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Titre

LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.

Titre d'après la table

LETTRE de M. Louis , Professeur Royal de Chirurgie, à M. De la Place, Auteur du Mercure de France.

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Incipit

Vous avez eu la bonté, Monsieur de rendre dans le Mercure de Juin

Texte
LETTRE de M. Louis , Profeffeur
Royal de Chirurgie , à M. DE LA
PLACE , Auteur du Mercure de
France.
V ous avez eu la bonté , Monfieur
de rendre dans le Mercure de Juin
un compte avantageux d'un Mémoi
re que j'ai donné au Public fur une
queftion anatomique , relative à la Jurifprudence
, où j'établis les principes
pourdiftinguer, à l'infpection d'un corps
trouvé pendu , les fignes du fuicide d'avec
ceux de l'affaffinat. Ce Mémoire
eft vivement attaqué dans le Journal
SEPTEMBRE. 1763. 151
de Médecine du mois de Septembre ,
fous le nom d'un Bachelier de la Faculté.
On prétend que je ne me fuis
occupé que de détails inutiles ; que j'ai
foutenu des opinions hazardées , &
donné des principes dangereux , dont
on peut tirer de funeftes conféquences.
La troifiéme propofition eft remife à
l'Ordinaire prochain ; il n'eft queſtion
dans celui-ci , que des détails prétendus
inutiles , & des opinions qu'on dit hazardées.
J'efpére que l'Auteur du Journal
de Médecine qui a publié cette critique
par égard pour les perfonnes de
fon Corps qui l'en ont follicité , m'accordera
une place pour la défenfe de la
faine do& rine fur une queftion auffi
intéreffante . Je ne me refuferai pas
à
la recherche de la vérité ; c'eft un engagement
que je contracte volontiers
avec le Public par la voie du Mercure.
La difcuffion du fonds eft fpécia
lement du reffort du Journal de Médecine
mais qu'il me foit permis de
reprendre dans le vôtre la forme que
mes Cenfeurs ont donnée à leur critique
.
Ils ont manifeftement confondu l'oc
cafion qui m'a porté à écrire avec l'ob,
jet de mon Mémoire. Pour établir l'inu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tilité de mes recherches & de mes expériences
, ils demandent fi l'affaire des
Calas en eft plus éclaircie ? Non ; difent
ils , & l'Auteur du Mémoire a
tout-à -fait perdu de vue cet objet principal.
-
Ma réponſe eft fimple. Cette affaire
n'a été , ni pû , ni dû être l'objet de
mon Mémoire. Quel homme feroit affez
imprudent & affez dépourvu de raiſon ,
pour ofer prononcer fur un cas particulier
, auffi grave que l'eft l'affaire de
Touloufe , jugé par un Parlement , &
foumis à la décifion du Confeil du Roi ,
qui pourra ordonner , ou ne pas ordonner
la révifion du procès ? C'eſt cependant
cette inutilité relative qu'on m'objecte
! on particularife mes réflexions
générales ,, ppoouurr chercher l'analogie qu'il
doit y avoir , dit-on , entre l'état de
la queftion & l'hiftoire des Calas. J'avoue
que fi l'on en appercevoit , ce
feroit contre mon intention ; & que j'ai
mis tout l'art dont j'ai été capable , à
empêcher qu'on ne pût faire la moindre
application des chofes que j'ai avancées
, à l'affaire particuliere qu'on me
reproche mal-à -propos de n'avoir point
approfondie.
Le premier point fur l'inutilité de mes
SEPTEMBRE. 1763. 153
"
recherches eft donc tout-à-fait déplacé ;
& ayant déclaré dès les premieres phrafes
de mon Mémoire , que je ne traitois
point de l'affaire des Calas &
qu'elle n'étoit que l'occafion qui m'avoit
porté à écrire fur cette matière
il n'y a ni juftice , ni raifon à me demander
en finiffant ce point .... que font
à l'affaire des Calas tous ces raifonnemens
pour engager à fecourir les pendus
fuicides ; cette difcuffion fur les
moral ou le phyfique de leur action ;;
ces avis publiés depuis 1740 , au fujet
des noyés ; l'éloge de la Philofophie
& des Arts ; la longue note où les filles
de Milet , Aulugelle & Tacite font éton
nés de fe rencontrer ? & c.?
TO
.
Vous voyez , Monfieur , ce que dans
cette tirade il y a d'étranger au fonds
de la queſtion. On jugera aifément de
l'infidélité de cette critique. L'on n'au ---
pas dû demander que fait à l'affaire
des Calas , l'éloge de la Philofophie :
& des Arts ; mais à quoi il fert dans un
Mémoire fur les pendus ?. Il fembleroit:
à cette question que perdant véritable--
ment mon objet de vue , je me fuiss
livré par une digreffion déplacée, à faire;
l'éloge de la Philofophie & des Arts . Riem
n'eft cependant fi peu fondé que co
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
reproche. J'ai dit , par occafion , que le
progrès de la Philofophie & des Arts
nous faifoit voir au profit de l'humanité ,
plufieurs objets , fous des afpects plus
raifonnables que nos pères ne les envifageoient.
C'est exactement là tout ce que
je dis ; & cette unique réfléxion fi fimple
& fi vraie , placée à propos , eft repréfentée
comme un chef d'inutilités
dans mon ouvrage : cela n'eft pas pardonnable.
Il faut de la bonne foi dans
la critique , & ſe reſpecter en imaginant
qu'il y a quelques Lecteurs judicieux
, capables de prendre la peine de
vérifier les points de conteftation. Les
filles de Milet qui fe font pendues
elles- mêmes , ne doivent pas être plus
étonnées de fe rencontrer avec Aulu-gelle
, dans mon Mémoire , que dans les
nuits attiques de cet Auteur ; & celui-ci
avec Tacite , dont j'ai crû devoir conferver
une expreffion bien énergique à
l'occafion du fuicide . Mais tout ceci eft
en note ; c'eſt la feule qu'il y ait dans
mon ouvrage ; & on ne peut pas dire
qu'elle ne foit pas amenée par le Texte.
Il faut que l'envie de contredire foit
bien forte , pour porter ceux qui en.
font tourmentés , à des objections auffi
farides L
SEPTEMBRE. 1763. 155
Paffons aux opinions qu'on dit hazar
dées. On foutient que les pendus meu
rent par fuffocation , faute d'air. J'ai
prétendu que la corde , fur-tout dans
ceux qui fe pendent eux-mêmes , n'agit
point du tout fur le conduit de l'air :
fur cela on fait deux interrogations....
Qui le mettroit à l'abri de la corde ?
Sur quelle partie de la corde agiroit-elle ?
Voici une réponse à ces deux queſtions :
rien ne met le conduit de l'air à l'abri de la
corde , & il n'a pas befoin d'abri , puifqu'elle
n'agit point fur lui. Elle porte
fous la machoire & fous l'occipital : elle
comprime principalement les veines jugulaires
, & les pendus meurent apoplectiques
& non pas fuffoqués. Pourquoi
taire que je me fuis autorifé du
fentiment de deux habiles Profeffeurs
en Médecine , Benedicti & Nymann.;
& me citer une autorité contraire , celle
de Garmann , Compilateur déraifannable
de touté efpéce d'inépties
dans un gros volume in-4°. de plus de
1500 pages , fous le titre de Miraculis
mortuorum , où l'on trouve le pour &
le contre , fans choix & fans difcerne
mentfur toutes les queftions qu'il traite ,
& parmi lesquelles il y en a de fort
ridicules. Entre des autorités de parcil
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
poids , il auroit fallu confulter l'expérience
, faire des effais & raiſonner conféquemment
fur les faits . On aime mieux
rappeller des cas particuliers mal obfervés
, que d'avoir recours aux grands
principes par lefquels on doit juger toutes
les conteftations fcientifiques.
1
a
Quel moyen de nier l'effet de la
compreffion des veines jugulaires par
l'impreffion de la corde fur un pendu ?
A ce fait fi fimple & fi clairement démontré
aux yeux même des moins inf
truits , on fubftitue une explication prétendue
phyfiologique , dont Garmann
dit-on , ouvert la voie , mais qu'Hebenfgreit
a développée. Or, cette explication
eft fi mauvaife , qu'elle feroit honte à
un Ecolier d'anatomie & de phyfiolologie
, & que l'Auteur de cette critique
eft forcé lui - même de l'abandonner
enfuite. L'avoir employée est une grande
Aiftraction de la part d'un homme qui
fe fait un mérite de reprocher des inutilités.
Il ne convient qu'avec une forte
de regret de ce qu'il trouve de favorable
à la vérité que je foutiens , dans
les autorités qu'il rapporte ; & il cherche
à donner du crédit aux erreurs pour
me les oppofer. C'est ce que je prouverai
par l'examen détaillé des faits qu'on
SEPTEMBRE. 1763. 157
m'objecte , & qu'il feroit trop long de
difcuter préfentement.
L'Auteur à l'occafion des apopléxies
citel'aphorifme d'Hippocrate quidit, qu'il
eft impoffible de guérir une forte apopléxie
, & qu'il eft difficile d'en guérir
une légère. Et il ajoute à une fauffe conféquence
qu'il tire de cette remarque
qu'on voit bien que ce n'eft pas d'Hippocrate
que je fais mon étude particu
lière.
Je pourrois repliquer qu'une injure n'eft
point une raifon , & que l'Auteur auroit
fans fe faire aucun tort , fup
pu,
primer cette perfonnalité.
Je pourrois lui dire, que les principaux
ouvrages d'Hippocrate étant fur la Chirurgie
, c'eft m'injurier gratuitement ,
que de vouloir faire croire que je ne me
fuis pas autant occupé que je l'aurois
dû , de la lecture de cet Auteur.
Je pourrois obferver encore , que
tout ce qu'Hippocrate a avancé , n'eft
pas confirmé par les faits : il croyoit , par
exemple , que les playes du corps de
la veffie étoient mortelles , & nous en
guériffons tous les jours. Et pour ne pas
dérouter le jeune Bachelier , & le tenir
fur fa citation , je pourrois lui promettre
qu'il apprendra par l'ufage , qu'il n'eſt
158 MERCURE DE FRANCE .
*
point du tout rare de voir des perfon
nes qui ont eu plufieurs attaques d'apopléxie
.
Mais je me contenterai de lui dire ,
ce dont peut-être il ne fe doute pas ,
qu'après une lecture d'Hippocrate , on
peut prendre une leçon utile dans Moliere
qui a relevé , pour le bien public , le
ridicule d'un Médecin qui foutenoit
opiniâtrément qu'un homme enterré
depuis deux jours n'étoit pas mort ;
parce qu'Hippocrate difoit expreffément
que la maladie dont il étoit attaqué , ne
fe terminoit qu'au quatorziéme ou au
vingt-uniéme jour ; & qu'il n'y en avoit
que fix que cet homme étoit malade.
Ce trait de morale s'applique tout
naturellement à ceux qui préférent l'autorité
des hommes à celle de la Nature
& de la Raifon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Nom
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne
Soumis par eljorfg le