le traita d'effronté,
d'impudent, de vieux fou
clic ajoûta même en pleurant
qu'elle s'en plaindroità son
pere &à son époux. Le vieux
matois luy demanda pardon,
& la fuppliade n'en rien dire:
le moins d'éclat qu'on peut faire
en pareil cas est, luy dit-il,
toûjours le meilleur. Tant y a
qu'il luy persuada d'étouffer
cette avanture dans un profond
silence
, ce qu'elle fit
dont malluy avint.
Ce Ministre bar bare pour
fc vanger du mépris qu'elle
avoit fait de son amour, suborna
un jeune homme, à
quiildit que la Princesseétoit
éperduement amoureuse de
luy,qu'elle l'avoit fait,enfondant
en larmes,leconfident
de cette malheureuse passion,
qu'il avoitmistout en usage
pour luy remontrer. son devoir,
(es engigements ,
le
mépris qu'ellefalloir de sa pudeur
,& les périls évidens ausquels
elle s'exposoit en se livrant
aux flames dont elle étoit
dévorée mais que Ces remontrances
n'ayant pûrien sur son
coeur )
la pitié qu'il avoir de
l'étatmiserable où illa voïoir,
l'avoit porté à luy offrir le
remede à son tourment,qu'il
croyoit qu'ilne rcfuferoit pas
de soulager cette infortunée
Princesse, que la nuit suivante ill'introduiroit dans sa chambre,
par une porte inconnuë
à tout le monde,& qu'avant
le retour du jour il auroit foin
de le mettre en liberté.
Le jeune homme donna dans
le pancau ,
& le laissa en effet
introduire au milieu de la nuit,
dans la chambre de laPrincefie,
oùiln'eût pasresté un quart
d'heure, que le vieillard y
conduific son époux & son
pere:aussitost grande rumeur
dans le Palais, le jeune homm
voulant se sauver„ fat
massacré sur la place par des
gens que le Miniftrc avoic
apostez pour cela.
L'infortunée Princesse furprise
, pour ainsi direa en flagrant
délit,& convaincue d'adulterc,
est livrée à l'instanc à
son Boureau. Elle proteste
en vain de son innocence, son
, procès est tout fait, enfin il ne
luyçeste plus que la voye des
épreuves pour se laver du crime
donton l'accure. L'épreuve
du feu & celle de l'eau ne luj paroissentgueres [cures)
cellede trouver un champion
qui veiïiWë prendre ladcffcnfë
&"foûcc'nir en champ clofc
qu'elle est la plus vertueuse
Princesse du monde,est l'uniqueressourcequi
luyreste;&
il n'y a que Mendoce qui puisse
estre (on deffenseur ; mais il
csi bien éloigné d'elle, il faut
luy écrire pour l'engager a se
rendre incessament en Savoyc,
il n'est plus question que de
trouver des termes qui le perfuadenr.
Voilà justement où
en est l'Histoire
,
& faute
d'une miserableLettre,cette
malheureu se Princesse va demeurer
accablée fous lepoids
de sesfers.
Onm'en a' deja envoyé
•tfoisfur ce sujet ; mais on en
demande d'autres parce que
Cellesqu'ona écrites n'ont
e.ntqre pû déterminer Mendoce.
Voicy la copie des trois
Lettresen quefiion"i
La Comtesse de Savoyc à
Mendoce.
; L'honneurme fait faireaujourd'huy
pour luy-meme, ce qu'il
ne me permit pas autrefois pour
contenttr mon coeur:je r¡;ouJ- écris,
Mendoce
3
pour vous apprendre
quejefuis attaaqquuéeee par laplus
noire calomnie qu'on ait jamais
invente. Mon cruel calomniateur
n'afait tous ses efforts pour me
faire paroiflteçoupàble,queparce
que j'ay refusé de l'eflre; mais
pournous en bienperfuadersMendoce,
& pour vous donner l'idée
quevous de'Ve'{ avoir de ma ver,
tu ,
je fûts obligée de vous faire
un aveu qui me faitun peufortir
de l'exaflebienséance que je
vouloisgarder toute ma vie. Je
vous avouë donc que j'eusplus de
mériteque vous ne le crrycz,/or[-
que je refjlay à la passon que
vous al)ICK pour mcy. Je vous
trouvois le Prince du monde le
plus accomply. J'ay toujours la
même idée de 'VousJ Mendoce<Je
vous choisipour le deffenseur de
mon innocence;notre aéîionfera
d'autantplus heroïque
, quevous
n'en devc% attendre que la recompenseque
peut donner une femme
qui estastè'{. vertueujepouravoir
Jçâ vous Tefificr.
La Comtesse de Savoyc à
Mendocc.
CarJnoiffizJMendoct, toutle
malheur de la Comteffi deSavoye.
Jefuisaccusée d*adultéré
, gr je
fuis obligée de vous L'apprendre:
Joupçonnée du crime le plus affreux
pour moy ,
ilfaut encore
que jetannonce moy-meme au
seul homme du monde dont l'estime
mtest presque aujji chère que
min innocence. JefùÙ condamnée - -' a une mort infâme:) ou a trouver
un vengeur. Vous
,
Mtndoce
,
pour quiseul fay senti enmavie
que la vertupouvoit coûter quelque
chose à mon coetir, auriez..
vous la cruautéde rejufer ma désense
, parce que fay eu laforce
de vous cacher votre vifloire f
Vousefles interessé à ma junification.
Pourriez-vous consentir un
inflant a me voir périr-encoupable
,si tout le mérité Ctout l'amour
de Mendoceriont pu me la
faire devenir.
La Comtesse de Savoye à
Mcndoce.
Je nefais,Mendoce3fije ne
dois pas rougir en vous annonçant
tous mes malheurs
; viéfrmede la
plus noire calomnie,je me trouve
en même tempsaccufée, &félon
les apparences convaincued'adultéré
: il ne me ,esiecfautre rrfIource
que celle de trouver un dffenfeur
ui vengemon innocence. Vpu
eftcsleseus quienpuijjn^parfaitement
r¡pondre;!oúrenez doncce
quevousconnoiJJ(
,
'UofJrf honneury
est autant engagé que le
mien. S'il falloit quelque autre
motifaungalant hommeyjervous
assiurt que je rnejjrayerois des
con/tlls ma reconnût(Tance.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire