Titre
LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
Titre d'après la table
Lettre de M. le Chevalier de la T. sur la Peinture, &c.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
1318
Page de début dans la numérisation
577
Page de fin
1330
Page de fin dans la numérisation
591
Incipit
La petite Avanture dont je vous fais part, Monsieur, m'a prouvé que
Texte
LETTRE écrite de Châlons en Champagne
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
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* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
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ses caprices même me
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pointcomme
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bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
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» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
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able coqueterie sau-
ses caprices même me
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bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Domaine